
Pour l’une des premières fois depuis la création des G20 en 1999, la déclaration met en avant le travail effectué par des gouvernements. Et, elle les cite. Les gouvernements allemand et britannique sont à l’honneur à travers leur patron(ne) : Angela Merkel et Gordon Brown. On note, in extenso :
"point 15, partie 2. En nous fondant sur la Charte proposée par la Chancelière Angela Merkel
, à laquelle nous continuerons à travailler, nous avons adopté aujourd’hui les principes essentiels d’une activité économique durable qui comprendront les principes de rectitude, d’intégrité et de transparence, et viendront sous-tendre le cadre". "point 17. partie 2. La modernisation des institutions financières internationales et de l’architecture internationale du développement est essentielle pour appuyer nos efforts destinés à renforcer la stabilité financière, à encourager le développement durable et à améliorer le niveau de vie des plus pauvres. Nous accueillons avec une vive satisfaction le rapport du Premier Ministre Gordon Brown
sur la réactivité et la capacité d’adaptation des institutions financières internationales et nous demandons à nos ministres des finances d’examiner ses conclusions.
A en croire N. Sarkozy, tout tournait, une fois de plus, autour de lui et de ses propositions pour ce sommet de Pittsburgh. Les faits sont malheureusement terribles. Encore une fois, la crédibilité du président français est mise à mal.
Pour cela, nous proposons ici, dans les colonnes d’Agoravox, de mettre à la disposition de nos lectrices et lecteurs le travail effectué au sommet de Pittsburgh sous l’égide du président Obama. Qu’on partage ou non sa politique, le contenu de ce G20 restera dans l’histoire du XXIème siècle, comme cela fut le cas de Bretton Woods, pour le XXème. A vous d’en juger !
" PRÉAMBULE
1. Nous nous réunissons en ce moment crucial de transition entre la crise et la reprise pour tourner la page d’une ère d’irresponsabilité et adopter un ensemble de mesures, de règles et de réformes nécessaires pour répondre aux besoins de l’économie mondiale du XXIème siècle.
2. Lors de notre dernière rencontre en avril, nous étions confrontés au plus grand défi pour l’économie mondiale qu’ait connu notre génération.
3. La production mondiale reculait à un rythme sans précédent depuis les années 30. Le commerce s’effondrait. Les emplois disparaissaient rapidement. Nos concitoyens craignaient que le monde ne soit au bord d’une dépression.
4. Nos pays avaient alors décidé de faire tout ce qui était nécessaire pour assurer la reprise, remettre en état nos systèmes financiers et préserver les flux mondiaux de capitaux.
5. Cela a marché.
6. Notre réponse énergique a contribué à stopper la chute dangereuse de l’activité mondiale et à stabiliser les marchés financiers. La production industrielle augmente à présent dans presque toutes nos économies. Le commerce international commence à se rétablir. Nos institutions financières mobilisent les capitaux nécessaires, les marchés financiers se montrent prêts à investir et à prêter, et la confiance est en hausse.
7. Aujourd’hui, nous avons passé en revue les progrès accomplis depuis le sommet de Londres en avril. Les engagements que nous avons pris au niveau national pour rétablir la croissance ont constitué le soutien budgétaire et monétaire le plus vaste et le mieux coordonné de tous les temps. Nous avons agi ensemble pour augmenter radicalement les ressources nécessaires afin d’empêcher la diffusion de la crise à l’ensemble du monde. Nous avons pris des mesures pour remettre en état le système de régulation et nous avons commencé à mettre en œuvre des réformes radicales afin de réduire le risque que des excès financiers ne déstabilisent à nouveau l’économie mondiale.
8. Le sentiment de retour à la normalité ne doit pas nous conduire à sous-estimer la situation.
9. Le processus de reprise et de remise en état reste incomplet. Dans de nombreux pays, le chômage reste à un niveau inacceptable. Les conditions d’une reprise de la demande privée ne sont pas encore totalement réunies. Nous ne cesserons pas nos efforts tant que l’économie mondiale n’aura pas retrouvé sa pleine santé et que les travailleurs partout dans le monde n’auront pas trouvé un emploi décent.
