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Accueil du site > Tribune Libre > Discours au Lycée La Providence de M. Macron (Trad. J.-R. Simon)

Discours au Lycée La Providence de M. Macron (Trad. J.-R. Simon)

Le discours de M. le Président de la République E. Macron a été prononcé en latin et traduit par J.-R. Simon malgré son manque d’appétence pour les langues mortes. Le thème retenu par l’animatrice en pastorale était : « Heureux les pauvres, car le royaume des cieux est à eux. »

 C’est en ce lieu que j’ai appris l’humilité. Car il n’est pas suffisant d’être issu d’un milieu privilégié, de jouir d’une bonne santé et d’une capacité à apprendre le latin hors du commun, pour que les gens du peuple vous acceptent comme héros. Car le responsable n’est pas jugé par ce qu’il fait, mais par ce qu’il ne fait pas et qu’il aurait dû faire. Car un chef doit s’imposer, ce qui est difficile, à une multitude qui recherche plutôt le confort. Bien sûr tous les subordonnés ne sont pas des fainéants, mais tous doivent être fouettés par un supérieur afin de mieux faire, de plus faire. C’est le rôle du leader de déterminer ce qui est bon pour tous, les autres ne voient que le bout de leurs chaussures : « Ne sutor ultra crepidam »  ! Savoir se distinguer de la masse n’est pas une envie, un désir, c’est une nécessité. L’Homme ne respecte que ce qui lui est hors d’atteinte. Ce fut Dieu, personne ne comprend plus en quoi il était et reste irremplaçable. La référence absolue qu’il offrait était celle de l’Amour, les marchands ont pu finalement proposer une autre transcendance, celle de l’argent accumulé. Les marchands ne sont pas entrés dans le temple, ils l’ont rasé. Et c’est tant mieux finalement, chacun peut devenir riche, ou du moins le rêver, tandis que seule une infime minorité put accéder à la sainteté qui rend proche de Dieu.

 Il ne faut pas prendre garde aux innombrables homo sine litteris (illettrés) qui n’ont pas eu le courage durant leur jeunesse de délaisser les jeux, de ne pas lutiner les meutes de jeunes filles en fleurs qui auraient rêvé que je calme l’émoi qui surgissait en elles quand elles me voyaient en short et en polo moulant jouer au tennis (dès mon plus jeune âge mon corps ne m’appartenait plus), de ne pas fêter plus que de raison les succès qui très tôt m’ont accablé. À la place, j’ai appris les Sciences et les langues étrangères, comme Charles Quint je peux dire : « Je parle latin à Dieu, italien aux musiciens, espagnol aux soldats, allemand aux laquais, français aux dames et anglais à mon cheval ». L’enfance d’un chef est une longue souffrance, une ascèse et je comprends parfaitement que beaucoup préfèrent la médiocrité, l’oisiveté et les paradis illusoires, mais alors qu’ils acceptent leurs loques si ils ne veulent pas travailler pour acheter un costume. Il pourrait être objecté qu’un costume n’est pas très utile pour travailler à la chaîne en usine, mais ce raisonnement fait que jamais on accédera à l’élite qui se reconnaît à la qualité des vestons d’ailleurs conçus pour pouvoir y adjoindre des décorations.

 Ce que j’énonce, ce que je dis, forme la base d’une éducation, la norme de toute société civilisée, et il est vrai que je n’aime pas les cyniques qui ne louent pas ces références pourtant unanimement respectées. D’ailleurs, il faudrait s’entendre sur le cynisme de Diogène : philosophe débauché ou ascète sévère ? Je laisserai les masturbateurs s’occuper de leurs désirs tristes pour me tourner vers la seule tâche qui sous-tend ma vie : servir les démunis même et surtout contre ses humeurs, ses soubresauts, ses agitations. Je sais combien une vie n’est qu’une luciole qui ne scintille que quelques fragments d’instants dans une éternité, et je souhaite utiliser ces quelques lueurs pour sauver mes semblables et aussi les pauvres, car ce n’est quand même pas moi qui vais faire le ménage.

