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Accueil du site > Tribune Libre > Du bon sens et de l’expérience dans l’art d’enseigner

Du bon sens et de l’expérience dans l’art d’enseigner

Le ministre de l’Éducation Nationale Jean-Michel Blanquer est actuellement au centre de nombreux débats avec ses « recommandations » visant à remettre les « fondamentaux » de l’écriture et du calcul au cœur de l’enseignement dispensé aux élèves de l’école élémentaire. Dans ce contexte, petite réflexion actualisée* sur « l’art d’enseigner »...

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Photo Ouest-France (école élémentaire de Bourbriac, Côtes d’Armor)

 « L’art de fortifier ne consiste pas dans les règles et les systèmes, mais uniquement dans le bon sens et l’expérience. » L’homme qui a écrit cette phrase, un certain Sébastien Le Prestre, marquis de Vauban, savait de quoi il parlait, et nombre de ses œuvres, des marches flamandes à celles de l’Italie et de l’Espagne, sans oublier les façades maritimes de notre pays, subsistent encore de nos jours en France pour témoigner de ce que fut son génie d’architecte militaire.

Un tel langage peut paraître surprenant sous la plume d’un ingénieur qui, avant d’être un bâtisseur reconnu, fut surtout un concepteur, un théoricien. Un technocrate, dirions-nous aujourd’hui. Et pourtant ce langage est le fruit d’une analyse objective qui, très vite, a conduit Vauban à subordonner le concept à la finalité. Puisant dans l’observation lors des batailles auxquelles il a participé, le Technocrate s’est effacé derrière le Pragmatique pour réaliser l’œuvre que l’on connaît et s’imposer comme La référence en matière de fortifications militaires.

Quel rapport avec l’enseignement ? Aucun, a priori. Et pourtant, à bien y regarder, enseigner c’est aussi construire, pierre après pierre, pan après pan, un monument de connaissances, un rempart contre l’ignorance et l’obscurantisme, un ouvrage immatériel permettant à chacun de défendre ses intérêts dans une société de concurrence et de rivalités. C’est aussi contribuer à l’édification, bastion après bastion, redoute après redoute, d’une citadelle de compétences nouvelles, de nouveaux savoir-faire, de qualifications reconnues. C’est enfin consolider les acquis, autrement dit les fortifier.

Le rapport avec l’enseignement est donc beaucoup plus étroit qu’il n’y paraît de prime abord, et l’on peut sans difficulté transposer l’affirmation de Vauban à ce domaine : « L’art d’enseigner ne consiste pas dans les règles et les systèmes, mais essentiellement dans le bon sens et l’expérience. »

Seule modification par rapport au texte original : le remplacement du mot uniquement par l’adverbe essentiellement, plus nuancé mais aussi plus réaliste, l’usage d’un cadre réglementaire et le recours a d’éprouvés référentiels pédagogiques apparaissant, quoi qu’on en pense, indispensables, ne serait-ce que pour baliser les premiers pas des nouveaux entrants dans le métier ou rassurer les professionnels en proie au doute.

Mais cela n’est pas suffisant : il appartient aux acteurs de l’enseignement, à tous les niveaux, de faire en sorte que ce cadre réglementaire et ces référentiels pédagogiques n’agissent pas de manière dictatoriale dans le processus éducatif, au risque de faire avorter les initiatives orientées, ici et là, vers une efficacité accrue sur le terrain en fonction des publics rencontrés et des spécificités sociologiques du lieu d’enseignement.

À noter que le mot « art » est en l’occurrence à prendre dans le sens de « manière », l’enseignant (ou le formateur, car la problématique n’est guère différente) n’agissant évidemment pas comme un « artiste », mais de facto comme un « artisan » de la transmission du savoir et de l’acquisition des savoir-faire ; rien à voir avec une quelconque recherche de la beauté ou de l’expression d’un concept novateur.