10. Nous nous engageons aujourd’hui à poursuivre notre intervention énergique jusqu’à ce qu’une reprise durable soit assurée. Nous agirons pour faire en sorte que le retour de la croissance s’accompagne de la création d’emplois. Nous éviterons toute suppression prématurée des incitations. Parallèlement, nous préparerons nos stratégies de sortie de crise et, lorsque le moment sera venu, nous cesserons notre soutien exceptionnel de manière coordonnée et coopérative, en honorant notre engagement en matière de responsabilité budgétaire.
11. Alors même que l’action en faveur de la reprise se poursuit, nous nous engageons à adopter les politiques nécessaires pour jeter les fondements d’une croissance forte, durable et équilibrée au XXIème siècle. Nous reconnaissons que nous devons agir avec détermination pour surmonter les effets de cette grave crise économique mondiale et pour aider nos concitoyens à faire face aux conséquences de cette crise. Nous voulons une croissance sans cycles d’expansion et de ralentissement extrêmes, et des marchés qui encouragent la responsabilité et non l’inconscience.
12. Aujourd’hui, nous sommes convenus :
13. de lancer un cadre qui définisse les politiques et la manière dont nous agirons ensemble pour parvenir à une croissance mondiale forte, durable et équilibrée. Nous avons besoin d’une reprise durable qui crée les emplois de qualité qu’attendent nos concitoyens.
14. Nous devons passer de sources publiques à des sources privées de la demande, instaurer un modèle de croissance plus durable et plus équilibrée dans tous les pays et réduire les déséquilibres de développement. Nous nous engageons à éviter les cycles déstabilisateurs d’expansion et de ralentissement extrêmes dans le domaine du crédit et du prix des actifs et à adopter des politiques macroéconomiques qui encouragent une demande mondiale adéquate et équilibrée, de manière compatible avec la stabilité des prix. Nous ferons également des progrès décisifs sur les réformes structurelles qui favorisent la demande privée et renforcent le potentiel de croissance à long terme.
15. Notre Cadre pour une croissance forte, durable et équilibrée est un pacte qui nous engage à travailler ensemble pour évaluer mutuellement la compatibilité de nos politiques, à déterminer si elles sont collectivement cohérentes avec une croissance plus durable et plus équilibrée, et à agir si nécessaire pour honorer nos engagements communs.
16. de veiller à ce que nos systèmes de régulation des banques et des autres établissements financiers contiennent les excès qui ont conduit à la crise. Là où l’inconscience et l’absence de responsabilité ont entraîné la crise, nous n’autoriserons pas un retour aux pratiques bancaires antérieures.
17. Nous nous sommes engagés à agir ensemble pour élever les normes en matière de capitaux, pour mettre en œuvre des normes internationales strictes en matière de rémunérations afin de mettre un terme aux pratiques qui entraînent une prise de risques excessive, pour améliorer le marché de gré à gré des produits dérivés et pour créer des instruments plus puissants afin que les grandes sociétés multinationales assument la responsabilité des risques qu’elles prennent. Les normes applicables aux grands établissements financiers multinationaux doivent être à la mesure du coût que représente leur faillite. Nous nous sommes fixés un calendrier strict et précis pour l’ensemble de ces réformes.
18. de réformer l’architecture mondiale pour répondre aux besoins du XXIème siècle. Après cette crise, les acteurs essentiels doivent devenir des parties prenantes et s’investir pleinement dans nos institutions pour nous permettre de coopérer afin de jeter les fondements d’une croissance forte, durable et équilibrée.
