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Comment les milliardaires affaiblissent la République

    Lors de l’université d’été de la France Insoumise de 2027, une conférence était organisée sur le thème « Faut-il interdire les milliardaires ? », où Manon Aubry expliquait : « je veux vous convaincre à quel point les milliardaires sont des formes de nuisibles » [1], suscitant ensuite des vives réactions à droite, jusqu’au PDG de Dassault Aviation.
    Dépassons le caractère polémique de cette séquence et essayons d’analyser en quoi les milliardaires pourraient avoir des comportements « nuisibles » envers la République.

    Le premier domaine pénalisé par les milliardaire concerne l’économie. En effet, contrairement à la plupart des Français, un milliardaire ne va consacrer à la consommation de biens et de services qu’une toute petite partie de ses revenus et de son patrimoine. Si on donne 1000 Euro à 1 million de personnes avec un revenu proche du salaire médian, ils vont réinjecter cet argent dans la consommation et faire fonctionner l’économie. À l’inverse, si on donne 1 milliard d’Euro à une seule personne, elle va en réinjecter moins de 2 % dans la consommation, ce qui va contracter la demande intérieure. Tout va alors dépendre du sort réservé aux 98 % restants. S’ils sont placés à l’étranger ou, pire encore, dans un paradis fiscal, c’est une perte nette pour l’économie du pays et les recettes de l’État, et un risque pour la souveraineté du pays.
    Pour illustrer cette problématique, on peut prendre pour exemple certains pays pauvres autoritaires dont les dirigeants captent l’essentiel des richesses produites, pour les réinvestir ensuite entièrement dans les pays Occidentaux, bloquant ainsi le développement de leurs pays et laissant les populations dans l’extrême pauvreté. 
    Autre possibilité, l’argent est réinvesti dans l’immobilier, les conséquences sont alors encore plus néfastes, car les prix vont monter, augmentant sensiblement les coûts de l’immobilier pour les entreprises et les ménages. Enfin, dernier cas, l’argent est mis à disposition pour l’économie du pays, c’est la situation la plus favorable, néanmoins la force de frappe donnée par ces montants astronomiques peuvent altérer fortement les décisions rationnelles que devraient prendre les entreprises pour assurer leur pérennité.

    Le deuxième domaine mis à mal par les milliardaires concerne la démocratie. Avec leur force de frappe, les milliardaires peuvent acheter des journaux, des chaînes télés, des magazines, des réseaux sociaux, ou encore des maisons éditions, dans l’objectif d’orienter les lignes éditoriales de ces média pour qu’elles servent leurs intérêts, créant ainsi une importante distorsion sur le marché de l’information. De plus, les ultra-riches disposent de suffisamment de moyens pour financer les campagnes électorales de leurs candidats favoris, qui, en retour, une fois au pouvoir, vont mener des politiques qui les favoriseront, au détriment de l’intérêt général.

    Le troisième domaine concerne l’augmentation de la violence insufflée dans la société par les milliardaires. En effet, lorsque l’on possède un tel patrimoine, on active ses passions tristes, comme la peur, la paranoïa et la haine, afin de protéger son trésor, et on sombre dans un racisme de classe pour se justifier de la normalité de la situation. Ce racisme de classe va engendrer des comportements violents, qui vont ensuite infuser dans toute la société. Ainsi, interdire les milliardaires, c’est d’abord les protéger d’eux-mêmes, en les libérant d’un fardeau qui les rongent psychologiquement. Et c’est ensuite diminuer la violence diffusée dans la société.

    Enfin, le dernier domaine mis à mal par les milliardaires concerne la morale. Un milliard d’Euro correspond à environ 50 000 ans de SMIC brut. Ainsi pour être milliardaire, il faudrait qu’une personne ait économisé un SMIC brut depuis le milieu du paléolithique jusqu’à nos jours, soit bien avant le début de l’apparition de l’agriculture (-10 000) ou de l’écriture (-3 000). Une telle accumulation est un non sens moral. Par ailleurs, le milliardaire n’aurait jamais atteint un tel niveau de patrimoine s’il habitait tout seul sur une île déserte. C’est bien la preuve qu’il doit son patrimoine à la société dans laquelle il vit.

