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Effigie et simulacre

 

On croyait révolue l’époque des exécutions par contumace. Pas pour quelques manifestants bretons, quitte à tomber dans une sorte de farce révolutionnaire.

 De temps à autre l’actualité politique fait resurgir des pratiques que l’on croyait appartenir aux musées de justice. Des rituels qui semblent faire se télescoper les époques. Ce fut le cas, le 7 avril dernier à Nantes, quand un groupe de manifestants, hostiles aux récentes réformes gouvernementales, ont pendu à une potence un mannequin à l’effigie d’Emmanuel Macron avant de le livrer aux flammes. Sous l’Ancien Régime, on appelait ce genre de mises en scène des exécutions par contumace. En l’absence du condamné à mort, en fuite, déjà décédé ou intouchable, on appliquait la sentence à un substitut de paille le représentant. Sans doute espérait-on ainsi des répercussions invisibles sur la personne de chair et de sang, selon la vieille idée de la magie naturelle. Elle fut rapidement occultée par la symbolique judiciaire. En général, les proscrits poursuivaient leur existence sur des terres moins hostiles ; avant de réapparaître quelques années plus tard, souvent amnistiés par les mêmes juges qui les avaient condamnés. Plus d’un personnage historique célèbre devait subir ce simulacre de châtiment : comme Martin Luther en 1521 à Rome, après le schisme provoqué par sa critique virulente de l’Eglise ; ou, bien sûr, le marquis de Sade, en 1772 à Aix en Provence, après l’affaire des poisons de Marseille. 

Aujourd’hui c’est un jeune président qui fait l’objet de cette sanction symbolique dans la France républicaine. Et on peut légitimement s’interroger sur le pourquoi d’une telle résurgence. De prime abord, elle fait penser à une parodie. Aucun acte de justice n’a évidemment été prononcé contre Emmanuel Macron, ce qui constitue donc un simulacre de simulacre. Sous le rire des manifestants, l’intention agressive n’en était pas moins sensible : c’est d’ailleurs le cas pour toutes les formes de charivari. Qu’elle se passe dans la capitale d’une région qui fut longtemps l’un des bastions du catholicisme (avant de devenir celui du socialisme) n’est pas, non plus, anodin. On sent derrière tout le poids des anciennes traditions. Car Macron est, certes, un président républicain mais un président qui a tendance, quoiqu’il s’en défende, à endosser les attributs d’un monarque. Et ses déclarations au récent conseil des évêques de France ne vont pas dans le sens – c’est le moins qu’on puisse dire - d’une laïcité pure et dure. Plus encore, c’est son intransigeance qui est dénoncée par toutes les corporations impactées par ses réformes. Puisqu’il se conduit comme un roi, semblaient dire ceux qui l’ont pendu en effigie, pourquoi ne pas lui appliquer une sanction d’une autre époque que la nôtre ? C’est toute l’ironique saveur de cette affaire.

Malheureusement les réactions à chaud de la classe politique n’ont montré, pour la plupart, qu’un manque affligeant d’humour et des abîmes d’inculture. Que penser d’autre face à l’indignation de la députée macroniste Anne-Laurence Petel qui voyait dans cette pseudo exécution un appel au meurtre ? Ou encore devant « le scandale  » qu’elle constitue pour François de Rugy, l‘actuel président de l’Assemblée Nationale ? Ces gens-là ont manifestement tendance à prendre au premier degré toutes les attaques populaires dont leur champion est la cible, complètement fermés à l’inventivité narrative qu'elles produisent. Ils récréent ainsi, autour de sa personne, une sacralité qui confirme l’intuition de ces carnavalesques manifestants bretons. Et qui les renforce dans leurs convictions révolutionnaires.

 

Jacques LUCCHESI


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3 réactions à cet article    


  • Piere CHALORY Piere CHALORY 18 avril 2018 10:39

    ’’Ces gens-là ont manifestement tendance à prendre au premier degré toutes les attaques populaires dont leur champion est la cible, complètement fermés à l’inventivité narrative qu’elles produisent.’’


    Certes... c’est peut-être aussi et surtout par ce qu’ils se sentent concernés, des fois que... 

    Lors que les grenades et les gaz incapacitants asphyxient les zadistes en vrai & non symboliquement, comme cette drôle de macron-pendaison, suivie d’incinération il est vrai, qui ne s’attaquait après tout qu’à un mannequin de chiffon ; les députés, élus et autres zélites ne s’émeuvent que très peu, ou même approuvent la répression du gueux.

    Se prendre pour un roi ; c’est aussi en assumer le statut, risque compris de terminer façon Louis XVI. 



    • Jeekes Jeekes 18 avril 2018 18:06

      ’’un groupe de manifestants, hostiles aux récentes réformes gouvernementales, ont pendu à une potence un mannequin à l’effigie d’Emmanuel Macron avant de le livrer aux flammes’’
       
      Sûrement parce qu’ils n’avaient pas l’original sous la main ?
       
      J’avoue que c’est bien dommage...
       


      • zygzornifle zygzornifle 19 avril 2018 16:06

        D’un coté une effigie de Macron brûlée comme le roi du carnaval et de l’autre coté la gendarmerie mobile , les CRS en armure du moyen age avec des grenades des tonfas des boucliers attendant des ordres pour fracasser cette jeunesse qui ose bousculer le Dieu et menacer son trône .... 

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