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Comment Dieu existe

Il est stérile de vouloir «  démontrer  » Dieu

Récemment, Michel-Yves Bolloré et Olivier Bonnassies ont publié un ouvrage intitulé «  Dieu, la science, les preuves  ». Selon eux, des découvertes scientifiques telles que le Big-Bang ou le fond diffus cosmologique indiquent que l’univers a eu un début  ; ce qui implique une cause. Celle-ci ne pourrait alors être que Dieu. Ensuite, d’après le principe anthropique, le cosmos semble ajusté finement pour permettre la vie. Cette fois encore, ce serait le signe d’une intention créatrice, car la probabilité de l’apparition spontanée d’un phénomène aussi complexe serait infinitésimale. Finalement, le matérialisme ne pourrait rien expliquer. Mais si c’est bien le cas, pourquoi chercher des éléments de réponse à la question de Dieu dans la matière  ?

En commençant par le titre du livre, il est abusif d’y employer le mot «  preuves  » puisque la thèse développée ne contient pas de démonstrations reproductibles et falsifiables. Puis, la notion de cause appliquée à un éventuel «  avant  » de l’univers pourrait ne pas être fondée, car l’espace-temps est une composante intégrée au cosmos lui-même et ne représente pas ce dans quoi les choses prendraient place. Or, pour qu’il y ait causalité, il faut a minima qu’un événement puisse en précéder un autre afin de l’influencer. Mais, hors d’un contexte spatio-temporel, qui ne serait pas encore né, comment cela pourrait-il être possible  ? Enfin, même si le principe anthropique était exact, ce qui ne fait pas entièrement consensus, il n’impliquerait pas systématiquement une origine divine. En effet, parmi plusieurs hypothèses, l’existence d’un multivers, telle que formulée par la théorie des cordes, renverserait la statistique. De très improbables qu’il nous semble, l’ajustement fin des constantes universelles permettant la vie deviendrait tout à fait envisageable par le simple jeu du hasard. C’est un peu comme si vous aviez gagné au loto en ayant acheté des millions de billets. Dans ce cas, vos chances de succès n’étaient pas infimes, comme à l’ordinaire, mais considérables… Enfin, nous ne possédons qu’un seul exemple d’univers. Aucune statistique fiable ne peut donc être déduite, permettant de parler d’improbabilité d’émergence de la vie.

Depuis Thomas d’Aquin, bien d’autres auteurs ont employé une démarche comparable. Mais déjà, dans la critique de la raison pure, Kant rejetait les preuves ontologiques et cosmologiques de Dieu. Selon lui, la raison théorique est incapable de démontrer son existence. Alors, peu importe que les arguments avancés en cherchant Dieu dans nos connaissances scientifiques soient valides ou non. C’est cette façon de faire qui est biaisée en elle-même.

Voyons cela plus précisément.

Si l’on se réfère à une approche empirique et rationnelle, en s’appuyant sur le savoir qui en résulte, on observe que les lois de l’univers sont aveugles et vides de sens. C’est avant tout la contingence qui semble dominer. Le finalisme n’est pas démontré et le cosmos ne nécessite personne pour le pousser. On ne peut alors qu’aboutir à la conclusion de Laplace. Quand Napoléon lui a demandé où était Dieu dans son système cosmologique, en évoquant le principe de parcimonie, il répond : «  Sire, je n’ai pas eu besoin de cette hypothèse.  » Il n’écarte pas l’idée de Dieu, mais indique clairement que tout ce qui découle des lois de la nature, telles que décrites par la science, reste vrai indépendamment de toute éventuelle présence divine.

Ensuite :

Dieu, s’il existe, se doit d’être extérieur à sa création. Il ne peut être inclus à la matière. Si c’était le cas, il deviendrait un objet commun et ne serait plus Dieu. Un Dieu ne peut être ici qu’un principe initiateur, ni juge, ni arbitre, ni Père. Résidant hors de l’espace et du temps, il est inhumain. Il ne peut s’appréhender au travers de ce qui est connu, familier ou accessible. Dieu n’a pas de tête, ça n’a pas de corps, ça n’est ni IL, ni ELLE, ça n’a pas de sexe, ça n’a rien comme nous, ça n’a rien comme n’importe quoi qui existe.

