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Décroissance et faux bilans

Qu'est-ce que la décroissance ? La décroissance est avant tout un nom commun féminin que nous trouvons dans le dictionnaire et qui signifie « l’action de décroître ». Son synonyme est « diminution  », pouvant être évaluée au plan physique en volume, en hauteur, en largeur, en poids, en nombre, etc….. Employé seul, ce substantif ne veut rien dire si on ne l’associe pas à une unité de mesure significative de la chose à quantifier. Par exemple on pourra parler de la décroissance du débit d’un fleuve mesurée en variation de mètres cubes secondes, ou de la décroissance des rendements d’une céréale mesurée en variation de tonnes à l’hectare.

La décroissance peut aussi concerner des domaines plus subjectifs, par exemple la qualité du lien social, mesurée en variation qualitative des échanges interpersonnels, ou plus largement encore celui du bonheur humain calculé en variation d’un ensemble de critères plus ou moins aléatoires ou particuliers.

Ainsi lorsque nous parlons de décroissance, il faut bien savoir ce que nous voulons mesurer et quels outils de mesure nous devons utiliser. Cette précaution préalable peut faire gagner un temps précieux, éviter des palabres stériles et recentrer le débat sur des données claires. Mais ce n’est pas tout ! Nous devons également nous assurer que la chose à mesurer est significative de ce que nous voulons démontrer. Dans le cas contraire, nous aurions échafaudé en vain un argumentaire exempt de toute pertinence.

Dans le domaine économique, la décroissance se définit par rapport à son antithèse : la croissance. C’est à dire qu’une situation économique qui n’est pas croissante devient décroissante, et vice-versa (mise à part le cas particulier de l’« état stationnaire » que nous laisserons provisoirement de côté pour ne pas compliquer le raisonnement) .

Les représentants de l’oligarchie au pouvoir depuis deux cent ans prônent la croissance économique comme objectif prioritaire et seul moyen d’assurer le bonheur de leurs administrés. Ils sont suivis en cela par l’immense majorité des populations. Quelques groupuscules prônent au contraire la décroissance économique volontaire, indiquant que cette option serait de nature à rétablir « la joie de vivre », slogan du journal « La Décroissance », et à « augmenter les liens en diminuant les biens », slogan des « objecteurs de croissance ». Ces groupes ne sont suivis que par une infime minorité des populations.

Mais, que ce soient les zélateurs de la croissance, ou que ce soient les objecteurs de croissance, tous deux se trompent sur l’unité de mesure, ce qui, nous en conviendrons, les renvoient dos à dos. Cette unité de mesure erronée s’appelle le PIB, c’est à dire le produit intérieur brut, qui est l’un des agrégats majeurs des comptes nationaux.

En tant qu'indicateur économique principal de mesure de la production économique réalisée à l’intérieur d'un pays donné, le PIB vise à quantifier la valeur totale de la « production de richesse » effectuée par les agents économiques résidant à l’intérieur de ce territoire (ménages, entreprises, administrations publiques). Le PIB est donc censé refléter l’activité économique interne d’un pays et la variation du PIB d’une période à l'autre est censée mesurer son taux de croissance économique.

Les croissancistes veulent faire augmenter le PIB, tandis que les objecteurs de croissance veulent faire diminuer le PIB. Et ce faisant ces derniers, bien que ne pouvant être soupçonnés de mauvaise foi, tombent dans le piège tendus par les premiers, c’est à dire mesurer quelque chose avec un outil inadapté, ce qui engendre naturellement un raisonnement erroné.

