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Des philosophes pas immunisés (contre la sottise)

 

Plusieurs philosophes censés être de gauche nous gratifient de leurs analyses, dés les premiers jours de la pandémie : ainsi d'Agamben, Fusaro, Lordon, Nancy, Zizek... Certains d'entre eux se réjouissent que le monde néo-libéral vacille sur ses bases, d'autres réactivent une conceptualité nazie, celle de Schmitt ou Heidegger, pour critiquer les mesures prises par les gouvernements. Rien n'indique que les concernés n'auraient pas été en mesure de s'abstenir d'analyses à la fois éculées, commodes, indignes, les ridiculisant quelque peu.

 

Le problème avec l’évènement, c’est que contrairement à l’”insurrection qui vient” contre le néo-libéralisme, c’est que lui, a bien fini par advenir. Et les prétendus philosophes dès lors de se hâter d’asséner sans aucune circonspection ou pondération leurs grilles interprétatives habituelles, et pour tout dire, redondantes : ainsi le veut le petit marché fébrile de la spéculation intellectuelle. Ceux qui se réclament de Foucault et de son analyse du biopouvoir n’hésitent pas à se répandre de façon virale, sans aucune retenue, ni port d’aucun masque. Celui de la vergogne -pour ne rien dire de la prudence- ne serait pourtant pas de trop. Les philosophes qui se sont mis à l’école du soupçon lorgnent sans aucune retenue vers une autre école, plus funeste : celle du conspirationnisme : tous ceux qui puisent dans les fonds conceptuels délirants d’extrême-droite, alimentés par les projections racistes de Carl Schmitt et de Martin Heidegger, sont (déjà) en roue-libre. "En quarantaine avec leurs obsessions", comme le titre un journal italien, Giorgio Agamben et Diego Fusaro peuvent alors à loisir pérorer sur le "dispositif" déployé contre le Coronavirus de façon, ce terme revêtant, c’est entendu, une dimension forcément péjorative ; le virus serait rien de moins qu’ une façade pour mener une manipulation planétaire afin, je cite, que "les universités et les écoles ferment une fois pour toute et pour que les cours soient uniquement en ligne", ou bien que "cessent les rencontres pour des raisons politiques ou culturelles". Agamben n’hésite pas à considérer que le Coronavirus serait du pain bénit pour ceux dont le seul but serait d’imposer l’état d’exception, concept forgé par le nazi Carl Schmitt qui en a fasciné d’autres, comme Walter Benjamin ou Jakob Taubes. Entre deux bouffées délirantes, Fusaro, admirateur de Heidegger lui aussi, lâche : "En paraphrasant Hölderlin, nous pourrions affirmer que là où le danger augmente, la misère du néolibéralisme grandit également". Mais les choses se gâtent aussi dans l’héxagone. De même obédience, Jean-Luc Nancy ne peut s’empêcher de tenir de grandes considérations générales comminatoires sur l’Occident : "Il y a une sorte d’exception virale – biologique, informatique, culturelle – qui nous pandémise. Les gouvernements n’en sont que de tristes exécutants” ; quiconque a lu les Cahiers noirs nazis de Heidegger reconnaîtra exactement les schèmes conceptuels de celui qui mélangeait nazis, communistes, et dirigeants démocrates comme “simple exécutants” et “esclaves” d’une machination...juive. Dire que nous ne sommes qu’au début de l’épidémie ! Il n’aura fallu que quelques jours pour que les supposés “philosophes” se référant sans recul à un nazi décrétant que “la science ne pense pas” -alors que nous avons désormais tant besoin des médecins- se ridiculisent publiquement.

Giorgio Agamben persiste et signe

« La première chose que la vague de panique qui a paralysé le pays montre clairement, c'est que notre société ne croit plus qu'à la vie nue. » (...) « Les hommes sont devenus tellement habitués à vivre dans des conditions de crise et d'urgence pérennes qu'ils ne semblent pas remarquer que leur vie a été réduite à une condition purement biologique » ( ...) « Mais une guerre avec un ennemi invisible qui peut se cacher l'un dans l'autre est la plus absurde des guerres »- Giorgio Agamben en a remis une couche heideggero-arendtienne quelques jours après, le 17 mars 2020. Le premier extrait renvoie à l’habituelle obsession pour Auschwitz comme paradigme, qui ferait que chaque citoyen, en démocratie, serait sans s’en rendre compte un « musulman » des camps en puissance, absolument mis en garde par l’état d’exception schmittien. Le second extrait continue de ridiculiser ces foules comme « animaux rationnels » pas à la hauteur de ce que serait, par exemple, un Dasein digne de ce nom, ne se laissant pas réduire à « la vie », même par gros temps virologiques. Le discours sur la crise aurait pu aussi bien être tenu sous Weimar. Enfin, le troisième extrait semble tout droit sorti de L’histoire de l’être ou d’un des volumes des Cahiers noirs, tant, comme l’a montré Sidonie Kellerer, l’obsession pour quelque « guerre invisible » est un topos antisémite éculé, celui même qui excite Heidegger contre le Geist, cet ennemi fuyant autant qu’intérieur à désincruster de la racine du peuple, et qui avait à juste titre attiré l’attention de Jacques Derrida. Le paradigme paranoïaque heideggerien n’en finit pas, plus ou moins couplé (surtout comme justificatif) à celui de Foucault, de procurer à ceux follement amoureux de leurs biais des moyens de dénigrer coûte que coûte les démocraties libérales. Notre propos n’est pas de décréter que cela serait scandaleux dans l’absolu, seulement qu’il ne faudrait jamais oublier l’origine douteuse des moyens déployés. Une démocratie en crise, voire désespérée pourrait en effet se laisser séduire par une grammaire brunâtre, faute de savoir trouver des ressources en elle-même – ou surtout, faute de savoir raison garder quant à ces ressources, bien réelles, mais beaucoup moins « sensationnelles ».

