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Accueil du site > Tribune Libre > Coups de feu à Central Park

Coups de feu à Central Park

« La Guerre froide est ancrée dans ma mémoire et mon attitude à l’égard de Castro est connue. Si les rouges avaient gagné la « Guerre froide » il y aurait eu des exécutions à Central Park (New York) par une foule en furie et moi, j’aurais fait partie de ceux qu’ils auraient exécutés. »

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« Que veut-il dire par « socialisme » ? (Sénateur Bernie Sanders, candidat démocrate aux présidentielles ndlr) Veut-il faire des « choses » comme au Danemark. Bon, ce serait inoffensif. Mais, qui sait ? »

L’éminent journaliste et commentateur politique Chris Matthews est au bord des larmes sur le plateau de l’émission « Morning Joe » de la chaîne de télévision MSNBC du 3 février dernier.

Mise à part le fait que le titulaire de 34 doctorats honorifiques, médaillé de nombreuses institutions réputées puisse baragouiner des inepties pareilles, ce qui en dit long sur la qualité du journalisme contemporain, le plus grave est qu’il y croit, ce qui, en l’occurrence, relèverait du domaine de la psychopathologie.

Mais, que Mr. Matthews se rassure, les « socialistes » ne veulent pas lui enlever ses privilèges. En revanche, ils verraient bien son salaire déterminé par un comité d’entreprise en fonction de la qualité de sa performance, fidèle à la doctrine néolibérale de la méritocratie. 

Au même titre par ailleurs et, pour ouvrir une petite parenthèse suisse, qu’au futur ex patron de la banque « Crédit Suisse » qui s’est vu congédié la semaine passée sur une rocambolesque histoire d’espionnage à l’encontre de son directeur de la « Gestion de fortune internationale », tragi-comédie qui débuta par une querelle de voisinage entre les deux protagonistes dans la commune de Herrliberg, autour d’une haie de thuyas qui bouchait la vue sur le lac de Zurich. C’est dire.

Il n’est pas certain que dans ces circonstances un comité d’entreprise aurait accordé au patron déchu un pot de départ de 30 millions de CHF, en plus de son salaire, on imagine, d’autant moins que depuis son entrée en fonction le cours de l’action s’est réduit de moitié, jadis un critère de performance primordial dans le monde de la finance.

Mais, que Chris Matthews se rassure, la partie n’est pas encore jouée. D’autant plus que le milliardaire et ancien Maire de New York, Michael Bloomberg, entrée dans la course sur le tard, dépense actuellement la somme de 1 million USD chaque jour pour des spots publicitaires dont la mise en scène n’a rien à envier à celle du cinéaste britannique Ken Loach.

A première vue, cela marche. Les sondages lui sont favorables, dépassant ceux du candidat Joe Biden, et, Mr. Bloomberg, avant tout concentré sur le « Super Tuesday », peut ainsi se passer des apparitions tonitruantes dans des réfectoires et salles communales du « Rust Belt ».

En effet, il est loin d’être sûr qu’en cette année électorale 2020, la classe ouvrière se soit finalement appropriée « l’hégémonie culturelle », car, comme le disait l’écrivain et théoricien politique et communiste Antonio Gramsci (1891-1937) aux ouvriers du fabricant d’automobiles turinois « FIAT » : « Au fond, vous êtes tous des bourgeois. Une fois, rentrés à la maison, vous échangez votre bleu de travail contre l’habit du dimanche du bourgeois pour ensuite promener vos familles devant vos pairs, comme le font les bourgeois », ou, pour citer l’humoriste français Coluche, « Les bons, c’est les pauvres, et les méchants, c’est les riches, et tout le monde veut être méchant. » 

Ce qui se passe vraiment dans la tête des gens c’est Dieu qui le sait, pour ceux qui croient en lui, et ils sont nombreux aux Etats-Unis. Ce qui est certain, en revanche, c’est qu’une part croissante de la société américaine cherche une alternative au modèle économique, et politique, qui est le leur, car, loin de vouloir fusiller des commentateurs politique d’une chaîne de télévision, ils commencent à s’apercevoir qu’à l’intérieur du modèle de société du « socialisme » il y a, en effet, autant de courants de pensée que le « Jazz » ou la « musique électronique » connaissent de styles.