 

    Économie, démocratie, violences, morale, on constate que le patrimoine des milliardaires posent de nombreux problèmes pour la vie en société au sein de la République. C’est pour cette raison, qu’il serait sage et urgent, de plafonner le patrimoine. Par exemple, un seuil à 1000 ans SMIC brut par personne, serait déjà bon début.

[1] https://www.youtube.com/watch?v=anVooQj8LlE


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10 réactions à cet article    


  • Vudenbas Vudenbas 10 octobre 10:20

    Je... comment dire... oui... mais non... la première idée qui me vient c’est : la drogue c’est mal !

    Le pire, c’est que je ne vois même pas l’intérêt de contre argumenter.

    Ça en est même effrayant.


    • Dudule 10 octobre 13:58

      @Vudenbas

      Parce que c’est parfaitement factuel et que contester ce constat est effectivement difficile.

      L’illustration avec l’échelle de longueurs est vraiment parfaite : peu de gens se rendent compte de ce que représente un milliard.

      Les riches sont vraiment bien trop riches en France, et c’est un très grave problème.

      A titre d’exemple, Bernard Arnault « pèse » environ 140 milliards d’euros. Soit 140 mille millions d’euros. Ce capital lui rapporte 6 à 7% par an, parfois plus. Faites le calcul. Ça fortune a doublé en 10 ans. Que fait-il avec cet argent ? Rien. Ah, si, il achète des journalistes pour peser sur le débat public, et un club de foot à son fils. Et que pait-il comme impôt ? Presque rien.


    • Vudenbas Vudenbas 10 octobre 15:51

      @Dudule et l’auteur

      Je partage une partie du constat. L’article a raison de pointer la concentration des médias entre quelques grandes fortunes : c’est un vrai sujet démocratique. Sur l’impôt, le tableau est plus flou qu’on ne le dit. La seule étude détaillée (Institut des politiques publiques) conclut que le taux d’imposition baisse tout en haut, mais elle porte sur des données de 2016. Depuis, la suppression de l’ISF, la flat tax et la baisse de l’impôt sur les sociétés ont allégé l’imposition des plus riches. À l’inverse, deux mesures temporaires, votées pour 2025 et reconduites pour 2026, l’ont alourdie : une surtaxe sur les bénéfices des grandes entreprises et un impôt minimal de 20 % sur les hauts revenus. Ce dernier ne touche guère les bénéfices conservés dans les holdings, qui sont le cœur du problème. Personne ne sait donc précisément où en est l’écart aujourd’hui, et d’autres calculs contestent l’étude elle-même. Le débat est toujours d’actualité.

      Revenons maintenant à Brandolini.

      L’article oppose un milliard confié à une seule personne à 1 000 € donnés à un million de personnes, comme s’il s’agissait d’argent qu’on pourrait réinjecter dans l’économie. Prenons l’exemple de Dudule. La fortune de Bernard Arnault, autour de 145 milliards d’euros, équivaut à peu près au déficit public d’une seule année (152 milliards en 2025), à un mois de dépenses publiques (plus de 1 700 milliards par an) ou à 4 % de la dette (près de 3 600 milliards). Immense à l’échelle d’une personne, modeste à l’échelle d’un État. Et une fois ponctionné et dépensé, on ponctionne qui ? Et qui plus est, dépensé dans quoi ? Vu que nous importons plus que nous exportons, ça partira essentiellement à l’étranger.

