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Du clone de l’Homme

Les techniques de clonage et les questions que ce sujet suscite dans la société civile ont pour origine la brebis Dolly, la première réussite largement diffusée auprès du public. Dolly a eu le mérite de faire connaître au plus grand nombre ce qu’était effectivement le clonage reproductif.

Venons en maintenant aux coups médiatiques que firent, en leurs temps, Raël et le professeur Antinori. Le premier, gourou messianique extraterrestre, ne voit dans le clonage qu’un accomplissement de ses enseignements ; le second, après avoir permis à une femme ménopausée d’être enceinte suite à un traitement hormonal, un nouveau moyen de procréation.

Dernier rebondissement en date : le scandale, en Corée, autour des travaux du professeur Hwang, accusé d’avoir trafiqué les résultats de ses expériences sur les cellules souches et le clonage thérapeutique.

Parallèlement à ces évènements, tous les pays du monde tentent de border le champ de ces recherches afin d’éviter certains débordements... le tout, sous diverses pressions morales, sociales ou religieuses.

Que ressort-il de l’analyse de ces trois évènements parmi, sûrement, tant d’autres ?

Tout d’abord, une frénésie. Beaucoup de monde cherche, publie, déclame sur le clonage. Tous les intéressés parlent du bien que l’homme pourra en tirer, principalement, expliquent-ils, avec la compréhension et la maîtrise du fonctionnement des cellules souches ; en cas de besoin d’un greffon, on pourra faire se développer des organes 100 % compatibles avec le malade. Ces organes auront été « cultivés » à partir du potentiel "universel" des cellules souches. En effet, chacune de ces cellules a la capacité de se développer en tout ou parties du donneur/malade. Le malade devient son propre donneur. Au médecin de décider en temps voulu et selon telle ou telle stimulation hormonale la direction à faire prendre à l’organisme en voie de développement : peau, foie, rein, coeur... L’intérêt éthique des recherches sur les cellules souches et leur potentiel universel est d’éviter de passer par le clonage d’un individu entier, même à l’état embryonnaire, pour créer un organe de rechange.

Et pourtant, peu de ceux qui s’expriment sur le sujet du clonage thérapeutique parlent des enjeux financiers qui se cachent derrière ces grands élans de l’âme. Que l’on parle de brevets... et l’on en parlera, dès qu’il sera question de l’application au plus grand nombre de telle ou telle technique de clonage thérapeutique ou non.

Que l’on parle de retour sur investissement... et l’on en parlera, car combien de chercheurs ont ou auront un jour une clinique où ils appliqueront les techniques mises au point dans leurs laboratoires. Leurs recherches n’ayant pas bénéficié seulement de fonds publics ou philanthropiques, leurs cliniques deviendront un moyen de rétribution des investisseurs privés.

Que l’on parle de causes justes, universelles et bienfaitrices... Monsieur Claude Vorilhon, alias Raël, a besoin de la participation bénévole et financière de ses membres pour financer, lui aussi ses recherches qui doivent aboutir, selon ses espérances au retour de l’humanité auprès des Elohims. Or, c’est grâce à Raël et sa secte que l’on discerne le mieux les risques non encore appréhendés ou non dits, que ce soit par inadvertance ou omission maladroite ou calculée.

L’avantage que nous offre Raël est que son illumination lui fait dire des choses que personne d’autre n’oserait dire. Ainsi, en 2002, avec la complicité et par l’intermédiaire de la biologiste Brigitte Boisselier, présidente de Clonaid, entreprise de recherche appartenant à la secte de Raël, il a annoncé que ses chercheurs avaient réussi à créer un embryon issu d’un clonage. Cet embryon avait été implanté dans une mère porteuse. La grossesse s’était bien déroulée. Nous, le monde extérieur, n’avions plus qu’à attendre le faire-part officialisant l’heureux évènement auquel la secte ne manquerait pas de nous faire participer. Ce faire-part prenant la forme d’une analyse génétique prouvant la conception par voie de clonage d’Ève, ainsi ayant été prénommée la première clone raëlienne de l’Humanité ! On l’attend toujours, ce faire-part. (Depuis cette date, Clonaid et la secte revendique une douzaine de bébés clonés.).

À cette époque, on a beaucoup glosé sur la véracité de ces déclarations fracassantes... Quelles étaient les capacités des laboratoires raëliens ? Où en était-on vraiment dans les laboratoires indépendants ou gouvernementaux ? Est-ce que tout ceci ne serait pas qu’un coup de publicité ? Quels étaient les profits que Raël pouvait tirer de l’affaire ?