19. Nous avons désigné le G20 comme étant le forum prioritaire de notre coopération économique internationale. Nous avons créé le Conseil de stabilité financière qui inclut les grandes économies émergentes et nous nous félicitons des efforts qu’il déploie pour coordonner et suivre les progrès du renforcement de la régulation financière.
20. Nous avons pris l’engagement d’un transfert de quotes-parts du FMI au profit des pays émergents et en développement dynamiques d’au moins 5% depuis les pays sur-représentés vers les pays sous-représentés en utilisant la formule actuelle des quotes-parts comme la base de notre travail. Nous avons honoré notre promesse de verser plus de 500 milliards de dollars à de nouveaux accords d’emprunt renouvelés et élargis.
21. Nous considérons qu’il est important d’adopter à la Banque mondiale une formule dynamique qui reflète en premier lieu l’évolution du poids économique des pays et la mission de développement de la Banque mondiale, et qui entraîne une augmentation significative d’au moins 3% des droits de vote des pays en développement et en transition, au bénéfice des pays sous-représentés. Tout en reconnaissant que les pays surreprésentés contribueront, il sera important de protéger les droits de vote des pays pauvres les plus petits. Nous invitons la Banque mondiale à jouer un rôle moteur pour répondre aux problèmes dont la nature exige une action coordonnée à l’échelle mondiale, tels que le changement climatique et la sécurité alimentaire, et nous sommes convenus que la Banque mondiale et les banques régionales de développement doivent disposer de ressources suffisantes pour relever ces défis et remplir leur mandat.
22. de prendre de nouvelles mesures pour accroître l’accès des plus démunis à la nourriture, aux combustibles et au financement tout en mettant un frein aux sorties illicites de capitaux. Les mesures visant à réduire les écarts de développement peuvent être un moteur puissant de la croissance mondiale.
23. Plus de quatre milliards de personnes sont toujours insuffisamment instruites, mal dotées en capitaux et en technologies et insuffisamment intégrées dans l’économie mondiale. Nous devons travailler ensemble pour réaliser les changements concrets et institutionnels nécessaires afin que la productivité et les niveaux de vie des pays en développement et émergents se rapprochent plus vite de ceux des pays industrialisés. Pour commencer, nous demandons à la Banque mondiale de mettre en place un nouveau fonds fiduciaire à l’appui de la nouvelle initiative sur la sécurité alimentaire au profit des pays à faible revenu, qui a été annoncée l’été dernier. Nous augmenterons, sur une base volontaire, le financement de programmes destinés à fournir une énergie propre à un coût abordable, tels que le Programme de développement accéléré des énergies renouvelables (SREP).
24. d’éliminer progressivement et de rationaliser à moyen terme les subventions inefficaces aux combustibles fossiles tout en apportant une aide ciblée aux plus démunis. Les subventions inefficaces accordées aux combustibles fossiles encouragent la surconsommation, restreignent notre sécurité énergétique, font obstacle à l’investissement dans des sources d’énergie propre et portent atteinte aux efforts de lutte contre le changement climatique ;
25. Nous demandons à nos ministres de l’énergie et des finances de nous rendre compte à notre prochaine réunion de leurs stratégies et de leur calendrier de mise en œuvre afin d’honorer cet engagement essentiel.
26. Nous encouragerons la transparence sur les marchés de l’énergie et la stabilité des marchés dans le cadre de nos efforts plus larges destinés à éviter une volatilité excessive.
27. de maintenir notre ouverture et de nous diriger vers une croissance plus verte et plus durable.
28. Nous lutterons contre le protectionnisme. Nous avons pris l’engagement de faire aboutir le cycle de Doha en 2010.
29. Nous ne ménagerons pas nos efforts pour trouver un accord à Copenhague lors des négociations menées sous l’égide de la Convention cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC).
30. Nous accueillons chaleureusement le rapport du président du Sommet de Londres que nous avions demandé lors de notre dernière réunion et que nous publions aujourd’hui.