 La formation d’une élite permet de construire, de conduire une société. Et tous ne sont pas égaux, par leur naissance ou leur éducation, qu’importe : tout le monde ne peut pas guider les masses : « Multi sunt vocati, pauci vero electi » (beaucoup d'appelés, peu d'élus). Grâce à la formation reçue dans cet établissement, j’ai pu gagner les rangs d’une école hautement sélective ce qui devrait rassurer chacun et chacune sur ma capacité de travail, sur mon aptitude aux efforts et au dépassement de soi-même. Mon séjour dans les meilleurs milieux financiers m’a permis de déterminer sur quelles forces je pourrais compter : il devint évident qu’il vaut mieux avoir pour soutien quelques gens fortunés qui souhaitent le rester plutôt que beaucoup de pauvres qui ne veulent pas accepter leur condition. Ce n’est pas que les pauvres soient plus imbéciles que les gens aisés, je ne saurais distinguer l’être de l’essence « De ente et essentia », mais ce qui importe ce sont les forces que l’on peut réunir à un instant donné pour atteindre un objectif, et à cet égard les puissants sont plus utiles que les démunis. il faut malgré tout avoir les moyens d’offrir une éducation « Ad naturam accommodatissime » (de la manière la plus conforme à la nature) afin que les richesses intellectuelles et matérielles puissent se perpétuer au sein de l’élite. J’ai donc par la suite prêché le et de gauche, et de droite. Pour les richesses et le pouvoir, je prends la droite, pour les trou-du-culteries les plus diverses, je teinte de gauche.

 Au début de mon introduction… Non Madame, ne rougissez pas … Au début de mon introduction donc, je parlais de cette nécessaire humilité, pas celle dont parle Maxime de La Rochefoucauld : « L’humilité n’est souvent qu’une feinte soumission dont on se sert pour soumettre les autres. » Je vous parle moi de la mienne, conscient de ma force, je dois prendre garde à ne pas écraser les autres comme Pantagruel au milieu des nains de jardin. Pour ce faire je dois être de temps à autre comme eux : grossier, vulgaire, prétentieux, paillard. Me fondre parmi la multitude par le verbe pour la dominer par l’esprit. D’ailleurs lorsque je profère une insulte, les médias s’interrogent pendant des semaines sur mon être plutôt que sur mon action, ce qui me laisse quelque répit.

 Ein regnum, ein pōpŭlus, ein dux ! Les démocraties souffrent de ne pas offrir aux peuples la seule voie qui permette leur pérennité : celle des efforts. Chacun optimise son vote en fonction de ses privilèges, pour les conserver, pour en avoir davantage. Pour mettre fin à ces décennies de gabegie, il n’y a qu’un Homme hors du commun qui peut le faire quitte à bousculer habitudes et conforts d’esprit. Je suis cet Homme.

 Pour l’érection… Excusez-moi Madame… Mademoiselle ? Vous êtes adhérente ?... Pas encore ?... Veuillez m’excuser. Pour l’érection donc de ma statue, dans cette cour que j’ai tant parcouru, tant aimé, je souhaite quelque chose de simple : un monument qui n’excède pas 15 mètres de hauteur avec le cheval.

 


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23 réactions à cet article    


  • bob14 bob14 7 octobre 2017 10:25

    Ce discours lui colle à la peau, lui va comme un gant..La parfaite illustration de son obsession de sa petite personne et surtout son mépris pour les petites gens...Quand je pense qu’il détient le bouton de l’arme nucléaire ça fait froid dans le dos... !


    • Jacques-Robert SIMON Jacques-Robert SIMON 7 octobre 2017 20:50

      @bob14

      Je pense en effet que M. Macron pense tel que je l’ai décrit.

    • gogoRat gogoRat 7 octobre 2017 12:26

      macron ? quèsaco ?

      ’Le français n’utilise normalement pas de macron ..."

