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Du désordre-ordre humain à la guerre Ukraine-Russie

 Une croyance humaine, nos pensées sont-elles qui définissent notre conscience ; quant au champ de notre conscience, il est notre existence. Et, par existence, il faut entendre tout de ce que nous sommes depuis que « l'on a été réalisé ».

L'être humain ne sait pas ce qu'il est en réalité, ou plus simplement croit qu'il sait ce qu’il est, et heureusement que la pensée dont il ait fait tout pour qu'il sait.

Qu’un être qui pense que ce sont ses pensées qui occupent sa conscience ; en fait ce n'est pas lui qui l'affirme mais sa pensée qui indépendamment de lui l'affirme, et lui fait croire que c'est lui dans son inconscient. Et qu’en est-il de son conscient et inconscient ? Encore deux instances ou deux stratagèmes pour la pensée de lui parler, de l’éclairer qu’il est lui, qu’il est dans le vrai ; et c’est nécessaire, sans ces instances, l’être humain se perd entre conscient et inconscient ; une frontière qui limite bien le champ de sa conscience, bien que dépendant aussi de son inconscient.

Cette situation pensante de l’être humain n’est ni positive ni négative ; tous les êtres humains sont ainsi constitués ; comme aussi dans nos croyances qui dépendent de notre conscience, en fait du champ de nos pensées depuis que nous avons appris vraiment à penser, et ces pensées qui se sont retenues en nous sans même que nous eussions fait vraiment un effort ; ces pensées se sont gravées dans ce que nous appelons notre mémoire, encore une instance créée pour nous par notre pensée, dans l’absolu humain. L’Absolu par où vient la pensée humaine n’est pas à la portée de l’homme ; si l’homme pense sa pensée, c’est parce qu’elle lui permet d’être et de témoigner de l’étant qui est le monde, le vivant et non-vivant, l’univers sans frontières.

Est-ce suffisant d’être ? Tout être humain se dit qu’il a un soi et un moi ; et ces deux instances sont nous ; mais dans la réalité de notre être, dans nos pensée, qu’est-ce qui différencie notre moi du notre soi ? En réalité très peu ; le moi est celui qui vient en premier et nous affirme ; le soi est derrière plus complexe ; mais au fond ils se ressemblent, le soi fait le moi et inversement. Cependant, dans les difficultés, le moi se différencie du soi ; le moi peut être coupable d’une action qui peut ne pas être morale, voire même condamnable par soi, par la prise de conscience qu’elle n’était pas juste, qu’elle n’était pas intègre.

Tout humain être a vécu cette situation non pas une mais nombre de fois. Et c’est là où entre sa conscience de son être, en lui se joue un tribunal intérieur où le moi se trouve jugé par sa pensée ; en fait la pensée juge son action qui était aussi sa pensée antérieure ; en clair la pensée juge la pensée.

Précisément là entre cette instance que l’on a appelé le soi et l’on a confondu avec le moi ; non elles ne se confondent pas ; elles s’auto-conditionnent dans leur complémentarité. A tout acte provoqué par un désordre du moi, intervient le soi ; l’être humain cherche à s'extraire de son moi pour aller vers son soi ; et par le jugement qui sera rendu par le soi et peu importe ce qui en ressortira (remord, volonté de réparation, autopunition, etc.), l’être verra en fait que son moi n’est pas son soi, son soi n’a fait que prendre les habits de son moi.

Et il n'y a rien de complexe dans cette vision si ce n'est la « raison » même qui l'affirme ; car la raison est ce par quoi nous sommes, dotés de pensées raisonnables et comprenons nos existences…

Par exemple si c'est blanc c'est blanc si c'est noir c'est noir ; mais ce blanc et noir comme toute dialectique des contraires qui régissent l’humain ne sont que ce que la Raison Universelle par laquelle elle façonne l'humain, comme d'ailleurs par ce qui est de plus élevé en elle, la pensée qu'elle sécrète en l'humain.

Dans une vidéo sur l'entretien avec le philosophe J. Krishnamurti qu’un commentateur m’a adressé (1) et qui débatte sur la liberté de l’esprit, tout ce qui est dit sur l'esprit, la sécurité, la peur, l'attention, l'inattention, le plaisir, le besoin d'être aimé, et les intervenants ont raison de le dire, en particulier de l'énoncer qu'il y a une confusion dans le moi et le soi, comme dans l'ordre et désordre. 

L'être humain n'arrive à exister que par le désordre ; c'est le désordre qui lui régit l'ordre ; c'est la peur qui lui donne la sécurité ; c'est le désamour, l'angoisse de soi, la peur de l’autre, de l'isolement qui le pousse à aimer son prochain ; ou la femme qui pousse l'homme à fusionner avec elle ; ce sont des sentiments naturels qui ne se commandent et font parties de l’existence. Mais l’être est doté de pensée et de la raison qui fait partie de la pensée. Il raisonne par la pensée, et c’est par elle qu’il arrive à s'extirper du désordre, encore faut-il que la pensée le permette. Ce qui explique pourquoi chaque humain a son propre désordre et les moyens intérieurs pour y remettre de l’ordre. Sans compter aussi la trajectoire de son existence que l’on appelle la destinée dont relève son devenir. L’être humain est un sujet complexe.

