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Disparitions inquiétantes...

Les disparitions volontaires ou pas, restent encore un phénomène mal connu et un sujet d'inquiétudes croisant. Nous avons tous entendu l’histoire du type qui descend un soir chercher des cigarettes chez le buraliste du coin et qui n’est jamais rentré. Ceux qui disparaissent pour changer le cours de leur vie le font sur un déclic lié à un événement : coup de foudre, lassitude du quotidien, une naissance, un divorce, le décès d'un proche, rejoindre une secte, etc. Si le socle des disparitions repose sur les disparitions volontaires, il en existe d'autres plus inquiétantes, mystérieuses, voire suspectes. Il y a peu de statistiques fiables, on parle de chiffres gris. Sur les 49 347 signalements (2016), 48 156 affaires ont été résolues, sur les 1 191 cas restants, près de la moitié concerne un enfant emmené à l'étranger par l'un des deux parents, et 687 cas (0.0005) sont considérées disparitions inquiétantes.

Entre les non-représentations d'enfants, les fugues, les disparitions volontaires d'adultes, les disparitions inquiétantes, les non déclarations et les inhumations sous « X » (un millier/an), les chiffres « nous embrouillent ». Le Fichier des personnes recherchées comprend plusieurs centaines de milliers de noms ! Il est divisé en une vingtaine de sous-fichiers : « S » Sûreté de l'État, « AL » les aliénés, etc. Le fichier « M » regroupe les mineurs disparus (La population des moins de 18 ans représente 6.9 millions de garçons et 6.6 millions de filles), ceux faisant l'objet d'une opposition de sortie du territoire (départ en Syrie) ou soustraits à la personne en ayant la garde. En cas de découverte, d'extinction du motif de la recherche, de prescription, le mineur est supprimé de ce fichier. La recherche dans l'intérêt des familles (dispositif abrogée le 26 avril 2013) ne revêt pas un caractère inquiétant et n’est plus du ressort de la police. Sa disparition pose cependant des problèmes juridiques particuliers, la personne peut-être absente physiquement mais présente juridiquement : « lorsqu’une personne a cessé de paraître au lieu de son domicile ou de sa résidence sans que l’on en ait eu de nouvelles » (Code civil article 112), elle reste présumée vivante.

Les causes et les raisons d'une disparition sont multiples, s’agit-il d’une disparition : volontaire, involontaire, fortuite (catastrophe naturelle), contrainte, préparée ou d'opportunité ? D'une fuite pour échapper à des recherches policières, à un refus de témoigner, se soustraire à des représailles, à des sévices ? D’un enlèvement crapuleux, perversion, trafic d'êtres humains, espionnage (Japonais enlevés pour servir à la formation d'espions Nord-Coréens), d'une erreur sur la personne, d'une vengeance ? Affective (femme ou homme en mal d'un enfant) ? D’une escroquerie à l’assurance ? La disparition est-elle liée à : une secte, à un réseau de prostitution, un accident, un différent familial, une fugue réactionnelle (ras-le-bol), une non-représentation d’enfant, un engagement dans la légion étrangère, une hospitalisation sous X ? - D'un enfant mis à la porte : « on lui a dit de prendre ses affaires et de partir ! » - d'un enfant qui a été abandonné, un mineur qui a disparu lors du droit de visite et dont on n'a pas signalé la disparition ! D'un crime, suicide, accident physique, euthanasie (dans un pays étranger où la pratique est légale) ? Une personne perdue de vue au cours de la vie avec laquelle on souhaiterait renouer le lien ! Un problème de santé, psychiatrique, dépressif, sénilité, amnésique, Halzeimer ? L'égoïsme, le ou la bénéficiaire d'un gain prend celui-ci comme une aubaine et part sans explication...