Les mécanismes de la pensée résultent de l’évolution dans la matière et n’ont de sens que dans ce contexte. Les lois universelles guident notre logique et, par celle-ci, nous engendrons notre réalité. Il nous est alors très difficile, voire impossible, de conceptualiser un phénomène qui soit réel et, d’une certaine façon, concret, mais sans consistance ni forme, hors de tout espace, coupé du temps et inaccessible à toute expérience. Nous ne pouvons appréhender ce qui nous apparaîtrait sous la forme d’un néant (n’étant même pas une force ou de l’énergie), mais qui soit quand même quelque chose. Nous ne savons pas dessiner un monde sans chronologie, sans avant, ni de maintenant. Un tout sans logique causale où tout serait en une seule fois pour toujours et à jamais. Ainsi, notre esprit peine à analyser ou à comprendre (encore plus à mathématiser) un Dieu existant hors des limites de notre univers. L’éventuel principe créateur restera étranger.

Alors, imaginer un dieu qui reproduit un comportement humain en étant belliqueux, misogyne ou vengeur n’a aucun sens.

Au mieux, dans sa création, pourrait-on découvrir des traces qu’il y aurait laissées. Un exemple pouvant illustrer cela serait celui d’un téléviseur et de l’ingénieur qui l’aurait conçu. Depuis l’objet auquel nous accédons, nous ne pouvons connaître que ses composants et les liens qui les coordonnent afin de produire une image. Nous ne pourrions donc, dans le meilleur des cas, que trouver des empreintes digitales appartenant à son concepteur. Mais alors, serions-nous en mesure de les voir et, au-delà, de les comprendre  ? Un individu dont les sens et l’intellect ne seraient construits que pour appréhender l’électronique pourrait-il seulement déceler l’empreinte  ? Ensuite, s’il y parvenait, il ne posséderait aucun concept lui permettant d’émettre des hypothèses quant à l’essence profonde de son observation. Enfin, et c’est le plus important, même s’il y arrivait, il ne rencontrerait toujours pas l’ingénieur  ! Il ne pourrait qu’imaginer la forme de son doigt…

En cherchant Dieu dans la matière, on ne peut alors au mieux qu’aboutir à l’idée de Spinoza qui, très schématiquement, pose que Dieu = Nature.

Détaillons un peu. D’abord, il n’est en rien ici question d’un animisme primaire. Selon Spinoza, il n’existe qu’une seule substance infinie et éternelle qui s’identifie à la nature entière, il s’agit de Dieu. Elle est à la fois la cause de soi et la cause de tout, créatrice et active, mais aussi responsable de tous les effets produits. Cette vision rejette donc l’idée d’un Dieu personnel et anthropomorphe qui se préoccuperait des affaires des hommes. Enfin, le dieu de Spinoza est immanent. Il n’est pas hors de la nature, il est la nature. Cela règle les difficultés que nous venons d’évoquer. En définitive, Dieu ne crée pas le monde : il est le monde lui-même. Par la suite, Einstein sera séduit par ce dieu qui se révèle dans l’harmonie de la nature.

Finalement : en voulant «  démontrer  » Dieu, on ne peut aboutir qu’à deux conclusions :

  • Au pire, celle de l’empirisme et d’une croyance en la science comme unique description du réel, qui est que Dieu n’existe pas.

  • Au mieux, celle qui s’approche de Spinoza qui indique que la nature est Dieu.

Mais nous n’existons que dans le monde fabriqué par nos consciences

De par notre incarnation et la structure de notre esprit, nos capacités sensorielles et cognitives ne nous donnent pas accès au réel en soi. Celui-ci nous est voilé. Nous ne vivons alors que dans un monde fabriqué par notre conscience, prenant sa source dans la matière, mais, ensuite, radicalement différent de ce qu’elle est vraiment.

Il y a donc plusieurs niveaux de réalité, et n’existe pour nous que l’immédiateté indéniable de notre expérience subjective où nous pouvons donner du sens à un macrocosme qui en semble dépourvu.

