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Dès que l’Union soviétique a éternué, l’Afrique de l’Ouest s’est mise à tousser rudement

par Michel J. Cuny et Issa Diakaridia Koné

Penché(e) plus particulièrement sur certains travaux réalisés au Bangladesh pour mesurer les effets des micro-prêts sur les revenus des pauvres, Peter Fidler et Leila M. Webster écrivent dans une note du Rapport de la Banque mondiale (1996) :
« Ces études identifient également les bénéfices sociaux retirés par les femmes qui ont participé aux programmes de micro-financement : elles se sentent moins marginalisées ; ont des aspirations plus élevées pour l’éducation et l’avenir de leurs enfants ; utilisent des sources d’eau potable plus fiables ; sont plus susceptibles d’utiliser des latrines et des moyens de contraception et ont moins tendance à se marier tôt. » (Idem, page 8)

Ainsi, à l’image de la réputation que le service militaire masculin obligatoire avait, autrefois et en France plus particulièrement, de transformer les jeunes garçons en hommes faits -, le micro-financement serait un puissant facteur d’éducation pour les femmes, l’ensemble des responsabilités qu’il induit pouvant servir à obtenir d’elles une baisse de la natalité qui permettrait à l’Occident de redouter un peu moins l’explosion d’une jeunesse africaine véritablement pléthorique à ses yeux…

Cette angoisse devant la démographie africaine est d’ailleurs devenue très puissante… depuis que l’économie informelle s’est étendue comme une traînée de poudre à travers toute l’Afrique de l’Ouest, ne laissant plus guère d’espoir à une partie importante des nouveaux arrivants qui découvrent une société africaine en totale décomposition économique. En effet, nous disent nos deux auteurs…
« La dernière décennie a été marquée par une détérioration des performances économiques dans une grande partie de l’Afrique de l’Ouest. Depuis la fin des années 1980, le PIB par habitant a diminué dans cinq des douze pays inclus dans cette étude et ne s’est accru que légèrement dans les sept autres (voir Tableau 2.1). Seuls le Tchad et le Cap-Vert ont atteint un taux de croissance moyen du PIB par habitant de plus de 2 p. 100 entre 1987 et 1991. » (Idem, page 9)

La décennie incriminée est celle qui se sera écoulée de 1981 à 1991. Si sa première moitié a donné, en général, des résultats plutôt moyens, la seconde a marqué une dégradation très préoccupante :
« Huit des douze pays étudiés ont enregistré un taux de croissance par habitant plus élevé entre 1981 et 1986 qu’entre 1987 et 1991. Dans toute la région, les conditions de vie ont empiré, le taux de croissance démographique a atteint une moyenne de 2,7 p. 100 ; une migration massive vers les villes a altéré la situation démographique et des chocs exogènes, tels la guerre civile et la chute globale du prix des matières premières ont miné les gains économiques. » (Idem, page 9)

Pouvons-nous extraire, de l’Histoire mondiale de ce milieu de décennie qui aura vu la situation de la population travailleuse d’Afrique de l’Ouest se déchirer, un événement significatif qui aura finalement débouché sur un basculement de la politique mondiale dont l’un des échos consisterait dans l’explosion du secteur informel qui est ici dénoncé par la Banque mondiale ?

Ouvrons la biographie consacrée par Andreï Gratchev à Mikhaïl Gorbatchev :
« Une délégation apparemment banale du Parlement soviétique, à son arrivée à Londres en décembre 1984, fut reçue avec beaucoup d’égards. Son chef passa plusieurs heures d’intenses discussions politiques avec le Premier ministre britannique, Margaret Thatcher. Ce chef était un certain Mikhaïl Gorbatchev qui, à cette époque, était le second secrétaire du Comité Central en charge de l’idéologie. » (Andreï Gratchev, Gorbatchev – Le pari perdu ? De la perestroïka à l’implosion de l’URSS, Armand Colin 2011, page 65)

Mikhaïl Gorbatchev

Pour sa part, Mikhaïl Gorbatchev devait lui-même écrire plus tard dans ses Mémoires :
« Mon discours du 18 décembre devant le Parlement fut bien accueilli. » (Mikhaïl Gorbatchev, Mémoires, Éditions du Rocher 1997, page 213)

Et encore ceci :
« Ce fut là, devant les parlementaires britanniques, que j’exprimai pour la première fois les idées sur les questions de politique étrangère et sur l’ordre mondial que j’eus l’occasion de développer pendant les années suivantes. » (Idem, page 213)

Il avoue, sans la moindre gêne, qu’il agissait alors comme un traître par rapport à la direction de l’État soviétique :
« En URSS, en 1984, les impératifs de la lutte politique exigèrent de faire le silence le plus complet sur notre voyage en Grande-Bretagne. » (Idem, page 214)