Les intégristes de tous bords sont littéralement en roues libres depuis quelques jours, et ce n’est que le début de la crise. C’est ce crash-test-là également que nos démocraties rationnelles doivent affronter, internet et des journaux complaisants relayant toutes les élucubrations de « philosophes » obsédés par l’évènement et par les hypothèses auxquels ils sont agrippés depuis des décennies, en en faisant des vérités indiscutables leur permettant d’asséner leurs oukases à tous ceux qui auraient le heur d’accorder quelque confiance que ce soit à leur république, passant forcément pour des « naïfs » . Ou des complices.

Les lecteurs sont-ils en mesure de saisir que ces "penseurs autorisés de la pensée non-autorisée" abreuvent les abreuvent de grilles interprétatives qui ne sont désormais que trop connues, redondantes, infalsibiables et mesquines pour permettre une compréhension sage de la situation politique actuelle ?

 

Stéphane Domeracki, auteur de "Heidegger et sa solution finale" aux éditions Connaissances & savoirs

 

1(Ce texte a été écrit mi-mars 2020, après qu’Agamben, Fusaro, Lordon ou Zizek nous aient gratifiés de leurs analyses semi-délirantes lors du tout début de la crise du Coronavirus)


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31 réactions à cet article    


  • Le Sudiste Le Sudiste 18 mars 15:00

    L’auteur nous cache la vérité !
    Article scandaleux n’évoquant même pas Bernard Dugué. Ce dernier, dégouté, demande un temps mort technique pour écrire 3 articles en réponse à ce déni de la réalité.


    • mmbbb 19 mars 09:58

      @Le Sudiste ce censeur qui a écrit tout et son contraire. Il suffit de relire simplement le titre de ses articles depuis janvier Le gars est diplome .
      Chaque canard a ses philosophes et ecrivains Le Point , l extraordinaire BHL et le grand genie épistolaire Matzneff Il est soutenu par Giesbert
       L Express offre ses colonnes a Enthoven . On nous dit qu il faut lire .Certes, la lecture de certains articles est vraiment inutile 


    • Les pensées ne sont jamais violentes. Ce sont ceux qui les interprètent et les mettent en actes qui sont des psychopathes ;


      • Vivre est un village Vivre est un village 18 mars 15:48

        @Mélusine ou la Robe de Saphir.

        Coronakrach
        par Frédéric Lordon, 11 mars 2020

        https://blog.mondediplo.net/local/cache-vignettes/L890xH563/william-holbrook-beard-oethe-bulls-and-bears-in-the-market_-1879-c6fc2.jpg?1583970613

        Donc c’est reparti pour un tour  ? En réalité, avec la mondialisation financière, on sait bien que le manège ne connaît pas la pause : la convulsion y est de droit et la tranquillité d’intervalle. Depuis belle lurette on voit venir la crise d’après — elle est désormais la crise présente.

        Il ne faut cependant pas se tromper quant à sa nature. Dans la plupart des cas, les krachs proprement boursiers (c’est-à-dire n’impliquant que le compartiment des actions) sont davantage à grand spectacle qu’à grands effets. Celui de 1987 avait été absorbé comme une fleur, celui de la bulle Internet en 2001 était passé moins facilement, mais sans commune mesure avec les dévastations d’une crise de dette comme celle des subprimes. Au reste, sauf à tout confondre, la dégringolade des valeurs bancaires (c’est-à-dire du cours de leurs actions) n’a en soi aucune conséquence sérieuse : elle n’affecte que les détenteurs de ces valeurs, sans avoir en tant que telle le moindre effet sur la conduite des opérations des banques — et donc n’est, en soi, l’indice d’aucune nécessité de «  sauver les banques  ». Que BNP Paribas perde 50 % en trois semaines, c’est totalement anecdotique, et n’inquiète que la direction qui voit sa boutique tellement dévalorisée en Bourse qu’elle en devient une cible affriolante pour une OPA.

        https://blog.mondediplo.net/coronakrach

        ...indiscutable, de mon point de vue...


      • Vivre est un village Vivre est un village 18 mars 15:49

        @Vivre est un village
        https://blog.mondediplo.net/coronakrach

        Dans les marchés d’action ou dans les marchés de taux  ?

        Une crise financière ne devient réellement sérieuse que lorsqu’elle gagne les marchés de taux, les marchés de la dette (qu’on appelle aussi, à tort mais de manière parlante, les marchés de gros du crédit (1)), où elle initie une vague de défauts en chaîne qui remonte immanquablement aux banques — puisqu’elles sont les principales créancières. Là, on peut commencer à paniquer. Le canal du crédit est atteint : les banques réagissent dans la crise avec la brutalité symétrique de leur laxisme dans le boom : elles prêtaient n’importe comment, elles ferment le robinet n’importe comment, dès qu’elles réalisent combien leurs créances sont douteuses, et restreignent toutes les lignes de financement dont la continuité est vitale pour les entreprises. Mais plus encore, les banques sont unies entre elles par des liens de dettes-créances d’une densité sans équivalent dans le reste de l’économie, si bien que la propagation des défauts de paiement au sein de cet isolat particulier prend immédiatement des proportions nucléaires.