En définitive, et sans vouloir nier le rôle – ô combien irremplaçable ! – de l’expérience, les maître-mots de cette citation me semblent être « bon sens ». Hélas ! il est à craindre (n’en déplaise à Descartes et à son fameux Discours de la méthode) que ce fameux « bon sens » ne soit pas « la chose la mieux partagée du monde ». Le sociologue Gustave Le Bon prétend même dans son recueil de pensées brèves Hier et Demain que « beaucoup d’hommes sont doués de raison, très peu de bon sens. »

Lequel pense juste ? Probablement les deux. Simplement, le bon sens sommeille chez la plupart d’entre nous, enseignants ou pas, et ne vient éclairer nos actions que de manière épisodique ou en brillant d’un éclat trop faible pour modifier nos comportements d’inspiration technocratique ou dictés par une routine obsolète. Il importe donc de réveiller ce bon sens et de lui rendre l’importance qui lui revient. Ne serait-ce que pour donner tort à Bernard Grasset qui, dans ses Remarques sur l’action, n’hésite pas à affirmer que « la solution de bon sens est la dernière à laquelle pensent les spécialistes. »

L’éditeur se montre en l’occurrence bien sévère. Non sans raisons, il faut bien en convenir au vu de certaines usines à gaz réglementaires ou édifices intellectuels inutilement complexes dont les experts ministériels ont le secret. Quoi qu’il en soit – et quel que soit notre domaine d’activité –, ne soyons pas de ces spécialistes-là, si souvent déconnectés des réalités du terrain et des évolutions sociétales. Mais, de la nécessité d’éviter cet écueil, il va de soi que nous sommes déjà tous convaincus. Simple question de… bon sens !

Cet article est basé sur un texte de 2009, modifié et complété


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31 réactions à cet article    


  • gruni gruni 30 avril 2018 09:55

    Bonjour Fergus


    Le bon sens à l’école et dans tous les autres domaines également, c’est tellement évident qu’on se demande pourquoi il aura fallu attendre aussi longtemps pour revenir aux fondamentaux. Faut espérer que le prochain ministre de l’éducation aura le bon sens de ne pas changer encore une fois les règles. 

    • Fergus Fergus 30 avril 2018 10:08

      Bonjour, gruni

      Je partage évidemment ton avis. Par chance, il s’est trouvé au fil du temps des enseignants qui, sans être totalement réfractaires aux modes pédagogiques du temps, ne leur ont pas sacrifié non plus ces fameux « fondamentaux », et cela pour le plus grand profit de leurs élèves.


    • JC_Lavau JC_Lavau 30 avril 2018 10:38

      Le « bon sens », en toutes circonstances et dans toutes les bouches, c’est « Ben voyons ! Le mien à moi que j’ai ! Comment oseriez vous ne pas en être d’accord ? »


      • Fergus Fergus 30 avril 2018 11:50

        Bonjour, JC_Lavau

        J’avoue ne pas bien comprendre le sens de votre commentaire. Sauf à vouloir dire que le « bon sens » de l’un n’est pas forcément celui de l’autre. Ce que je ne conteste pas. Mais on parle là de bon sens appliqué à des règles par trop contraignantes et peu efficaces en termes d’enseignement. Dès lors, la solution de bon sens de l’un comme de l’autre peut-être bonne même si elles diffèrent dans l’application.


      • JC_Lavau JC_Lavau 30 avril 2018 12:12

        @Fergus. On attend encore le rhétoriqueur qui n’entourloupe pas en invoquant « le bon sens ».

        Joël Sternheimer qui vend des« protéodies » pour charmer les courgettes et les tomates, invoque « le bon sens ».
        Ma môman s’esclaffait bruyamment que ceux qui s’imaginent qu’un lave-linge de 5 kg et un lave-linge de 50 kg ont des consommations différentes, n’ont aucun « bon sens » et ne savent même pas faire un problème de certificat d’études.
        Jean Jouzel invoque lui aussi « le bon sens » : « Le réchauffement climatique est là, chacun le sent bien ! ».

        Le cureton aussi pratiquait bien le truc...
        Harun Hyahya aussi : « Ne trouvez vous pas merveilleux que la poussée de lait survienne dans les 24 h de l’accouchement, et pas 24 h avant ni huit jours après ? Donc dieu existe ! »

      • Fergus Fergus 30 avril 2018 12:50

        @ JC_Lavau

        Certes ! Mais restons hors de la caricature : lorsqu’un système ne fonctionne pas, ou fonctionne mal, le « bon sens » ne consiste-t-il pas à s’en démarquer peu ou prou pour faire appel aux acquis de l’expérience afin de pallier les insuffisances ou les errements dudit système ? Telle est la problématique qui est posée là !


