De la problématique sécuritaire, de la cause et des effets
Nous tendrons à montrer qu’en terme de stratégie sécuritaire ce n’est pas le principe coercif qui devrait primer pour assurer le principe sécuritaire, mais d’abord la recherche des causes de la violence dans un ordre de priorité. Une première légitimité d’ordre pragmatique dont en découlera une seconde sur l’application ciblée et efficace de ce principe coercif. Les principes éducatifs et de communication ne sont pas à négliger non plus dans un but préventif, mais aussi bien d’autres choses. C’est d’ailleurs ce que nous allons tenter de voir. Comment des solutions pourraient émerger.
Nous avons donc demandé à une intelligence artificielle si une infiltration d'eau par une fuite du toit pouvait faire s'effondrer une maison sur la durée, et si oui comment ? Sa réponse illustrera les propos qui suivront sur la problématique sécuritaire par une allégorie qui tendra à montrer ce qui se passe quelquefois dans nos sociétés si l’on ne s’occupe pas des causes premières, mais aussi pourquoi il est parfois difficile de les percevoir de manière intuitive.
Voici donc la réponse de l’IA :
« Oui, une infiltration d'eau par une fuite du toit peut faire s'effondrer la maison sur la durée si elle n'est pas réparée ou traitée correctement. Voici quelques raisons pour lesquelles cela peut se produire :
- Dégâts structurels : L'eau qui pénètre dans la maison peut causer des dégâts structurels importants, notamment :
- La pourriture du bois : l'eau peut faire pourrir les poutres et les planches de bois, ce qui peut affaiblir la structure de la maison.
- La corrosion des métaux : l'eau peut corroder les métaux, tels que les clous, les vis et les tuyaux, ce qui peut affaiblir la structure de la maison.
- La dégradation des matériaux : l'eau peut dégrader les matériaux de construction, tels que le plâtre, le gypse et les joints, ce qui peut affaiblir la structure de la maison.
- Problèmes de fondation : L'eau qui pénètre dans la maison peut également causer des problèmes de fondation, notamment :
- L'érosion du sol : l'eau peut éroder le sol sous la maison, ce qui peut affaiblir la fondation et causer des problèmes de stabilité.
- La dégradation des fondations : l'eau peut dégrader les fondations de la maison, ce qui peut affaiblir la structure de la maison.
- Problèmes de sécurité : Une infiltration d'eau par une fuite du toit peut également causer des problèmes de sécurité, notamment :
- Des chutes d'objets : l'eau qui pénètre dans la maison peut causer des chutes d'objets, tels que des tuiles, des ardoises ou des débris, ce qui peut blesser les occupants de la maison.
- Des incendies : l'eau qui pénètre dans la maison peut également causer des incendies, notamment si elle entre en contact avec des éléments électriques.
Pour éviter que la maison ne s'effondre, il est important de réparer ou de traiter la fuite du toit dès que possible. Voici quelques étapes à suivre :
- Identifier la source de la fuite : Il est important d'identifier la source de la fuite pour pouvoir la réparer correctement.
- Réparer la fuite : Une fois que la source de la fuite a été identifiée, il est important de la réparer correctement pour éviter que l'eau ne continue à pénétrer dans la maison.
- Sécher la zone : Il est important de sécher la zone affectée par la fuite pour éviter que l'eau ne continue à causer des dégâts.
- Inspecter la structure : Il est important d'inspecter la structure de la maison pour identifier les dégâts causés par la fuite et pour prendre les mesures nécessaires pour les réparer.
- Appeler un professionnel : Si la fuite est importante ou si vous n'êtes pas sûr de comment la réparer, il est important d'appeler un professionnel pour obtenir de l'aide.
En résumé, une infiltration d'eau par une fuite du toit peut faire s'effondrer la maison sur la durée si elle n'est pas réparée ou traitée correctement. Il est important de réparer la fuite dès que possible et de prendre les mesures nécessaires pour éviter que l'eau ne continue à causer des dégâts. »
Cette réponse souligne trois principaux facteurs : Des dégâts structurelles, des problèmes de fondation et évidemment des problèmes de sécurité.
Si la chose parait évidente de devoir réparer le toit en cas de fuite d’eau, la problématique des phénomènes de production de violence est si complexe en raison des nombreux facteurs qui interviennent dans cette production que la cause ne saute pas aux yeux de la même façon au sein d’une société. Ce qui entraîne souvent le fait que l’on se focalise sur les effets. On va discuter des conséquences sociales de cette focalisation en détails.