Tandis que, selon son biographe, la traîtrise en cours de réalisation n’aura pas échappé une seule seconde au Premier ministre britannique :
« Non seulement Margaret Thatcher déclara publiquement qu’elle « appréciait M. Gorbatchev » et pensait que l’Occident pourrait « faire du business avec lui », mais elle décida aussi de s’envoler pour Washington pour informer personnellement le président Reagan de l’arrivée d’un politicien soviétique inhabituel qui deviendrait, vraisemblablement, le futur dirigeant de l’URSS. » (Andreï Gratchev, op. cit., page 76)

Devenu secrétaire général du Comité central du Parti communiste le 11 mars 1985, Mikhaïl Gorbatchev conduirait l’Union soviétique jusqu’à l’implosion finale en août 1991. C’est précisément la période au long de laquelle, selon les experts de la Banque mondiale, l’économie de l’Afrique de l’Ouest a implosé, à sa façon, pour aboutir à cette terrible extension de l’économie informelle qui convenait parfaitement à une pénétration économique – par la mise en œuvre de quelques moyens peu coûteux – des Occidentaux en mal de travailleurs et de travailleuses pauvres… De même qu’en Union soviétique, l’essentiel serait ici de briser le secteur public – réminiscence affirmée du socialisme du temps de Modibo Keïta, par exemple.

Et c’est bien le constat que font Peter Fidler et Leila M. Webster (les soulignés sont de Michel J. Cuny et Issa Diakaridia Koné) :
« Le taux élevé de la croissance démographique ainsi que la diminution des budgets du secteur public et une migration urbaine à grande échelle ont généré une demande d’emploi plus importante encore dans la région, demande qui ne peut être satisfaite par le secteur formel, public ou privé. C’est donc le secteur informel qui a assuré un emploi pour la plus grande partie des millions de demandeurs d’emploi en Afrique de l’Ouest au cours de ces dix dernières années. » (Rapport, etc., page 9)

Or, comme cela vient d’être mentionné, cette destruction du secteur public – si elle a pu pendant un temps laisser place, en ex-Union soviétique, à des capitaux privés venus se jeter, depuis l’étranger, sur les morceaux les plus intéressants des outils de production du pays – n’a été compensée par rien en Afrique de l’Ouest… Ainsi, selon les deux rapporteurs de la Banque mondiale :
« Il faut également remarquer que la plupart des micro-entrepreneurs disposent de peu ou pas de marge bénéficiaire qui leur permettrait d’investir dans le développement des produits et dans de nouveaux marchés. » (Idem, note, page 12)

Idem, pour les défaillances qui ne pouvaient pas atteindre cette Russie qui allait tomber dans les mains de l’homme des Occidentaux : Boris Eltsine… En effet, en Afrique de l’Ouest :
« Une autre contrainte non financière fréquente est l’état médiocre de l’infrastructure de la région. Un grand nombre de routes en Afrique de l’Ouest sont inutilisables pendant une bonne période de l’année (sauf à pied). Peu de micro-entreprises ont accès à l’eau courante ou à l’électricité. Au Tchad, le coût de l’électricité est nettement trop élevé pour la plupart des micro-entrepreneurs (approximativement 100 francs CFA/kWh par rapport à 16 francs CFA au Nigeria voisin). En Guinée-Bissau, il est plus facile d’appeler à New York qu’à l’intérieur du pays. » (Idem, page 13)

Ainsi, après Thatcher qui court très vite chez Reagan, et le téléphone bissao-guinéen qui court très vite vers New York…, voici que la Russie et l’Afrique se seront enfoncées ensemble dans une terrible détresse…

NB. La suite immédiate est accessible ici :
https://remembermodibokeita.wordpress.com/2020/05/13/des-taux-dinterets-a-26-lan-pour-mettre-au-pas-les-micro-entrepreneurs-africains/


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2 réactions à cet article    


  • Parrhesia Parrhesia 7 août 14:02

    Ce qui a fait tousser l’Afrique de l’Ouest, et qui la fait encore tousser, ce n’est pas et ce ne peut plus être l’Union Soviétique !!!

    C’est en premier lieu la politique impérialiste du Nouvel Ordre Mondial qui n’a cessé de reprendre à son compte certaines ambitions déplacées de l’Union Soviétique ainsi que certaines de ses abusives pratiques subversives !!!

    Sur quoi se sont ensuite greffées les propres ambitions et pratiques subversives de la Chine Rouge !!!

    Le résultat, c’est que l’on s’entre-tue désormais à qui mieux mieux dans les zones de paix et de relative prospérité admirablement créées par la France-Afrique de Charles de Gaulle avec le soutien des élites Africaines !!!

    On ne s’entre-tuait pas dans le Mali armé et assisté par l’Union-soviétique et par la France de de Gaulle !!!

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