La matière est le cadre indispensable pour que nous puissions être. L’univers est le référentiel commun permettant la logique causale et l’émergence des consciences. Sans notre incarnation, notre âme ne serait qu’une coquille vide. Comme le dit Sartre : «  l’existence précède l’essence  ». C’est mon parcours de vie qui me construit. Hors de lui, je ne suis que néant.

Mais à l’intérieur de ce cadre imposé, nous dessinons notre monde librement et nous en sommes donc responsables. Le tableau obtenu n’est alors plus uniquement le bois du châssis, le tissu de la toile ou l’huile de la peinture. Il représente quelque chose, il parle au-delà de ce qu’il est. Il signifie. Et cette signification n’existe comme telle dans aucun de ses composants matériels.

Mais en aucun cas, ce tableau n’est une illusion. Ce qu’il est en tant qu’œuvre d’art est aussi réel que les matériaux dont il est issu.

Alors : le monde que nous créons est indéniable et non moins vrai que toute matérialité qui nous fabrique et nous contient. Notre intersubjectivité possède la même réalité que chaque objet solide qui nous résiste (n’oublions pas d’ailleurs que l’univers, à son niveau le plus fin, est essentiellement constitué d’impalpable et d’un vide quantique en fluctuation).

Dans notre réalité vécue : nul doute que Dieu existe

Le fait de Dieu est omniprésent dans notre histoire. Il se caractérise par

  • Une fonction explicative répondant à des questions telles que l’origine du monde, la mort ou le sens de la vie.

  • Un rôle politique venant légitimer le pouvoir (rois, califes) ou le contester (prophètes)

  • Une dimension sociale structurant les sociétés (lois, rituels, éducation)

  • Un apport culturel avec l’art

  • Une attitude personnelle offrant un cadre de sens et de morale

De l’antiquité au Moyen Âge, Dieu, qu’il soit singulier ou pluriel, est bien présent et, même, central dans la vie quotidienne. Il est de plus en plus marginalisé par la suite dans la sphère publique.

Nous pouvons alors affirmer qu’au travers de la foi, Dieu réside vraiment dans notre réalité, sans impératif de démonstration.

Cette foi pourrait se définir depuis l’acceptation de croyances ou de dogmes (existence de Dieu, résurrection, révélation…) sans besoin de preuves empiriques. Elle se fonde sur l’autorité via les livres saints (bible, coran…), l’expérience personnelle d’une rencontre avec le divin, parfois même sur la raison comme chez Thomas d’Aquin. Mais la foi n’est pas qu’une conviction intellectuelle, elle exprime une relation de confiance avec Dieu qui se traduit par un abandon au profit d’une réalité supérieure. Elle peut aussi déboucher sur un engagement existentiel en ce sens qu’elle sait se manifester par des actes. Les religions en apporteront ensuite une définition adaptée aux préceptes qu’elles mettent en avant. En somme, il est question ici d’une dimension parfois rationnelle et expérimentale pour certains croyants, mais qui repose essentiellement sur une base inconditionnelle.

La foi peut alors être un formidable atout qui aide à vivre et à donner un sens positif à l’existence. Mais :

  • elle se doit d’être personnelle

  • Elle n’a besoin ni de rites, ni de dogme imposé, ni de représentants dûment patentés seuls autorisés à traduire en injonctions la parole du dieu.

Adhérer à une religion peut permettre le partage, mais n’a rien à voir avec la foi authentique qui ne peut se vivre qu’avec soi-même. Je ne suis pas croyant parce que d’autres pensent comme moi. Je crois, car je sais, j’ai la certitude, sans nécessité de preuves ni de confirmation par le regard d’autrui, que mon dieu existe et me connaît.

Alors, celui dont la foi est solide ne craint aucune contradiction. Au contraire, c’est celui qui doute qui sera ébranlé par des opinions opposées à sa croyance. En somme, si je me sens obligé de détruire les «  infidèles  » ou les «  hérétiques  », je donne en même temps la démonstration de la faiblesse de ma foi.

En effet, celle-ci est mise à l’épreuve dans notre société tournée vers le matérialisme et la technologie. Depuis les lumières, la science et la raison ont petit à petit remplacé la religion. Des croyants se trouvent ainsi dans une sorte de conflit cognitif. Quelques-uns chercheront alors à convaincre les sceptiques, voire à les contraindre d’adopter leurs certitudes, avec violence s’il le faut. Mais, selon la définition que nous avons donnée de la foi, cela ne peut traduire que le doute et la faiblesse de conviction.

