• AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Tribune Libre > En l’honneur d’Alexandre Langlois syndicaliste de la Police (...)

En l’honneur d’Alexandre Langlois syndicaliste de la Police Nationale

La chaîne internet Thinkerview m'a fait découvrir deux interviews d'Alexandre Langlois, syndicaliste VIGI - ministère de l'intérieur, homme que j'ai trouvé sympathique, courageux, et intelligent.

La livre de ce syndicaliste, l'Ennemi de l'Intérieur, dérives et dysfonctionnements de la Police Nationale, expose la manière dont l'IGPN a voué Alexandre Langlois, sa femme, et leurs deux enfants a une mort sociale, n'était l'intervention de la générosité du public qui leur a donné un sursis.

Ce livre présente la trajectoire de son engagement policier et citoyen qui va de sa titularisation à sa condamnation par Castaner, homme remarquable, qui sanctionnera Langlois d'une« exclusion temporaire de fonction pour une durée de 12 mois, donc 6 avec sursis ».

  

                               

Voici un récapitulatif synthétique du livre. Cependant, le lecteur doit savoir que le livre vaut tout autant par la richesse des anecdotes dévoilées dedans, que par sa valeur argumentative.

 

La thèse d'abord.

La Police est atteint d'un dysfonctionnement structurel, et non pas seulement conjoncturel, dont les causes résident dans la bureaucratie de gouvernement, le personnel qui la compose, et dont le seul remède relève de la reprise par le peuple de cette institution, et dans l'abandon, par les forces de l'ordre, de l'obéissance à sa hiérarchie et au ministère de l'intérieur.

Dès lors, la hiérarchie policière, les oligarchies au pouvoir, vont tendanciellement vers la dictature, pour se protéger d'une société qu'ils ont eux même fracturée afin de garantir la pérennité de la dynamique de leur pouvoir. Pour cela, ils utilisent la Police, la dénaturant, la séparant délibérément du reste de la société française, engendrant par là même dépressions, suicides, solitudes, incompréhension de la société, leur imposant leur hiérarchie, donc de l'oligarchie.

Dans les premiers chapitres : généalogie juridique de la situation actuelle de la Police

Alexandre Langlois présente les sources juridiques de l'usage de la police, et pratiques qui en sont retenues par la hiérarchie policière.

Ainsi, à mesure que le temps passe, l'article 12 de la déclaration de la DDH qui institue une police pour le peuple s'efface, quand la loi du 23 avril 1941 devient prépondérante, et oriente l'utilisation de la police vers et pour le ministère de l'intérieur. Ainsi, la mainmise administrative s'intensifie, au point que Pierre Joxe, en 1985, décréta un code de déontologie introduisant une anticonstitutionnelle obligation de réserve.

Dans ces premiers chapitres, la généalogie juridique s'associe aux carrières de nos politiciens.

Qu'il s'agisse des carriéristes des préfectures ou des futurs candidats aux présidentielles françaises.

Ainsi, le 24 avril 2018, le Canard enchaîné félicite le préfet Lallemand pour ses trouvailles à l'encontre des gilets jaunes, et le cite : « je vais démuseler les chiens ». Un mois plus tard, le journal Liaisons de la préfecture de Paris, publiait pour commémoration la lettre du préfet de Police de Paris, Maurice Grimaud. Le journal expurgeait de la lettre la condamnation qui en était faite de « frapper à terre » un manifestant, ou de frapper « après arrestation ».

La droite républicaine, d'abord.

Dix années plutôt, en 2008, Sarkozy, homme non moins remarquable, comme Castaner, mettait en place la politique du chiffre. Et en 2010, l'encadrement de la police « bénéficiait d'une prime de performance ». Au point que pour un directeur de service, la prime peut atteindre 162 691 E à l'année, s'ajoutant, bien sûr, au salaire ordinaire.

La gauche républicaine, ensuite.

Quelle est l'enveloppe globale des primes des commissaires, demande Langlois à Cazeneuve ?

Voir la réponse de Cazeneuve, page 25, qui manifeste que, là encore, on a affaire à un homme d'Etat.