Et ce qui s'applique à l’être humain s’applique aux peuples. Prenons l’exemple de la guerre en Ukraine. Les belligérants côté russe ou côté ukrainien et leurs alliés, sont-ils eux par leurs désaccords qui ont provoqué la guerre ? La Russie a-t-elle, par sa décision, préparé en massant des milliers de troupes l'invasion de l'Ukraine ? 

Evidemment, par les faits, c'est bien la Russie qui envahi l'Ukraine. Mais, il reste que les décideurs russes jusqu'à Poutine n'ont fait qu'exécuter le "soi du monde" qui était devenu ainsi. Le "soi du monde" c'est toute la situation du monde, de l'Occident lui-même, de l'Ukraine à la Russie, la Chine et autre. En clair, l'angoisse, la peur de part et d'autre, le désordre nécessaire pour avancer le monde avait besoin d'ordre et passer par la guerre.

Un peu comme un être humain en contact d'une angoisse terrible provoquée par un désordre social ou familial passe par une rupture quelle qu'elle soit, vécue très durement, mais nécessaire parce que cet être doit passer par cette étape pour recouvrer de nouveau l'ordre, qui pourrait être meilleur, ou à défaut d'être libéré de ce poids qui risquait de le détruire. Et peu importe les conséquences qui en découleraient.

De la même manière, la guerre en Ukraine, les forces russes à l’Est et au Sud de l’Ukraine, les alliés occidentaux qui ne cessent de soutenir l’Ukraine, et l’Ukraine qui ne cesse de revendiquer les territoires des populations pro-russes, entrent dans un processus de désordre tout à fait naturel. Le désordre de la guerre en Ukraine est avant tout un désordre humain. Les belligérants engagés et donc la Russie et l’Ukraine et ceux qui se considèrent non belligérants mais engagés dans la guerre ne savent pas qu’en fait qu’ils sont tous mus par leur « moi » dans la guerre. La « raison » non pas qu’elle est absente dans leurs moi mais les poussent à la guerre. Chaque partie trouve sa raison dans les intérêts qu’elle pense retirer de la guerre.

Sauf que la guerre montre par elle-même compte tenu des forces en présence qu’il est illusoire pour ceux qui poussent l’Ukraine à faire la guerre à leur place qu’ils croient qu’elle pourrait gagner, et remporter une victoire sur la Russie. Peut-on raisonnablement penser qu’un pays comme l’Ukraine certes un grand pays d’Europe divisé ethniquement et ancienne partie de l’ex-URSS remporter la guerre contre une grande puissance nucléaire.

Si elle n’était pas une grande puissance nucléaire, la Russie n’aurait même provoqué l’invasion du fait que toutes les armées européennes seraient en renfort avec l’armée ukrainienne. Et ce n’est pas le cas. Donc l’illusion dans la pensée des alliés comme dans le pouvoir ukrainien fait vivre et pousse à prolonger le désordre alors que la situation est catastrophique. La guerre continue en Ukraine, et on ne sait pas quand elle se terminera. Mais une chose est certaine, elle se terminera qu’elle durera un an ou deux comme beaucoup le laissent penser, ceux qui s’énervent pourquoi l’Ukraine ne fait pas assez, et l’Ukraine qui répond qu’elle n’a pas assez d’armements.

Il est évident qu’il y a une « Raison » au-dessus de la raison des hommes ; et cette illusion qui fait vivre vient de la nécessité du désordre qui fait avancer le monde ; sans désordre il n’y a pas de réelle existence pour les hommes ; l’humanité est ce que sont tous les hommes avec les milliards de consciences ; comme il existe des consciences qui veulent régenter le monde. Toutes les souffrances d’hier, d’aujourd’hui et à venir participent à l’ordre à venir ; un ordre qui va certainement rompre avec l’ordre-désordre d’aujourd’hui ; les humains ne savent pas qu’ils sont seulement humains et ne commandent pas leur devenir.

Il est certain qu’à la fin de la guerre, tous les belligérants qui ont souffert dans leurs corps auront, d’une manière ou d'une autre, la part de leur victoire. Ukrainiens qui assainiront leur pays comme la Russie qui assainira ce pour quoi elle a fait la guerre. Il est certain aussi que les alliés auront ce pourquoi ils ont contribué mais uniquement ce pourquoi ils ont contribué du fait qu’à travers eux aussi la « Raison » du monde s’est réalisé. Reste à savoir comment sera mis fin à ce désordre ; le désordre s’étendra-t-il aux non-belligérants qui n’ont fait qu’aider à la guerre.