      Et cette fortune n’est pas un compte en banque. Ce sont pour l’essentiel les parts de la famille dans LVMH, soit la moitié du capital. Quand Dudule demande ce qu’il fait de cet argent, la réponse est là : il est dans l’entreprise. Sa valeur dépend des marchés et des taux d’intérêt, et elle s’est construite en partie sur l’endettement et les holdings : quand la fortune «  double », c’est surtout le cours de Bourse qui monte, pas un revenu perçu. L’action LVMH avait d’ailleurs perdu plus d’un tiers de sa valeur début 2026 par rapport à son sommet de 2023. Pour récupérer cette fortune, il faudrait vendre ces parts. Avec un plafond, aucun particulier français ne pourrait les racheter, et les investisseurs institutionnels français ne pourraient pas absorber de tels montants. Elles partiraient pour l’essentiel à l’étranger, avec le contrôle d’un fleuron français, et leur valeur chuterait au passage. Une fois l’argent dépensé, il ne resterait plus rien, encore une fois. Quoique, il reste Dassault, Bettencourt, on tiendra un ou deux mois de plus, suis je bête. Et il est clair que la France va envoyer un signal très fort aux investisseurs étrangers. Venez vous faire dépouiller.

      @Dudule, il y a aussi une confusion entre le propriétaire et ses entreprises. Quand vous dites qu’Arnault ne paie « presque rien », vous ne regardez que son impôt personnel. Or LVMH paie elle-même des impôts en France : selon le groupe, environ 40 % de son impôt sur les sociétés mondial, soit à peu près 4,5 % de tout l’impôt sur les sociétés perçu en France, sans compter les cotisations et la TVA. Elle emploie aussi des milliers de salariés. Même l’étude de l’IPP le relève : pour les milliardaires, l’impôt sur le revenu est très faible, mais l’impôt sur les sociétés pèse lourd. On peut juger le total insuffisant, mais « presque rien » ne tient pas. L’article, lui, ne dit rien des impôts payés par les entreprises.

      L’article illustre aussi son propos par les dirigeants de pays pauvres autoritaires qui captent les richesses de leur pays pour les placer en Occident. La comparaison ne tient pas. Un dictateur s’approprie les richesses par la force, en contrôlant l’État, l’armée et la justice, et il est au-dessus des lois. Un homme d’affaires s’enrichit parce que des clients achètent librement ses produits, et il reste soumis aux lois, aux impôts, aux tribunaux et à la concurrence (la concurrence ne s’achète pas, lois anti-trust, etc). Le dictateur fait sortir l’argent de son pays  ; une entreprise comme LVMH, qui vend l’essentiel de sa production à l’étranger, en fait entrer.

      Le plafond proposé pose aussi problème. À 1 000 ans de SMIC, il s’appliquerait dès 22 M€ environ, soit 45 fois moins qu’un milliard, et l’article n’y voit qu’« un bon début ». Il toucherait donc bien plus de monde que les milliardaires, notamment des propriétaires d’entreprises familiales. Ces entreprises ne fermeraient pas du jour au lendemain, mais leurs prochains investissements se feraient ailleurs.

      Enfin, l’article affirme que les ultra-riches financent les campagnes de leurs candidats. En France, les entreprises n’en ont pas le droit, et les dons des particuliers sont plafonnés à 4 600 € par élection. L’influence passe surtout par les médias, comme le dit Dudule, et par le lobbying. Cela appelle des réponses ciblées : règles anticoncentration, indépendance des rédactions, transparence.

      Bref, le vrai sujet me semble être le pouvoir que donne la concentration de la richesse, plus que l’argent lui-même. Il se traite par une fiscalité mieux calibrée tout en haut, appuyée sur des chiffres à jour, et par une meilleure régulation. Pas par un plafonnement qui ne rapporterait qu’une fois et fragiliserait ce qui produit la richesse à partager.


    • Dudule 10 octobre 22:30

      @Vudenbas

      Le capital de Bernard Arnault (et des autres...) n’est pas constitué de bouts de papiers qui dorment dans un coffre. Ce sont des actifs qui rapportent. Beaucoup. En moyenne 6%, sur lesquels Nanard (et les autres) ne payent aucun impôt parce qu’ils ont tous placé dans des holdings défiscalisées.

