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Accueil du site > Tribune Libre > Confiance et confrontation, les deux piliers de l’action collective (...)

Confiance et confrontation, les deux piliers de l’action collective dans l’incertitude

Sans confiance, pas de lâcher-prise et pas de croissance ; sans confrontation, pas d’ajustement collectif aux autres et au réel

JPEG La confiance est le moteur implicite de nos sociétés

« Mes parents étaient la protection, la confiance, la chaleur… C’était une armure magique qui, une fois posée sur vos épaules, peut être transportée à travers votre existence entière.… De là mon audace… Je courais pour aller à la rencontre de tout ce qui était visible et de tout ce qui ne l’était pas encore. J’allais de confiance en confiance, comme dans une course de relais. » (1)

Pour avancer dans le brouillard de l’incertitude, pour agir dans le calme quand le monde environnant tourbillonne et se précipite, pour avoir la lucidité de trouver le geste facile, celui qui prend appui sur les courants de fonds, il y a un préalable indispensable : avoir confiance. Sans confiance, on imagine des tigres derrière le moindre bruit dans les feuilles, on croit qu’un nouvel obstacle est caché dans la brume qui nous précède, on pense que celui qui court va nous doubler, on se voit déjà emporté par le courant qui nous entoure…

Yves Algan, Pierre Cahuc et André Zylberberg, dans leur ouvrage collectif, La fabrique de la défiance, mettent, l’accent sur la corrélation directe entre croissance, performance économique et confiance : « Kenneth Arrow : « Virtuellement tout échange commercial contient une part de confiance, comme toute transaction qui s’inscrit dans la durée. On peut vraisemblablement soutenir qu’une grande part du retard de développement économique d’une société est due à l’absence de confiance réciproque entre ses citoyens. » (…) Ce constat n’est pas surprenant, car la confiance favorise l’efficacité des entreprises. (…) Ils sont plus réactifs, mieux à même de s’adapter à l’environnement et d’innover. Ils facilitent l’adoption de méthodes efficaces : décentralisation des décisions, organisation horizontale des relations de travail, travail en équipe, valorisation de l’esprit d’initiative et d’innovation. »

De fait, la confiance est le moteur implicite et souvent caché du capitalisme : sans elle, rien ne serait advenu, et les entreprises n’existeraient pas. Elle est le ciment de la coopération, elle est pré-requise pour la création de toute société. Selon l’économiste Stephen Knack, c’est même la confiance entre étrangers qui est la plus importante, c’est-à-dire entre deux personnes prises au hasard au sein de vastes populations mobiles. Comme une transposition sociale de la gravitation qui permet à des objets distants d’agir l’un sur l’autre.

Pas de doute donc, s’il y a bien une certitude à avoir en milieu incertain, c’est l’importance de la confiance ! C’est le préalable à l’émergence de comportements efficaces. La développer est une priorité pour le Direction générale. Inutile d’insister sur la nécessité qu’elle a d’être exemplaire, car comme le dit le proverbe chinois, « le poisson pourrit par la tête ».

La confrontation est la sœur de la confiance

À la confiance, il est nécessaire d’adjoindre sa sœur, la confrontation, c’est-à-dire la mise en commun et en débat des interprétations et des points de vue, internes comme externes.

Pourquoi ? Parce que tout est trop mouvant, trop complexe, trop multiforme pour être compris par un individu isolé ; parce que chacun d’entre nous est trop prisonnier de son expertise, de son passé, de l’endroit où il se trouve, pour avoir une vue complète et absolue ; parce que l’objectivité n’est pas de ce monde, que tout est contextuel, que seules les interprétations existent, et les faits restent cachés et obscurs ; parce que, sans confrontation avec le dehors, l’entreprise se sent, petit à petit, invulnérable, dérive, et se réveille, un jour, tel un dinosaure, déconnectée de son marché, de ses clients et de ses concurrents.

Qu’est-ce donc que la confrontation ? Elle est le chemin étroit entre nos deux tendances naturelles, qui sont le conflit et l’évitement. Mus par nos réflexes inconscients, ceux qui viennent des tréfonds de la jungle que nous avons quittée il n’y a pas si longtemps, nous voyons d’abord un point de vue différent, comme une menace et une remise en cause : si nous nous sentons suffisamment forts, nous chercherons le conflit, pensant le gagner ; si c’est le sentiment d’infériorité qui domine, comme une gazelle face à un lion, nous fuirons.

La confrontation est une troisième voie : elle est ouverture aux autres, mise en débat de ses convictions et ses interprétations, recherche des hypothèses implicites, souvent inconscientes, qui ont conduit chacun, à sa vision du monde, et à recommander telle solution, plutôt que telle autre. Le but de la confrontation est d’ajuster les interprétations, de construire une conviction collective, de prendre ensemble une décision, et de définir les modalités d’actions.

Finalement, c’est l’absence de confrontation qui est un signal d’alerte, car, pour tout projet complexe, il n’est pas normal que tout le monde soit spontanément d’accord. Cela signifie soit que l’analyse a été trop superficielle, soit que certaines parties prenantes ont évité la discussion. Quand un projet avance trop vite, quand aucun arbitrage n’est nécessaire, c’est qu’une partie du champ de contraintes n’a pas été pris en compte. On constate alors a posteriori les dégâts : l’objectif n’est pas atteint, ou les délais ne sont pas respectés, ou les coûts ont dérapé… ou les trois. 