      • JC_Lavau JC_Lavau 30 avril 2018 15:36

        @Fergus. « Bon sens » est de la logique unaire.
        Coluche t’interrogerait sur le mauvais sens.


        Je n’ai jamais vu un consultant intervenir (avec succès), ni autres interventions de redressement, argumenter au « bon sens ». On laisse cela aux escrocs comme Jean Jouzel ou Joël Sternheimer, ou autres catéchistes.
         
        J’ai vu rechercher des faits, confronter des faits, évaluer des hommes, énoncer des plans, des critères, des stratégies, interroger des gens, faire accoucher des idées, déléguer à qui est capable et honnête... 
         
        Trouver les hommes qu’il faut, Mohammed Boudiaf n’y est pas parvenu, il a été assassiné. 
         
        Dès l’instant où je te vois argumenter au « bon sens », tu es parmi les dernières personnes à qui je pourrais confier une tâche.

      • Fergus Fergus 30 avril 2018 16:06

        @ JC_Lavau

        Il ne faut pas voir le « bon sens » dans le cas qui nous occupe comme une sorte de règle non écrite à substituer à la règle écrite, mais comme une manière de nommer le cadre intellectuel dans lequel on agit pour corriger un référentiel qui ne convient manifestement pas ou qui engendre des effets pervers.

        L’enseignant qui se démarque des directives pour améliorer la compréhension de ses élèves ne fait évidemment pas référence aux « bon sens », il indique simplement qu’il a pris les décisions qui lui semblaient appropriées. Cela n’en relève pas moins du « bon sens » adapté à sa profession !


      • Slipenfer 1er Maitre Ratatouille 30 avril 2018 11:53
        Évoluer vers la société holomorphe et la civilisation du bonheur
        https://www.youtube.com/watch?v=ypb0-DdKA-s&t=888s

        • Slipenfer 1er Maitre Ratatouille 30 avril 2018 16:04

          @Maitre Ratatouille
          Les intelligences multiples vécues à l’école
          ---------------------------------------------------------
          Véronique Gara sest directrice
          d’école d’application et coordinatrice à l’ESPE de Créteil-
          UPEC.
          ClaudineC hevalier
          est professeur certifiée de mathématiques,
          formatricehono r aire ESPEde Créteil-UPEC.
          ----------------------------------------------------------------------

          comme le groupe scolaire des Hauldres mettent en pratique
          la théorie des intelligences multiples. Dès la maternelle, ils proposent aux enfants des
          petits coins dédiés dans la classe à chaque type d’intelligence. Le coin logico-mathématique propose des jeux de nombres, d’énigmes ou
          de logique (« embouteillages »), des cartes, des jeux de dames, etc. Le coin musical et rythmique
          propose xylophones et écouteurs, le coin visuel-spatial des puzzles… Les enfantssont libres de passer plus de temps là où ils le souhaitent,
          et les enseignants observent les affinités de chacun et les
          consignent dans un tableau récapitulatif qui leur permet de
          savoir comment leur classe est constituée : a-t-elle une dominante
          de petits mathématiciens, de poètes en herbe, d’enfants
          sociables ou introvertis ?


        • Slipenfer 1er Maitre Ratatouille 30 avril 2018 11:57
          Intelligences multiples (théorie, usages, avec tablette…)

          https://canope.ac-amiens.fr/cddpoise/blog_mediatheque/?p=15050


          • Fergus Fergus 30 avril 2018 12:55

            Bonjour, Maitre Ratatouille

            Merci pour ces liens !


