Difficile, très difficile une démocratie de l’Autre Côté
Croisons les doigts. En fermant les yeux, faisant confiance pour une fois à l’Homme. Mais ! Oui, car il y a un gros mais. Il ne faudra en aucun cas relâcher l’attention qui s’est nourrie depuis longtemps par une multitude de passés, mais aussi de présents tumultueux, tous semés d’embûches, d’erreurs, de haines et surtout de désespoirs et de sang. Il a été difficile de tout temps, très difficile même tout récemment, d’enraciner une véritable démocratie de… l’Autre Côté.
L’autre côté d’une mer, « baignoire » à peine entrouverte sur l’Atlantique, un espace, une partie du Globe où allait naître et s’épanouir l’animal devenu humain, qui ont été le plus traversés, labourés et surtout convoités, depuis Lucy. Et qui à force de révoltes, guerres, haines, invasions, religions, sagesse et empires, richesses naturelles, comme culturelles par les différents métissages, a donné naissance à un mythe, une source de bien des légendes certes, mais aussi et surtout de grandes civilisations.
La Méditerranée dont les rives sont aujourd’hui dans l’attente de bouleversements appelés à s’amplifier et durer qui n’impliqueront non seulement l’Afrique du Nord (Libye, Tunisie, Algérie, Maroc, et même Mauritanie) mais aussi l’Egypte, Israël, Liban, Palestine et surtout Syrie, sans oublier bien sûr la Turquie qui, question démocratie, se met à battre de l’aile actuellement.
Les doigts croisés et les yeux fermés d’espoir ? Tout d’abord parce que l’Histoire nous a montré que la culture commune qui baigne les deux rives, Nord et Sud, de Mare Nostrum, a su toujours effacer les déboires que lui ont fait subir les « autres », mais surtout parce que c’est encore aujourd’hui, l’une des plus petites et la moins belliqueuse, de ces nations, qui peut à nouveau faire refleurir le jasmin que sa révolte puis sa révolution, il y a trois ans ou presque, (une goutte d’eau en somme dans le temps d’une métamorphose ou même une simple évolution), avaient couru le long des côtes libyennes et égyptiennes et donné la fièvre, plus loin, dans la péninsule arabique. La Tunisie.
Tout en espérant que ce promontoire si proche de l’Europe et qui partage la Méditerranée en deux, demain, ou après demain, de toute façon le plus tôt possible, puisse à nouveau devoir servir de détonateur chez les arabophones (je préfère ce mot plutôt que celui d’arabes mal utilisé dans cette région) qui baignent de cet Autre Côté. En Afrique du Nord et pourquoi pas ailleurs, là où une religion, « quel qu’elle soit et surtout dans cet espace », n’a pas le droit, en ce début de 21° siècle, de dicter ses lois qui ne sont en fait, que des principes individuels lorsqu’on les examine avec soin.
Voilà un peuple de confession musulmane qui vient d’entamer pacifiquement le rejet des extrémistes religieux qui s’étaient emparés de sa révolution et qui depuis un peu plus de deux ans le menaient à la catastrophe en voulant contre son gré lui imposer un retour au Moyen Âge. Un peuple qui dans sa grande majorité pratique la religion comme presque tous les autres monothéistes la pratiquent, en allant à la mosquée le vendredi ou pas, ou alors le dimanche et le samedi ou non dans les églises et les synagogues, et en priant chez soi ou pas. Un peuple, berbère puis métissé, dont les ancêtres ont été tour à tour païens, juifs puis chrétiens avant d’épouser l’Islam.
Se pliant aux injections puis menaces d’un Quartet composé des élites de trois syndicats et de la Ligue des droits de l’Homme, les partis locaux ont désigné dans des conditions assez rocambolesques certes, et il y a quelques jours à peine, un Premier Ministre qui aura la tâche pendant une période déjà fixée de diriger un gouvernement provisoire formé (en principe) d’apolitiques, vers les prochaines élections destinées à recomposer le visage politique du pays. Cet homme, bien que faisant depuis peu partie du gouvernement actuel de couleur religieuse sans lui-même l’être, est un jeune technicien d’une cinquantaine d’années, nouveau dans la corporation politicienne, et à la carrière professionnelle toute entière vouée à Total dans un poste de haute responsabilité. Il faut croire d’ailleurs que ce technocrate a été considéré comme le bienvenu dès le lendemain de sa désignation. Il a reçu, sous la forme de compliments au pays, « l’aval ou la bénédiction » des Union Européenne, Angleterre, Allemagne et Etats Unis et les partis d’opposition qui avaient quitté la salle des délibérations lors du vote qui devait conduire à le désigner, sont revenus à de bien meilleurs sentiments à son égard jeudi.