Dès qu’une personne disparaît, ses proches angoissés se présentent dans un poste de police (zone urbaine) ou une brigade de gendarmerie pour y signaler la disparition, certains n'ont pas même penser à apporter une photographie, à vérifier le contenu de la garde-robe, à réunir les adresses des ami(e)s, l'adresse e-mail, le numéro de téléphone cellulaire, de la carte bancaire, l'adresse de l'employeur, etc. L’officier de police judiciaire doit tenter de cerner la raison de cette disparition et la personnalité de l'individu. En cas de disparition d'un mineur, d'un majeur protégé (personne sous tutelle ou curatelle), qu'il y a crainte pour son intégrité physique, assortie d'éléments permettant de le localiser lui ou son ravisseur (signalement, numéro minéralogique) qui donnent à penser à un enlèvement avéré, l'enquête est confiée au procureur de la République et l'Alerte enlèvement est relayée par toutes les stations radio commerciales dans les 45 minutes qui suivent. Le parquet peut avec l'accord de la famille, activer les réseaux sociaux. La personne est inscrite au fichier des personnes recherchées et son signalement diffusé dans les deux heures aux gendarmeries et commissariats. L'Alerte Enlèvement n'a été déclenchée qu'une vingtaine de fois depuis sa mise en service en 2006. L'alerte sans informations fiables peut mettre en péril la vie de la victime. L'auteur peut s'affoler et commettre l'irréparable espérant ainsi avoir une chance d'échapper à l'interpellation.

Le schéma d'un enlèvement repose sur : le choix de la victime - le modus operandi - approcher la victime - en prendre le contrôle - quitter la zone immédiate rapidement ou rejoindre un lieu proche. Après ? c'est l'inconnu, tout espoir n'est cependant pas perdu. Natascha Kampush enlevée à l'âge de 10 ans, a réussi à s'échapper après 3096 jours de captivité. Une disparition reste toujours une épreuve pour les proches, certains gardent espoir et attendent une preuve de vie. Les chiffres semblent leur donner raison. Le nombre d'homicides : volontaires, involontaires ou sans intention de donner la mort pour l'année 2016 (hors terrorisme) s'est élevé à 802 victimes (0.00014) avec un taux d'élucidation de 92 %, chiffre qui pourrait corroborer le peu de corps découverts.

Les investigations ont évolué depuis la disparition du petit Yves Bert âgé de six ans, disparu le 3 février 1977, il y a plus de 40 ans ! Les recherches avaient débuté à 17h30, trente minutes après sa sortie de l'école à Lyon, il pleuvait à verse ce jour là. Une voiture a sillonné le quartier lançant des appels à la population, des dizaines de milliers d'affichettes avec la photo de l'enfant ont été placardées ou distribuées, Jacques Pradel a consacré une émission à cette affaire, le mystère demeure. Yves a.urait aujourd'hui 47 ans. L'enlèvement s'avère plus facile à réussir que nombre de délits, il y a des milliers de victimes potentielles et une ou deux minutes suffisent. Chaque disparition reste un cas particulier : âge de la victime - le lieu - la situation - les conditions et circonstances - le nombre d'agresseurs (Les Fourniret agissaient en couple) - la présence de témoins, d'indices - la réaction de la victime, etc. Il n'existe aucun chiffre sur la réaction première de la victime, les chiffres disponibles concernent la prise d'otage : surprise 76 % - obéissance immédiate 59 % - peur 56 % - colère 31 % - hésitation 25 % - perte de self-control 8 % - refus d'obéir 7 %.

Une procédure pour disparition inquiétante peut représenter des milliers de procès-verbaux, des centaines d'auditions, des dizaines de garde-à-vue, de perquisitions et d'expertises ADN ! Le directeur d'enquête coordonne les effectifs avec les recherches en cours. Il procède aux rapprochements des informations, indices et témoignages afin de réorienter l'enquête en continu. La phase immédiate concerne le terrain, plus le temps passe, plus les recherches s'étendent à la fouille des environs, décharge, grotte, carrière, plan d'eau, etc., une autre équipe consulte les mains courantes (MC) et les fichiers, et des enquêteurs se rendent au domicile de la personne disparue. Les policiers doivent s'assurer que la personne recherchée ne s'est pas endormie ou réfugiée dans un endroit à l'abri d'une recherche hâtive (une patiente disparue de sa chambre a été découverte morte le lendemain dans un ascenseur de l'établissement. Les employés et agents de sécurité avaient négligé d'en vérifier l'intérieur), ni qu'elle est retenue contre son gré à domicile. Ces premières vérifications faites, les enquêteurs doivent fouiller et observer les lieux de vie pour y découvrir des indices susceptibles d'orienter les investigations, saisir un objet contenant de l'ADN, l'ordinateur, le journal intime, etc. Le moindre détail ou objet présent ou manquant peut être important. Un simple ticket de caisse peut leur délivrer des indications : adresse du magasin, date/heure, nature de l'achat ; le code barre d'une canette de boisson peut permettre de remonter au magasin de vente.