Mais aussi, il suffira à certains de faire une lecture des textes religieux allant dans le sens de ce qu’ils voudraient voir advenir. C’est maintenant Dieu lui-même qui peut dicter des actes de nature politique ou comportementale critiquables, comme la guerre sainte, les croisades, la terre promise ou le rejet des femmes. Hélas, Dieu n’est pas un bon écrivain et ses propos peuvent être obscurs…

En conséquence, cette même foi, qui peut éclairer le monde, peut devenir dangereuse. En effet, rien ne peut l’ébranler. Les meilleurs arguments comme les meilleures démonstrations sont inutiles. Dès lors que la croyance associée à cette foi ne supporte pas l’altérité ou la contradiction  ; c’est le fanatisme qui se fait jour, débouchant sur toutes les atrocités dont les religions sont, ou ont été capables. Les survivants d’attentats ou de massacres perpétrés au nom de Dieu ne comprennent alors que trop que celui-ci apparaît bien dans notre réalité et qu’il y produit même des impacts tangibles.

Donc : là où nous existons vraiment, oui, Dieu est bien réel.

Que conclure  ?

En dépit des remarquables progrès de nos connaissances, nous ne savons toujours précisément pas dans quoi nous expérimentons l’être ni ce que nous sommes nous-mêmes. Entre autres, de nombreuses interrogations persistent quant aux lois de la physique, nous manquons encore d’une solide définition de la vie et nous ne pouvons décrire exactement ce qu’est la conscience. Les portes des possibles restent donc ouvertes. C’est alors l’incertitude qui demeure la seule attitude fermement défendable. Au sujet de Dieu, cela signifie l’agnosticisme.

Mais, sans avoir besoin d’aucune démonstration, dans l’unique réalité que nous éprouvons, nous pouvons développer une foi envers le divin qui pourra se révéler positive en venant éclaircir un ciel, sans cela, parfois bien sombre. La première limite à poser ici est celle qui veut que toute croyance transcendante ne doive être vécue qu’en soi et pour soi en sachant côtoyer l’altérité. De cette façon, faire le choix de Dieu, même par l’adoption d’une religion, est une attitude qui n’est en rien critiquable, d’autant plus qu’elle permet d’apporter un sens qui peut aider à vivre.

 

Source :

Ce texte est un extrait du livre « Le poisson et l’aquarium » où je présente ma thèse philosophique. Si vous souhaitez comprendre le contexte d’ensemble auquel il se rattache et aller au-delà, je ne peux que vous proposer la lecture de ce travail. Vous y retrouverez aussi certains de mes articles, ceux-ci venant illustrer concrètement ma pensée, toute philosophie hors sol étant stérile.

https://www.thebookedition.com/fr/le-poisson-et-l-aquarium-p-433280.html

 


