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Entretien consacré à l’élection présidentielle américaine de 2020

Franck ABED TRUMP

 

Ces questions ont été posées par les internautes à l'intellectuel royaliste Franck Abed.

 

Que pensez-vous de la campagne électorale américaine ?

Cette campagne électorale n’a nullement permis d’aborder sereinement les sujets de fond, comprendre les thèmes clivants qui nourrissent les nombreux débats de la société américaine. A l’instar des campagnes électorales en France, celle-ci ne se démarque pas des travers habituels que nous constatons depuis des lustres : petites phrases, moqueries, attaques sous la ceinture, invectives, insultes, très peu de prospective politique et de propositions concrètes.

Le premier débat officiel entre Joe Biden et Donald Trump a montré les difficultés de rendre intéressant et utile cet exercice si particulier. Un présentateur dépassé, deux candidats essentiellement préoccupés à faire mal à l’autre dans le mauvais sens du terme, c’est-à-dire que les deux ont privilégié les attaques frontales personnelles plutôt que de présenter et de promouvoir un projet politique. Certes, il ne faut pas oublier que les traditions politiques américaines sont différentes des nôtres, mais nous sommes en droit d’attendre de cette confrontation, qui met en concurrence deux personnes luttant pour devenir le chef de la première puissance mondiale, un peu plus de tenue et de hauteur de vues.

Je ne suis pas certain que la démocratie américaine sorte grandie de cette politique spectacle qui démontre que les deux postulants, y compris Trump, n’ont pas la carrure pour être des hommes d’Etat dignes ce nom. 

 

Que pensez-vous de Joe Biden ?

Tout au long des derniers mois, Joe Biden a affiché plus que des limites dans sa volonté de conquérir la Maison Blanche. Il est très étonnant que le Parti Démocrate n’ait trouvé personne d’autres pour défendre ses couleurs et les représenter. Au-delà de ses idées pour lesquelles je n’éprouve aucune sympathie, Biden a semblé très fatigué voire épuisé. Parfois, il ne comprenait pas les questions des journalistes ou les simples remarques de ses soutiens : il répondait à côté du sujet ou ânonnait des phrases qui n’avaient aucun sens. Souvent, il était véritablement ailleurs ou hors-sol, comme si tout cela ne l’intéressait pas. 

Même si ces aspects paraissent inquiétants, le plus important reste, comme je le dis toujours, le combat des idées. Concrètement que propose-t-il ? Biden se soumet et promeut l’idéologie dominante : l’immigrationnisme, la haine des blancs, le capitalisme libéral et le vivre-ensemble. Il n’a pas non plus hésité à apporter son soutien à Black Lives Matter. Cet homme incarne le véritable progressisme. Or, que ce soit outre-Atlantique ou en France, nous constatons quotidiennement les dégâts humains, sociaux et politiques provoqués par cette idéologie que l’on nous impose aux forceps.

 

Que pensez-vous de Donald Trump ?

J’avoue sans peine que l’homme ou son programme ne me séduisent ni ne me fascinent, même si Trump a tenu des propos appréciables et respectables concernant l’avortement ou le phénomène Antifa. Les partisans français de Trump le définissent souvent comme une personne luttant contre l’establishment, mais je crois vraiment qu’il s’agit d’une erreur d’analyse majeure. En effet, Trump a été élu président après avoir reçu l’investiture du Parti Républicain, ce qui n’est pas une mince affaire en soi. Trump n’a pas gagné en contournant le système politique ou étant désigné par un tiers mouvement politique. Il a été en quelque sorte validé par l’institution.

Cet homme possède l’une des plus grandes fortunes américaines : il est milliardaire. De plus, il a dirigé durant plusieurs décennies un empire immobilier. Il fut également un homme de média. Il a animé l'émission de télé-réalité The Apprentice de 2004 à 2015, ce qui lui a permis d’augmenter sa visibilité. Dans ces conditions, il me semble incohérent de considérer Trump comme un candidat ou un président anti-système, d’autant plus qu’il était aussi connu chez les Démocrates pour y avoir été affilié dans les 1980.