      6% de 140 mille millions (140 000 000 000), ça fait 8 400 000 000, 8 milliards 400 millions !

      Zuckman veut leur prendre 2% de ce capital, en faisant remarquer à juste titre que 2% sur des actifs qui en rapportent en moyenne 6 (voir plus) c’est vraiment pas grand chose.


    • Vudenbas Vudenbas 11 octobre 11:44

      @Dudule

      Vous avez raison sur un point important : les bénéfices qui restent dans les holdings échappent largement à l’impôt personnel. C’est exactement ce qu’avait montré l’Institut des politiques publiques, et c’est un vrai sujet.

      Mais...

      Les bénéfices de LVMH paient l’impôt sur les sociétés avant d’être distribués. Les dividendes remontent ensuite dans les holdings quasi exonérés, avec seulement 5 % imposés, comme pour n’importe quelle société qui détient au moins 5 % d’une autre depuis deux ans. Ce n’est pas une holding « défiscalisée », c’est un régime qui évite d’imposer deux fois le même bénéfice. L’impôt personnel, lui, n’est dû que si l’argent sort de la holding. Et comme je l’ai rappelé plus haut, ces impôts payés en amont par LVMH en France sont loin d’être symboliques.

      Ensuite, les 6 %. le chiffre de Zucman : en moyenne sur longue période, les grandes fortunes progressent d’environ 6 % par an. Mais ce « rendement » n’est pas de l’argent perçu. Ce que ces actifs rapportent réellement en espèces, ce sont les dividendes : 13 € par action LVMH pour 2025, soit environ 2,5 à 2,8 % du cours selon le moment. Pour la famille Arnault, qui détient environ 249 millions d’actions, cela fait un peu plus de 3 milliards par an, pas 8,4. Le reste, c’est la hausse du cours de Bourse : une plus-value sur le papier, que tout actionnaire ne paie qu’en vendant, et qui peut s’inverser. L’action LVMH a perdu plus d’un tiers de sa valeur entre son record de 2023 et début 2026 : les dividendes ont continué d’être versés, mais le rendement total était négatif. Or une taxe de 2 % resterait due ces années-là aussi. C’est la limite de raisonner avec une moyenne.

      Il faut aussi rappeler ce qu’est une action : un titre de propriété, pas un placement. La famille Arnault ne possède pas une fortune placée quelque part, elle possède la moitié de LVMH, avec ses ateliers, ses marques et ses salariés. Taxer ce patrimoine chaque année, c’est taxer la propriété de l’entreprise. Si l’impôt n’est pas payé avec les dividendes, il faut céder des parts : à 2 % par an, sans croissance, c’est la moitié du capital en 35 ans. On peut le vouloir, mais il faut le dire clairement.

      C’est d’ailleurs le même débat que celui du loyer fictif pour les propriétaires de leur logement : peut-on imposer ce qu’on possède comme si c’était un revenu perçu ? La Suisse, qui imposait ce loyer fictif depuis 1934, vient de le supprimer par référendum en 2025.

      Sur la taxe Zucman elle-même : c’est un impôt plancher. Au-delà de 100 M€ de patrimoine, soit environ 1 800 foyers, on paierait au minimum 2 % de ce patrimoine, en déduisant les impôts déjà payés. Pour Arnault, la taxe absorberait l’essentiel des dividendes : avec un rendement autour de 2,5 à 2,8 %, un prélèvement de 2 % en prendrait 70 à 80 %. Les années où le cours monte plus vite que les bénéfices, la taxe augmenterait sans que les dividendes suivent. Et une partie de ce que les entreprises rendent à leurs actionnaires passe par des rachats d’actions plutôt que par des dividendes : cela augmente la valeur des parts, donc la taxe, sans rapporter un euro à celui qui ne vend pas.