Mais personne, ou peu de gens, ont réagi aux propos tenus par le dit Raël.
Au plus fort de l’éclairage médiatique dont il a bénéficié, il avoua que tout cela n’avait été mis en œuvre qu’à des fins d’immortalité. En effet, il envisageait de se faire cloner pour en définitive transférer son esprit dans son clone, le jour où son corps ne pourrait plus vivre. L’opération réussie une fois, pourrait être répété à l’infini... Cette éternité retrouvée prouvant la naissance de l’humanité des mains de Elohims, extraterrestres et cloneurs originels de l’homme.

Toute abracadabrante que soit cette déclaration, elle a le mérite d’amener quelques réflexions, elles, sensées :

Les médias de grande écoute se sont permis, à l’époque, de diffuser n’importe quel propos sans discernement ni la moindre réserve. Personne n’a réagi en tout cas à l’époque. Et ce n’est pas l’intervention d’un éventuel médiateur, quelques jours plus tard, qui changera quelque chose à l’impact provoqué dans le public.

Ces paroles passent ainsi de l’état de bêtise à celui d’information. Et ces idées s’insinuent dans l’esprit des gens... Quand on tient une fois de tels propos sans provoquer de réactions, on les dira deux puis trois fois... et un jour, d’autres reprendront vos paroles.

De fil en aiguille, on en vient à se demander pourquoi le législateur passe autant de temps sur un tel sujet, et pourquoi dépense-t-il autant d’énergie... J’en passe et des meilleures...

Le plus troublant, c’est d’assister à tout cet enchaînement d’évènements, en ayant omis de poser la seule question qui importe : Qu’est-ce qu’un clone, qui est-il ?

Car ne nous leurrons pas, que ce soit en Occident ou ailleurs sur la planète, on a cloné, on clone et l’on clonera des individus entiers en dépit des lois interdisant cette pratique ! Les recherches sur les cellules souches sont un beau miroir aux alouettes destiné à rassurer l’opinion publique.
On en parle beaucoup de ces cellules souches. Les recherches, et ce qui pourra en découler, semble fort prometteur pour le futur de la santé publique et individuelle. Mais qu’est-ce qui empêchera un patient ou client de demander un clone d’un proche ou de lui-même, à l’image de ce que l’on commence à proposer pour les animaux domestiques. Quelle clinique privée, quel médecin refusera les ponts en or qu’on leur fera ?

Divers arguments vont dans le sens du passage à l’acte, à échéance plus ou moins brève. D’une part, il y a les sommes dépensées par ces riches voyageurs pour un ou deux tours de la Terre, en apesanteur. De l’ordre de 200 000 dollars pour un billet aller-retour. On nous dit que bientôt les prix baisseront, mais ces mêmes prix resteront tout de même de l’ordre de 30 à 50 000 dollars. Imaginez le "bizness" ! Surtout quand des magasines internationaux comme Forbes ou Fortune, avec leurs palmarès annuels des fortunes mondiales, ne font que montrer l’augmentation du nombre de ces millionnaires et ce à l’échelle planétaire.

D’autre part, vous avez les tabous brisés par les oeuvres d’un docteur Antinori et sa parturiente sexagénaire ; la nature peut être pliée selon la volonté de l’homme. Celui-ci s’affranchit, enfin, de cette nature !

De même, vous avez les tabous brisés par les propos tenus par Raël dans les tribunes libres qui lui sont régulièrement offertes où il peut à loisir prêcher (Comble du cynisme, l’opération Clonaid 2002 a été évaluée, par Raël lui-même, à l’équivalent d’une campagne publicitaire de près de deux millions de dollars...). Et enfin vous avez, dans un domaine plus proche de celui qui nous intéresse, le cas des enfants médicaments.

Quelques rappels
Ces dernières années ont vu la naissance d’un certain nombre de bébés conçus pour devenir donneurs compatibles avec un frère ou une soeur aînés, atteints d’une maladie incurable. Le principe est simple. On prélève plusieurs ovules sur la maman du petit malade que l’on féconde avec le sperme du papa. On attend quelques jours pour avoir un œuf suffisamment gros (un nombre de cellules minimums est requis pour permettre les analyses fiables), et l’on vérifie la compatibilité génétique de ces oeufs avec le petit receveur. On implantera dans l’utérus de la maman les deux ou trois œufs offrants le plus de chance de donner un individu apte être accepte comme donneur d’organe par le petit malade condamné à mort si rien n’est tenté (à ce jour, cette procédure ne concerne que des cas de greffes de moelle osseuse)...
Drame de famille. Douleur. Injustice face à la maladie et la mort de l’enfant. Deuil...