        Un risque systémique est matérialisé sitôt qu’une banque se trouve mise en défaut, qui, à elle seule, peut faire diverger tout le réacteur du marché interbancaire, puis tous les marchés de gros du crédit, et sans même avoir besoin d’être très grosse — par sa taille de bilan, Lehman (2) était une entité relativement modeste, on connaît la suite (car ce n’est pas la taille, mais le degré d’interconnexion qui fait le plus à l’affaire). Or le risque systémique est, à part l’hyperinflation, la forme maximale du désastre économique. Car, indépendamment de toute transmission à l’économie de production par le canal du crédit, ce sont les banques qui conservent les encaisses monétaires du public et gèrent l’infrastructure des paiements. Il s’en suit, si le système bancaire va à terre (et le problème est qu’à son niveau d’interconnexion interne, il y va, non pas par morceaux mais dans un bel ensemble) : plus de liquide au distributeur, plus d’accès à ses comptes, plus de paiement par chèque, retour au potager pour ceux qui en ont un et au stock de pâtes pour les autres. Indice parfait de ce que les élites néolibérales sont déterminées à ignorer les leçons les plus évidentes et les plus violentes de la réalité pour aller au bout du bout du profit, déterminées à ignorer le désastre environnemental qui vient comme le désastre financier qui revient, on se voit aujourd’hui à réécrire exactement ce qu’on écrivait il y a douze ans au moment de la crise des subprimes…

        Pour l’heure nous n’en sommes pas là, très bien. Mais «  l’heure  », c’est combien de temps  ? Ça n’était pas pour des nèfles que fleurissaient dès avant le virus les anticipations de crise bien cognée. Pour faire simple : la situation d’ensemble de la finance est la même qu’en 2007 en pire. Les volumes de liquidité en circulation sur les marchés n’ont cessé de croître depuis, les bulles ont enflé comme il fallait, merci  ; les bilans bancaires sont loin d’avoir été tous nettoyés des suites des subprimes (en Italie, en Allemagne…), il reste donc de fameux points de fragilité au cœur de la race des seigneurs (Deutsche Bank notamment)  ; le mouvement de «  consolidation  » (reprises et fusions…) post-2008 dans le secteur bancaire laisse les régulateurs avec sur les bras des institutions financières privées encore plus too big to fail.

        On est fonds de pension, on doit servir des retraites capitalisées, et tout ce qu’on trouve autour est du 1 %, comment on fait  ? Eh bien on fait comme d’habitude : l’acrobate

      • Vivre est un village Vivre est un village 18 mars 15:50

        @Vivre est un village

        Là-dessus, l’aberration des taux zéro (ou négatifs), ajoute au charme général de la situation : car les taux zéros sont la condition du soutien à bout de bras des marchés financiers… mais ne laissent, du coup, aux investisseurs que des rendements misérables — or on veut être soutenu et faire son beurre : on est fonds de pension, on doit servir des retraites capitalisées, et tout ce qu’on trouve autour, c’est du 1 %, comment on fait  ? Eh bien on fait comme d’habitude : l’acrobate. Ici l’acrobatie consiste d’une part à aller chercher les titres risqués (ceux qui offrent les plus hauts rendements), et d’autre part à pratiquer plus intensivement la leviérisation, équivalent des stéroïdes pour la rentabilité financière (voir l’encadré en fin de texte). Or les titres risqués sont certes plus rentables, mais ils sont… plus risqués. Quant à la leviérisation, elle consiste à mettre beaucoup de dette dans le financement des opérations spéculatives, évidemment sous l’hypothèse que celles-ci tourneront bien et qu’on remboursera à l’aise — mais si elles tournent mal  ? Si elles tournent mal, il y aura défaut de paiement, puisque les actifs acquis se mettent à moins valoir que la dette qui a permis de les acquérir — défaut à encaisser par la banque qui avait aimablement proposé ses services pour leviériser (prêter).

        Propagation des crises de liquidité
        Lire aussi Sylvain Leder, « BlackRock, la finance au chevet des retraités français », Le Monde diplomatique, janvier 2020.

        La question est maintenant de savoir combien d’agents financiers vont se retrouver incapables de rembourser leurs leviers — et, à l’autre bout, combien de banques le bec dans l’eau et pour quels montants. La réponse dépendra en grande partie de la suite de la conjoncture boursière, du volume des pertes, de l’horizon temporel où elles pourraient être rattrapées, et de la capacité des agents spéculateurs à refinancer entre temps leurs impasses… c’est-à-dire (plutôt) du bon vouloir des banques, compte-tenu de leurs propres anticipations et de la décision qu’elles prendront en conséquence : soit prendre le parti de voir au-delà de la fluctuation et d’accorder les crédits-relais à qui de besoin, soit estimer, vu la suite probable des événements, qu’il vaut mieux arrêter les frais et prendre ses pertes avant que tout ne s’écroule (et, arrêtant les frais, entraîner que tout s’écroule — délicieuses logiques de la finance).

        Il est vrai que, question suite des événements, le gosse se présente par le siège. Car les tensions de liquidités vont apparaître dans tous les coins : pas seulement les agents exposés de la finance, mais aussi (surtout  ?) ceux de l’économie réelle, et à tous ses étages. Celui de l’activité de proximité évidemment, commerces, PME, mais aussi l’étage «  haut  » de l’échange international. Où la mondialisation, en quatre décennies, a consisté en un immense processus de restructuration de la division internationale du travail, avec redistribution géographique des spécialisations et des activités, et repolarisations régionales — ainsi de la Chine, devenue sous-traitant industriel mondial. Mais précisément : si le sous-traitant est en carafe  ? Les donneurs d’ordre restent avec leurs ordres sur les bras — des dépenses engagées mais rien à vendre à la fin. Par le jeu des répercussions de proche en proche, le potentiel de désorganisation de l’activité mondiale est considérable.