          • Slipenfer 1er Maitre Ratatouille 30 avril 2018 15:46

            @Fergus

            bonjours à toi aussi et au autres (all en anglais)


          • Slipenfer 1er Maitre Ratatouille 30 avril 2018 16:27

            source :cerveau et psycho
            https://www.cerveauetpsycho.fr/sd/neurosciences/cerveau-et-psycho-68-722.php
            Selon la théorie des intelligences multiples, nous n’aurions pas une intelligence, mais huit. Celles des nombres évidemment mais aussi celle de l’espace, du social, des émotions ... Plus de 40 pages pour découvrir les travaux scientifiques qui montrent qu’il s’agit d’intelligences à part entière sur lesquelles on peut s’appuyer pour réussir. Et testez les vôtres avec nos questionnaires validés par les chercheurs...


          • Slipenfer 1er Maitre Ratatouille 30 avril 2018 15:43
            Altenative
            Ses élèves sont épanouis et savent lire à seulement 3 ans. Et pourtant, l’Éducation Nationale ne souhaite pas en entendre parler.*Ses élèves sont épanouis et savent lire à seulement 3 ans. Et pourtant, l’Éducation Nationale ne souhaite pas en entendre parler.https://www.youtube.com/watch?v=pgpN80_7Rsg&feature=youtu.be

            Céline Alvarez est une ancienne enseignante en maternelle qui a adopté une méthode très différente de celle imposée par l’Éducation. Malgré des résultats incroyables, elle a dû démissionner et compte bien mener sa révolution de l’extérieur.

            Elle n’ai pas resté longtemps au sein de l’Éducation Nationale mais faut croire qu’elle n’avait pas besoin de plus de temps. Institutrice durant 3 ans en maternelle, dans une ZEP à Gennevilliers, Céline était là pour tester une méthode pédagogique fondée sur les principes de Maria Montessori, appuyés par les neurosciences, dans le cadre d’un projet validée par l’Éducation Nationale.Tous les moyens étaient mis à sa disposition et en trois ans, ses résultats sont impressionnants. Les enfants qui ont le privilège de bénéficier de ses méthodes d’enseignement débarquent dans une classe transformée en atelier d’apprentissage. Dans le but de « stimuler leur potentiel », Céline va encourager ses élèves à utiliser les différents ateliers mis en place comme ils le souhaitent.
            Ainsi, les élèves ont l’opportunité d’apprendre de manière sensorielle et progressive, développant leur capacité d’attention lorsqu’ils s’attardent sur un atelier. Ils pouvaient apprendre à laver le linge, découvrir l’alphabet via les lettres rugueuses (jeu de cartes invitant les enfants à découvrir les lettres de façon sensorielle), se laver les mains par eux-mêmes et même faire des multiplications à quatre chiffres.

            S’ils ne comprenaient pas une chose et qu’ils souhaitaient persister, ils pouvaient demander l’aide de l’adulte. Seulement voilà, les enfants optent pour l’entraide de façon spontanée. Les familles remarquent l’évolution incroyable de leurs enfants dans leur capacité à se concentrer, à développer leur autonomie et à tisser des relations sociales apaisées. Avant d’entrer à l’école primaire, ils savent déjà lire, compter et calculer les quatre opérations… Pour conclure, ils progressent plus vite que la norme.

            Les méthodes de Céline portent leurs fruits, mais à l’été 2014, l’Éducation Nationale (qui a changé de tête entre-temps), ne souhaite pas étendre cette méthode, ni la poursuivre. Face à cet échec, Céline Alvarez démissionne et décide de mener sa révolution de l’extérieur.

            À l’Éducation Nationale, on justifie l’arrêt de ce programme spécifique par l’incapacité de le généraliser dans toutes les écoles publiques. Le contexte social est trop différent d’une école à l’autre pour pouvoir se permettre une refonte profonde du système éducatif. « Ça a marché ici, mais ça ne marchera sûrement pas ailleurs… » se dit-on.
            Depuis sa démission, l’ancienne professeure est intervenue dans quelques conférences, défendant l’idée que ses méthodes d’enseignement, basées sur l’action, la motivation et l’amour, sont plus efficaces que la méthode de l’enseignement passif.

            Soutenue par la communauté scientifique et par une partie du professorat, elle reste néanmoins critiquée, si ce n’est jalousée, par une autre partie du corps enseignant. On lui reproche notamment d’avoir bénéficié d’un cadre favorable pour mettre en pratique ses méthodes… Quoi qu’en dise, Céline Alvarez fait débat et c’est sûrement ce qu’elle recherchait pour faire avancer les préceptes d’enseignement à la française !