Mais l’enfant conçu dans ces conditions, que doit-on lui dire de sa conception intime ? Que doit-on lui dire du désir qu’avaient ses parents de l’accueillir dans leur foyer, au moment de cette conception ? Et, que doit-il penser de l’instrumentalisation dont il a fait l’objet, comme banque d’organes ? Mille réponses bien pensantes peuvent êtres apportées à ces questions. Mais combleront-elles les vides laissés dans le cœur des individus concernés ?

Ces mêmes questions éclairent d’un jour nouveau le cas de notre possible clone humain.

Autant, il ne viendrait à l’idée de personne de faire sortir du champ d’influence des droits de l’homme l’enfant médicament... Autant Raël et ses propos odieux et l’absence de réactions des milieux officiels, les sommes prêtes à être dépensées par certains pour une passion particulière et les enfants médicaments... Tous ces évènements cités et cette instrumentalisation rampante du corps de l’homme tendent à semer le doute quant à la pleine humanité du clone.

Le clonage thérapeutique et les travaux sur les cellules souches sont un fabuleux espoir pour l’avenir de l’humanité. Mais il n’en reste pas moins que sous des devants acceptables, les découvertes et les protocoles mis au point sont autant de marches prêtes à être parcourues par celui qui décidera de procéder au clonage d’un individu.

Dans la procréation hétérozygote, l’apport des patrimoines génétiques des deux parents intervient également comme garde-fou à une appropriation excessive d’un des deux parents dudit enfant. Et malgré cela, les exemples de ces parents développant des sentiments de possession très fort à l’égard de leur enfant ne manquent pas. Ces travers allant jusqu’à des comportements que l’on attendrait dirigés seulement vers des objets.

Imaginez celui qui, par facilité financière et contre la loi établie, imaginez ce qu’il pourrait développer comme sentiment à l’égard de son clone...
Imaginez l’horreur de celui qui n’envisagerait son clone que comme une banque d’organes, dans laquelle on pourrait puiser à volonté ? Que sais-je d’autre ? Et ce n’est pas Raël qui me contredira, puisque lui le dit clairement : il veut se cloner à des fins d’immortalité. Il ne s’embête pas avec la liberté du clone. Le clone appartient à l’original !

Alors, en préambule de tout travail législatif qui pourrait être proposé à telle ou telle assemblée, ne faut-il pas tout simplement, avant même d’interdire le clonage reproductif, reconnaître la pleine humanité d’un individu conçu par voix de clonage, donc par conception « unizygote ».

Mieux encore, pourquoi ne pas inclure dans la Déclaration universelle des droits de l’homme la protection pour tout individu humain, sans regard sur les moyens et technique ayant présidés à sa conception ?


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11 réactions à cet article    


  • aurelien 31 juillet 2007 18:30

    Il est impossible de cloner un esprit...


    • FuturHebdo FuturHebdo 31 juillet 2007 19:02

      C’est une évidence... Mais Raël joue sur l’ambiguité d’un éventuel futur où cela serait possible... d’autant plus que le grand public est friand de ce genre d’imprécisions...


    • Céline Ertalif Céline Ertalif 31 juillet 2007 22:50

      @ Aurélien

      C’est pourtant ce que s’épuise à entreprendre la propagande depuis la nuit la plus profonde de notre histoire.


    • Céline Ertalif Céline Ertalif 31 juillet 2007 22:55

      Raël en montrant sa folie parle aussi de la nôtre, notamment dans ce délire de refoulement de la mort.

      Il me semble que les réels dangers viendront plutôt des pragmatiques : pourquoi pas des prolétaires contrôlés par la génétique ?


    • herbe herbe 31 juillet 2007 23:12

      les clones « naturels » sont les « vrais jumeaux ». Avoir le même patrimoine génétique ce n’est pas être identique . Sans compter le problème des mécanismes épigénétiques.

      si il y a des spécialistes pour développer (et/ou pour corriger)...


    • Lovyves 1er août 2007 15:17

      Bonjour Aurélien Tu dis : « il est impossible de cloner un esprit ». Ce que l’on ne sait faire n’est pas obligatoirement impossible. Et même plus, tout ce que l’on pense, sera fait un jour. Exemple : aller sur la lune. C’était utopique, ridicule il y a 50ans et plus. Et, scientifiquement parlant, nos pensées sont les stimuli des neurones de notre cerveau, donc ... de la matière !!! Le « monde éthérique » est ailleurs, pas dans le cerveau humain. cordialement


    • aurelien 2 août 2007 12:27

      0Lovyless, si la pensée est matérielle et conditionnée en partie par le cerveau et par des caractéristiques biologiques, l’esprit quant à lui échappe à toute tentative de définition de ce type, qu’elle soit objective, scientifique, que subjective, mystique, spirituelle ou autre.