La plupart des américains ne savent pas que le « socialisme » existe dans la majorité des pays européens, sous une forme ou une autre, ce qui expliquerait peut-être l’emportement du sémillant reporter.

Ainsi, le « néolibéralisme », qui est également un courant de pensée, à l’intérieur du capitalisme cette fois, fêtera bientôt ses 40 ans, et le moindre que l’on puisse dire, avec à la clé un résultat plutôt mitigé, pour utiliser un euphémisme.

La « superstructure » ou « l’hégémonie culturelle » (institutions, lois, religion, philosophie, morale, art) du capitalisme en tant que modèle de société dominant, a dû consentir, à travers son existence de 200 ans, et, suite à de nombreuses périodes de luttes des classes, plus ou moins intenses, à une dose de « social-démocratie » dans les domaines, vitaux pour la cohésion d’une collectivité, la santé et l’éducation, tout en restant entièrement en charge de ce que Karl Marx appelle « l’infrastructure », l’économie, qui détermine la production. Le « néolibéralisme » est en train d’annihiler cette dernière concession du capital.

L’alternative serait, selon l’éminent économiste marxiste américain, professeur Richard D. Wolff, diplômé de Harvard, Yale et Stanford, la démocratisation de « l’infrastructure » et, par conséquent, de l’économie tout entière, plutôt que de s’en prendre à la « superstructure » au préalable. Ainsi, les employées décideraient collectivement des facteurs de la production, de son emplacement, de son prix, des salaires et du temps de travail, avec un impact certain sur la redistribution des richesses produites et, non négligeable, par les temps qui courent, sur l’environnement.

La grosse pierre d’achoppement est évidemment la rémunération du capital, déterminant l’accès à toutes les ressources, ce qui pose la question de sa raison d’être.

Alors que le candidat démocrate aux élections présidentielles américaines Bernie Sanders se limite, dans son programme, à la simple récupération de la « dernière concession du capital », ce que l’establishment dénonce comme « du socialisme », la question de la démocratisation de l’économie pourrait séduire la classe des travailleurs qui, après tout, passe le plus clair de son existence à un lieu de travail ou un autre.


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6 réactions à cet article    


  • Séraphin Lampion Séraphin Lampion 17 février 09:56

    Pour comprendre le paysage politique étasunien, il faut avoir la notion de « translation » géométrique, qui correspond à l’idée de « glissement » d’un objet, sans rotation, retournement ni déformation de cet objet. Le parti démocrate oscille entre une aile droite semblable au LREM et une aile gauche qui serait la droite du PS. Le parti républicain, lui, entre le RN et « nos » LR (qui ne se cachent pas de la filiation)

    Sanders qui est présenté comme susceptible de bouleverser l’establishment au point d’être parfois qualifié de « révolutionnaire » est un homme certes sympathique, mais dont le programme ne dépasse pas en matière de socialisme » celui de Bayrou : pas ne nationalisation et encore moins de soviets ! Pas de quoi s’émouvoir.


    • ticotico ticotico 17 février 17:05

      @Séraphin Lampion

      Pour le « deep capitalism » Sanders est un dangereux extrémiste, la candidature Bloomberg n’a d’autre but que d’attiser les divisions entre démocrates pour rendre impossible l’élection de Bernie.


    • CLOJAC CLOJAC 18 février 05:12

      Il faut quand même dire que le parti de l’âne n’a jamais si bien justifié son surnom.

      Avec une tentative d’impeachment qui n’avait aucune chance d’aboutir et a renforcé Trump dans l’opinion, et des candidats invraisemblables : un vieillard bégayant au bout du rouleau, des seconds rôles qui marchent à côté de leurs pompes, et un pédéraste passif dans un pays encore fortement imprégné de puritanisme... A croire que les démocrates sont d’incurables masochistes et qu’ils aiment perdre.

      Autrefois « born loser » était une expression de mépris. Les ânes s’en sont fait un titre de gloire !

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