Afin de renforcer le pouvoir de contrôle de l'administration, Valls a décrété, le 1er janvier 2014, un nouveau code de déontologie, qui stipule, notamment, que le fonctionnaire « ne se départ de sa dignité en toutes circonstances ». D'après Langlois, ce code est anticonstitutionnel. De fait, la loi est seule habilitée à réguler la liberté d'expression, et non le décret. Or la loi reconnaît à tout fonctionnaire cette liberté, et la loi est supérieure, dans la hiérarchie des normes, au décret. En résumé, ce que la loi fait, la loi peut seule le défaire, et non le décret.

En définitive, cette obligation anticonstitutionnelle du devoir de réserve s'apparente à une obligation de résultat.

Le 30 mars 2014, Valls est 1er ministre. Un mois plus tard, la DCRI qui dépendait du ministère de l'intérieur, portefeuille précédent de Valls, devient la DGSI, placée sous tutelle du 1er ministre. La loi renseignement que cet homme qui n'a rien à se reprocher produira, permet de porter atteinte à la vie privée des citoyens dans le cas où « les engagements européens de la France sont menacés », « de violences collectives de nature à porter atteinte à la paix publique »...

Le 24 juillet 2015 la loi est promulguée. Elle est intégrée, par la suite, dans le droit commun.

 

En résumé, le détournement de la constitution, les intérêts carriéristes, la politique du chiffre, les primes qui s'apparentent à de la corruption légale visant à maintenir les réseaux de pouvoir en place, font que, de facto, la crise de la Police relève de l'institution, et non de la violence conjoncturelle d'une époque.

A la fin d'un chapitre consacré à Benalla, Langlois reprend une citation d'Aristote tout à fait indiquée :

« Ce sont des citoyens en armes qui veillent à la sûreté d'un Roi ; le Tyran ne confie la sienne qu'à des étrangers. C'est que là, l'obéissance est légale et volontaire, qu'ici elle est forcée. Les uns ont une garde de citoyens, les autres une garde contre les citoyens ».

A partir des chapitres 8, 9, on entre plus expressément dans la manière dont le pouvoir se perpétue.

17 novembre 2018, naissance du mouvement des gilets jaunes.

Acte 4 : 1723 interpellations sur le territoire nationale, 70% des gardes à vue se concluant par un absence de poursuite.

Le 25 novembre 2018, Darmanin s'essaie au commentaire politique, décrivant les gilets jaunes comme de la « peste brune ».

Le 1er décembre 2018, 13 500 grenades seront tirées sur les manifestants de Paris.

Le 4 novembre 2019, le bienheureux Griveaux dénonce les « agitateurs » qui « veulent renverser le gouvernement ». Ce qui, à mon avis, n'est pas faux. D'ailleurs, la DDH, dans son article 2, nous garantit ce droit de résistance à l'oppression.

D'autre part, Langlois dénonce :

L'usage de places nassées dont seule la hiérarchie policière est informée, et non les policiers sur place. Une formation des lanceurs de balles de défense parfaitement insuffisante ; la baisse des notes attendues aux concours de recrutement de la police (8/20) ; le mode de rémunération illégale des heures supplémentaires ; le système de terreur instauré par leur mode de management et dont la courroie de transmission sont les syndicats majoritaires …

Mais encore, tel policier plus durement sanctionné d'avoir dérobé 4 steacks périmés pour ses chiens que tel commissaire, ayant involontairement tué un homme au Yemen, tel médecin coupable d'agressions sexuelles sur des dizaines de victimes...

La situation de Langlois elle-même  :

Les derniers chapitres du livre constituent une sorte d'apothéose dans laquelle l'on assiste à la dénonciation faite par le syndicat VIGI du DDSP 13 pour « faux en écritures publiques par dépositaire de l'autorité et détournement de fonds publique ». Ce dernier mettra en œuvre un audit interne par un commandant condamné, 3 ans plus tôt, pour trucage de statistiques. VIGI saisit le DGPN (directeur générale de la Police Nationale), qui procède à un audit externe jamais publié dont VIGI a eu, apparemment, les résultats corroborant ses allégations. Le DGPN ne fait rien. VIGI saisit l'IGPN et le DGPN fait de même, à l'encontre de LANGLOIS.

Le chapitre 11 nous présente ce que fût son audition, le 22 mars 2018, à l'IGPN. Un chef d’œuvre. A lire absolument.

