Complémentarité et égalité ne s’opposent pas
On oppose aujourd’hui fréquemment la complémentarité à l’égalité. Je pense plutôt que la complémentarité consolide et justifie l’égalité de droit en reconnaissant des singularités de nature et d’historicité entre les humains. Ces singularités ne peuvent se déployer que dans le respect de chacun, donc dans un bain d’égalité sociale et juridique. Je reprends et complète un commentaire posté sous mon dernier article.
Complémentarité n’est pas subordination
Au théâtre, acteurs et metteurs en scène ne sont pas égaux. L’un a plus de pouvoir que les autres. En fait ils ont chacun un pouvoir, mais différent. L’un sert le texte par sa vision du jeu et de l’espace, les autres par leur incarnation des rôles. Au final c’est le metteur en scène qui décide. Il y a inégalité complémentaire.
L’égalité est l’égalité de droit. Elle n’est pas la symétrie totale, la similarité en tout point, l’indifférenciation ni l’interchangeabilité systématique. La complémentarité tient en partie du naturalisme : la nature a fait les hommes et les femmes différents, et complémentaires dans le domaine si normatif qu’est la reproduction biologique. Cette différence se prolonge et s’affirme dans la culture, laquelle est ancrée dans le corps. Et pourquoi pas ? Différence et complémentarité ne supposent pas automatiquement une subordination ou une rigidité des rôles. Car au fond c’est cela qui dérange.
Une différence femmes-hommes de base se constate dans la reproduction : grossesse, allaitement, soin. L’homme ne porte pas, la femme porte, et cela les place dans des conditions différentes. La relation du bébé à la mère dans la petite enfance est différente de la relation au père à cause de l’allaitement, mais aussi parce que l’enfant est imprégné du physique, du son, du goût, du rythme de la mère. Un père peut élever un nouveau-né mais ce n’est pas du hasard si c’est plutôt la mère qui le fait. Nos ancêtres n’étant pas idiots ils n’ont pas agit au détriment de l’espèce.
Des ancêtres intelligents intelligents
L’attachement maternel (je ne parle pas d’instinct mais d’attachement) fait partie de la survie de l’espèce. Sans lui la mère ne nourrirait peut-être pas son petit. La grossesse, l’allaitement et l’attachement maternel l’orientent vers la nutrition et les soins, la préservation de la santé, l’attention aux besoins. Être dotée de seins et de la capacité d’allaiter donne une prévalence évidente à la mère pendant les premier temps de vie du nourrisson. Sa place dans la famille en est singulière. Ce n’est certainement pas pour rien que les tâches ont été différenciées. L’économie de développement de l’espèce a généré ces spécialisations.
La différence implique des choix sociaux et de comportements. Ainsi la femme sur le point d’accoucher aura quelques difficultés à sauter dans un arbre pour échapper à un ours. L’homme, en moyenne plus musclé, défendra donc le territoire et la famille. Les humains, femmes et hommes, semblent avoir été intelligents depuis des temps reculés. On doit leur accorder d’avoir pris de bonnes décisions quant à leur choix d’organiser leur vie. Je pense qu’ils ont délibérément accentué les différenciations biologiques sexuées, aux fins d’améliorer les spécialisations singulières de chacun. Il me paraît peu probable qu’une telle
politique, répliquée sur le très long terme, ait été décidée de manière unilatérale par les hommes ou par les femmes. Pour être efficace elle paraît plutôt avoir demandé l’adhésion des deux sexes.
On dit aujourd’hui que le corps a perdu de son importance et que la complémentarité est moins utile. Il est vrai que l’on ne part plus à la chasse et que des machines font une partie des travaux durs. Mais le corps reste un ancrage identitaire profond, marqué par son histoire et sa biologie. On n’efface pas cela en un siècle. D’ailleurs, faut-il vraiment l’effacer ? Est-ce même possible ? Et si ça l’était, serait-ce un bien ou un mal pour l’espèce ? Pensons-nous réellement pouvoir en un siècle changer ce que l’évolution a construit sur des millions d’années ? Le doutes est salutaire : si le féminisme allié au consumérisme, et profitant d’un recyclage de la lutte des classes dans le couple, a poussé à une réduction de la différenciation des tâches selon les sexes, c’est une évolution relativement superficielle en regard de la biologie et de ses implications, ainsi que de la symbolique des représentations sexuées.
Tu viens, chéri ?