        Là encore toute la question est celle de la durée de la fluctuation. Tant qu’elle dure, les trésoreries vont être mises à rude épreuve, et leurs demandes de refinancement vont venir se totaliser dans le système bancaire qui lui-même n’est pas exactement flambard — devant déjà faire face à celles qui proviennent des marchés d’action… et aussi des marchés de matières premières, pétrole notamment, où tout va également pour le mieux. Comme de juste, les tensions sur la liquidité des agents non-bancaires sont adressées aux banques, par là converties en tension sur la liquidité bancaire, elle-même allant chercher sa résolution auprès de l’institut d’émission, prêteur en dernier ressort. En d’autres termes, les demandes de refinancement, dans un premier temps concentrées dans le système bancaire privé sont redirigées pour validation ultime à la banque centrale.

        Si l’épidémie a le bon goût de ne pas trop durer et de serrer un peu dans le temps son échelonnement géographique, ça peut passer sans trop de casse. Mais ça peut aussi ne pas

      • Vivre est un village Vivre est un village 18 mars 15:51

        @Vivre est un village

        Il est difficile d’imaginer que cette dernière ne s’y prête pas. Pour autant, toute marge de manœuvre épuisée du côté des taux, il ne lui reste plus que le registre des mesures quantitatives : augmentation des volumes de refinancement, extension de leurs échéances, détente des critères d’éligibilité des collatéraux (3) — bref, tout doucement, nous voyons se profiler à nouveau les mesures pudiquement dites «  non conventionnelles  » qui avaient fait les riches heures de la crise des subprimes… Si l’épidémie a le bon goût de ne pas trop durer et de serrer un peu dans le temps son échelonnement géographique, ça peut passer sans trop de casse.

        Mais ça peut aussi ne pas. Car si le choc en lui-même est théoriquement absorbable, il survient sur une structure financière globale très dégradée et déjà structurellement instable. Nul ne connaît la carte des engagements des banques, et nul ne peut exclure qu’il ne s’en trouve certaines en des points du treillis où viennent se cumuler des défauts de toutes sortes (spéculateurs leviérisés dans les marchés spéculatifs, agents de l’économie réelle) qui les mettront bientôt en situation d’illiquidité. Dans les marchés de gros du crédit, où elles sont très actives, et plus encore dans ce compartiment réservé qu’on appelle le marché interbancaire, on commencera bientôt à se regarder de travers pour jauger le risque de crédit, et plus largement le risque de contrepartie de chacun, c’est-à-dire pour supputer avec qui on peut dealer et avec qui on ne peut pas.

        Mais la suspicion quand elle se réveille finit toujours par se trouver un objet. Sitôt que la rumeur soupçonneuse convergera sur l’un, comme ça avait été le cas avec Bear Stearns puis Lehman, le malheureux n’échappera pas aux rendements croissants de la mouscaille : on lui facturera le crédit plus cher, lui demandera davantage de collatéraux dans les appels de marge, bref on lui fera la vie cumulativement plus difficile à mesure qu’elle lui est déjà difficile  ! Quand il est pris dans le feu croisé des soupçons, l’intéressé est cuit : certain d’aller à terre, car rien ne peut s’opposer à une opinion polarisée déchaînée, qui plus est se donnant raison à elle-même — puisque toute la réaction collective à une situation individuelle dégradée a pour effet de la dégrader encore davantage (délicieuses logiques etc.)

        Inutile de s’imaginer protégés par une régulation qui aurait depuis tiré-toutes-les-leçons-plus-jamais-ça

        C’est alors que commencent les grandes catastrophes — comme celle de 2007. Inutile de s’imaginer protégés par une régulation qui aurait depuis tiré-toutes-les-leçons-plus-jamais-ça. Le chouïa de re-réglementation symbolique consentie à la suite des subprimes est totalement incapable de faire face au tsunami s’il se produit  ; on se souvient avec quel talent la «  loi de séparation bancaire  » de Hollande n’a rien séparé du tout (il s’agissait de cloisonner banques d’investissement et banques de dépôts), de sorte qu’à nouveau les encaisses du public se trouveront exposées  ; quant aux rêves en couleur de «  l’union bancaire européenne  », ils étaient surtout fait pour enjoliver les nuits eurocroyantes, et le fonds de garantie des dépôts, institué par cette union, a levé à peine quelques dizaines de milliards d’euros quand les montants à garantir sont de l’ordre du millier de milliards… Tout. Va. Bien.


      • Vivre est un village Vivre est un village 18 mars 15:54

        @Vivre est un village

        Vers un krach général  ?

        Jusqu’à présent cependant, les crises financières se présentaient comme des événements propres à leur sphère seulement — la sphère des marchés, des banques, etc. Or la situation présente offre ce caractère remarquable, et inédit, que la crise financière y est, non pas «  isolée  », mais comme la métonymie d’une multitude de crises sectorielles arrivant à synchronisation : les crises du néolibéralisme, en cours de fusion-totalisation  ; l’ensemble de la construction au bord du syndrome chinois. L’hôpital, l’école, la recherche : tout comme à propos de la finance, on peut dire que le virus est le choc de trop survenant sur des institutions tellement démolies — par le néolibéralisme — qu’un supplément de tension les menace d’effondrement. S’il y a coronakrach, il ne s’agira pas «  simplement  » de krach financier : mais de krach général  : tout était déjà au bord de craquer, tout va craquer pour de bon.

