Division, isolement, individualisme... l’arme absolue !
Extrait de l'ouvrage de Nicolas Martin "NON à la France à la dérive", en vente en librairie.
Voici son trailer : https://www.youtube.com/watch?v=x9xwCo58dVc
Seconde arme (certainement la plus dévastatrice) : nous isoler. Nous pousser à la distanciation sociale, à la séparation sociale. Le postulat est tout aussi simple. Pour casser l’esprit collectif, il faut encourager les joueurs à jouer perso. Assurer une promotion de l’individualisme et du nombrilisme telle que l’eau de la source dans laquelle se mire Narcisse en devienne ringarde en comparaison des milliers de perches à selfies brandies comme des bannières prônant un « Moi, je » tout-puissant.
« Je suis moi, je suis moi, je suis moi. Oh dans tous mes états. Quoi qu'on en dise, je suis moi ». (Je suis moi, Shy'm)
[...]
Pour engraisser cet individualisme si peu adapté à la survie de notre espèce humaine, pour balayer notre raison d’être commune, notre fondamental besoin de lien social, tous les moyens sont bons. Si on « s‘amuse » à les guetter, on réalise alors qu’ils sont à l’œuvre partout. Qu’ils soient anecdotiques ou bien profondément réformateurs, ils sont symptomatiques d’une importante mutation civilisationnelle.
Ils consistent à surmédiatiser le non-gréviste qui râle, au nom de ses désagréments quotidiens, contre le gréviste qui pourtant se mobilise pour défendre des avantages acquis pour lui, mais aussi pour la collectivité.
À faire dépérir progressivement les retraites par répartition au profit de celles par capitalisation.
À soigner, d’un côté, les plus pauvres à l’hôpital public et, de l’autre, les plus riches en établissements privés.
À détruire le bien commun et mettre tout en concurrence : les secteurs, les services, les salariés, les marchés publics, les fournisseurs, les sportifs, les médias, les candidats de téléréalité, les établissements scolaires, les hôpitaux, les régions, les États...
À individualiser les horaires, les salaires, les formations, les parcours professionnels, les performances, les relations de travail et les évaluations dans l’entreprise. À instaurer un système de notation et de prime d'efficacité pour les salariés.
À empêcher les camaraderies entre collègues dans les plateformes d’appels en utilisant un système informatique qui attribue chaque jour à chaque opérateur un nouveau voisin de travail.
À abréger les échanges dans le cadre physique de l’entreprise ou de l’agence en instituant à grande échelle le télétravail.
À enterrer les comités d’entreprise.
À insister sur les messages et slogans anxiogènes qui entretiennent la peur, la paranoïa, le stress permanent et, donc, le repli sur soi du téléspectateur.
À surutiliser le pronom personnel « je » dans le discours politique.
À exacerber les communautarismes au nom de la couleur, des croyances, du genre ou de l’orientation sexuelle de chacun.
À inciter les candidats à en éliminer d’autres, à taper « 1 » pour éliminer Machin. À proposer des jeux de téléréalité dont les règles poussent les participants à bannir toutes formes de solidarité pour parvenir à la finale.
À parquer les vieux dans les maisons de retraite et à en terminer avec les rassemblements et les fêtes transgénérationnelles.
À ne plus mêler les enfants de différentes catégories sociales dans les mêmes colonies de vacances.
À évacuer des fêtes et des bals, ces œuvres fondamentalement collectives que sont les danses de couples et traditionnelles. À rejeter ces communions festives, où tous les participants sont membres d’un même ensemble et vivent la même expérience, au profit de gesticulations démonstratives et hédoniques complètement autocentrées ou personne n’a besoin d’être attentif à l’autre.
À saper notre imaginaire collectif et notre culture commune en évacuant des écoles la narration historique, les contes et les chants traditionnels ainsi que les grandes œuvres littéraires.
À encourager la dénonciation du vendeur ou du conseiller dans les enquêtes de satisfaction. À balancer son collègue, son entreprise, son prof, son député (#balancetonporc).
À banaliser le divorce.
À nous faire miroiter une vie idéale retranchée chez soi, dans sa résidence privée, avec son propre home-cinéma, sa propre machine à pain ou à expresso et sa piscine individuelle.
À attiser nos désirs, à exciter nos pulsions et notre quête de plaisir personnel par la consommation, ou l’envie de consommation permanente. À nous rendre éternellement insatisfaits.