      « ...Cependant, la linguiste Nina Catach (1923-1997) a signalé en 1989, dans Les Délires de l’orthographe, un usage du macron dans la presse ... »

      cf https://fr.wikipedia.org/wiki/Macron_(diacritique)


      • Jacques-Robert SIMON Jacques-Robert SIMON 7 octobre 2017 20:51

        @gogoRat

        Merci de la référence.

      • troletbuse troletbuse 7 octobre 2017 12:46

        As-t-il parlé de son baptême chez les Jésuites ?


        • Jacques-Robert SIMON Jacques-Robert SIMON 7 octobre 2017 20:52

          @troletbuse

          Je vais chercher. 

        •  C BARRATIER C BARRATIER 7 octobre 2017 18:25

          consternant au point que ce ne peut être vrai !
          Pardon de douter mais l’auteur a fait là une belle provocation


          • Jacques-Robert SIMON Jacques-Robert SIMON 7 octobre 2017 20:52

            @C BARRATIER

            Il y a une part de provocation.

          • Alain 7 octobre 2017 18:39

            C’est bien ça !

            Il a bien raison d’aller chez les cathos, ce sont des gens raisonnables, eux !
            Pensez donc : Vous pouvez « piquer » tout l’argent que vous voulez puis une petite confession à voix basse et vous ressortez plus blanc que blanc !

            • Jacques-Robert SIMON Jacques-Robert SIMON 7 octobre 2017 20:53

              @Alain

              Tous ne sont pas comme ça, mais une bonne partie oui.

            • Renaud Bouchard Renaud Bouchard 7 octobre 2017 23:06

              A l’auteur.
              Très bien !
              On suggèrera à l’intéressé de méditer le Troisième discours de Nicole tiré de conversations avec Pascal (Trois discours sur la condition des grands...

              « Je veux vous faire connaître, Monsieur, votre condition véritable, car c’est la chose du monde que les personnes de votre sorte ignorent le plus. Qu’est-ce à votre avis d’être grand seigneur ? C’est être maître de plusieurs objets de la concupiscence des hommes, et ainsi pouvoir satisfaire aux besoins et aux désirs de plusieurs. Ce sont ces besoins et ces désirs qui les attirent auprès de vous, et qui font qu’ils se soumettent à vous ; sans cela ils ne vous regarderaient pas seulement ; mais ils espèrent, par ces services et ces déférences qu’ils vous rendent, obtenir de vous quelque part de ces biens qu’ils désirent et dont ils voient que vous disposez.

               Dieu est environné de gens pleins de charité, qui lui demandent les biens de la charité qui sont en sa puissance ainsi il est proprement le roi de la charité.

               Vous êtes de même environné d’un petit nombre de personnes, sur qui vous régnez en votre manière. Ces gens sont pleins de concupiscence. Ils vous demandent les biens de la concupiscence. C’est la concupiscence qui les attache à vous. Vous êtes donc proprement un roi de concupiscence, votre royaume est de peu d’étendue, mais vous êtes égal en cela aux plus grands rois de la terre. Ils sont comme vous des rois de concupiscence. C’est la concupiscence qui fait leur force, c’est-à-dire la possession des choses que la cupidité des hommes désire.

               Mais en connaissant votre condition naturelle, usez des moyens qu’elle vous donne ; et ne prétendez pas régner par une autre voie que par celle qui vous fait roi. Ce n’est point votre force et votre puissance naturelle qui vous assujettit toutes ces personnes. Ne prétendez donc point les dominer par la force, ni les traiter avec dureté. Contentez leurs justes désirs, soulagez leurs nécessités, mettez votre plaisir à être bienfaisant, avancez-les autant que vous le pourrez, et vous agirez en vrai roi de concupiscence.

