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De Manhattan à Gaza

A quelques semaines de la commémoration des attentats du 11-Septembre 2001 et près de sept années après ce choc humain, l’Amérique cherche encore à venger ses morts et à trouver une réponse à cette interrogation que l’administration actuelle ne s’est pas suffisamment posée : « why » ?

De Ground Zero à Bali en passant par Madrid, depuis une décennie le monde vit avec la hantise d’une boucherie prochaine qui peut arriver n’importe quand et n’importe où. L’internationalisation de la violence, la recherche du spectacle médiatico-macabre, c’est en quelques mots toute l’idée qui se cache derrière ce concept de « terrorisme international », hydre de toutes les frustrations. Dans les années 60, on parlait de « collaboration internationale des mouvements terroristes » qu’ils soient d’extrême droite ou d’extrême gauche, le but étant de rassembler tous les mécontents de la planète autour d’un nouvel ordre révolutionnaire. Le changement par l’anarchie, tel était à l’époque le credo de toutes ces organisations réunies lors de conférences internationales à La Havane en 1966 et à Porto en 1981. De nos jours, on imagine mal la tenue de sommets mondiaux du terrorisme international, de grandes messes de la Terreur dans les capitales du monde, il faut dire qu’entre-temps il y a eu les attentats de Paris et les autres[1], quelques milliers de litres d’hémoglobine versés au nom d’une liberté prise en otage et d’un Allah manipulé[2]. C’est vrai qu’à la place il y a tout de même Davos où le crépitement des flashs et la lumière des caméras aveuglent le monde qui applaudit à l’élaboration de perverses stratégies. Les mêmes stratégies contribuant à la mise en place des politiques assassines. Cela dans un esprit « Peace and Love » qui frise l’indécence.

Il est effectivement révolu le temps où le terrorisme international pouvait déjeuner tranquillement à une terrasse portugaise fumant un cigare cubain. Aujourd’hui, il se fait enfumer par l’« Axe du Bien » en Afghanistan, au Pakistan, en Indonésie, en Irak, en Tchéchénie, en Palestine, justifiant au passage les plus graves régressions des droits de l’homme. Entre luttes de libération et idéologiques, il surfe habilement sur les revendications des plus opprimés, les mots et les discours afin de s’offrir une légitimité et de renforcer le sentiment de solidarité. C’est aussi là où réside la grande fumisterie du terrorisme international, utiliser la détresse des pauvres pour donner un sens à ces attentats qui font du tort à tout le monde. Ce n’est donc pas surprenant de voir que ces « combattants » de la liberté sont des jeunes issus de milieux défavorisés, de ces ghettos où le mot « exister » a perdu tout son sens. Dans ces enfers où la radicalisation des esprits peut aller très loin[3], du moins jusqu’à Manhattan.

Nous avons tous été Américains lors de l’effondrement des tours jumelles du World Trade Center, nous avons pleuré avec l’Amérique, ces morts qui nous renvoyaient toute la brutalité de l’esprit des hommes. Nous avons tous été moins « Rwandais » lors du génocide quand près d’un million de personnes furent massacrées sous le regard de cette communauté internationale qui savait et qui n’a rien voulu faire. Nous avons tous été moins « Chiliens » quand des millions d’hommes, de femmes et d’enfants ont été volés à la vie par une oppression tyrannique avec la complicité silencieuse de ces « Grandes Nations » subitement atteintes de surdité. Nous avons tous été moins « Cambodgiens » lorsque la furie des Khmers rouges ensanglantait le pays entier loin du grand brouhaha que provoque Wall Street, le Cac 40, le Dow Jones, etc. Mais, pour l’Amérique, nous avons tous versé une larme par humanité et par fraternité. Ainsi, la douleur qui s’élève de Ground Zero est la même qui déchire le cœur de cet enfant au Darfour pleurant le massacre de toute sa famille, de cette mère qui assiste impuissante à l’assassinat de son enfant fauché par une balle israélienne et de ce père qui succombe à son tour en voyant le corps déchiqueté et inerte de sa fille, victime d’un attentat palestinien. La douleur est un langage qui a un vocabulaire venant du cœur et qui n’est compris que par ceux qui l’ont déjà parlé. Et comme la majorité de la planète maîtrise plus ou moins cet esperanto, il conviendrait de trouver d’autres moyens de lutte contre le terrorisme international dans un monde ayant subi le traumatisme de la haine.

Il est temps aujourd’hui que le monde réponde efficacement à ce diktat de la terreur en favorisant la réduction de l’écart immense entre les richissimes obèses et les squelettiques affamés au travers de la mise en place des politiques de développement ciblées afin de soustraire les couches populaires de l’influence des extrémismes. Le sous-développement et le sentiment d’injustice nourrissent le terrorisme. Seule la réalisation d’une justice sociale appropriée pourra durablement permettre l’éradication du terrorisme international. Mais également il est important de garantir le respect des libertés fondamentales en assurant la pluralité au sein des sociétés. Sans oublier, la recherche et l’établissement d’un équilibre dans les rapports de force entre les différentes puissances, une coopération juste et équitable entre Etats et partenaires économiques. En privant les extrémismes de leur base populaire, on les rendrait illégitimes. Et sans cette forte légitimité dont ils jouissent aujourd’hui, ils ne survivraient pas longtemps.