De tous temps les femmes ont bossé et fait tourner le monde quand les hommes disparaissaient dans les guerres. Mais tout n’est pas interchangeable. La sexualité est un autre domaine de différence complémentaire. Le mouvement de l’homme est d’ouvrir une porte, pénis en avant. Le mouvement de la femme est aussi d’ouvrir une porte mais de l’autre côté, de laisser entrer. La différence de position est formatrice de comportements et de manières d’être en relation, manières qui se sont ensuite codifiées. Cette image très simple, voire simpliste, est en réalité une représentation très profonde de ce double mouvement. Je connais peu de femmes qui n’apprécient pas sentir le pénis entrer en elle. Par sa tension, sa dureté, son mouvement vers la femme, il exprime le désir de l’homme pour elle, désir qui la stimule elle aussi et la valorise. Cela ne donnerait-il pas des psychologies différentes ? Qu’elle prenne l’initiative est aussi agréable, mais la femme assise sur le ventre de l’homme n’a pas la même satisfaction en général. Elles aiment revenir à une position où elles sentent le mouvement de l’homme.
Les femmes peuvent prendre l’initiative de la séduction et tenter de « conquérir » l’homme. Mais je doute sincèrement qu’elles réussissent globalement à prendre le rôle traditionnel de l’homme dans ce domaine. Les femmes choisissent les hommes et les séduisent aussi, mais pas avec de gros sabots. Ce qui chez l’homme est un prolongement symbolique du pénis, sera en fin des comptes perçu chez la femme comme une forme d’agression et de prise de pouvoir sur l’homme. L’homme n’est pas aussi dupe qu’on le pense du « Tu viens, chéri ? » Cela ne marche pas, ou seulement à petite échelle avec des hommes spontanément soumis.
La course des testicules
Donc l’homme va vers, et la femme accueille. Les testicules courent derrière les femmes et non l’inverse. Tout ce que la culture consigne à ce sujet ne saurait être balayé par quelques théories et dogmes sur l’indifférenciation. La peur de la différence ne saurait éliminer cette différence intimement insérée dans la construction de l’humanité.
C’est schématique et la réalité est plus complexe et nuancée. Mais ce schéma mérite mieux que ce que l’on lit par exemple sur le site féministe paranoïaque « Je putréfie le patriarcat », où l’idée du pénis dans le vagin est combattue avec force arguments (la vieille peur de la « domination masculine », qui n’est en réalité le mouvement de désir de l’homme). Ce site prône la sexualité sans la pénétration. C’est évidemment une bonne contraception, ou une illustration de l’amour lesbien. Mais ce n’est pas la reproduction de l’espèce, ni l’acceptation positive des différences. Ce n’est pas non plus la reconnaissance du droit de l’homme à vivre pleinement sa masculinité, y compris dans sa sexualité. Ce n’est pas une valorisation du masculin différent. Car oui, l’identité masculine passe aussi par le pénis et les couilles.
Les couilles sont une légitimation masculine. Pas la seule, mais c’en est une. Les couilles ne sont pas seulement ce joli petit sac qui balance légèrement dans la démarche altière du mec. Ce n’est pas un simple contrepoids au fier mât qui se dresse de désir. C’est aussi la biologie qui s’en suit, avec ses incidences corporelles, fonctionnelles et sociales. C’est le lieu sacré où l’homme s’est toujours reconnu comme part spécifique de l’humanité. C’est une grande part de l’Histoire singulière des hommes, de leurs désirs, de leurs peurs, de leur force et paradoxalement de leur fragilité. C'est ce que souvent les femmes attendent des hommes : avoir des couilles. C’est une singularité masculine, complémentaire à cette autre singularité du sexe féminin. Elle ne saurait être réduite vulgairement à une virgule dans le pantalon ni à une comparaison porcine. Elle ne saurait être traitée, dans son contenu intime, dans ses pathologies, de la même manière que la singularité féminine.
Différents, donc, mais pas subordonnés : c’est la magie de la complémentarité, qui évite l’écueil d’une égalité en deux dimensions, dogmatique, guerrière, où les seuls possibles seraient d’être au-dessus ou en dessous. Alors que l’on peut être ailleurs, à côté, devant, derrière. La complémentarité c’est l’égalité en 3D. L’égalité doit être pensée en trois dimensions : égaux (dimension horizontale), différents (verticale) et articulés en droits et compétences selon des contrats ponctuels limités (profondeur). Elle doit inclure des singularités et admettre des traitements différenciés dans certains domaines. L'égalité a ses limites. Elle demande des humains créatifs et bienveillants et non des robots de la revendication égalitaire.
C’est simple en théorie, plus complexe en pratique. Cela a l’avantage de rediscuter de chaque situation en elle-même, de cas en cas, et de ne pas tomber dans des diktats égalitaristes.
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