Avant de continuer il nous faudra ouvrir une énorme parenthèse. Elle concerne l’ignorance politique pour ne pas écrire le manque d’éducation citoyenne de la majorité du peuple trop longtemps confinée dans l’obéissance d’un pouvoir absolu. C'est-à-dire depuis des siècles à travers les Carthaginois, puis les Romains et d’autres avant les Califes, les Beys, les Résidents Généraux Français, Bourguiba qui s’était auto proclamé Président à vie après avoir pourtant mis le pays sur de bons rails, et enfin Ben Ali qui était sur le point de le faire après vingt trois ans de règne. Et tous les pays du Maghreb sont dans ce cas. En Algérie comme au Maroc et en Libye. Aucun d’entre eux n’a connu de véritable démocratie et des élections libres, et aucun ne les connaîtra avant longtemps sans doute. Même en Algérie (nation la plus vaste et l’une des plus peuplées d’Afrique, elle vient de signer un accord de libre échange avec la Tunisie) où un Président au pouvoir exécutif sans faille a fait changer la Constitution en 2008 pour « qu’il n’y ait plus de limitation de mandat présidentiel », excusez du peu, et où, du temps de la France et en tant que département peuplé de plusieurs dizaines de millions d’autochtones, elle n’envoyait au Palais Bourbon que quelques députés faméliques et aux ordres. Quant au Maroc et la Libye, c’est du kif ou presque avec une dynastie royale d’un côté et de l’autre une chienlit tribale qui a ressurgi après une longue dictature ayant succédé à la royauté, la colonisation italienne puis anglo-française.
En Tunisie, juste avant la venue tant attendue de l’éventuel « sauveur », un sondage avait donné des résultats pour le moins navrants. Il faisait apparaître en effet que 52% des sondés ne comptaient pas aller voter. Et que 24% ne savaient toujours pas pour qui voter. En outre il s’avère que dans ce scrutin, le parti religieux Ennhadha au pouvoir ne recueillait que 10% seulement des inscrits. Trois pourcentages qui sont très proches de ceux qui avaient sanctionné en 2011 les toutes premières élections libres organisées dans la nation depuis… L’antiquité. »
Et c’est dans ce domaine crucial, plutôt que dans des querelles d’hémicycle, pour l’opposition composée en grande partie de vieux renards ou de doux rêveurs, que réside l’avenir du pays. Fédérer à son profit les désagréments des trois quarts de la population excédée par la gouvernance catastrophique islamiste. Mais pour arriver à ce but il lui faudra beaucoup, énormément, d’énergie et surtout, et oui, un bon trésor de guerre nécessaire pour faire campagne. En aura-t-elle le temps, les élections générales étant prévues pour deux, trois, voire au maximum quatre mois ? En aura-t-elle les moyens ? Chi Lo Sa ?
En attendant, Mehdi Jomâa le nouveau maître du pays tente déjà de former son gouvernement de transition qui comporterait « treize à quinze ministres dont quelques uns chapeauteraient des ministères jumelés. » Et déjà des indiscrétions quant à sa composition circulent. En coulisses comme toujours à ce niveau. Certains nominés seraient d’anciens serviteurs de l’Etat, un autre l’actuel Ministre de l’Intérieur (bonjour l’indépendance) et enfin un dernier, homme le plus remarquable pour ceux qui suivent depuis de années les secousses islamiques qui ont secoué avec le salafisme le système universitaire, l’actuel recteur de la Faculté de Lettres et Sciences Humaines, la seule tunisienne à figuré parmi les 100 meilleurs universités d’Afrique et qui avait été traîné en justice pour s’être opposé avec fermeté au port du niqab dans son établissement. On verra bien la suite.
Dieu – si tu existes ce dont je doute – que la naissance de la démocratie, peut-être différente des autres, est, ou plutôt, sera longue à voir enfin le jour de l’Autre Côté de cette mer légendaire !
3 réactions à cet article
Ajouter une réaction
Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page
Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.
FAIRE UN DON








