• AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Tribune Libre > De l’utilisation DU procès

De l’utilisation DU procès

Le procès des terroristes du Bataclan a commencé depuis quelques jours, il va durer 9 mois. C’est un procès normal et hors norme. C’est un procès normal. Dans la mesure où, en démocratie, quand il y a crime, quelle que soit sa nature, il doit y avoir procès et procès public. Ouvert à toute la presse.

Grande différence avec les détenus de Guantanamo, condamnés au secret, torturés, détenus pendant des années… et libérés. Le tout, sans procès !

 

Au delà du procès et de la justice qui sont dus aux très nombreuses victimes, plus de 600 dont 131 morts à Paris et à Saint-Denis, il y a un enjeu politique. Qui va courir tout au long du procès et qui est déjà apparu dans les déclarations de Salah Abdeslam, l’unique djihadiste vivant des attentats du 13 novembre 2015.

Lors de ses premières prises de parole, Salah Abdeslam a donné une idée sinon de sa défense, du moins de sa volonté de donner un sens, de justifier la tuerie à laquelle il a voulu participer. Elles ont été largement reproduites dans la presse leur donnant l’importante diffusion recherchée par son auteur. Elles ont aussi donné cours, en riposte, à des commentaires qui relevaient la provocation, témoignaient de l’indignation et, dans quelques cas, en montraient l’inexactitude.
Toutes réactions qui donnaient satisfaction à l’immense majorité de la population toutes classes, religions, origines confondues.

 

Mais cette indignation peut-elle émouvoir les sympathisants des djihadistes auxquels Salah Abdeslam s’adresse ? Car, c’est surtout eux qu’il faut toucher, faire douter, évoluer éventuellement. Ce n’est pas facile, c’est peut-être impossible mais c’est la question centrale que chacun doit se poser avant de faire une déclaration.

 

Lors de sa première déclaration, au lieu de se présenter, Salah Abdeslam proclame : « Tout d’abord, je tiens à témoigner qu’il n’y a pas de divinité à part Allah et que Mohamed est son messager ».
Une provocation ? Simplement, Salah Abdeslam répète la profession de foi de tous les musulmans. Avant toute procédure, il cherche à placer, à engager tous les musulmans derrière lui, il tient à dire que le seul jugement qui compte est celui d’Allah. Qu’il est en dehors d’une procédure qu’il conteste.

Le nom de son père, de sa mère n’ont rien à voir ici, ni son métier et il poursuit en disant avoir «  délaissé (sa) profession pour devenir un combattant de l’État islamique  ». Affirmant par là que ce tribunal n’est pas apte à le juger.

Il conteste les mots « de terrorisme et de radicalisme. Ces termes créent la confusion. En réalité, il ne s'agit que d'islam authentique. Ces gens-là sont des musulmans. »
Au delà du tribunal et de l’assistance, il s’adresse à tous ceux qui se croient, se disent musulmans, pour leur faire sentir que les djihadistes, les combattants de l’État islamiques sont les seuls vrais musulmans.
En parlant de sa détention, « ça fait plus de six ans qu’on me traite comme un chien et je dis rien parce que je sais qu’après la mort je serai ressuscité. Et vous aussi vous devrez rendre des comptes, » non pour se plaindre, non pour revendiquer mais pour faire prendre conscience que chacun, un jour, devra rendre des comptes : juges, gardiens de prison… et même mauvais musulmans.

 

Il veut ensuite justifier l’action du commando auquel il a participé : « Bonjour à tous. Par quoi commencer ? On a combattu la France, on a visé la France, on a attaqué des civils, mais on n'a rien de personnel contre ces gens-là... Les bombes qui visent l'État islamique ne font pas de distinction entre les hommes, les femmes et les enfants. On a voulu que la France subisse la même douleur que nous subissons. »

S’en prendre à la France comme la France bombarde. Mais ce n’est pas la France qu’ils ont assassiné mais des gens paisibles qui étaient au Bataclan ou à la terrasse de cafés contre lesquels ils n’avaient rien de personnel. Qui n’avaient aucune responsabilité dans ce qu’a fait la France.

 

Pour terminer ces pénibles déclarations pour les victimes et leur famille : « Le minimum, c'est de dire la vérité, on dit souvent que je suis provocateur, mais ce n'est pas vrai, je veux être sincère... le but n'est pas de blesser. »

« Le but n’est pas de blesser. » C’est déjà fait et largement. C’est peut-être là qu’il est le plus provocateur et le plus sincère. Car blessés dans leur corps, dans la blessure ou la mort de leurs proches… ceux qui l’entendent le sont profondément et à jamais. Mais ces déclarations ne sont que, par circonstance, à l’adresse des gouvernants, des politiques, du peuple français, de la salle du tribunal, des victimes, elles s’adressent à ceux qu’il espère faire basculer dans ce qu’il appelle l’islam authentique…

 

S’indigner de ces déclarations est peut-être nécessaire pour conforter les victimes et l’immense majorité de la population mais avec quel effet sur ses sympathisants ?