Cette focalisation sur les effets et non les causes premières en raison de la complexité des phénomènes de production de violence entraîne la communication. La communication sociale entre individus, et la communication de masse qui influence la communication sociale. On continue par le biais de cette allégorie.
En d’autres termes, les individus et les médias vont tendre à parler de ce qui est facilement visible, de la dégradation des matériaux (pourriture du bois, corrosion des métaux, etc), de l’érosion du sol et de la dégradation des fondations, de la chute d’objet et des incendies.
C’est une première désinformation implicite qui va rentrer dans l’inconscient collectif. Désinformation implicite dans le sens où il y a bien un phénomène de dégradation des matériaux qui existe, donc un fait réel, une vérité. Mais une désinformation parce que l’on ne prend pas en compte la cause qui a entraîné l’effet. La vision est réductrice, on ne prend pas l’ensemble en considération. Donc une vision subjective de l’ensemble, une vision qui ne correspond pas à la réalité des choses, à sa complexité. On confond la cause et l’effet. On se trompe de lien de causalité. On a bien affaire à une forme de désinformation qui aura des conséquences sociales, et bien qu’elle traduise aussi une réalité visible.
C’est d’ailleurs souvent ce problème qui entraîne des discussions interminables. Bien souvent on évoque des vérités, mais de nature différente. Des vérités visibles qui correspondent à des effets. Des vérités plus complexes et moins visibles qui correspondent à des causes premières. Des vérités qui ne voient qu’une partie d’un ensemble plus vaste et complexe, et des vérités qui tente de prendre en compte ce qui englobe cet ensemble. Pourtant ce sont ces dernières vérités qu’il faut traiter en priorité et prendre en compte pour empêcher les vérités liées aux effets d’intervenir et de maintenir une vision faussée de l’ensemble, d’envisager des solutions inadaptées. On continue de voir ça.
Donc cette vision subjective rentrera d’autant plus dans l’inconscient collectif que tant que l’on n’aura pas parler des causes premières on se fatiguera à se concentrer à s’occuper des effets. Ce qui aura pour conséquence de les augmenter en proportion. En effet, l’eau continuera à couler, continuera à dégrader la maison. Il y a une méconnaissance des causes et de la solution associée, adaptée : « Pour éviter que la maison ne s'effondre, il est important de réparer ou de traiter la fuite du toit dès que possible. ».
Cela aura aussi tendance à fatiguer les « matériaux » de la maison si l’on s’occupe constamment d’eux. Ils risquent aussi d’en avoir marre. Ils auront tendances à dire : « vous allez arrêter d’intervenir sur nous, on n’a rien fait, c’est à cause de la fuite du toit ».
Mais le temps passe, l’inconscient collectif s’habitue cette vision déformée des choses, tend à ne pas vraiment entendre la vision minoritaire des « matériaux », tend à se focaliser sur les effets visibles, voit cette vision déformée comme d’autant plus vrai. Les effets continuent à augmenter, ce qui renforce d’autant plus cette « vérité ».
Un climat anxiogène commence à s’installer dans la population face à cette insécurité aux effets multiples qui vont tendre à s’installer sur la durée. Certains politiques ne manqueront pas de prendre le relais pour y apporter des « solutions » en conséquence, bien souvent en croyant bien faire, ils sont aussi dans cet inconscient collectif : « La problématique sécuritaire est une affaire sérieuse, nous la prenons en considération, nous ferons tout pour la réduire par les mesures appropriées, on va s’occuper de nettoyer cette eau et la pourriture des matériaux ».
Donc principalement en s’occupant des effets, en augmentant la coercition en conséquence de ces effets. Et nous avons dit ce que nous pensions du traitement de ces effets en lieu et place de la cause. En l’occurrence nettoyer l’eau ne l’empêchera pas de couler et de continuer à produire des effets visibles par tous, et même les augmenter.
Alors de nouvelles théories vont apparaître face à cette augmentation des effets, on s’enfonce un peu plus dans la subjectivité, on se radicalise un peu plus. De nouvelles « causes » de problème apparaissent.
« S’il y a un problème avec cette maison, c’est que la conception de cette maison est mauvaise. Le bois pourri, c’est la faute au bois. La corrosion des métaux, c’est la faute aux métaux. La dégradation des matériaux, c’est la faute aux matériaux. La dégradation des fondations, les fondations sont mauvaises. »
Alors ça devient la faute de la maison, la maison est mauvaise en elle-même. Elle est vue comme négative. Ça « saute aux yeux ».