      Le problème est encore plus net pour les jeunes entreprises. Dans certains secteurs comme l’intelligence artificielle, les valorisations explosent en quelques années. À chaque levée de fonds, la fortune des fondateurs grimpe sur le papier, et leur taxe avec elle, sans qu’ils touchent un euro de plus, puisque ces entreprises ne versent généralement pas de dividendes. Une analyse publiée par l’OFCE montre, sur un exemple, qu’une simple augmentation de capital peut presque doubler la taxe due par des fondateurs, de 60 à 115 millions, par le seul effet de la revalorisation. Il leur faudrait vendre des parts chaque année, ou les céder à l’État comme le propose Zucman. C’est précisément là que la France se bat pour garder ses start-up. Le rendement attendu de la taxe est lui-même discuté : 15 à 25 milliards par an selon Zucman, environ 5 milliards selon ses contradicteurs.

      Bref, le problème des holdings est réel et mérite une réponse. Mais il se discute mieux avec les vrais chiffres : environ 3 milliards de dividendes, pas 8,4 milliards de revenus non imposés. Et en gardant en tête qu’une action est une part d’entreprise, pas un livret qui rapporte.

      Et qui va vouloir se lancer à grande échelle en France ? Pour distribuer de la richesse il faut en produire. N’est pas François Hollande qui veut, « c’est gratuit, c’est l’état qui paye ».


    • Marcus Clams Marcus Clams 25 octobre 21:11

      @Vudenbas
      Merci pour votre lecture.
      La fortune de Bernard Arnault, autour de 145 milliards d’euros, équivaut à peu près au déficit public d’une seule année (152 milliards en 2025), à un mois de dépenses publiques
      L’article ne dit pas que ce plafond allait résoudre le problème de la dette. L’objectif (au niveau économique) est d’arriver à faire en sorte que l’épargne créée soit réinjectée dans l’économie locale, sans faire monter l’immobilier, ce qui reste le plus efficace pour stimuler l’économie.
      Pour le capital actionnarial, je ne l’ai pas mis dans l’article, mais l’idée serait d’exonérer les PDGs propriétaire, ce qui résoudrait le pb des starts-up et des entreprises familiales.
      On ne prendrait en compte que la partie dividende, qui elle se trouve bien sur des « comptes en banque ».

      L’article illustre aussi son propos par les dirigeants de pays pauvres autoritaires qui captent les richesses de leur pays pour les placer en Occident. La comparaison ne tient pas.
      Mon propos ici n’est pas de savoir comment la personne a réussi à gagner son argent (par la force ou non), mais ce qu’elle en fera.
      Disons que si on regarde qui fait de l’évasion fiscale chez les particuliers, on constate que ce sont surtout les hauts revenus, car ça devient rentable.
      Avec 10 000 personnes avec 100 000 euro sur leur compte, on aura peu d’évasion fiscale, par contre 1 personne avec 1 000 000 000 d’euro sur un compte on en aura beaucoup, le capital quitte le pays, comme pour ces pays autoritaires.

      Enfin, l’article affirme que les ultra-riches financent les campagnes de leurs candidats. En France, les entreprises n’en ont pas le droit, et les dons des particuliers sont plafonnés à 4 600 € par élection.
      Pour contrer cette limitation une multitude de micro-partis sont créés car la limite est par parti. Ils arrivent à reverser ensuite au parti visé.