À nous embarquer dans ces philosophies d’Extrême-Orient où l’on médite dans son coin, où l’on est « seul avec soi », où l’on se « recentre sur soi-même »...
À nous isoler les uns des autres via nos écouteurs et nos téléphones, et à nous transformer en « smombie » (smartphone + zombie), les yeux rivés sur notre téléphone. Nous avons tous déjà été les témoins de ce spectacle pathétique, où des ados alignés en rangs d’oignons, sur le trottoir ou dans un canapé, bidouillent avec flegme leur téléphone au lieu de prendre la peine d’échanger quelques mots entre eux.
À nous faire fantasmer sur les « agents conversationnels » (Ector, Tay, Alice...), les compagnons virtuels (MAI Friend, Kanopée, Replika…) ou les « robots de compagnie » de demain.
À nous encourager à nous exhiber, à déballer notre intimité, à composer notre « design de soi », à faire notre autopromotion sur les réseaux sociaux…
À encenser la « bienveillance » dans tous nos milieux professionnels. À se préoccuper de toutes les singularités et les différences de chacun (sociales, intellectuelles, physiques). À prendre en compte toutes les plaintes, les handicaps, les victimisations, les besoins personnels... À individualiser les enseignements, les accompagnements… La bienveillance est une magnifique disposition d’esprit qui, comme l’écrit le philosophe Yves Michaud, risque pourtant de « détruire dangereusement la notion d’égalité et de communauté ». (Contre la bienveillance)
À nous pousser au conflit en l’attisant et en le médiatisant à l’excès. À nous envoyer Tullius Détritus pour semer la zizanie dans notre village gaulois. Salariés du privé contre fonctionnaires, employé A contre employé B, artisans bosseurs contre chômeurs glandeurs, Français « de souche » contre Français d’origine immigrée, Islam contre laïcité, parents contre professeurs, agriculteurs contre militants L214, pro contre antimariage gay, vegans contre bouchers, jeunes contre vieux, masculinistes contre féministes, bobo contre beauf, citoyens responsables contre citoyens antimasques, personnes réfléchies contre personnes complotistes, Français vaccinés contre Français non-vaccinés, candidate Lola contre candidate Chloé, OL contre OM, droite contre gauche, peuple contre gouvernement national…
C’est une longue liste, interminable, de choses, qui, mises bout à bout, travaillent de concert à nous éloigner les uns des autres. Une politique du geste-barrière généralisé qui nous désunit toujours plus et nous fait oublier que c’est « l’union », pourtant, qui « fait la force ». La séparation et l'indifférence envers l'autre sont particulièrement bien cultivées dans notre société. Une société, comme dirait le journaliste François Saltiel, à l’image de nos nouveaux modes de paiements... une société du sans contact.
Oui, tous les moyens sont bons pour nous atomiser. Bientôt, cela deviendra même légal de s’épouser soi-même (sologamie). Le plus osé, de ces moyens, restant tout de même celui qui nous exhorte à nous barricader à la maison, à nous planquer derrière un masque, à ne plus nous rassembler, nous toucher et nous approcher les uns des autres. Là, en tant qu’espèce mammifère fondée sur le collectif et le lien, on frôle la perfection dans la perversion. L’ultra-libéralisme cultivait déjà cet esprit d’individualisme mais, là, c’est du concret, une distance en mètres à maintenir entre deux individus est imposée.
« De sorte qu'on peut se demander si ce virus ne réalisait pas finalement le rêve ultime des néolibéraux : chacun , confiné seul chez soi devant son écran, participant à la numérisation intégrale de la santé et de l'éducation, tandis que toute forme de vie sociale et d'agora démocratique était décrétée vecteur de contamination. » (De la démocratie en pandémie, Barbara Stiegler)
« Quand on aime ses proches, on ne s’approche pas trop. » (Ministère des Solidarités et de la Santé)
En janvier 2021, le projet du groupe Essity, fabricant de papier toilette, consiste à distribuer à ses salariés un boîtier électronique qui déclenche un signal dès que la distanciation physique n'est pas respectée. L’académie nationale de médecine, de son côté, recommande à la même période d’éviter de parler dans les transports en commun.
« À la fin, qu'est-ce qu'on va suggérer ? Que tout le monde reste enfermé toute sa vie parce qu'il y a des virus dehors ? Mais vous êtes fous ! Vous êtes devenus tous cinglés ! » (Didier Raoult)
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