D’une manière générale, on ne reçoit pas l’investiture d’un grand parti américain, pas plus qu’on ne devient président des Etats-Unis d’Amérique sans avoir donné quelques gages à ce que certains appellent l’oligarchie, la technocratie ou l’Etat profond pour utiliser un terme se rattachant spécifiquement à l’univers américain. Penser le contraire revient à céder à la naïveté. En outre, et cela nous concerne directement en tant que Français, Trump défend et défendra toujours les intérêts de l’Amérique quitte à écraser la France. Son mandat a montré, dans la droite ligne de la politique extérieure américaine constatée depuis des décennies, qu’il ne se considère pas comme un ami de notre pays et de notre continent, loin s’en faut.

 

Quel est votre avis sur le bilan de Trump ?

Après quatre ans d’exercice du pouvoir, son bilan est mitigé que ce soit sur le plan intérieur ou extérieur. Avant l’apparition du Covid-19, le pays a réellement profité d’une embellie économique, même si le résultat pour les classes modestes fut malgré tout… modeste. La crise sanitaire a mis un sérieux coup d’arrêt aux effets positifs de la politique économique initiée par Trump. Les baisses d’impôts promises durant la campagne ont été appliquées, même si cela a surtout profité aux grandes entreprises. La dette publique fédérale a quand même augmenté. Le chômage reste très bas depuis plusieurs années, ce qui constitue pour son administration une réelle victoire dans le contexte économique mondial. Trump peut donc être félicité sur ce point précis. Beaucoup - y compris dans son propre camp - lui tendirent des pièges en espérant qu’il commettrait bourdes sur bourdes. De fait, il n’est pas aisé de mener une politique ambitieuse pour un président au pouvoir, quand une grande partie de son action consiste à éviter les peaux de banane laissées ici ou là sur son chemin…

Cependant, il ne faut jamais omettre un point essentiel que j’ai rapidement évoqué dans ma réponse précédente : Trump défend les intérêts américains et seulement cela. Il n’est pas un allié de la France ou de l’Union Européenne. Certains se leurrent et projettent leurs fantasmes personnels sur la géopolitique mondiale. Dans un premier temps, il a tenté d’opérer un basculement des alliances en jouant la carte Russie pour gêner la Chine sur ses flancs. Finalement, les médias et ses adversaires politiques l’accusèrent de collusion avec les Russes, au point de dire que ces derniers avaient même favorisé son élection. Ne pouvant plus jouer l’option Poutine au risque de continuellement passer pour l’homme des russes, Trump est revenu aux fondamentaux de la politique américaine : Etats-Unis, Israël, Arabie saoudite. Cela eut au moins le mérite de remettre tous ses soutiens en ordre de marche, que ce soit les néoconservateurs ou la branche religieuse, comprendre les évangéliques qui disposent encore, quoiqu’en pensent certains, d’un réel poids politique dans ce pays. Il convient de rappeler que les premiers écrits du courant néo-conservateur sont apparus dans le mensuel juif new-yorkais Commentary, publié par l'American Jewish Committee comme le montre avec raison Murray Friedman. Par conséquent, cela ne m’a point surpris que Trump se soit empressé de reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël et qu’il continue d’apporter un total soutien à cet état…

A ce jour, son ennemi principal reste la Chine comme il le déclare très régulièrement. Après avoir essayé de l’amadouer par la politique et la diplomatie, il a très vite compris que les Chinois n’entendraient pas céder le moindre pouce de souveraineté. Subséquemment, il a décidé de lancer une guerre commerciale contre l’Empire du Milieu dont les effets s’avèrent pour le moment limités. Trump a plusieurs fois évoqué l’idée qu’il voulait « découpler les économies américaine et chinoise  » sans pour autant expliquer comment il comptait s'y prendre pour parvenir à cet objectif ambitieux voire difficilement réalisable. Rappelons que les deux premières économies mondiales ont dépassé les 550 milliards de dollars d’échange en 2019. Tout reste également à faire sur ce plan, s’il parvenait à glaner un second mandat.