         C’est bien sûr l’hôpital, en avance sur la finance, qui offre le spectacle le plus saisissant du krach général. Le néolibéralisme y a concentré ce qu’il avait de meilleur. La désorganisation est totale, la rationalité néomanagériale à son sommet d’irrationalité, tout a été méthodiquement détruit. Comme l’explique une tribune récemment parue, le bed management dont s’enorgueillissait Agnès Buzyn il y a peu encore, qui soumet l’organisation au seul critère des flux tendus et du zéro-lit-libre — comme une entreprise lean recherche le zéro-stock, puisqu’il est de soi que gérer des flux de malades (les malades sont des particules de flux) ou de pièces détachées, c’est idem  —, le bed management, donc, fait connaître toutes ses vertus : lean mais incapable de reprendre le moindre choc de charge. Bien avant le virus, le monde hospitalier se criait déjà au bord de l’effondrement  ; on imagine avec. Il ne faut pas se faire la moindre illusion : le gouvernement ne récupérera ni les 3 milliards d’ISF ni quelque partie des 10 milliards de CICE pour les donner à l’hôpital, mais on peut parier tout au contraire que, l’épidémie passée, et quelques tapes dans le dos distribuées devant les caméras, l’agonie managériale reprendra son cours à l’identique.


      • Vivre est un village Vivre est un village 18 mars 15:58

        @Vivre est un village

        Le cas de la recherche, bien sûr est différent, mais pas moins illustratif : on a pu lire ce témoignage de Bruno Canard, spécialiste au CNRS des coronavirus (4), qui raconte les merveilles de la gestion de la recherche «  par projet  » : incapable de continuité de long terme, soumise aux aléas des sujets «  sexy  » et aux fluctuations de la mode, soumettant les chercheurs à l’inepte bureaucratie des appels d’offre. Bref : sa recherche sur les coronavirus entamée au début des années 2000 a été mise en cale sèche, privée de financement par le revirement des tendances du glamour académique-institutionnel. En matière de recherche, par définition, on ne sait jamais quoi débouche quand comment, mais on se dit tout de même qu’avec quinze ans de continuité on en saurait un peu plus. Comme à l’hôpital : sitôt la parenthèse fermée, la destruction managériale poursuivra, c’est-à-dire : on surréagira en mettant le paquet sur les coronavirus, mais en asséchant d’autres recherches dont l’utilité perdue n’éclatera que dans une décennie.

        L’école, c’est encore autre chose. Normalement lieu de l’éducation à la prophylaxie en temps d’épidémie, les enseignants s’interrogent pour savoir si ce serait trop demander que de disposer de savon et d’essuie-main… À propos de lavage de mains, on pense aux injonctions médiatiques quotidiennes, alors qu’il n’y a plus nulle part un flacon de gel hydro-alcoolique, la main invisible du marché doit avoir momentanément de l’arthrite, ou alors avoir été requise ailleurs. Pendant ce temps le gouvernement se refuse à fermer les écoles, quitte à ce que les mioches porteurs sains aillent répandre le virus un peu partout, et non pas parce qu’il importe de maintenir la vie sociale dans une approximation de normalité mais parce qu’il importe surtout que les salariés restent rivés à leur poste, exposés ou pas, malades ou pas, ça n’est pas la question. Moyennant quoi Blanquer explique benoîtement devant des journalistes qui ont le répondant d’une chambre à air que les écoles restent ouvertes «  parce qu’il faut que les infirmières puissent aller soigner les gens  » — les infirmières : 2% de la population active, bravo Jean-Michel.


      • Vivre est un village Vivre est un village 18 mars 15:59

        @Vivre est un village

        Coronakrach, le roi de tous les krachs

        C’est l’état de démolition générale qui a installé depuis longtemps les conditions du krach général. On attendait juste la secousse, la voilà. Sans doute, comme à son habitude, la finance se distinguera-t-elle dans l’ampleur des destructions. Mais cette fois elle pourrait ne pas tomber seule, et l’ensemble fera alors un joli spectacle. Entre le scandale des candidats à la réa recalés faute de respirateur, et celui d’un nouveau sauvetage des banques à douze ans d’intervalle, la population ne manquera pas d’occasions de méditer sur les bienfaits de quatre décennies néolibérales. Et sur ses bienfaiteurs aussi.

        En tous les sens du terme le coronavirus est un accusateur

        En tous les sens du terme le coronavirus est un accusateur. Il accuse — révèle, souligne — les effets des politiques néolibérales, leur nuisance désorganisatrice, leur toxicité générale. Mais il accuse également, au sens plus courant du terme, tous ceux qui les ont conduites, et spécialement ceux qui les conduisent aujourd’hui — sans mauvais jeu de mots : à tombeau ouvert. Ceux-là, qui ont porté l’ignominie politique à des niveaux inédits, ne perdent rien pour attendre. Il est vrai que le coronavirus leur achète un peu de temps. Car l’épidémie ne disloque pas que les institutions : également les conditions élémentaires de la politique de combat qui, comme toute politique, et même plus encore, suppose la coprésence compacte des corps. Cette dislocation-là heureusement n’est qu’une parenthèse. Bientôt nous en sortirons, la tête pleine de souvenirs très frais et piquants… Joie de reprendre sans réserve l’espace public — et de tous ces nouveaux lieux à visiter, où adresser la note : sièges bancaires, salles de marché, ministères aux portes encore vierges, médias de service. L’Élysée bien sûr, toujours.

        Ici on pense immanquablement à La guerre des mondes où de terribles puissances extraterrestres mettent l’humanité et la planète à sac, résistent aux armes les plus sophistiquées, mais sont vaincues sans crier gare par d’infimes créatures : microbes et virus précisément. Se peut-il que le coronavirus, son pouvoir accusateur, son potentiel de scandale, soit l’agent inattendu de la chute du monstre  ? Coronakrach, le krach couronné, le roi des krachs, pourrait-il être d’une généralité qui étende son pouvoir de destruction jusqu’à emporter les destructeurs  ?


      • Vivre est un village Vivre est un village 18 mars 16:00

        @Vivre est un village

        https://blog.mondediplo.net/coronakrach

        Effet de levier

        On appelle leviérisation la stratégie qui consiste à s’endetter pour financer une opération spéculative afin d’en obtenir une rentabilité financière démultipliée.