En proposant un mauvais outil de mesure, l’objectif des mandataires de l’oligarchie croissanciste est clair : il s’agit de faire croire au peuple que tout va bien alors que, au contraire, la banqueroute est proche. En droit de l’entreprise cela s’appelle « présentation de faux bilan », cette technique étant généralement utilisée par les gestionnaires membres d’un conseil d’administration pour tromper leurs associés et espérer ainsi conserver leur mandat. Dans le cas de figure qui nous intéresse les associés sont les citoyens et les membres du conseil d’administration sont les gouvernements des différents pays. De la même façon que pour les mandataires d’entreprises qui dépendent du vote annuel des actionnaires, l’objectif unique des politiciens professionnels qui composent les gouvernements est de se faire élire et réélire à chaque échéance électorale par les citoyens. Et pour s'efforcer d'atteindre cet objectif, ils ne craignent pas, au travers des comptabilités nationales, de nous présenter des faux bilans.

( Extrait de l'ouvrage "Vers la démocratie directe" )

 


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4 réactions à cet article    


  • Ciriaco Ciriaco 11 septembre 2017 09:33

    Curieuse approche de la décroissance. Ceux qui se sont intéressés à ses thèses savent que le mot décroissance est un mot « obus » (pour citer Paul Ariès). Une nécessité pour arriver à se faire entendre dans le flot titanesque d’informations.


    Mot incomplet aussi, car la décroissance est en fait une synthèse contemporaine de mouvements antérieurs, remis en perspective. Théorie non totale également, qui n’a pas pour prétention de pouvoir gérer et solutionner tous les problèmes. Théorie à ce titre salvatrice de la maladie aussi clivante que répandue de la pensée grande échelle.

    Pour savoir vraiment de quoi il retourne de ce mouvement doté de puissants contre-poisons : la revue entropia (ensemble de livres de 200 pages, structurés en articles de 5 à 6 pages, un travail inédit, une vraie fraîcheur pour l’esprit - magnez-vous tous les exemplaires ne seront pas réédités à l’infini, et c’est vraiment unique dans le paysage).

    • Christian Laurut Christian Laurut 11 septembre 2017 09:59

      @Ciriaco
      Le terme de « mot obus » (qui est de S.Latouche plutôt que de P.Ariès), a précisément été inventé par ceux qui se le sont approprié pour en faire une doctrine politique. Bien avant ceux-ci, Nicholas Georgescu Roegen , a posé les fondements thermodynamiques de cette trajectoire qui n’a rien d’une vision culturelle, mais tout d’une loi physique inéluctable, celle de l’entropie. Rien à voir non plus avec le club « Entropia », dont vous parlez, simple succursale (au demeurant sympathique) de la gauche branchée.


    • Ciriaco Ciriaco 11 septembre 2017 10:54

      @Christian Laurut
      La stratégie de ce terme n’est pas sans difficulté. Comme tout terme d’opposition, il se trouve souvent cerné par la réaction qu’il crée, où l’on peut parler librement de doctrine. Ce qui est intéressant n’est pas là. Aucun mouvement de pensée ne peut se résumer à un slogan (l’entropie, abordée aussi, ne peut être le seul aspect du social, du politique, du culturel et de l’économique). C’est pour cela qu’il est nécessaire d’aller aux sources, de ne pas forger son opinion à partir de la simple dynamique d’opposition, d’autant quand il s’agit d’une vision très sereine.


      Je refuse catégoriquement de désigner le savoir et la culture comme appartenant, en défaut, à une catégorie sociale, même s’il y a une réalité, triste, à cela. Ce serait comme dire que seul le bourgeois à la légitimité de se cultiver : c’est un vol.

    • Claudec Claudec 11 septembre 2017 18:54

      Bien au-delà du PIB, la croissance me semble se caractériser par le résultat en augmentation d’une activité monnayable (ou solvable), notamment industrielle et économique, telle que celle de l’homme, aidé par ses techniques et ses outils. Son contraire est la décroissance, ou diminution des résultats de cette même activité.

      L’aune à laquelle se mesure la croissance et la décroissance, est la somme des profits tirés de cette activité, sous forme de rémunérations (du travail et des investissements) et d’épargne.
      La croissance entraîne généralement un enrichissement de la société (quel qu’en soit le partage), la décroissance ayant l’effet contraire ; sans parler de leur incidence sur l’environnement (consommation des ressources naturelles, déchets de l’activité et pollutions.

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