 

Quel est votre avis sur le trumpisme ?

Le personnage, l’homme et ses idées ne peuvent guère me séduire. Le trumpisme peut se définir comme suit : républicain-démocrate au sens premier du terme, religieusement de tendance protestante, ce qui signifie que la réussite matérielle est aussi importante que la réussite spirituelle. Il y a chez Trump un primat accordé à l’argent qui me dérange beaucoup. Or, comme il écrit dans l’Evangile : « On ne peut pas servir Dieu et Mammon ». Il est vrai que son style direct et familier, ne s’embarrassant pas de certaines conventions sociales, plaît beaucoup à son électorat américain ainsi qu’à une partie non négligeable du « peuple de droite » en France. Pourtant, le fait de communiquer autant via les réseaux sociaux pour un président en exercice peut poser question, sans oublier son attitude souvent brutale dans ses rapports avec autrui. En définitive, les journalistes et les hommes politiques de gauche - en France et en Europe - le détestent et le craignent pour les raisons qui contribuent à son succès en Amérique.

Néanmoins, les trumpistes français oublient par méconnaissance ou par complaisance, que le système politique américain et la culture politique américaine diffèrent en de nombreux points de la tradition politique française, notamment en raison du bipartisme très fort et du suffrage universel indirect. Toutefois, Trump reçoit le soutien des Américains périphériques et des classes moyennes délaissées par la présidence de Barack Obama. En dépit des dissimilitudes notables qui existent entre nos deux pays, nous pourrions presque parler de l’Amérique d’en bas face à l’Amérique d’en haut, représentée par Biden et sa coéquipière Kamala Harris, qui de surcroît me parait vraiment très dangereuse. Avant eux, Hillary Clinton incarnait cette caste politique hostile aux Américains et aux valeurs traditionnelles. Trump semble être un bouclier face aux assauts progressistes, du moins, il est présenté ainsi par les médias dominants. Mais le trumpisme - ce mélange de personnalisation excessive du pouvoir, d’omniprésence médiatique, ce mode de gouvernement confus fait de phrases chocs et de brutalité dans les relations politiques - peut-il être une voie de salut et un exemple pour la France ? J’en doute fortement et je ne l’espère point…

 

Qui remportera l’élection le 3 novembre 2020 ?

Le bilan de Trump, notamment sur le plan intérieur, plaide malgré tout pour lui. L’homme est combattif et ne se laisse jamais malmener par ses adversaires. Trump aime le combat et la joute verbale. Que ce soit lors des confrontations contre Biden ou lors des grandes manifestations publiques, je reconnais sans détour que Trump fut le meilleur et donc le plus convaincant. Cependant le camp de Biden a récolté bien plus de dons financiers que celui de Trump. Et chacun sait que l’argent reste une donnée fondamentale dans le cadre d’une campagne électorale, surtout au pays de l’Oncle Sam. Cela suffira-t-il à Biden pour remporter les suffrages ?

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Pour finir, je me pose la question de savoir pour quelles raisons Biden se retrouve face à Trump, alors que l’homme ne paraît pas être en mesure de rivaliser avec ce dernier. Ses hésitations, ses manquements, son attitude, ses soucis avec la justice, ses contre-vérités et ses déclarations maladroites ne plaident vraiment pas pour lui. En 1988, il avait dû abandonner sa première campagne présidentielle après des accusations de discours plagié. Cette sombre affaire avait été révélée par l'équipe de campagne de Michael Dukakis, ce qui avait également permis d’apprendre que lorsque Biden était étudiant en droit, il fut déjà accusé d’avoir triché de la même manière. Nous sommes loin du candidat idéal pour contrecarrer l’actuel président des Etats-Unis. Nous pourrions être presque tentés de penser que l’Etat profond travaille - de manière indirecte - pour la réélection de Trump en lui opposant un adversaire politique aussi peu crédible…

 

Propos recueillis en octobre 2020


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13 réactions à cet article    


  • devphil30 devphil30 23 octobre 11:17

    Biden sera un président de paille , c’est sa vice présidente Kamala Harris qui aura la gouvernance.