    • Étirév 10 octobre 10:48

      Comment des familles (clans mafieux serait plus juste) affaiblissent le monde
      Depuis le XVIIIème siècle, les principaux banquiers sont étroitement interconnectés entre eux et ont des intérêts communs et liés. Les activités de ces banquiers sont structurellement internationales, leurs intérêts pouvant être qualifiés d’apatrides, ou plus exactement de supranationaux, en ce sens qu’ils n’ont aucun rapport avec un quelconque « intérêt national » au sens culturel et géographique du terme « national ».
      Les banquiers ont, peu à peu, établi un système de prédation capitalistique qui, à son tour, leur a permis de prendre le contrôle du phénomène politique (national et international), par la corruption ou l’intimidation (n’appelle-t-on pas cela un système mafieux ?), organisant en conséquence un système législatif qui leur soit de plus en plus favorable. Pour ceux qui l’auraient oublié, cette vérité a été directement précisée par l’un des fondateurs de l’oligarchie financière : « Donnez-moi le contrôle de la monnaie d’une nation et je n’aurai pas à m’occuper de ceux qui font les lois ».
      L’accaparement des monnaies a finalement permis à ces « puissances d’argent » d’orienter la création de richesse dans leurs seules poches privées.
      Aussi, dans la plupart des pays du monde, l’État actuel est « l’État profond », c’est-à-dire une réelle ploutocratie, apatride et supranationale, cachée derrière une démocratie, véritable coquille vide.
      Rappelons que dans le contexte d’un rapport de force et de puissance, la présence d’États au sens politique du terme, c’est-à-dire d’États souverains, sont, par construction, les pires ennemis des « puissances d’argent ». C’est ainsi que la prise du contrôle étatique par l’oligarchie n’a, historiquement, fait l’économie d’aucun coup d’État, permanent ou non.
      Ainsi, depuis le XVIIIème siècle, toutes les révolutions de couleur, de fleur ou autre nom jovial, sont une émanation de cette première tactique, consistant, pour les oligarchies (locales ou coalisées), à s’emparer des institutions étatiques des différents pays du monde.
      La seconde étape consistant en la collaboration des élites économiques des différents pays.
      Le véritable pouvoir aujourd’hui n’est donc pas à rechercher dans l’apparence des arcanes politiques, il se cache derrière l’anonymat des capitaux et dans les paradis fiscaux.
      Les Paradis fiscaux et les institutions du type Banque des Règlements Internationaux (la B.R.I. est la banque centrale des banque centrales) constituent des défis de premier ordre pour les États politiques. Ces « paradis terrestres artificiels » sont les seuls véritables ennemis actuels des États. Ils autorisent une permanente fuite des capitaux des États vers les places financières obscures, appauvrissant les États en réduisant, de façon mécanique, leur capacité budgétaire.
      Faire disparaître la prétendue indépendance et intégrité de la B.R.I., ainsi que de tous les paradis fiscaux de la planète, serait simple à mettre en œuvre : il suffirait qu’un ou plusieurs États envoient des corps militaires à l’assaut de cette forteresse financière pour qu’il n’en reste rien.
      « Du point de vue géopolitique, le paradis fiscal est un instrument d’affaiblissement des États. Élément essentiel qui solidifie l’édifice monétaro-économique global, le paradis fiscal permet d’abord l’opacité des propriétaires des capitaux et une sauvegarde de leurs avoirs financiers en échappant à toute imposition. Ce mécanisme de concentration du capital rend possible, à son tour, la subversion des organisations internationales et des États. Le paradis fiscal opère un abaissement structurel du rôle politique des États de deux façons. D’une part, il permet aux propriétaires majoritaires des banques anglo-saxonnes de subvertir les États en corrompant les hommes politiques. D’autre part, la notion même de paradis fiscal indépendant est un détournement juridique de la notion d’État. Aujourd’hui, les États sont, plus que jamais, les acteurs d’une pièce de théâtre dont le scénario et les bénéfices leur échappent. Les paradis fiscaux dissimulent, en réalité, l’objectif des “puissances d’argent” qui est d’assurer (avec la complicité de leurs “marionnettes” politiciennes) le financement de leur hégémonie en appauvrissant les États jusqu’à la complète disparition de ces derniers de la scène institutionnelle. Les paradis fiscaux sont devenus, à leur corps défendant, le talon d’Achille de la mondialisation. Ces paradis, nouvellement constitués en réseau, ont pour caractéristique d’agir au moyen de trusts anonymes. Il suffirait que des États dignes de ce nom suppriment la validité des transactions juridiques avec les trusts anonymes, et de manière générale, avec tout type de structures juridiques permettant l’opacité pour les propriétaires de capitaux, afin de tarir une grande partie du drainage des fonds vers les paradis fiscaux anglo-saxons. Ceci porterait un coup, peut-être décisif, à l’oligarchie à la manœuvre, en supprimant une partie de ses revenus disponibles. Dans le même temps, une telle action permettrait aux États de récupérer une partie substantielle des revenus qui leur échappent. Les États retrouvant ainsi des marges de manœuvre budgétaire de façon indolore pour leurs ressortissants, personnes physiques et morales. » (V. Bugault)