Je ne reprendrai qu'une citation de Langlois, emblématique de ce que devient notre liberté d'expression, désormais très limitée, administrativement corsetée, et psychologiquement anéantie par les fabricants de temps de cerveaux disponibles, et la destruction de notre système éducatif :

« le code de déontologie qui a été inséré par le CSI – code de sécurité intérieur – étant à la fois contraire à la constitution, et au code européen d'éthique de la police, il ne s'applique donc pas à moi ».

L'IGPN passe sur la totalité de ses réponses, et le DGPN, par la suite, le convoque à un conseil de discipline.

Par le fait que les syndicats de police majoritaires se rendent présents, le Conseil peut se tenir. Il ne permettra pas cependant de s'accorder sur une sanction.

Dès lors il reviendra, à celui qui le 9 mars 2019 au soir d'une manifestation des gilets jaunes, prenait feu sur la piste de danse de la boite le Noto, à Paris, sans jamais se départir « de sa dignité en toutes circonstances », de prendre décision de sanction à l'égard d'Alexandre Langlois et établira son « exclusion temporaire de fonction pour une durée de 12 mois, donc 6 avec sursis »

 

Une conclusion personnelle :

Ouvrage à lire, donc, car le contenu très argumenté de cet ouvrage nous donne de penser concrètement, et à partir du droit, le comportement de nos oligarchies pro-européenne qui manœuvrent Sub Rosa, selon la formule latine, c'est à dire dans la confidentialité et l'injustice.

Aphrodite donne une rose à son fils Éros, Dieu de l'amour, qui, à son tour, donne la fleur à Harpocrate, dieu du silence (et forme grecque du dieu égyptien ‘Heru-pa-khered’) pour en obtenir que les écarts extraconjugaux de sa mère (et des dieux en général) ne soient pas dévoilés (source Wikipedia)

Et c'est peut-être une réponse à Emmanuel TODD qui voit dans l'actualité politique une dérive dictatoriale, et dans l'armée, et la Police, donc le FN, les moyens privilégiés pour ce coup d'Etat. Le degré de corruption légale est telle, et les mécanismes d'oppression psychologique tellement ancrés dans les effectifs de police, que l'on peut se passer du FN comme moyen de renverser les institutions légitimes. D'autre part, il me semble que TODD se trompe. Le coup d'Etat a déjà eu lieu. Cela s'appelle Maastricht. Rien ne sert d'en faire un autre, juste de le parachever.


Moyenne des avis sur cet article :  4/5   (12 votes)




Réagissez à l'article

4 réactions à cet article    


  • TSS 21 décembre 2019 17:54

    Pas de commentaires sur ce policier remarquable ?... !!


    • Un des P'tite Goutte Un des P’tite Goutte 21 décembre 2019 22:52

      @TSS
      Quelqes jours/semaines, interviewé sur je ne sais plus quel mainstream à la tv, il est, quand même, d’entrée, qualifié de « flic le mieux aimé de france ».


    • Drugar Drugar 21 décembre 2019 18:23

      J’ai également découvert M Langlois par le biais d’une vidéo, mais pour ma part c’était son intervention sur Le Media (750 k vues tout même !).

      Il fait preuve d’un grand courage pour opposer ainsi à la Macronie, révélant ainsi, une fois de plus, toute la noirceur de ce régime de marionnettes aux ordre du mondialisme « des cons plexé »,agissant via l’UE (son outil d’asservissement des pays européens).

      J’ai apprécié son discours et son engagement et j’ai donné pour la cagnotte en signe de solidarité.

      Je ne cautionne absolument pas les agissements de la flicaillerie protégeant la dictature bananière qui nous tient lieu de relais de pouvoir pour l’oligarchie apatride.


      • Gilbert Spagnolo dit P@py Gilbert Spagnolo dit P@py 22 décembre 2019 20:55

        Un flic comme on aimerait qu’il y en ait des milliers d’autres.


        Perso, vieux flicard à la retraite, tant sur mon blog ou sur Agoravox, j’ai plusieurs fois évoqué Alexandre Langlois.


        https://www.google.com/search?q=gilbert+spagnolo+alexandre+langlois&sourceid=ie7&rls=com.microsoft:en-US&ie=utf8&oe=utf8


        @+ P@py

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON

Auteur de l'article

Oulan Bator


Voir ses articles






Les thématiques de l'article


Palmarès