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Accueil du site > Tribune Libre > De la survie à la sousvie

De la survie à la sousvie

Nous avons longtemps cru que la survie n’était qu’une étape avant d’atteindre le graal. Mais le graal est gris en fait.

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Il se pourrait bien que « ce qu’il (nous) manque ne figure pas au registre des choses existantes », Baudelaire au bord du spleen. Nous voilà pourtant mieux nourris, mieux soignés, mieux instruits, mieux aidés, d’après les gens de la moyenne. Mais rien n’y fait. Insatisfaits un jour, insatisfaits toujours. Il est vrai que le juste nécessaire n’a jamais promis d’être suffisant.

Mais bon. Le présent a bien des défauts, mais personne ne signerait pour un retour au sylex et à la pyrite, au xylospongium, aux hauts-de-chausses à la gigotte. Enfin pas tout le monde. De la vie d’avant à la vie d’après, il semble quand même que l’on ait fait quelques pas dans une direction qui nous éloigne un peu de l’inconfort, de l’insécurité, du danger

Toutefois, nous éloigner du danger ne signifie pas que nous nous rapprochions de quelque objectif désirable. Fuir, c’est regarder derrière, pas devant. Nous courrons pour nous sauver, mais nous n’arrivons nulle part. Et nous finissons alors par trouver ça louche.

« Je me sens oisif, desséché lassé, rien, absolument rien d'attrayant à faire, pas d'intérêt dans la vie, pas d'espérance littéraire, scientifique ou morale. L'oisiveté de l'âme est une consomption ; elle énerve, use, éteint. Le spleen équivaut à la castration : il stérilise et glace », Henri Frederick Amie

 

La faute à Sisyphe

Pas notre faute. Il faut dire que le mythe de Sisyphe nous a longtemps leurré, sauf Camus peut être. Nous avons toujours pensé que le côté le plus sympa de la montagne était celui où on laissait la boule dévaler la pente. Et le côté le plus détestable était donc celui où il fallait pousser la boule jusqu’au sommet. Mais non

Pourtant, le temps de la montée est bien celui d’un Sisyphe abruti par l’exercice. Sisyphe qui n’a d’autre pensée alors que celle de pousser sa boule pour atteindre l’objectif. Et puis il y a le temps de la descente, celui d’un Sisyphe ahuri par le vide. Sisyphe voyant sa boule descendre sans effort, a tout loisir pour réaliser alors l’absurdité de son existence. La montée puis la descente, lutter puis errer, survivre et sousvivre

Tout le problème vient de là. Une fois que l’on a survécu, le leurre est de croire qu’il y a quelque chose à vivre. A peine nous voilà permis de détourner les yeux du danger, que l’on s’aperçoit aussitôt qu’il n’y a rien à voir. Le désert, la désolation, l’absence de tout mystère, l’écran télé.

Tous nos sens ont été mobilisés si longtemps par la quête du lendemain, les voilà soudainement dépossédés de tout objectif. Que vouliez-vous qu’il arriva. Tous ces sens finirent alors par se recycler, à cause plus efficace : tapoter, cliquer.

« J’avance, et je me retrouve en arrière », anonyme.

 


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8 réactions à cet article    


  • Séraphin Lampion Séraphin Lampion 27 avril 08:43

    Pierre Dac avait déjà dit : « L’avenir de Monsieur est devant lui, et il l’aura dans le dos chaque fois qu’il fera demi-tour. »


    • Gégène Gégène 27 avril 10:38

      @Séraphin Lampion

      et en avoir un peu devant soi, ça permet d’avoir de quoi se retourner . . .


    • Com une outre 27 avril 10:35

      Il n’y a pas que des montées et des descentes dans la vie, il y a des terrains plats aussi. Et là on emmène la boule où l’on veut. C’est cela qu’il faut viser.


      • Séraphin Lampion Séraphin Lampion 27 avril 11:25

        @Com une outre

        c’est sans compter les bandes, les rétros, les masses... et les fausses queues !


      • sylvain sylvain 27 avril 12:25

        Tout le problème vient de là. Une fois que l’on a survécu, le leurre est de croire qu’il y a quelque chose à vivre. A peine nous voilà permis de détourner les yeux du danger, que l’on s’aperçoit aussitôt qu’il n’y a rien à voir. Le désert, la désolation, l’absence de tout mystère, l’écran télé.


        Moi il suffit que j’aille me balader dans la nature, n’importe où ou elle a eu le temps de bien s’installer, pour être empli d’une présence que rien ne peut user .

        C’est une affirmation de dépressif, de désenchanté .Il faut soigner votre ame


        • sylvain sylvain 27 avril 13:13

          Tous nos sens ont été mobilisés si longtemps par la quête du lendemain, les voilà soudainement dépossédés de tout objectif. Que vouliez-vous qu’il arriva. Tous ces sens finirent alors par se recycler, à cause plus efficace : tapoter, cliquer.


          Je ne suis pas boudhiste, mais cette pratique (pas besoin d’adhérer aux religions qui y sont liés) entend justement répondre a cette quête perpétuelle du lendemain qui fait qu’on n’est jamais aujourd’hui et nous laisse tout le temps insatisfait



          • zygzornifle zygzornifle 27 avril 15:51

            Un jour la peau de notre ventre touchera celle de notre dos et nous marcherons avec le menton qui trainera sur le sol .....


            • voxa 29 avril 11:48

              « hauts-de-chausses à la gigotte »


              J’ai appris quelque chose...

              Bon, hauts-de-chausses à la gigotte va être dur à placer dans une conversation, mais cela devrait, peut-être de me permettre de conclure, et, de fil en aiguille, en arriver a la trousse... (d’ou le verbe trousser)

              je mets le lien pour ceux que la mode vestimentaire intéresse :

              http://lecostume.canalblog.com/archives/2014/05/25/29945975.html

              C’est rigolo, mais maintenant je regarde mon jeans différemment...

              La mode étant ce qui se démode, les jeunes ont tout compris.

              Je pensais que les jeans déchirés de partout c’était un truc de clodo....

              Pas du tout, c’est juste mélancolique.

              C’est un retour aux sources de la mode des « crevés multiples » des années 60...

              1660 pour être précis.


              Merci l’auteur, grâce à vous, je suis un peu moins con que tout à l’heure.

              Bon, je retourne à ma putain de boule.

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