Certaines voix vont tenter d’alerter sur des causes déterministes, que ce n’est pas la faute de la maison ou des matériaux, que le problème est à chercher ailleurs, il y a certainement une fuite d’eau. Et on leur répondra « Mais enfin, vous ne voyez cette dégradation des matériaux qui sautent aux yeux, ces problèmes de fondation et d’incendie. Ils sont là sous nos yeux, vous ne pouvez quand même pas les nier ? ». Certains se radicalisent « Cette maison est mauvaise, il ne faut plus en construire, il faut même toutes les détruire. Ces types de maison ne méritent aucune considération, ce ne sont pas de vraies maisons. Vous voyez bien les problèmes qu’elles causent. Ma maison n’a pas ces problèmes. ».
Une division commencera à se mettre en place entre ceux qui défendent les causes déterministes et recherchent d’où vient la fuite d’eau, et les tenant de la chose sécuritaire pure et dure qui vont tendre à se concentrer sur les effets. Pendant ce temps les « matériaux » de la maison se rallient avec ceux qui défendent les causes déterministes, ceux qui les défendent.
Le problème est donc que les deux ont raison. Il y a bien des effets visibles, on ne peut les nier. Mais ces effets dépendent aussi d’une cause, et ne pas la déterminer et s’en occuper engendre ces effets. Et comme on ne peut nier ces effets, cela va tendre à donner raison à ceux qui se focalisent dessus. Mais fondamentalement, ceux qui sont dans le vrai seront ceux qui recherchent d’où provient la fuite. Dans le cas d’une fuite d’eau du toit ça tombe sous le sens. Au sein d’une société beaucoup moins, la chose est des plus complexes.
Alors ça va tendre à engendrer division et tensions au sein du corps social à cause d’un certain dialogue de sourd que certains médias accentueront en renforçant le côté émotif et vendeur des effets passées en boucle dans la grande majorité des cas. Et médias eux-mêmes influencés par ce côté émotif et par ce « qui saute aux yeux », eux-mêmes sont au sein de cet inconscient collectif. Le fond du problème sera rarement abordé. Le côté émotif de ce « qui saute aux yeux » tendra à prendre le dessus, donc la cause « sécuritaire » qui se concentre sur les effets tendra à prendre le dessus. On assistera à une restriction des libertés, à de plus en plus de processus coercitif et de contrôle social, à de plus en plus de tensions par le biais de processus coercitif illégitimes. Et ainsi de suite jusqu’à ce que la maison s’effondre.
La surenchère sécuritaire. Et bien souvent on croit bien faire.
Alors si cette allégorie montre bien que ne pas s’occuper des causes tend à entraîner des effets multiples qui n’auraient pas existés si l’on avait réparé ce toit, il y a toutefois deux points qu’elle n’aborde pas.
Le premier point est qu’appliquer un principe coercitif sur un effet pourra tendre à augmenter l’intensité du ou des effets en relation. Et cela dépendra des effets et causes en relation, chaque cas pouvant être différent et entraîner des conséquences différentes. En d’autres termes, et comme nous sommes tous reliés les uns aux autres, tenter d’éteindre l’incendie d’une maison en appliquant une mauvaise modalité, comme une coercition illégitime, pourra augmenter l’incendie et propager l’incendie aux maisons voisines. Un retour de flamme. L’émeute. Une autre réalité qui ne manquera pas de « sauter aux yeux » des individus et groupes antagonistes. Nous sommes bien tous reliés les uns aux autres d’une manière ou d’une autre. Ce qui est fait à l’un impactera l’autre. A un niveau intra-groupe, à un niveau extra-groupe. Au sein d’une société. A court, moyen et long terme.
Le second point est que cette allégorie ne montre qu’une seule cause représentée par la fuite du toit, et l’on voit déjà les dégâts qu’une seule cause peut provoquer si l’on ne s’en occupe pas. C’est une réalité liée aux phénomènes de production de violence. Une sorte d’effet papillon bien réel (l'image qui dit qu'un battement d'aile de papillon à un endroit de la planète peut entraîner un ouragan sur un autre). Mais dans la réalité, les causes sont multiples et tendent à se mélanger.
Mais est-il utile de relier cette allégorie avec ce qui se passe dans nos sociétés, les tensions et incompréhensions entre certaines « maison » qui sont différentes des autres ?