Que resurgira-t-il de ce désordre qui risque d’être plus qu’un désordre ? Que sera le nouvel ordre du monde puisque, inéluctablement, après le désordre et donc la guerre, l’ordre et donc la paix ? Ce sera comme cet être humain, au contact d'une angoisse terrible provoquée par un désordre extrême qui va changer complètement sa vie ; il vivra ce désordre qui couvait et qu’il n’a pas pensé qu’il arrivera, et loin de se douter, il éclatera ce désordre comme un séisme de force 8 ou 9 ; un désordre qui allait l’emporter, mais il a survécu,

Cette rupture quelle qu'elle soit qu’il a vécue très durement, et elle était un passage obligé, nécessaire parce que cet être devait passer par cette étape ; elle était inscrite dans sa destinée. Pareillement pour le désordre russo-ukrainien qui en fait est mondial. L’ordre à venir est déjà inscrit dans le désordre même du monde aujourd’hui sauf que les puissances ne savent pas que toutes activent aujourd’hui au nouvel ordre du monde. 

Et ce qui découlera est certainement bénéfique à l’ensemble des pays du monde ; ce sera le tribut de la guerre ; les sacrifices n’auront pas été vains. Tel est le sens du désordre et de l’ordre dans l’humain, dans les peuples que nous sommes ; sans cette dualité désordre-ordre, selon le degré du mal, et le bien qui survient, il n’y a pas d’existence pour l’homme.

 

Medjdoub Hamed
Auteur et chercheur spécialisé en Economie mondiale,
relations internationales et Prospective

Note :

1. De l’essence existentielle de l’humain sur Terre – L’esprit du monde dans le
devenir de l’homme
https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/de-l-essence-existentielle-de-l-242220


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7 réactions à cet article    


  • roman_garev 20 juin 17:51

    Juste ce qu’on peut appeler un flux de conscience incontrôlé.

    Ce qu’il faut pour passer la modé.


    • Claude Courty Claude Courty 21 juin 06:36

      Dominé par ses peurs, son angoisse existentielle et sa vanité, l’être humain vit dans le déni de réalité plutôt que d’admettre sa condition et d’en tirer les conséquences, guidé en cela par des pouvoirs moins soucieux du bien-être de ceux sur qui ils se fondent et prospèrent, ici et maintenant, que de leur bien-être.

      https://pyramidologiesociale.blogspot.com/2015/03/schema-sans-commentaire.html

      https://pyramidologiesociale.blogspot.com/2020/10/le-syndrome-de-lautruche.html

      https://pyramidologiesociale.blogspot.com/2022/04/condition-humaine-demographie-pauvrete.html?zx=6d3b7f05942ed596


      • Francis, agnotologue Francis, agnotologue 21 juin 08:54

        On ne comprendra rien à rien si l’on ne comprend pas que notre compréhension est une adéquation à nos intentions.

         

        Ce qu’il convient d’améliorer ce n’est pas notre compréhension mais nos intentions, autrement dit nos valeurs.


        • Claude Courty Claude Courty 23 juin 03:39

          @Francis, agnotologue

          Nos valeurs nous sont-elles imposées par autre chose que par la compréhension de ce que nous sommes, pour autant que nos intentions soient de nous en préoccuper, plutôt que de vivre dans le confort vaniteux du déni de réalité de notre condition ?


        • Francis, agnotologue Francis, agnotologue 23 juin 07:45

          @Claude Courty
           
          ’’Nos valeurs nous sont-elles imposées par autre chose que par la compréhension de ce que nous sommes’’
           > je dirai que c’est notre compréhension qui est imposée par nos valeurs (objectifs, sentiments, affects, ...) et non l’inverse.
           
          Un chien ne pense (comprendre, appréhender, percevoir, ...) pas comme un chat. Un chien qui accuse un chat de déni de réalité commet typiquement un déni de réalité. En d’autre circonstances on appelle ça l’inversion accusatoire.
           
          « Il y a une constance dans l’erreur qui est accompagnée d’une constance similaire dans l’indulgence  » Frédéric Lordon Les nouveaux chiens de garde
           
          La pensée unique, fille de la pensée binaire est un déni permanent de réalité.

          L’erreur dont parle ici Lordon n’est pas une erreur de compréhension mais un déni de réalité : les valeurs des chiens de garde ne sont pas les nôtres.


        • Claude Courty Claude Courty 25 juin 01:57

          @Francis, agnotologue

          Encore faudrait-il que le chien et le chat aient la conscience d’eux-mêmes et la capacité ainsi que de la volonté de remettre en cause leur condition, ce qui jusqu’à preuve du contraire ne semble pas être le cas.
          Qu’en dit l’agnotologie ?


        • Francis, agnotologue Francis, agnotologue 25 juin 07:16

          @Claude Courty
           
          ’’Encore faudrait-il que le chien et le chat aient la conscience d’eux-mêmes et la capacité ainsi que de la volonté de remettre en cause leur condition, ce qui jusqu’à preuve du contraire ne semble pas être le cas.’’
           
          Comme vous le savez, ni les chiens ni les chats ne s’occupent de déni de réalité : votre choix délibéré de lire mon commentaire au premier degré fait de votre réponse un sophisme.
           

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