Pour démonter son argumentation, certains ont rappelé que la décision de frapper par attentats des Français était antérieure à l’intervention française au Proche-Orient. Mais est-elle audible ?

Avant ou après les attentats, la France est responsable par ses interventions militaires, ici ou là, de multiples blessures ou morts. La France, le gouvernement de la France, non les spectateurs du Bataclan ou les personnes qui avaient la malchance de se trouver là au mauvais moment… Des personnes dont certaines s’étaient peut-être exprimées contre la politique de la France. Dont quelques unes n’étaient pas françaises !
Tandis que les meurtriers n’étaient pas l’État islamique mais des individus, responsables de leurs actes, qui étaient allés au Proche-Orient pour s’entraîner et étaient revenus en France pour tuer. Ces actes ont été commandités par d’autres mais commis par eux, volontairement. Ils ont insulté et tué ou blessé directement des personnes qu’ils ne connaissaient pas et qui n’avaient blessé ou tué personne… Et ils sont morts volontairement pour faire cela.
Quelles est le rôle et la responsabilité des victimes ? Quel est le rôle et la responsabilité des membres de ce commando ?

Salah Abdeslam, heureusement pour les spectateurs de Saint-Denis, ne s’est pas fait exploser mais s’est enfui, s’est caché. Pourquoi a-t-il reculé devant un acte qu’il approuve, dont il pense qu’il lui ouvre les portes du paradis ? A-t-il pensé à la monstruosité de ce qu’il allait faire ? Il ne le semble pas d’après ses propos. A-t-il simplement eu peur et s’est-il dérobé à la mission qui lui avait été confiée et qu’il avait acceptée ou même sollicitée ?

Étant donnée sa situation maintenant, sachant qu’il ne risque pas la peine de mort, qu’il sera probablement condamné à une longue peine, comment échapper à la honte de la défaillance et retrouver l’estime de ceux qui lui avaient fait confiance et de ceux qui le regardaient favorablement ? Si ce n’est en construisant l’image de celui qu’il n’a pas eu le courage d’être ?

 

C’est l’image de ce qu’il veut paraître et qu’il n’a pas été qu’il faut détruire. La sienne et celle de ceux qui tuent ou veulent tuer des personnes, croyantes ou non, bonnes ou moins bonnes comme tout un chacun mais qui ne sont coupables de rien de ce dont on les accuse.

 

Entreprise difficile. Peut-être impossible. Toute parole quelle qu’elle soit contribue-t-elle à la construction du personnage ?

Faut-il répondre seulement par le silence ?


Moyenne des avis sur cet article :  2.6/5   (5 votes)




Réagissez à l'article

7 réactions à cet article    


  • Clocel Clocel 27 septembre 08:11

    « pour les victimes et leur famille : « Le minimum, c’est de dire la vérité,  »

    Vraiment ?

    Je n’ai évidement pas de conseils à donner aux familles, si ce n’est de se tenir loin du « Palais de Justice », ils pourraient, après leurs proches, perdre leurs dernières illusions.

    Ces tarés « islamistes » sont nos créatures, là pour maintenir la pression nécessaire aux changements sociétaux initiés par d’autres tarés beaucoup plus toxiques mais qui ne seront pas dans le box.

    Si nous avions exigé la vérité pour Merah, il n’y aurait pas eu de Bataclan, ni cette grotesque mise en scène « judiciaire ».


    • Docteur Faustroll Docteur Faustroll 27 septembre 08:17

      @Clocel

      pas mieux


    • Francis, agnotologue Francis, agnotologue 27 septembre 09:20

      @Clocel
       
       Pas mieux non plus


    • Docteur Faustroll Docteur Faustroll 27 septembre 09:22

      @Clocel

      Malgré les révélations de Buscetta concernant les liens entre les notables palermitains, civils et religieux, le Maxi-Procès de Palerme qu’elles ont provoqué a débouché sur la condamnation de plusieurs centaines de mafieux, dont celle de Toto Riina, mais l’omerta que « le traitre » avait transgressée a mieux fonctionné avecla « justice » qu’avec la police, et aucun gros bonnet n’a été inquiété..


    • Pierre Régnier Pierre Régnier 27 septembre 08:12

      Un homme dont la compagne, mère d’un enfant en bas âge, avait été assassinée au Bataclan par des fidèles de l’islam avait publié, durant les semaines suivantes, Vous n’aurez pas ma haine.

      J’ai trouvé très beau ce petit livre, et admirable la manière dont cette victime dépassait sa douleur. Je l’ai dit, mais j’ai dit aussi ceci : 

      Il faut regretter que l’auteur n’ait pas ajouté en conclusion : Vous n’aurez pas ma haine, mais je combattrai de toutes mes forces la religion qui conduit certains de ses membres à commettre de telles horreurs.


      • xana 27 septembre 09:30

        Je sais que ça ne va pas plaire.

         Mais je n’ai absolument pas d’avis sur la question.

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON



Publicité



Les thématiques de l'article


Palmarès



Publicité