Les disparitions involontaires ont un faible taux d'élucidation. Lors d'un enlèvement dont on ignore le lieu de sa survenance, la Police technique et scientifique ne dispose d'aucun indice à exploiter. Lors d'un enlèvement crapuleux, les preneurs d'otages prennent contact (lettre, téléphone, E-mail, média), dans notre cas l'espoir repose sur un témoignage fut-il tardif et l'évolution de la technologie. En 1992, un signalement d'enfant disparu a été relancé avec une photographie le présentant le visage vieilli (par ordinateur). En 2008, les policiers ont utilisé un radar de sol sur le chantier de l'autoroute A 43 à Saint-Jean-de-Maurienne (Savoie) pour tenter de retrouver le corps de Cécile Vallin disparue le 8 juin 1997 alors âgée de 17 ans, et la géolocalisation téléphonique appartient à la routine.

Les investigations nécessitent de se procurer une carte des environs immédiats (plan de masse, de situation), une carte de la localité et une autre de la région. Elles permettront d'apprécier la praticabilité des itinéraires, localiser les embranchements des voies de communication pouvant être utilisées, de constructions isolées (Émile Louis avait dissimulé le corps d'une de ses victimes dans une cabane isolée sous une couche de fumier afin d'accroître sa décomposition et masquer l'odeur de putréfaction), de localiser les zones à risques (plans d'eau, zone d'éboulement, etc.), de connaître la nature du terrain, la présence de grottes, de puits, etc., à condition de savoir les lire correctement.

La première chose consiste à découvrir le lieu de l'enlèvement, retracer l'itinéraire emprunté, l'emploi du temps (témoins, téléphone cellulaire, vidéo-surveillance, contraventions, etc.). L'itinéraire repose sur le et les questions subsidiaires (souvent des compléments circonstanciels) qui en découlent : d'où, point de départ - pour où, point d'arrivée - par où, itinéraire ayant pu être emprunté - près d'où - loin d'où - jusqu'où, point qu'il était possible d'atteindre en fonction du moyen de locomotion utilisé (à pied, vélo, véhicule, embarcation, aéronef) et du temps écoulé.

Il faut parcourir l'itinéraire en plusieurs sens de façon à en avoir plusieurs points de vue et aux mêmes heures. On emprunte un coté de la chaussée ou du trottoir en concentrant son attention sur le niveau bas afin d'être en mesure de remarquer un endroit où un agresseur aurait pu se tenir dissimuler, le point de concentration d'individus, découvrir un objet perdu, abandonné, jeté, repérer la caméra de surveillance d'un particulier, la zone des horodateurs, les parkings, les établissements publics ouverts, les habitudes des habitants du quartier, le promeneur et son chien, mêmes les poubelles doivent être examinées. On emprunte ensuite l'autre coté de la chaussée et on refait le parcours dans le sens opposé. Il n'est pas rare de remarquer une chose dans un sens et pas dans l'autre. La même procédure est appliquée pour les étages inférieurs afin d'y déceler la fenêtre d'un appartement qui semble inoccupé, une personne à sa fenêtre qui a pu voir ou entendre quelque chose. Peut-on de la fenêtre d'un escalier surveiller l'itinéraire emprunté ? Quels sont les angles favorables à une surveillance, les angles morts, etc. On passe ensuite à l'examen des étages supérieurs et des toits.

Il convient d'inclure à cette question essentielle, la notion de temps (avant - pendant - après), le QUAND : jour, date, heures, minutes, la saison de l'événement ou du fait constaté - Pour-quand, prévision - Jusqu'à quand, fourchette horaire limitant un fait, une action, un déplacement - A quel moment - Depuis quand, moment historique.

