Djibouti : répression et manipulations politiques à gogo
Le 8 avril, Ismaël Omar Guelleh remportait l’élection présidentielle djiboutienne avec 86,68 % des votes. Derrière ce plébiscite de façade se cache en réalité un processus électoral pourri par les manipulations politiques et la répression des opposants.
Une élection marquée par les irrégularités
Rares sont les personnes qui ont été surprises de la victoire d’Ismaël Omar Guelleh à la dernière élection présidentielle. Il est vrai que depuis son arrivée au pouvoir en 1999, celui qu’on surnomme IOG n’a eu de cesse de jouer de son influence pour garder la main mise sur le pays. On se souvient encore du changement dans la Constitution opéré en 2010, une réforme qui fit sauter toute limitation de mandat pour le chef de l’État et permet désormais à Guelleh de briguer le fauteuil présidentiel autant de fois qu’il le désire.
Le score du président Guelleh ne suscite pas non plus l’étonnement même si ses 86,68 % de votes favorables continuent de scandaliser une partie du peuple djiboutien qui n’aurait pas encore sombré dans une totale résignation à l’idée de subir éternellement le joug d’un président plutôt à l’aise lorsqu’il s’agit d’enfiler le costume de despote.
Cette large majorité qui permet à Guelleh d’accéder à un quatrième mandat interroge en effet quant à la transparence du processus électoral. L’Union africain a missionné une délégation pour aller inspecter les bureaux de vote le jour du scrutin. Résultat : les observateurs ont relevé des irrégularités dans un quart des 124 bureaux de votes visités, sur les 456 ouverts pour l’élection.
Selon l'ancien Premier ministre du Mali Soumana Sako, qui encadrait les visites des observateurs, « le procès-verbal (de dépouillement) n'a pas toujours été rédigé, ni signé par les membres du bureau de vote et les délégués des partis. (…) Les procès-verbaux n'ont pas été affichés publiquement sur la porte du bureau. » Autre révélation troublante, certains témoignages font état d’urnes mal protégées et des assesseurs ont même été repérés vêtus d’un t-shirt à la gloire d’IOG.
Le parti d’opposition affirme également que certains de ses représentants ont été interdits dans plusieurs bureaux de vote. Si pour Daher Ahmed Farah, le porte-parole de l’USN, cette élection a tout d’une « mascarade », les observateurs mandatés par l’UA ont tout de même conclu à une élection « libre » et « crédible », symptomatique de la tolérance, pour ne pas dire complaisance, qui règne au sein de la communauté africaine, mais aussi internationale, à l’égard de ce qu’il se passe depuis des années à Djibouti.
Une légitimité internationale contestée ?
Depuis l’indépendance de 1977, Djibouti n’a connu que deux présidents. Le régime de Guelleh est marqué par une forte répression de l’opposition qui continue d’exister timidement malgré des épisodes sanglants affaiblissant chaque jour un peu plus son poids dans la politique du pays. Le dernier en date nous renvoie en décembre 2015, date à laquelle l’armée s’en est violemment pris à un groupe d’opposants réunis lors d’une cérémonie religieuse à Balbala, quartier situé en périphérie de Djibouti.
La Fédération internationale des ligues des droits de l'Homme (FIDH) fait état de 27 morts, quand le bilan officiel ne compte que sept victimes. Fortement dénoncé par les membres de la société civile, ce triste événement a rapidement été étouffé par le gouvernement en place et n’a pu bénéficier d’une couverture médiatique à la hauteur de sa gravité, à Djibouti ou dans le reste du monde.
Tel un tourbillon siphonnant tout sur son passage, le Président Guelleh emporte avec lui tout espoir de voir une opposition s’exprimer et critiquer le pouvoir en place sans crainte de représailles, voire même de remporter des élections. Bref une ouverture digne d’un appareil démocratique respectable et respecté.
En attendant, à 68 ans, IOG persiste et signe dans une mouvance liberticide, sans que cela n’émeuve réellement la communauté internationale, jusqu’ici peu décidée à contrarier la sensibilité du chef d’État djiboutien. Afin de ne pas montrer leur désapprobation quant à cet énième mandat, Barack Obama et François Hollande se sont contentés de ne pas adresser de lettre de félicitations au président Guelleh pour sa victoire.
Remarquée, cette absence de reconnaissance internationale d’une légitimité présidentielle pourrait à l’avenir nuire aux relations qu’entretient Djibouti avec les deux pays. Mais si les deux chefs d’États usent de techniques protocolaires pour indiquer leur désaccord, leur prise de position reste très limitée.
Les Etats-Unis et la France possèdent une base militaire à Djibouti, tout comme le Japon et bientôt la Chine, des alliances sur lequel le président Guelleh peut s’appuyer pour continuer de garder le contrôle sur son pays. Jusqu’à quand ?
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