            Aujourd’hui, elle publie un livre intitulé « Les Lois naturelles de l’enfant » afin de démontrer que les méthodes de l’Éducation Nationale vont à l’encontre du développement cognitif naturel de l’enfant. En les enfermant dans un cadre qui privilégie le « bourrage de crâne » de connaissances, les enfants sont forcés d’apprendre, sans découvrir les choses par eux-mêmes. Et pour Céline Alvarez, l’épanouissement devrait être le mot d’ordre de l’éducation.


            • Fergus Fergus 30 avril 2018 16:14

              @ Maitre Ratatouille

              Je connais son cas, et je ne suis pas étonné de ses résultats. Le problème est que l’Education Nationale ressemble à un énorme paquebot qu’il est très difficile de manœuvrer, et que ce type de réussite suscite ici et là des jalousies dans le corps enseignant qui constituent sans doute un frein pire que l’inertie des rectorats. Cela n’empêche pas certaines écoles maternelles d’aller dans ce sens à petits pas, et cela fonctionne bien. 


            • Slipenfer 1er Maitre Ratatouille 30 avril 2018 16:21

              @Maitre Ratatouille
              --------------------------------------------------------
              analyse et critique
              Le 13 mai 2017, Laurence de Cock, à l’invitation du collectif Questions de classe(s) et de sa revue N’Autre école, de la revue du Crieur et du collectif Aggiornamento histoire-géo, présentait son enquête sur le business pédagogique de Céline Alvarez publiée dans le n° 6 de la revue du Crieur. Partie 1 : « Un succès qui pose question »
              ---------------------------------
              https://www.youtube.com/watch?v=5v1mNAjAQxQ&feature=youtu.be

              Le « business Alvarez » rencontre N’Autre école avec Laurence de Cock - Partie I

              ---------------------------------------------------------------------------------

              Le « business Alvarez » rencontre N’Autre école avec Laurence de Cock - Partie II

              https://www.youtube.com/watch?v=rL0xKChzkgU&feature=youtu.be

              Le « business Alvarez » rencontre N’Autre école avec Laurence de Cock - Partie III

              https://www.youtube.com/watch?v=0EQPIO4DoDw&feature=youtu.be


            • JC_Lavau JC_Lavau 1er mai 2018 10:56

              @Maitre Ratatouille. Alvarez illustre un principe didactique de base :

              Quand les élèves peuvent raisonner avec les mains, ils s’autonomisent et s’entraident facilement.
              Seuls les didacticiens insistent sur le besoin vital que toute tentative d’abstraction s’appuie sur des situations de référence parfaitement concrètes et expérimentables. Ce n’est qu’avec cet appui là qu’on peut faire joujou avec signifiant et signifié. Après.

              Année 1969-1970, c’était André Lichnerowicz qui avait l’oreille du prince, et dès la sixième, les maths enseignées étaient ensemblistes à tout crin. Avec des 6e en TD, je dessine dans un coin du tableau une réalisation concrète de la numération binaire : les seaux à bascule, qui dès qu’ils contiennent deux fois leur capacité de base, basculent dans le seau suivant, deux fois plus gros. Deux gamines se sont emparées du schéma, l’ont fait tourner étape par étape avec leurs mains, elles n’ont plus eu besoin de moi pour maîtriser le truc.

              Depuis, le balancier est reparti à fond à fond à fond à fond dans l’autre sens, les auteurs de manuels ont rivalisé de maths réactionnaires. Jusque « lignes trigonométriques » comme au début 19e siècle, au temps où les angles étaient non orientés et aigus, où l’on enseignait six segments trigonométriques : sécante, cosécante, tangente, cotangente, sinus et cosinus.
              Pas sûr qu’on y ait gagné...
              Euphémisme.

              On continue de me traîner dans la boue puisque je permets aux étudiants et aux élèves d’atelier de raisonner l’électromagnétisme conformément aux faits expérimentaux, et avec les mains.
              Conformément aussi à la démonstration relativiste des effets magnétiques des courants.