Alors une vision négative de ce qui est différent tend à augmenter avec le temps entre groupes sociaux antagonistes, tend à ne pas faciliter la résolution des conflits de différence par un principe d’acceptation de l’autre, des conflits d’intérêt par l’application d’un principe d’équité parce que « Ces types de maison ne méritent aucune considération, ce ne sont pas de vraies maisons ». A un niveau horizontal entre groupe sociaux issus du peuple, ou verticale entre dominants et dominés, les deux se mélangent. En découlent les tensions sociales de base, les inégalités économiques qui engendrent les tensions sociales, la surenchère sécuritaire pour contrôler les tensions. L’ensemble devient explosif, annonce la crise. La chose semble universelle.
Nous soulignons donc une carence éducative. En ce qui concerne l’apprentissage des phénomènes complexes, et de l’esprit critique que l’on devrait y associer. En ce qui concerne l’apprentissage de la rationalité en lieu et place du côté émotif. En ce qui concerne nos biais cognitifs et comportementaux. Une carence éducative en ce qui concerne la communication de masse qui ne facilite pas toujours ces processus et tendrait souvent à les accentuer. La persistance d'une certaine vision binaire des choses qui ne facilte pas la résolution des tensions, l'appréhension de la complexité de choses et des nuances à y apporter.
La bonne nouvelle est que selon les sciences de l’éducation l'apprentissage d’une pensée complexe ne dépend aucunement d’un quotient intellectuel, d’une intelligence supérieure ou non. Elle ne dépend pas d’une capacité intellectuelle, mais plus d’une habitude de méthodologie réflexive à prendre, d’une façon de penser. Elle dépend d’une modalité d’éducation. Elle est donc applicable à tous sans distinction (Edgard Morin, Daniel Kahneman, Jonathan Haidt, Antonio Damasio, Stanislas Dehaene, Philippe Meirieu, etc).
Nous soulignons aussi une carence dans les modalités de communication entre groupes sociaux antagonistes sur une base égale et symétrique. Une carence dans les modalités de mise en place de processus communicatif et coopératifs. Une carence du principe démocratique.
Nous soulignons ensuite une hausse des tensions au sein du corps social, donc un affaiblissement certain de la société en général. Une division en lieu et place d’une Unité. Ce seront les conséquences visibles.
Ce seront des coûts socio-économiques qui participent à cet affaiblissement. Une hausse du stress qui engendrent les maladies psychiques et somatiques. 109 milliards par an pour les maladies d’ordre psychique, plus que le coût des cancers et maladies cardio-vasculaires qui est évalué à 19,3 milliards d’euros. Coûts qui ne prennent peut-être pas en compte les coûts liés à la surenchère sécuritaire liés à la modalité de sa mise en place. Ni les conséquences sociales sur le long terme, l’ensemble des personnes qui seront mobilisés à s’occuper des effets qui vont tendre à augmenter avec le temps au lieu de s'occuper de choses plus contructives, l’ensemble des coût socio-économiques que cela va tendre à engendrer sur le long terme.
Et bien sûr le fait que la cause première n’est toujours pas résolue, donc que le problème de fond n’est pas encore réglé. Donc qui tend à augmenter cette surenchère sécuritaire au sein d’un cercle vicieux qui ne fait qu’aggraver le problème par les tensions et les divisions qui vont en résulter.
Que cet affaiblissement social qui va en résulter entraîne une baisse de la productivité économique, de l’innovation, du capital cognitif en général.
Que cet affaiblissement social qui entraîne des conséquences d’ordre d’intérêt général entraîne d’autres conséquences d’ordre sécuritaire.
En effet, la violence est une maladie, elle se propage comme un virus. Et tout comme une personne malade, la société devient moins forte, moins résiliente, cette société aura du mal à se défendre de tout type d’agression auquel elle devra faire face. Que l’agression vienne de l’intérieur ou de l’extérieur.
L'autre bonne nouvelle est que que certains pouvoirs ont bien conscience du problème. Mais aussi que de nombreuses avancées scientifiques sur la nature humaine et les contextes structurels existent pour tenter de solutionner ces types de problèmes. De réduire les tensions sociales, de permettre à la chose économique de fonctionner au mieux, de respecter les libertés individuelles et la nature humaine. Qu'on commence à comprendre de mieux en mieux comment nous fonctionnons et les conséquences induites par certaines manières de faire. Mais que la chose est encore nouvelle, n'est pas encore rentrer dans l'inconscient collectif. Mais que cela implique aussi certains changement de paradigmes. Comme de se rencentrer sur les interactions et le relationnel, les manières de l'aborder. Pemettre ce recentrage pour mieux gérer les systèmes complexes que sont nos sociétés.
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Cette article est une version abrégée et adaptée de mon livre sur l'étude des causes de la violence et protégé par droit d'auteur. Il est en libre téléchargement.
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