               Ce que je vous dis ne va pas bien loin ; et si vous en demeurez là, vous ne laisserez pas de vous perdre, mais au moins vous vous perdrez en honnête homme. Il y a des gens qui se damnent si sottement par l’avarice, par la brutalité, par les débauches, par la violence, par les emportements, par les blasphèmes ! Le moyen que je vous ouvre est sans doute plus honnête ; mais en vérité c’est toujours une grande folie que de se damner. Et c’est pourquoi il n’en faut pas demeurer là. Il faut mépriser la concupiscence et son royaume, et aspirer à ce royaume de charité où tous les sujets ne respirent que la charité et ne désirent que les biens de la charité. D’autres que moi vous en diront le chemin ; il me suffit de vous avoir détourné de ces vies brutales où je vois que plusieurs personnes de votre condition se laissent emporter faute de bien connaître l’état véritable de cette condition. »


              • Jacques-Robert SIMON Jacques-Robert SIMON 8 octobre 2017 11:29

                @Renaud Bouchard

                Merci pour le texte. 

              • Le421 Le421 8 octobre 2017 09:17

                 C’est en ce lieu que j’ai appris l’humilité. Car il n’est pas suffisant d’être issu d’un milieu privilégié, de jouir d’une bonne santé et d’une capacité à apprendre le latin hors du commun, pour que les gens du peuple vous acceptent comme héros.

                Ben voyons !!
                A minima.


                • Jacques-Robert SIMON Jacques-Robert SIMON 8 octobre 2017 11:30

                  @Le421

                  Je n’ai fait qu’écrire ce que tout le monde (dans un certain milieu) pense. 

                • Ecométa Ecométa 8 octobre 2017 09:38

                  Heureux les pauvres d’esprit... car ils pourront être exploités ! 


                  • Jacques-Robert SIMON Jacques-Robert SIMON 8 octobre 2017 11:31

                    @Ecométa

                    Vous avez rectifié ma version « pauvre » en « pauvre d’esprit » qui est la bonne. 

                  • Ecométa Ecométa 8 octobre 2017 09:46

                    « trou-du-culteries »... il y aurait donc là une culture.

                    Personnellement j’appelle « trou-du cul », ceux qui veulent péter plus haut qu’ils ont le cul !

                    On serait en plein là-dedans pour l’intéressé... mais également pour cette époque moderne au « modernisme » paroxysme de modernité et non simple modernité !

                    On frôle l’asphyxie !


                    • Jacques-Robert SIMON Jacques-Robert SIMON 8 octobre 2017 20:03

                      @Ecométa

                      Je ne sais pas ce qu’est exactement « la culture ». J’ai toutefois rencontré maintes occasions où un Homme dit cultivé utilisait son savoir pour mépriser autrui. 

                    • philippe baron-abrioux 8 octobre 2017 16:03

                      @ l’auteur ,

                       Bonjour ,

                       pourquoi personne n’a t il pensé à offrir à notre « Jupi », le livre de François Pierre de LA VARENNE, « le parfait confiturier » (1667) , non que je le pense capable d’en confectionner une mais il étale si bien sa culture que l’image de la confiture m’est soudain venue à l’esprit car c’est bien connu ,

                       « moins on en a , plus on l’étale ».

                      comme le disait un de mes vieux professeurs ,« il est aussi suffisant qu’insuffisant ! »

                       bonne fin de journée !

                       P.B.A


                      • Jacques-Robert SIMON Jacques-Robert SIMON 8 octobre 2017 20:06

                        @philippe baron-abrioux

                        Avec une maîtrise même sommaire de Wikipédia, chacun peut « être » cultivé. 

                      • philippe baron-abrioux 8 octobre 2017 22:46

                        @Jacques-Robert SIMON

                         Bonjour ,

                        Avec une maîtrise même sommaire de Wikipédia, chacun peut « être » cultivé.

                         dosons que ce peut être un point de départ pour satisfaire un peu sa curiosité et son envie de découvertes ce qui n’est pas si mal .

                         il se trouve que cet homme est originaire de Dijon et que j’habite en Bourgogne .

                         Bonne soirée !

                         P.B.A


                      • ricoxy ricoxy 8 octobre 2017 18:31

                         

                        Je pensais que la citation exacte était  : « J’utilise l’allemand quand je parle avec mon cheval, je converse en français avec les hommes, je parle en italien avec les femmes, et je réserve l’espagnol pour parler à Dieu » . Mais sans doute avez-vous détourné la citation de Charles Quint...
                         

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