              Précision : avant même de travailler avec les mains, commencer par les pieds, à se déplacer selon un schéma au sol. Parce qu’à 22 ans, la veille du bac pro, s’emmêler sur le périmètre d’un rectangle, c’est trop...

            •  C BARRATIER C BARRATIER 30 avril 2018 19:48

              Je suis d’accord. C’est le bon sens qui, devant les reformes incessantes permet aux enseignants de limiter les dégats. Blanquer essaie de revenir aux fondamentaux, mais sans doute ne peut il pas revenir au principal FONDAMENTAL : le temps. Un enfant à l’école primaire est saturé apres 4 h de cours dans la journée, on lui en inflige 6. C’est terrible comme sont terribles les heures matinales ou les soirs passés en garderie à l’ecole, l’enfant devrait être avec une aide à domicile, ne pas se lever si tôt, se coucher tôt...Hélas

              Voici mon point de vue critique sur la reforme BLANQUER

              il lui faut aussi organiser l’évaluation de la mise en oeuvre de ses sugestions par les innombrables inspecteurs qui aujourd’hui passent plus de temps à suivre et accompagner l’avancement des enseignants qu’à s’occuper des élèves.
              Ils doivent venir sans prévenir, car actuellement ils annoncent leur inspection, on leur prépare un beau cinéma.

              Mais le problème de la réforme BLANQUER déjà en marche ne porte pas sur l’essentiel, de mon point de vue d’homme d’expérience

              Ecole,projets reforme Blanquer examen critique

              http://chessy2008.free.fr/news/news.php?id=296


              • Fergus Fergus 30 avril 2018 20:41

                Bonsoir, C BARRATIER

                Merci pour vos observations.

                Réduire le temps passé à l’école engendrerait malheureusement des difficultés pour de nombreux parents. Mais vous avez raison, le temps d’attention n’est pas extensible, et c’est pourquoi une partie de ce temps d’école est consacré à des activités d’éveil de nature ludique.

                Revoir les évaluations est effectivement une mesure de... bon sens. Je ne sais pas si le système actuel relève d’une comédie dont tous les acteurs connaissent leur rôle, mais ce que je sais c’est que lesdites inspections ne reviennent en moyenne que tous les 5 à 6 ans, ce qui est insuffisant.


              • Slipenfer 1er Maitre Ratatouille 30 avril 2018 22:16

                @Fergus
                ----------------

                bon j’ai des nouvelles d’Alinéa ;elle pas malade ,un gros coup de raz de bol
                sa réponse.
                ------------------------------
                vous m’allez droit au cœur, merci à tous les deux ; j’espère que vous allez bien aussi, mais c’est trop déshumanisé maintenant pour moi tout ça.


              • Aita Pea Pea Aita Pea Pea 30 avril 2018 22:31

                @Maitre Ratatouille

                Bises à Alinéa. Qu’elle revienne. Je la comprend mais sa présence me manque ici .


              • Fergus Fergus 30 avril 2018 23:10

                Bonsoir, Maitre Ratatouille

                Un grand merci pour ces nouvelles d’Alinéa.

                Comme Aita pea pea, je pense sincèrement qu’elle manque à AgoraVox. J’espère qu’elle surmontera ce coup de déprime et reviendra échanger sur le site avec la sincérité qui la caractérise. A l’auvergnate, je lui adresse trois gros poutous !


              • Jean Keim Jean Keim 1er mai 2018 08:49

                Ce qui ferait un bon enseignement serait donc non pas la méthode (ou plus exactement pas que) mais les qualités de l’enseignant.

                Seulement je me méfie du bons sens quand il s’appuie sur des convictions, je crois que ce que nous devrons apprendre toute notre vie et pas seulement à l’école est « apprendre à apprendre » et aussi curieux que cela puisse paraître, nous devons pour cela apprendre à désapprende ; par exemple en mathématique là résolutions des équations du deuxième degré (en x^2) peut se faire en apprenant les formules par cœur, mais il est préférable de comprendre le raisonnement qui même à la solution, seulement quand le prof de math fait sa démo lui aussi par cœur sans se soucier de savoir si tout le monde suit, alors il a oublié de désapprendre, chaque fois qu’il refait sa démo, il doit la développer au tableau comme si c’était la première fois... et faire participer ses élèves, en fait comme dans la majorité des problèmes humains, il s’agit de prendre conscience des mécanismes de la pensée et de ses aspects routiniers.