31. Enfin, nous sommes convenus d’organiser un Sommet au Canada en juin 2010 et en Corée en novembre 2010. Nous entendons nous réunir chaque année par la suite et nous nous réunirons en France en 2011.
* * *
1. Nous avons évalué les progrès que nous avons réalisés ensemble pour faire face à la crise mondiale et nous sommes convenus de maintenir nos mesures de soutien à l’activité économique jusqu’à ce que la reprise soit assurée. Par ailleurs, nous nous sommes engagés à prendre des mesures supplémentaires pour assurer une croissance forte, durable et équilibrée, pour mettre en place un système financier international plus solide, pour réduire les déséquilibres de développement et pour moderniser notre architecture de la coopération économique internationale.
Cadre pour une croissance forte, durable et équilibrée
2. La croissance de l’économie mondiale et la réussite de nos actions coordonnées pour lutter contre la récente crise ont renforcé les arguments en faveur d’une coopération internationale plus durable et plus systématique. À court terme, nous devons continuer de mettre en œuvre nos programmes de relance afin de soutenir l’activité économique jusqu’à ce que la reprise soit fermement installée. Nous devons également mettre en place un processus transparent et crédible pour retirer le soutien exceptionnel que nous avons apporté tant au secteur financier que dans le domaine budgétaire et monétaire, qui sera appliqué lorsque la reprise sera totalement assurée. Nous chargeons nos ministres des finances, qui travaillent avec l’appui du FMI et du CSF, de continuer à élaborer, lors de leur réunion de novembre, des stratégies de sortie coordonnées et coopératives tout en reconnaissant que l’échelle, le rythme et le calendrier de ce processus pourront varier en fonction des pays et des régions et du type de mesures adoptées. Des stratégies crédibles de sortie de la crise doivent être conçues et clairement expliquées pour répondre aux attentes et renforcer la confiance.
3. Le FMI prévoit une reprise de la croissance mondiale pour cette année, avec une augmentation de près de 3 % d’ici à la fin 2010. Par conséquent, notre objectif est de faire en sorte que le monde retrouve une croissance forte, durable et équilibrée tout en maintenant notre engagement de responsabilité et de soutenabilité budgétaires, avec des réformes destinées à accroître notre potentiel de croissance et notre capacité à créer des emplois et des politiques conçues pour éviter à la fois l’apparition de nouvelles bulles d’actifs et la résurgence de flux financiers mondiaux non soutenables. Nous nous engageons à mettre en place les mesures nécessaires pour atteindre ces résultats.
4. Nous devrons travailler ensemble pour effectuer cette transition vers un modèle plus équilibré de croissance mondiale. La crise et les premières mesures que nous avons prises pour y répondre ont déjà profondément changé le modèle et le niveau de croissance dans tous les pays. De nombreux pays ont déjà pris d’importantes mesures pour accroître la demande intérieure, renforcer l’activité mondiale et réduire les déséquilibres. Dans certains pays, l’augmentation de l’épargne privée qui a lieu actuellement devra, le moment venu, être complétée par une augmentation de l’épargne publique. Pour garantir une reprise forte, il faudra procéder à des ajustements dans différents secteurs de l’économie mondiale tout en appliquant des politiques macro-économiques qui encouragent une demande mondiale adéquate et équilibrée, et réaliser des progrès significatifs en matière de réformes structurelles visant à accroître l’importance de la demande intérieure privée, à réduire les écarts de développement dans le monde et à renforcer le potentiel de croissance à long terme. Le FMI considère que seuls ces ajustements et réalignements permettront à la croissance mondiale de reposer sur un modèle fort, durable et équilibré. Alors que les pays ont commencé à s’engager sur la bonne voie, une vision partagée et un renforcement du dialogue permettront de construire un modèle de croissance plus stable, plus durable et plus viable. L’élévation du niveau de vie dans les pays émergents et en développement est également un facteur déterminant de la croissance durable de l’économie mondiale.
Crédit photo : le JDD.