Encore faudra-t-il qu’il y ait cette volonté inébranlable de combattre différemment le terrorisme international qu’à coup de réarmement massif, et d’y associer les moyens nécessaires. La lutte contre la pauvreté contribue donc à empêcher les hordes de jeunes démunis, laissés au ban de nos sociétés, de se transformer en bombes humaines. Il serait vain d’élaborer des campagnes contre le terrorisme international sans y inclure une véritable action sociale et politique vers ces zones de misères accrues où la frustration nourrit la haine. Et où le sentiment d’injustice et d’oppression pousse à une radicalisation destructrice[4].

Lorsque l’on voit que la priorité, de nos jours, est le tout-sécuritaire avec ses dérives et ses gâchis, nombreux sont ceux qui voient en ce choix risqué toute la démagogie des responsables politiques. Le tout-sécuritaire doit être enterré au profit de l’anti-précaire. Bien sûr, il ne s’agit pas de désarmer du jour au lendemain les forces de défense et d’être laxiste face aux exigences de protection, mais aussi de sûreté des populations. Les gouvernements doivent être prêts et forts à affronter les dangers qui menacent les sociétés, sans pour autant prendre cela comme prétexte pour justifier une course aux conflits armés au détriment de l’essentiel, le plus important, le développement humain (le dialogue interculturel, l’économie équitable, le respect de la diversité et la sauvegarde des libertés). C’est là le prix, l’unique, à payer pour éradiquer autrement le terrorisme international.

D’un autre côté, il faut concéder que la perversité des radicaux et autres extrémistes de tout bord, oblige presque le monde à réagir aussi brutalement que l’inhumanité des attentats. Autant il faut rester ferme contre ces atteintes à la vie, autant pareille fermeté doit être exigée contre les politiques coupables des déserts de précarité et d’insécurité sociale[5]. Fermeté contre les humiliations, les arrogances et le délitement de valeurs. Fermeté dans la lutte contre les pandémies qui ravagent des populations entières. Fermeté dans l’ambition de résoudre pacifiquement les conflits armés et de permettre la paix dans des endroits où l’on n’y croit vraiment plus. Fermeté et responsabilité, ce sont là les axes qui devraient guider la lutte actuelle contre le terrorisme international. Un changement d’attitude qui passe principalement par la réalisation des Objectifs du millénaire pour le développement, de Bagdad à Nairobi, de Manhattan à Gaza.



* [1] « Attentats de la Cagoule en septembre 1937 à Paris ; attentats et assassinats de la Fraction armée rouge en Allemagne... Attentats et assassinats de l’ETA en Espagne ; attentats d’Action directe en France ; attentats des Brigades rouges en Italie ; attentats des Cellules communistes combattantes en Belgique ; mitraillage à l’aéroport de Lod en Israël par trois terroristes de l’Armée rouge japonaise, le 30 mai 1972, faisant 26 morts et 76 blessés » - source Wikipedia.

* [2] « Attentat de Jamaa Islamiya à Louxor en 1997, 62 morts ; attentats à Madrid du 11 mars 2004 ; attentats du 23 juillet 2005 à Charm el-Cheikh ; attentat de Bali en octobre 2002, on dénombre un peu plus de 200 morts ; attentats à Casablanca du 16 mai 2003 ; les attentats du 7 juillet 2005 à Londres ; attentats du 1er octobre 2005 à Bali, 26 morts » - source Wikipedia.

* [3] « La prise d’otages à l’opéra de Moscou puis à l’école de Beslan par des terroristes tchétchènes ; les attentats-suicides palestiniens en Israël depuis les accords d’Oslo jusqu’à nos jours. La série d’attentats contre La Dernière Tentation du Christ, culminant avec l’incendie de l’Espace Saint-Michel en 1988 ; l’attaque au gaz sarin dans le métro de Tōkyō par la secte bouddhiste Aum Shinrikyo en 1995 ; les attentats dans le métro parisien en 1995 par les membres du Groupe islamique armé (GIA) ; l’attentat contre la synagogue de Jerba en Tunisie en 2002 » - source Wikipedia.

*[4] « Mettre durablement hors d’état de nuire les auteurs d’actes terroristes et prévenir la multiplication de ceux-ci ne sauraient se borner à une action militaire ou policière. Cela passe nécessairement par une réponse effective aux multiples violations des droits de l’homme, civils, politiques, économiques, sociaux ou culturels qui constituent le terreau du désespoir et, partant, du fanatisme. Cela passe aussi par l’établissement de régimes démocratiques se substituant aux régimes dictatoriaux. » - source FIDH.

[5] « Aucune lutte contre le terrorisme ne sera efficace sans recherche d’une mondialisation plus équitable, qui deviendrait synonyme non plus d’exclusion, mais d’inclusion non discriminatoire. » - source FIDH


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