                • Fergus Fergus 1er mai 2018 09:43

                  Bonjour, Jean Keim

                  Entre les méthodes, l’expérience, et le bon sens qui consiste, à mes yeux, à faire la part des deux pour adapter au mieux son enseignement au public concerné, il appartient à chacun de trouver sa voie.

                  Pour ce qui est de la compréhension des processus de raisonnement, vous avez entièrement raison. Et cette démarche va devenir de plus en plus nécessaire dans une société qui s’appuie de toujours plus sur la technologie et l’intelligence artificielle. Ceux qui utilisent des robots ou des logiciels devront impérativement connaître la logique de leur programmation, ne serait-ce que pour déceler d’éventuels dysfonctionnements pouvant être à l’origine de résultats faussés (par exemple en ingénierie ou en médecine) potentiellement porteurs de dangers.


                • Jean Keim Jean Keim 1er mai 2018 17:59

                  @Self con troll

                  Bien entendu un prof a des prérequis qu’il ne peut effacer d’un coup de brosse...
                  Avant de réapprendre, il FAUT désapprendre, dit autrement, devant le tableau ou face aux élèves il faut faire comme si tous ensemble on était en terrain inconnu, la progression et la découverte doivent être collectives sinon le cours est un exposé avec le sachant perché sur son piédestal (l’estrade) et en bas les ignorants qui captent ce qu’ils peuvent.
                  Des élèves non motivés ne sont peut-être notamment pas dans le bon cours.

                • Ruut Ruut 2 mai 2018 10:25

                  Sur 4 enfants 4 sont différents et apprennent différemment.
                  Ils ont tous des sensibilités et des accroches différentes.
                  L’instruction commence toujours par connaître son élève pour parler son langage et luis permettre d’évoluer et de comprendre les notions que nous voulons luis inculquer.
                  Attention l’enfant croie comprendre car il confond la compréhension des instructions avec la compréhension de la logique.
                  Lorsque sa logique est bonne ses notes suives.
                  Si les notes sont mauvaises, c’est simplement que la logique lui échappe et que l’enseignement qu’il reçois est inadapté a ses besoins et a sa propre logique.

                  Les bon pédagogues sont rares mais ils sont vitaux pour nos enfants.


                  • Fergus Fergus 2 mai 2018 11:19

                    Bonjour, Ruut

                    Je partage très largement ces observations.

                    A la qualité de la pédagogie exercée par chaque enseignant, j’ajoute toutefois le charisme. Les meilleurs profs sont à mes yeux ceux qui peuvent allier ces deux composantes de leur personnalité d’enseignant.


                  • Ruut Ruut 2 mai 2018 15:15

                    @Fergus
                    En effet un enseignant en plus d’être instruit doit être pédagogue.
                    C’est ce qui pèche dans les études après le Bac.
                    Des chercheurs certes compétents mais non pédagogues. C’est une des grosses faiblesses de nos IUT.


                  • eric 3 mai 2018 19:40

                    Bonjour, je ne pourrai malheureusement pas répondre à votre réponse sur l’exit taxe ; Signalé pour manquement à la charte, je n’ai plus le droit d’y intervenir.... Mais bon des symboles qui rapporte 1§ millions d’euro, mais mettent des tas de fonctionnaires sur les dents, vu la technicité de cet impôt, c’est juste débile...


                    • Fergus Fergus 3 mai 2018 20:12

                      Bonsoir, eric

                      « Signalé pour manquement à la charte, je n’ai plus le droit d’y intervenir »

                      Ce type de pratique est insupportable. J’en suis sincèrement désolé pour vous.

                      Pour ce qui est de la suppression de l’Exit Tax, je n’en connais pas suffisamment les arcanes pour débattre du bien-fondé ou pas de cette mesure. Mais je persiste à penser que le moment choisi pose question.

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