      NB : Le véritable pouvoir auquel sont soumises les populations, maintenues dans la naïveté et l’inconscience, est économique : il appartient aux principaux détenteurs de capitaux de la planète, lesquels ont tant et si bien œuvrés depuis des centaines d’années qu’ils sont devenus propriétaires directs et/ou indirects de la majeure partie des actifs tangibles de ce monde. Ainsi, sous couvert d’anonymat capitalistique, quelques familles chapeautent tout l’édifice capitalistique mondiale.
      Un historien contemporain, Bruno Riondel, a retracé les activités politico-financières de la famille Roosevelt :
      Descendante d’un couple d’immigrés judéo-hollandais, Claes Maartenszen van Rosenvelt et son épouse Jannetje Samuels, c’est au XVIIème siècle que la famille Roosevelt vint s’installer à la « Nouvelle-Amsterdam » (rebaptisée « New York » en 1664). En 1784, l’arrière-arrière-grand-père de F.D. Roosevelt, Isaac Roosevelt, s’associa avec Alexander Hamilton pour créer la première banque new-yorkaise, la Banque de New York (première banque centrale américaine et ancêtre de la « FED » ; elle était structurée comme la Banque d’Angleterre). Sur le plan politique, Hamilton, homme des puissances financières, partisan de la création d’une Banque centrale américaine à la fin du XVIIIème siècle, s’opposait en cela à Thomas Jefferson (futur Président des États-Unis) qui en refusait l’idée : « Je pense, avertissait-il dès 1802, que les institutions bancaires sont plus dangereuses pour nos libertés que des armées prêtes au combat. Si le peuple américain permet un jour que des banques privées contrôlent leur monnaie, les banques et toutes les institutions qui fleuriront autour des banques priveront les gens de toute possession, d’abord par l’inflation, ensuite par la récession, jusqu’au jour où leurs enfants se réveilleront, sans maison et sans toit, sur la terre que leurs parents ont conquise ». En 1786, Isaac Roosevelt devint président de la Banque de New York et, en 1789, Hamilton devint secrétaire d’État au Trésor. En 1930, un membre de la famille Roosevelt siégeait encore au conseil d’administration de la Banque de New York, W. Emlen Roosevelt. Il y côtoyait Cleveland Dodge qui avait été l’un des artisans de l’ascension de Woodrow Wilson à la présidence des États-Unis, en 1912. Au milieu du XIXème siècle, un autre membre de la famille Roosevelt, James Roosevelt, fut un élu du Corps législatif de l’État de New York. Selon ses biographes, il aurait été un agent de liaison entre le parti démocrate et Wall Street, transmettant les directives de la Bourse aux politiciens qui en recevaient des financements, notamment de la Banque de New York, en partie propriété des Roosevelt. Théodore Roosevelt, président des États-Unis, au cours de la première décennie du XXème siècle, monta, avec l’aide de Wall Street, en 1912, un tiers parti chargé de nuire à la réélection du président Taft et de contribuer au succès de Woodrow Wilson qui fut l’homme de main des promoteurs de la Federal Reserve. Plus curieusement, un autre parent de Franklin D. Roosevelt, Clinton Roosevelt, descendant du fondateur de la Banque de New York, fut l’auteur, en 1841, d’un manifeste de nature socialiste intitulé « The Science of Government founded on Natural Law », dans lequel il imaginait la création d’un pouvoir totalitaire placé aux mains d’une élite qui serait chargée de mettre au point une législation permettant un contrôle étroit des masses.
      Wickliffe B. Vennard, dans son ouvrage « The Federal Reserve Hoax - The Age of Deception », écrit : « Sans l’aide reçue de Clinton Roosevelt, d’Horace Greeley et des financiers qu’ils représentaient, Karl Marx serait resté un obscur obsédé révolutionnaire. Greeley a donné à Marx et à son Manifeste communiste une audience internationale. Ils ont promu leur camarade « Illuminé » en le nommant correspondant et analyste politique pour la New York Tribune, le journal de Greeley ».
      La famille Roosevelt est un bon exemple de ces familles liées à l’oligarchie mondialisée et qui agissent à l’interface des domaines financiers et politiques.
      Lien