Autre question importante, le QUI : Avec qui, accompagnement, coauteur - Pour qui, bénéficiaire, commanditaire - Par-qui, personne qui relate une observation, un fait - Contre-qui, différent, rivalité - Grâce-à-qui, complices - Vers qui, intention - A qui, propriétaire - A cause de qui, tiers ?

Le QUOI correspond aux faits : Avec quoi, outil, moyen de transport - Contre-quoi, lutte contre les éléments, le temps, contraintes - Grâce à quoi, moyens disponibles, circonstances, subsides - En quoi, influence - De quoi, nature - A quoi, utilité.

Le COMMENT vise aussi bien le signalement, l'état physique et mental que le comportement de la personne disparue et/ou la personne avec qui elle a été vue ou le modus operandi. Comment était-elle vêtue, comment se comportait-elle, comment se déplaçait-elle, les circonstances de la disparition, la météo, l'hydrographie en bord de mer, etc.

Le COMBIEN est une notion de quantité, de combien d'argent disposait-elle, combien de personnes étaient avec elle, combien de temps lui a t-il fallu pour atteindre un point donné, combien de réserves alimentaires disposait-elle, température extérieure, etc.

Le POURQUOI (en un seul mot) vise une cause, une raison, le mobile, POUR-QUOI en deux mots le but. Pourquoi pleut-il et pour quoi pleut-il n'appellent pas la même réponse. Pourquoi aurait-elle pu être victime d'un enlèvement, d'une séquestration, d'un accident, d'une agression, tentée de mettre fin à ses jours, voire d'une mort naturelle. Mais c'est aussi plus prosaïquement, pour quoi est-elle sortie afin d'en dégager le but déclaré du but caché. Une adolescente peut dire je vais chez (but déclaré), alors qu'elle part pour rencontrer en cachette un petit ami (but caché).

Si quelques disparitions inquiétantes cristallisent à elles seules toute l'attention des médias, combien restent ignorées ? Dans certaines on y retrouve entremêlés : l'incompétence - le déni de justice - les rivalités inter-services - les dysfonctionnements de la justice - les rumeurs - le laxisme - l'inconséquence. Tant que rien n'est établi, il n'y a ni crime ni délit, les proches d'un adulte disparu ne peuvent que porter plainte pour abandon de domicile conjugal, contre X pour enlèvement, séquestration, ou recel de cadavre (affaire Agnès Leroux) avec constitution de partie civile. Une disparition inexpliquée est toujours traumatisante pour les proches qui se retrouvent plongés dans le désarroi, le chagrin et l'insupportable attente. Des familles doivent lutter pied à pied pour éviter la clôture de l'instruction ajoutant ainsi à leur désarroi le sentiment d'injustice.

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5 réactions à cet article    


  • Odal GOLD Odal GOLD 4 janvier 2018 16:33

     
    Bonjour,
     
    les disparitions non élucidées sont effectivement un sujet mystérieux et très peu commenté de notre société. Les chiffres diffèrent d’une source à l’autre. Moi, j’étais resté sur ceux-là :
     
    "En France, d’après le Ministère de l’Intérieur plus de 40 000 personnes disparaissent chaque année. Plus de 30 000 sont retrouvées. Il reste environ 10 000 disparitions non élucidées classées inquiétantes, chaque année..."
     
    Ce qui fait environ sur une classe d’age de 600 000 personnes : une personne qui nait chaque année est condamné à disparaitre de façon inquiétante.
     
    Et encore, les chiffres sont même là forcément minimisés, puisque les personnes les plus isolés, et donc les plus fragiles, ne seront jamais signalées ni comptabilisées nul part, c’est logique.

     


    • Esprit Critique 4 janvier 2018 18:05

      Des choses qui me paraissent évidentes ne sont pas toujours faites systématiquement.

      Faire un prélèvement ADN Obligatoire systématiques sur la mère ou a defaut, une autre personne de la famille du disparu, et créer un fichier des disparus global, quelque soit la cause le motif, l’age. etc.

      Il semblerait même que les test ADN , ne soit pas systématique sur touts reste humains découverts

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