(1) Jacques Lusseyran, Et la lumière fut

 


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4 réactions à cet article    


  • howahkan Hotah 17 mars 2014 13:22

    thèse ,antithèse et synthèse, sont censés apporter le bien, sorte de consensus faux et mou , médiocre en fait qui sert toujours les même personnes les élites financières ..ceci est partie intégrante de notre propagande éducative..ça amène quelqu’un qui y croit sans y penser, à ne jamais savoir en profondeur : la guerre doit elle cesser pour de bon ? la compétition qui élimine ne détruit elle pas la planète etc..y a pas de milieux , ni de thèse, antithèse et synthèse pour ces questions..., et à douter en permanence de tout on ne fait plus rien , on subi ...mais a croire que de la confrontation va naitre quelque chose de vrai, de formidable etc...bonne chance !!
    pendant ce temps celui qui a bien compris quelle foutaise c’est, lui, il continue à engranger pendant que les autres réfléchissent à thèse antithèse et synthèse..car lui il sait , il n’a pas les mêmes doutes qui paralysent c’est fait de la même facon avec la colère « juste »...on introduit le doute , genre la colère est mauvaise toujours mauvaise, le mec te vole ta maison, faut pas être en colère et le faire dégager ,ben voyons... smiley ..etc
    On est là au cœur de la rhétorique du pouvoir financier mondial.........


    • trevize trevize 17 mars 2014 18:25

      Et donc, on fait quoi ? et comment ?


    • Daniel Roux Daniel Roux 17 mars 2014 18:51

      La confiance est nécessaire en politique également.

      Et bien, j’avoue qu’aujourd’hui, j’ai perdu confiance. Trop, c’est trop. Nos hommes politiques se gavaient tant et plus comme des oies, et maintenant, ils rampent comme des limaces.

      Hollande s’affiche en minable suiveur de la politique agressive étasunienne, pire que Sarkozy, mais au moins lui était stupide et incompétent.

      Pourquoi ? Mystère. Existe t-il une raison cachée style chantage ou service rendu inestimable, style « Je t’ai laissé arrivé au pouvoir. » ou « Je retiens mes chiens de Wall Street pour achever la ruine de la France » ?

      Quel gâchis.

      La France était l’un des rares pays dont la parole et les actes pouvaient gêner l’hégémonie Anglo-saxonne. Même Chirac, pour des raisons qui n’étaient certainement pas aussi nettes qu’affichée, a osé s’opposer.

      Les résultats sont désastreux. Le traité transatlantique se discute dans le plus grand secret et va être signé sur notre dos et contre nos intérêts en tant que nation, nos armées sont expédiées en Afrique, nous avons failli intervenir en Syrie, les prises de position sur l’Ukraine et la Crimée, contre la Russie, sont d’une stupidité historique jamais vue depuis les 2 Napoléon , l’UE devient de plus en plus une dictature, nous perdons tout contrôle de notre destinée et pendant ce temps, les français se disputent sur le sexe des anges...

      C’est inquiétant...d’autant que l’Empire américain est en train de sombrer et que nous avions une fenêtre historique pour nous débarrasser de son emprise.


      • G.L. Geoffroy Laville 17 mars 2014 23:01

        La perte de confiance est multiple, sur plusieurs champs. Elle fait le lit de ceux qui nous gouvernent.

        Il n’y a plus aucune confiance dans la politique. Notre démocratie super-délégative a crée une nouvelle aristocratie qui se maintiennent au pouvoir en « bon droit ». La confrontation n’est que façade, illusion d’un pluralisme politique.

        Une perte de confiance dans un système économique, intimement lié de manière endogamique, ce « capitalisme de connivence » est l’enfant naturel de notre démocratie « super-délégative ». Une élite financière dicte sa loi. La seule confrontation est entre quelques super-prédateurs se partageant le marché.

        De là , perte de confiance dans le travail, devenue pénitence, humiliation, voire souffrance pour beaucoup. A tous les niveaux de la hiérarchie, on cherchera à démolir votre confiance et la confrontation cède la place à la domination.

        Une perte de confiance sur un plan éducatif, du savoir. Nous ne nous efforçons plus d’apprendre, de se former, de s’instruire. La confrontation est celle des ignorants et de ceux qui s’instruisent.

        Perte de confiance dans les médias. La très grande majorité d’entre eux relaient des messages conformistes, sans critique ni polémique, aucun appel à la réflexion. Absence de confrontation des idées !

        Perte de confiance en nous-même, nous ne croyons plus en nous-même. Nous ne nous confrontons plus au défi de la vie. La perte de confiance est dangereuse car elle résulte de valeurs et de croyances négatives.

        « La confiance (et la confrontation) est le moteur implicite du Capitalisme ». C’est parce qu’elles sont d’abord le moteur des sociétés libres et pluralistes. La perte de confiance et de la confrontation nous conduira vers des sociétés non-démocratiques !

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