    Et le risque du décès de Biden n’est pas à écarter en cours de mandature.

    C’est pour cela qu’il a été mis en avant


    • Daniel PIGNARD Daniel PIGNARD 23 octobre 11:46

      @devphil30

      Kamal Harris : Fille d’un père originaire de la Jamaïque et d’une mère originaire du Tamil Nadu en Inde.

      Ça ne sent pas l’Amérique chrétienne tout ça !


    • Buzzcocks 23 octobre 12:56

      @Daniel PIGNARD
      Par contre, vous, vous sentez la merde dès que vous publiez un truc.


    • Daniel PIGNARD Daniel PIGNARD 23 octobre 13:44

      @Buzzcocks
      Mais vous vous précipitez pour en être éclaboussée. Grand merci à mon follower qui aime la sentir.


    • Opposition contrôlée Opposition contrôlée 23 octobre 13:52

      @Daniel PIGNARD
      Au fait Daniel, la fin du monde, c’était pas prévu ce moi-ci ?

      Attention aux réponse évasives, je vais vérifier...


    • Daniel PIGNARD Daniel PIGNARD 23 octobre 13:57

      @Opposition contrôlée
      Ce n’est pas le mot que j’ai employé, mais si vous pensez à l’avènement du Grand Roi, alors ce sera un temps, des temps et la moitié d’un temps pour le règne de Macron. A vous de calculer.


    • amiaplacidus amiaplacidus 23 octobre 14:39

      @Daniel PIGNARD qui dit, entre autres absurdités : « ... alors ce sera un temps, des temps et la moitié d’un temps ... ».

      Bref, c’est pour environ exactement très bientôt, à moins que ce soit plus tard.

      Vous êtes bien dans la ligne des contes religieux.


    • Daniel PIGNARD Daniel PIGNARD 23 octobre 14:46

      @amiaplacidus

      « La gloire de Dieu, c’est de cacher les choses. La gloire des rois, c’est de sonder les choses. » (Proverbes 25 :2)

      Vous n’êtes pas roi à ce que je vois.


    • Gollum Gollum 23 octobre 16:05

      @Daniel PIGNARD

      Vous n’êtes pas roi à ce que je vois.

      Non, mais vous êtes bien un smiley

      Plus que 3 semaines Pignard. Préparez vous à mettre le nez rouge...


    • vachefolle vachefolle 25 octobre 00:27

      @amiaplacidus
      Il y a aussi « Tant va la cruche a l’eau, qu’a la fin elle se casse »..


    • troletbuse troletbuse 23 octobre 13:24

      Trump 45e président des Etats-Unis 2017-2025



      • uleskiserge uleskiserge 24 octobre 10:11



        Trump ne sera pas réélu car, en politique, tous les jouisseurs ( au sens psychanalytique) ne le sont jamais ; ils font un tour de piste et s’en vont tout comme leur électorat : en France : sarkozy qui, en politique, s’autorisera, en parole et en action, tout ce qu’il aurait dû s’interdire. 


        Les électeurs de Trump qui ont souhaité « se venger » de la présidence guindée et sournoise d’Obama, ne se mobiliseront pas.... conscients de l’inutilité des candidats de type « milliardaire rebelle sans cause »...


        Car, si on se défoule, si on parvient à attirer l’attention sur soi, on ne change pas pour autant les conditions de son existence ; conditions qui ont suscité ce vote « dissident » pour un candidat « hors norme » qui a son propre « agenda existentielle » .... 

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