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1 réactions à cet article    


  • Étirév 22 septembre 09:48

    « Il est stérile de vouloir « démontrer » Dieu »
    la science des orgueilleux, toujours fatiguée de recherches « stériles », conclu à la négation.
    Les mythes disent à tous que les Dieux existent, mais ils ne disent leur nature et leur vertu qu’à ceux qui sont capables de les connaître.
    Dans la première éclosion de la pensée humaine, l’homme jeta autour de lui un regard, étonné d’abord, puis interrogatif. Tout ce qui l’entourait était mystère ; il voyait partout des effets produits par des causes inconnues ; il apercevait planant par-dessus toute la nature, une force immense, une puissance qui semblait tout diriger, sa vie comme le reste.
    Les observations qu’il fit autour de lui pendant ces premiers jours de son histoire, durent être empreintes d’une grande précision, car lorsqu’il eut l’idée de définir, d’expliquer, de représenter cette puissance inconnue, il lui donna des attributs qui sont bien réellement ceux de la « Force » qui régit le monde cosmique et le monde organisé. Il avait donc tout aperçu, tout deviné ; à défaut de science il avait l’intuition. Dans toutes les mythologies de l’antiquité, ces derniers vestiges des conceptions primitives, nous voyons la Force personnifiée dans toutes ses manifestations ; chacune d’elles reçoit mille noms : on les appelle des Dieux. Les Dieux sont les principes qui gouvernent le monde.
    Or, quelle que soit la corruption apportée plus tard à l’idée que représente le mot « Dieu », on n’a jamais pu en changer la signification primitive. Dieu est toujours resté « un principe qui gouverne le monde ».
    Existe-t-il donc réellement un principe tout-puissant, qui soit à la fois l’origine et la cause de tous les phénomènes de la Nature, un principe qui donne et entretient la vie, un régulateur permanent qui soit si nécessaire et si évident que l’homme primitif, malgré son ignorance, le découvrit spontanément dans la Nature ?
    L’idée de Dieu dans la philosophie
    Science, Religion et Philosophie sont des mots qui prétendent tous les trois avoir la même signification ; tous trois veulent être l’expression de la vérité.
    Cependant une grande différence existe entre eux.
    La science affirme ; la Religion impose ; la philosophie cherche.
    Or, comme il n’y a qu’une vérité et qu’elle ne peut être que dans la science, qui affirme, pourquoi la chercher dans la philosophie ? Pourquoi les religions de l’antiquité qui imposaient ce que la science affirmait n’ont-elles pas suffi aux hommes ? Pourquoi ont-ils institué cette nouvelle méthode de recherche : la philosophie.
    Il faudrait, pour répondre à cette question, faire toute l’histoire de l’esprit humain, montrer comment l’homme, doué dans son enfance phylogénique d’un esprit droit et d’une raison juste qui lui permettaient de comprendre les lois de la Nature perdit peu à peu ces facultés primitives ; il faudrait montrer, comment en s’enfonçant dans son évolution sexuelle, son esprit se troubla, comment il cessa, insensiblement, de comprendre le monde qui l’entourait, comment il perdit la science.
    Pendant que cette évolution décroissante de ses facultés s’accomplissait, son esprit inquiet de cette dégénérescence cherchait à retrouver les connaissances primitives de ses aïeux. Cette science perdue existait en germe dans son esprit, c’était un lot de l’héritage ancestral, mais elle y était voilée. Il travailla à lui rendre une forme, un corps, à la formuler.
    Semblable à celui qui s’éveille après un rêve qui l’a vivement impressionné et qui fait des efforts de mémoire pour en ressaisir le fil qui lui échappe, ainsi, l’homme chercha à retrouver les vérités premières, mais sa raison perdait de jour en jour sa droiture primitive, et, comme c’est en elle, seulement, qu’il cherchait la cause des choses, il s’enfonçait de plus en plus dans les profondeurs d’une obscurité qui devait, pendant tant de siècles, tenir la place de la science.
    La philosophie n’a jamais été que l’expression de cette défaillance de l’esprit de l’homme, elle répond à un besoin qui s’est imposé en l’absence de la science, mais qui disparaît en face de la certitude, en face des faits démontrés.
    La philosophie a une autre faiblesse. C’est d’être exclusivement spéculative. Elle n’aspire à connaitre la vérité que pour le bonheur de la posséder, elle ne la traduit pas, dans le domaine des faits, en lois religieuses ou sociales pour guider l’humanité dans les nations. Or, la mission de la science est, au contraire, de rechercher la vérité pour l’appliquer à la vie matérielle et morale de l’homme, pour en tirer des règles de conduite. Elle est aussi active que la philosophie est passive.