      @Céline,

      Oui une autre part du conditionnement des cerveaux, et non des moindres, s’effectue aussi par l’éducation, la propagande, le matraquage informationnel, idéologique...etc, de manière intentionnelle ou non réfléchie.


    • aurelien 2 août 2007 12:32

      Pardon, j’ai déformé votre identifiant : « Lovyves » : poésie ou doublepensée ?


    • finael finael 1er août 2007 12:44

      Sur le clônage humain pour atteindre une forme d’immortalité par prélèvements d’organes voir le film The Island de Michael Bay, avec Ewan Mc Gregor.


      • aquad69 1er août 2007 14:05

        Bonjour Futurhebdo,

        ...et voilà ! Le retour de l’esclavage...

        Cad d’un statut d’humain « propriété » d’un autre ; car, ne vous y trompez pas, le clone sera aussi humain que le premier, doué d’intelligence et de conscience.

        D’ailleurs il est trompeur de parler d’« original » à propos de l’individu que l’on a prélevé : il ne s’agit pas d’« enrégistrement » ou de duplication, mais d’un nouvel individu à part entière.

        Si vous ne l’avez pas encore lu, je vous conseille l’excellent roman « Reproduction interdite », de Mr Truong (je ne me rappelle plus son prénom), qui a déjà quelques années, mais qui est plus actuel que jamais.

        Quand on voit que les grandes compagnies fruitières américaines ont eu les moyens de s’acheter des pays entiers en Amérique du Sud, comment pouvez-vous imaginer que vous pourrez, avec vos pauvres lois, réussir à endiguer le développement industriel et à grande échelle du clonage humain, et sous des formes encore inimaginables aujourd’hui dès que ce sera techniquement possible et économiquement rentable ?

        Chimères, mutants, hybrides bio-éléctroniques et nano-bioniques, etc...

        Il va devenir intéressant, le Monde de demain : l’humain réel et naturel y sera de plus en plus étranger et pourchassé, à l’image de ce qui se passe déjà chez nous avec ceux que l’on nomme des immigrés clandestins, qui essayent désespérément de suivre les richesses de leur pays captées par nos économies, et qui sont recherchés et enfermés comme des animaux, enfants et adultes, parce qu’ils n’ont pas la chance de posséder une immatriculation administrative française.

        Car aujourd’hui, ce n’est pas la simple nature d’être humain qui donne le droit à l’existence, mais le statut, la caste d’être immatriculé.

        Imaginez des populations entières de clones non pourvus d’immatriculations, d’identités administratives, ils n’auraient pas qualité d’êtres humains et on pourrait en faire ce que l’on voudrait...

        Allons, allons, quel âge avez-vous ? La cinquantaine ou plus ? Vous êtes de la classe des possédants, alors ; celà ne vous tenterait pas, une jolie petite clonette de vingt ans, votre propriété absolue pour tous usages, achetée à crédit, et sur qui vous auriez le droit de vie et de mort ?

        Et vous, Mesdames, que diriez-vous du jeune sosie de tel ou tel acteur ou star, le cavalier idéal pour vos sorties, et totalement dévoué à vos plaisirs ?

        Il n’y a rien de plus relatif que la morale...

        Cordialement Thierry


        • JL JL 7 août 2007 10:27

          bonjour, j’arrive un peu tard sur ce fil. Je suis d’accord avec cet article et les commentaires positifs. Il y a cependant un ou deux éléments qui n’apparaissent pas et que je voudrais souligner.

          Tout d’abord, si j’ai bien compris, il y aurait trois problèmes : le clonage thérapeutique (clonage d’organes ?), les ’enfants médicaments’, et le clonage reproductif.

          Concernant les ’enfants médicaments’, il est toujours avancé par ses promoteurs qu’il s’agit de soigner un frère (ou une sœur). Mais peut-on envisager qu’un enfant soit conçu pour soigner son parent ?

          Par ailleurs, si l’on ne peut rejeter le clonage thérapeutique, il faut remarquer qu’il est en quelque sorte le moteur des autres types de clonage.

          Enfin, sur le clonage reproductif (les rêves d’immortalité), il me semble avoir lu, mais je ne suis pas de la partie, que les clones auraient le même age biologique que l’original (!). Ce qui voudrait dire qu’à la naissance, ils seraient déjà ’vieux’ de l’age de leur modèle. En d’autres termes, si un clone coçu depuis un individu de 70 ans n’aurait qu’un espérance de vie biologique de 50 ans du fait qu’il y aurait un horizon indépassable de 120 ans (laps de temps au bout duquel survient inéluctablement la mort cellulaire).

          Cette question de la mort cellulaire concerne-t-elle les végétaux ? Quid des OGM ? Il me semble qu’il y a là des problèmes qui sont peut-être des arbres qui cachent des forêts.

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