        Soit un actif A = 100 de rentabilité intrinsèque ri = 10 %. Cet actif livre donc un profit intrinsèque de 10.

        Il est possible de financer pour partie l’acquisition de A moyennant une dette D, par exemple 80, elle-même contractée au taux d’intérêt t = 5%. La rentabilité financière rf, se distingue de la rentabilité ri en ce qu’elle rapporte le profit net — net des charges d’intérêt — non à la valeur totale de l’actif (100), mais à celle seulement des capitaux propres entrés dans son financement, soit 100-80 = 20. Les charges d’intérêt étant de 80 x 5 % = 4. Le profit net est donc 10-4 = 6. La rentabilité financière vaut alors 6/20 = 30%.

        À partir d’un actif de rentabilité intrinsèque 10 %, la leviérisation a permis de dégager une rentabilité financière (rentabilité des capitaux propres) de 30 % (magique  !).

        Frédéric Lordon


      • Vivre est un village Vivre est un village 18 mars 16:10

        @Vivre est un village
        Donc c’est reparti pour un tour  ? En réalité, avec la mondialisation financière, on sait bien que le manège ne connaît pas la pause : la convulsion y est de droit et la tranquillité d’intervalle. Depuis belle lurette on voit venir la crise d’après — elle est désormais la crise présente.

        Marcel Gauchet https://fr.wikipedia.org/wiki/Marcel_Gauchet utilise la métaphore du cycliste qui tombe à cause de la crise, se relève et repart plus péniblement sans rien changer à sa manière de pédaler et tombe à nouveau, puis après être tombé un certain nombre de fois, ne repart plus...

        La chute du coronavirus sera t’elle la chute « et ne repart pas » ...

        Suite au prochain numéro...


      • Vivre est un village Vivre est un village 18 mars 16:14

        @Vivre est un village

        Le krach de 1987 avait été absorbé comme une fleur,

        celui de la bulle Internet en 2001 était passé moins facilement,

        mais sans commune mesure avec les dévastations d’une crise de 
        dette comme celle des subprimes.
        Au reste, sauf à tout confondre, la dégringolade des valeurs bancaires (c’est-à-dire du cours de leurs actions) n’a en soi aucune conséquence sérieuse : elle n’affecte que les détenteurs de ces valeurs,
        sans avoir en tant que telle le moindre effet sur la conduite des opérations des banques — et donc n’est, en soi, l’indice d’aucune nécessité de « 
         sauver les banques  ».

        Que BNP Paribas perde 50 % en trois semaines, c’est totalement anecdotique, et n’inquiète que la direction qui voit sa boutique tellement dévalorisée en Bourse qu’elle en devient une cible affriolante pour une OPA.

        ...MAINTENANT LE KRACH DU CORONAVIRUS...

        A suivre...


      • @Vivre est un village Merci pour cette excellente démonstration de la violence du néo-libéralisme. L’ubermensch transhumaniste libertarien : de gauche ou de droite : https://iatranshumanisme.com/transhumanisme/politique-transhumanisme-james-hughes/

         


      • Vivre est un village Vivre est un village 18 mars 16:18

        @Vivre est un village

        https://fr.wikipedia.org/wiki/Risque_de_taux

        Le risque de taux, appelé aussi « risque de taux d’intérêt », d’un actif financier (respectivement passif financier) est la variation du prix ou de la valorisation de cet actif (respectivement passif) résultant d’une variation des taux d’intérêt.

        Risque de taux et Gestion actif-passif[modifier | modifier le code]

        Une banque dont les prêts à long terme à taux fixe sont financés en partie par des ressources à court terme (ou des ressources à taux variable) risque de voir le taux de ses ressources atteindre ou dépasser le taux de ses prêts en cas de hausse des taux du marché monétaire.

        L’inverse, quoique plus rarement présent dans la pratique, est tout autant risqué, si les ressources sont à taux fixe et les emplois à taux variable, une baisse de ces taux nuit à la rentabilité.

        L’objectif du département ALM d’une banque est de ne pas être exposé à la hausse ou à la baisse sur les taux et ceci dans le cadre de l’ensemble des maturités. Pour ce faire elle peut disposer d’actifs et de passifs de même maturité et en même quantité ou bien se couvrir par des dérivés financiers, notamment des swaps de taux d’intérêt. C’est généralement une combinaison de ces deux méthodes qui est la solution retenue par les banques.


      • Vivre est un village Vivre est un village 18 mars 16:22

        @Vivre est un village
         les banques réagissent dans la crise avec la brutalité symétrique de leur laxisme dans le boom : elles prêtaient n’importe comment, elles ferment le robinet n’importe comment, dès qu’elles réalisent combien leurs créances sont douteuses, et restreignent toutes les lignes de financement dont la continuité est vitale pour les entreprises.

        N’IMPORTE QUEL EMPLOYÉ TRAVAILLANT DANS UNE ENTREPRISE « NORMALE » SERAIT LICENCIÉ

        ...

        Mais plus encore, les banques sont unies entre elles par des liens de dettes-créances d’une densité sans équivalent dans le reste de l’économie, si bien que la propagation des défauts de paiement au sein de cet isolat particulier prend immédiatement des proportions nucléaires.

        EN BON FRANÇAIS, L’ON PARLE DE LIENS MAFIEUX...


      • Vivre est un village Vivre est un village 18 mars 16:27

        @Vivre est un village
        Un risque systémique est matérialisé sitôt qu’une banque se trouve mise en défaut

        Dans le domaine de la finance, l’emploi du qualificatif « systémique » dans des expressions comme « risque financier systémique », ou « crise financière systémique », signifie qu’une économie entière est affectée - en tant que système - et non pas seulement une entreprise ou un ménage.