    Examinons les formes principales que l’esprit inquiet des hommes a données à la spéculation philosophique depuis le jour où il a perdu la connaissance positive de la vérité.
    Examinons, d’abord, la valeur de la doctrine rationaliste, puisque tous les systèmes philosophiques reposent, directement ou indirectement, sur la raison de l’homme. Suite...
    NB : Il y a Dieu(x) et Dieu(x)
    Quels étaient donc ces premiers instructeurs de l’humanité qui expliquèrent à l’homme la Nature et ses mystères, la vie et ses lois ?
    La tradition de tous les pays fait remonter cette première science à une « race divine ». Puis, quand vint la religion moderne qui résuma tous les Dieux en un seul, on déclara que « la Révélation vient de Dieu ». Mais ceux qui parlaient ainsi s’appuyaient sur une tradition altérée ; si nous remontons à sa source, nous ne trouvons pas un Dieu, mais des Dieux, et si nous cherchons quel était le secret de leur nature divine, nous devons remonter plus haut encore, et dans ce passé lointain, nous ne trouvons plus des Dieux, mais des Déesses, et forcément nous constatons que c’est cette primitive Divinité, la Déesse, la puissance supérieure (intellectuelle), qui a instruit les hommes. Nous comprenons alors que la source de toute vérité, c’est l’Esprit féminin.
    Précisons que le terme « Déesse » est le nom générique de toutes les femmes supérieures et qui n’indiquait alors que les qualités morales inhérentes au sexe féminin. Pas de surnaturel ; partout les mêmes principes, c’est-à-dire les mêmes commencements, avaient pour base la nature même, encore inviolée.
    Il convient, également, à propos du terme « Dieu », de préciser qu’il ne faut pas faire la confusion entre sa signification en tant que puissance cosmique qui organise l’Univers (Macrocosme), c’est-à-dire la radiation des astres incandescents qui a été appelée « Elohim » chez les hébreux, « Brahm » chez les hindous ou « Ptah » chez les égyptiens, et celle représentant la Déesse-Mère, l’organisatrice de la vie sociale, c’est-à-dire la femme qui est la créatrice de l’enfant (Microcosme), et donc la Divinité terrestre qui crée l’humanité, et qui la crée mâle et femelle car la mère enfante les deux sexes, les dirige et les instruit. Elle seule est Créatrice ; les « Elohim » organisent, mais ne créent pas, ce sont des puissances physiques, des forces. Chez les égyptiens, « Ptah », cette puissance cosmique, ce rayonnement solaire a été personnifié par la Femme-Déesse, que l’on comparait au Soleil parce qu’elle possédait en Elle l’esprit qui éclaire.
    Notons que le mot « Dieu », d’abord écrit « Diev » vient du mot sanscrit « Devâ » ou « Diva » ou « Devi » (de « Div », briller ou rayonner) qui signifiait la « Femme lumière », la « Femme Esprit » ; de là « Dyaus », « Zevos », et « Zeus » (le V et l’U se confondent) ; on retrouve la même racine dans le « Div » du Zend (langue des anciens iraniens), le « Dew » du Slave, le « Divos » latin et tant d’autres dérivés, sans oublier la « Dive » (Bouteille) de Rabelais.
    C’est au moyen âge seulement que le V de « Diev » fut remplacé par un U et que l’on écrivit « Dieu ». Aussi, en Russie, on appelle encore la jeune fille « Diéva ».
    Les premières femmes régnantes, les « Dévas », les « Fatas », les « Génies », les « Almées », les « Izeds », les « Archanges », etc., représentent d’abord l’Esprit universel. L’art antique leur a toujours donné des figures féminines. C’est pourquoi l’idée de maternité sera liée à l’idée de Divinité. Plus tard, suivant l’évolution de l’idée divine, après une période intermédiaire entre le régime maternel et le régime paternel, alors que la Grèce eut accouplé Hermès et Aphrodite pour en faire un Dieu-couple, « l’Hermaphrodite » ou « l’Andro-gyne », c’est-à-dire le partage des facultés, l’égalité des sexes, il ne sera plus laissé place qu’à un Dieu unique, anthropomorphe, mâle, inutile, inconnu et incognoscible, relégué hors du monde, sur le trône de sa déserte immensité, et dont l’existence ne semble servir que de ferment de discorde entre les hommes.
    Symboliquement, la puissance religieuse masculine eut trois degrés :
    Le Poséidonisme, l’homme ténèbre qui éteint les lumières, noie l’Esprit ; c’est le Tellurisme. De là, elle monte dans le ciel, mais y occupe la seconde place : c’est la phase lunaire. Enfin, l’ambition de l’homme grandissant avec son orgueil, il prend la première place, il devient un Dieu solaire. Alors, dans la confusion qui règne, le soleil devient la Terre.
    C’est pour cela que le nom de l’astre radieux « Sol » devient le nom du terrain sur lequel nous marchons.
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