      • perlseb 10 octobre 16:38

        Aucun problème pour des inégalités dues à un travail plus important. Mais quand on ponctionne le travail (par la rente : du capital, de l’immobilier) alors c’est un vol (légalisé mais tout aussi immoral). Avec l’effet de levier, ceux qui empruntent (et qui sont assez riches pour le faire : on ne prête qu’aux riches) pour acheter des logements ou une entreprise, se font rembourser leur emprunt par leurs locataires ou leurs salariés / clients.

        Une société juste qui recherche la liberté du plus grand nombre (et pas la liberté quasi-infinie de vautours extrêmement minoritaires : voir l’affaire Epstein) doit être globalement égalitaire (des différences raisonnables liées à des différences de travail). En cas de grosses inégalités, la corruption rend le système extrêmement verrouillé, travaillant contre l’intérêt général, étouffant les affaires concernant les « bienfaiteurs » par promotion des plus obéissants qui ont compris l’intérêt de savoir sans rien faire contre. Et ceux auraient d’autres visions sont attaqués par des moyens illimités pour le faire.

        Alors plutôt que d’inventer des manières de concentrer la richesse dans un petit nombre d’individus toxiques et sans morale (banque, bourse), il faudrait impérativement faciliter la coordination de l’investissement collectif dans l’intérêt collectif.

        On peut être élitiste et croire que la société doit beaucoup à des individus isolés, mais aucun génie, inventeur (ou accro au risque qu’il fait surtout prendre aux autres) n’aurait réussi s’il avait dû être entièrement autonome. C’est toujours la collectivité qui permet la spécialisation et la décharge de travaux obligatoires mais peu intéressants et mal valorisés dans notre société (alimentation, logement). Alors ce n’est pas à l’homme de juger la valeur d’un travail humain : tant qu’ils sont indispensables, ils ne peuvent pas valoir moins. Et si certains ambitieux ne travaillaient plus avec autant d’ardeur dans un système plus juste, alors que dire de tous ceux qui sont employés à faire tourner ce système injuste (créer de l’inégalité arbitraire est extrêmement coûteux pour une société : il faut des lois stupides, les faire respecter, et parce que ces lois créent trop de distorsion, lutter un peu contre avec d’autres lois...), sans parler des exclus qui ne travaillent pas et dont la seule fonction est de motiver ceux qui travaillent pour un salaire toujours moindre.

        On peut inventer toutes les théories économiques pour justifier ce système absurde, il restera absurde, parce qu’il doit justifier l’injustice. Et la meilleure manière de le voir est d’ignorer la monnaie et la propriété privée, qui sont toutes les 2 des inventions, et de voir comment le travail (d’investissement ou directement productif), seule réalité, est capté grâce à ces 2 inventions.


        • Philomo 11 octobre 11:43

          Encore cette théorie foireuse de gauche ! Les milliardaires sont les moteurs de l’économie. On peut réguler, mais surtout ne pas les détruire !


          • Marcus Clams Marcus Clams 25 octobre 21:23

            @Philomo
            Les moteurs de l’économie sont tout autre et multiples (formation, accès aux capital, réseaux de transport, d’énergie, motivation des salariés, initiatives, corruption, état de droit, ...)

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