        Un risque financier qualifié de « systémique » implique qu’il existe une probabilité non négligeable de dysfonctionnement tout à fait majeur, c’est-à-dire une grave dégradation - sinon paralysie - de l’ensemble du système financier : sur la totalité d’une filière économique, sur une vaste zone géographique, voire à l’échelon planétaire. Par le biais des engagements croisés, des effets-dominos, puis des faillites en chaîne, cela peut conduire à un effondrement du système financier mondial.

        Le risque systémique est en principe provoqué par une cause, une caractéristique endogène au système considéré. Il s’oppose au risque non-systémique, qui décrit les risques apparaissant lorsqu’un système doit faire face à un événement exogène - extérieur - majeur.

        https://fr.wikipedia.org/wiki/Risque_financier_systémique


      • Bernard Dugué Bernard Dugué 18 mars 15:25

        J’ai lu avec attention votre plaidoirie de procureur des philosophes. Il est vrai que ce virus fait une sorte d’hécatombe sur les intellectuels et même les scientifiques. En fait nul ne sait ce qui se passe réellement. Vous sommes une avalanche pensante et l’avalanche a toujours un coup d’avance

        Si vous êtes si doué pour juger vos pairs, cher Monsieur, nous attendons un papier de votre plume pour interpréter la situation. Vous pensez que c’est un défi que je vous lance et vous pensez vrai


        • Le Sudiste Le Sudiste 18 mars 15:57

          @Bernard Dugué
          Bien dit ! Moi aussi je pense que c’est une attaque personnelle. L’auteur essaie d’esquiver le sujet mais c’est clairement contre vous
          Il est fou lui ! Il se prend pour qui ? Un « procureur des philosophes » ? Lol.
          « Si vous êtes si doué pour juger vos pairs, cher Monsieur, » mais il ne vous arrive pas à la cheville ! Personne ne le connait ! Domeracki ? A quoi ?
          « Vous pensez que c’est un défi que je vous lance et vous pensez vrai »

          Si ça se trouve il pensait pas à ça...


        • pemile pemile 18 mars 16:03

          @Bernard Dugué « Si vous êtes si doué pour juger vos pairs, cher Monsieur, nous attendons un papier de votre plume pour interpréter la situation. »

          Dans le genre, vous êtes dans une voiture qui est partie en tonneau, prenez feuille et crayon pour interpréter la situation ?

          « Vous pensez que c’est un défi que je vous lance et vous pensez vrai »

          Duel à l’épée demain matin à l’aube ?


        • mmbbb 19 mars 12:32

          @Bernard Dugué en lisant la chronologie de tes articles , on ne peut que souligner l acuité intellectuelle de son auteur .  Tu es passe de la légèreté du sujet , en appuyant tes articles d un ton sarcastique ( je les ai lu a tres grande vitesse ) a la gravite d un scientifique appréhendant la mesure de la gravité .
           par ailleurs tu t es fais remettre a l ordre vertement par un cancérologue non !

          Tu manques pas d air , vraiment L honnêteté intellectuelle d étouffes ! 

          Tes articles je m en servirai pas comme torche cul , je ne voudrais pas attraper des hemo 


        • JL JL 18 mars 15:26

          On prête à Louis Pasteur cette phrase : « La chance ne sourit qu’aux esprits bien préparés ». Pas besoin de conspirations : celui qui fait feu de tous bois a toujours la chance de son coté. Même un pétard mouillé est pour lui une aubaine.

           

           Stéhane Doméracki, vous ne paraphrasez pas Hölderlin, vous inversez sa proposition qui est : « là où la misère augmente, le danger du néolibéralisme grandit également  » : Cf. « La Stratégie du chaos » par Naomi Klein.

           

           Votre pseudo-paraphrase n’a aucun sens : le néolibéralisme n’est jamais apparu comme un remède contre le danger, mais est au contraire le danger lui-même. Quant à votre expression : "la misère du néolibéralisme ’’, à part reconnaitre que le néolibéralisme produit la misère, elle ne fait pas sens non plus. 

           



          • Trelawney Trelawney 18 mars 16:03

            le néolibéralisme n’est jamais apparu comme un remède contre le danger, mais est au contraire le danger lui-même. 

            J’ai une bêche pour mon jardin. je l’utilise pour cela et c’est très utile. S’il me prend l’envi de balancer un coup de bêche sur la tête de mon voisin, ça le tuera très certainement, mais ça n’est pas son utilité première, tout comme le néolibéralisme qui n’est pas là pour créer de la misère mais qui peut en créer

            Le néolibéralisme est un système économique qui s’est mis en place tout seul sans aucune volonté humaine et qui permet aux habitants de la planète de consommer, d’échanger, de se financer. C’est un système tellement libre qu’il permet à tout le monde et j’ai dit tout le monde, de vivre à crédit. C’est aussi un système qui permet à certains de s’enrichir au delà du raisonnable et à d’autre de se financer par la drogue ou les armes et tout cela au détriment d’un malheureux qui ne sera pas défendu par le pouvoir politique par fainéantise de ce dernier.

            Comme ce système économique n’est pas une invention de l’homme, il ne sera pas remplacé par une invention de l’homme. Donc le jour où ce système s’effondre, et c’est pour bientôt, il sera dans un début remplacer par un système beaucoup plus injuste et drainant beaucoup plus de misère que celui ci. A ce moment là, je ne pense pas que des Agamben, Fusaro, Lordon, Nancy, Zizek puissent trouver un endroit pour débattre philosophiquement de l’avenir de cette nouvelle société qui sera plus proche de Walking Dead.


            • Pierrot 19 mars 09:27

              @Trelawney

              « Le néolibéralisme est un système économique qui s’est mis en place tout seul sans aucune volonté humaine »

              Sur ce point, vous semblez avoir raté une bonne part de l’histoire du néolibéralisme. Cette idéologie ne s’est pas théorisée ni propagée par génération spontanée, et le système économique qu’elle a produit ne s’est pas non plus mis en place tout seule. Ils ont au contraire impliqué de nombreux acteurs, personnalités politiques et organisations internationales (Milton Friedman, Friedrich Hayek, Margaret Thatcher, Ronald Reagan, Augusto Pinochet, le FMI, l’OMC, la Banque mondiale, l’UE, etc.).

              Par conséquent, le jour où ce système s’effondrera, on aura bon espoir de le remplacer par un système moins injuste et générant moins de misère, si l’on s’en donne la peine.

              Malheureusement, ce n’est pas son effondrement qui est maintenant à l’ordre du jour, mais plutôt celui de ses victimes. Il est plus probable qu’on connaisse encore plus d’injustice et de misère, mais dans la continuité et l’exacerbation du système néolibéral actuel.


            • Gollum Gollum 18 mars 16:07

              Agamben je l’ai lu chez Dugué je crois...

              Je ne savais même pas qui c’était. Mon sentiment était que c’était de la bouse je l’ai donc écrit...

              Voilà. Plus quelques réflexions personnelles qui valent ce qu’elles valent...



                • eddofr eddofr 18 mars 16:35

                  Selon moi, il y a déjà une antinomie fondamentale entre actualité et philosophie.

                  La philosophie n’est-ce pas réfléchir « à tête reposée » et avec du recul sur des sujets de fond pour en tirer un peu de sagesse ?


                  • Étirév 18 mars 17:30

                    De la philosophie et de sa faiblesse
                    Science, Religion et Philosophie sont des mots qui prétendent tous les trois avoir la même signification ; tous trois veulent être l’expression de la vérité.
                    Cependant une grande différence existe entre eux.
                    La science affirme ; la Religion impose ; la philosophie cherche.
                    Or, comme il n’y a qu’une vérité et qu’elle ne peut être que dans la science, qui affirme, pourquoi la chercher dans la philosophie ? Pourquoi les religions de l’antiquité qui imposaient ce que la science affirmait n’ont-elles pas suffi aux hommes ? Pourquoi ont-ils institué cette nouvelle méthode de recherche : la philosophie.
                    Il faudrait, pour répondre à cette question, faire toute l’histoire de l’esprit humain, montrer comment l’homme, doué dans son enfance phylogénique d’un esprit droit et d’une raison juste qui lui permettaient de comprendre les lois de la Nature perdit peu à peu ces facultés primitives ; il faudrait montrer comment son esprit se troubla, comment il cessa, insensiblement, de comprendre le monde qui l’entourait, comment il perdit la science.
                    Ainsi, semblable à celui qui s’éveille après un rêve qui l’a vivement impressionné et qui fait des efforts de mémoire pour en ressaisir le fil qui lui échappe, ainsi, l’homme chercha à retrouver les vérités premières, mais sa raison perdait de jour en jour sa droiture primitive, et, comme c’est en elle, seulement, qu’il cherchait la cause des choses, il s’enfonçait de plus en plus dans les profondeurs d’une obscurité qui devait, pendant tant de siècles, tenir la place de la science.
                    La philosophie n’a jamais été que l’expression de cette défaillance de l’esprit de l’homme, elle répond à un besoin qui s’est imposé en l’absence de la science, mais qui disparaît en face de la certitude, en face des faits démontrés.


                    • izarn izarn 19 mars 01:46

                      Ce n’est pas forcément les gens que vous citez qui sont les plus fondamentalement, sots, crétins, voire dangereux.

                      La Chine a 1440 000 000 habitants.(1,44 milliards)

                      3241 morts par le Covid-19.

                      Soit 2 morts pour 10 000 000 (Dix millions) !!!!!!

                      Grosso modo, le nombre de morts par météorite !

                      Moins de morts que la grippe A en France chaque hivers (An dernier : 8100 morts)

                      Onfray crache sur la Chine comme l’imbécile atteint du virus du crétinisme :

                      PIB par tête français:43 331$

                      PIB par tête italien : 37 970$

                      PIB par tête chinois:16 624$

                      L’Italie va atteindre le nombre de mort de la Chine en étant largement deux fois plus riche !

                      Vive l’UE ! Merci Merkel ! Merci la BCE ! Merci l’austérité !

                      Merci les cons ! Qui crachent comme Onfray contre la Chine et Poutine :

                      Russie : 0 mort ; 8 guéris !

                      L’autre con de Phillipe : « L’épidémie du siècle »... ?!?

                       smiley

                       smiley

                      Mais à quoi jouent-ils ?

                      La stratégie du choc ?

                       smiley

                      J’en ai marre de lire et d’écouter des conneries...

                      Moi, de votre Corona, j’en ai rien à branler !

                      Je suis triste pour les quelques milliers de gens qui seront des morts dus à la connerie européenne du néolibéralisme, de l’austérité, migrants...

                      Mais ce n’est que pécadille, le Capital est capable de beaucoup mieux au niveau hécatombes !

                      Alors les asiatiques sont des idiots ?

                      Ceux qui ont arreté l’épidémie, et qui en proportion, ont le moins de morts :

                      -La Chine.

                      -Le Japon.

                      -La Corée du Sud.

                      -La Malaisie.

                      Et je vous passe de grands pays :

                      Russie : 0 morts.

                      Inde : 3 morts.

                      Les cons, les peuples de cons, ils sont ici en occident !

                      Bonne nuit !


                      • rita rita 19 mars 08:43

                        La philosophie est à la politique ce que la matière fécale est a la fosse septique !

                        Tout est une question d’odeur !

                         smiley

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