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Accueil du site > Tribune Libre > ESPIONNAGE : liaison dangereuse

ESPIONNAGE : liaison dangereuse

« Alors Dejean, on couche ! » c'est par ces mots restés désormais célèbres que le général de Gaulle accueille l'ambassadeur de France en URSS rappelé à Paris au mois de février 1964. Cet ancien résistant nommé au poste d'ambassadeur à Moscou en 1955 a fait l'objet d'une tentative de retournement de la part du KGB. Le service soviétique s'est arrangé pour lui présenter plusieurs actrices et l'ambassadeur a eu la faiblesse de succomber aux charmes de l'une d'entre-elles. Comme dans un mauvais vaudeville, Maurice Dejean fut surpris en flagrant délit d'adultère et rossé par le prétendu mari... L'affaire sera portée à la connaissance du Service de documentation extérieure et de contre-espionnage en 1963 avec le passage en Grande-Bretagne de l'écrivain et metteur en scène Youri Krotov ! L'opération avait visé également la femme de Monsieur l'ambassadeur et celle d'un attaché militaire, mais cette partie du plan avait échoué. L'attaché militaire, le colonel Louis Guibaud qui avait succombé aux charmes d'une agente accorte refusa catégoriquement de trahir et de se mettre au service des Soviétiques préférant se donner la mort au mois de juillet 1962.

Lorsque l'on évoque la belle espionne intrigante on pense immédiatement à Margaretha Zelle alias Mata Hari exécutée le 15 octobre 1917 dont le corps fut remis aux étudiants de la faculté de médecine pour qu'ils s'entraînent à la dissection. Le « sexpionnage » ne relève pas seulement du fantasme des romanciers ni des réalisateurs, les deux plus vieux métiers du monde sans que l'on puisse départager lequel est apparu en premier, peuvent à l'occasion se mêler et venir se fondre en un seul et déboucher sur un magnifique « honey trap » (l'expression « pot de miel » désignait à l'origine les sites Web piégés pour attirer les Internautes imprudents). Ces pratiques ont redoublé durant la Guerre Froide lors de l'ouverture par la France d'une antenne « renseignement militaire » à Moscou en 1951 dont le premier représentant et chef de poste fut un commandant du SDECE qui y occupa le poste « attaché militaire adjoint ».

Les jeunes femmes chargées de soutirer quelques secrets aux hôtes importants répondaient au nom de « mozhnos » (filles autorisées), d'« hirondelles » ou sparrows. Devant les succès remportés par cette approche, les services soviétiques iront jusqu'à dispenser des cursus sur l'art de la séduction et les techniques amoureuses avec la projection de films pornographiques occidentaux comme supports de cours ! Si les « mozhos » ont été utilisées, surtout pour faire chanter l'Occidental imprudent, des « hirondelles » ont été envoyées à l'étranger dans l'espoir de les voir convoler avec un ingénieur ou toute autre personnalité susceptible de leur fournir des informations (Opération Myosotis).

L'Occidental peut voir ces femmes comme de vulgaires prostituées mais l'image n'en serait pas tout à fait conforme à l'état d'esprit qui animait celles-ci durant la Guerre froide... Il s'agissait pour celles appartenant à l'ancienne génération (la mentalité des agent(e)s de la nouvelle génération, celle de la globalisation, a muté) d'ardentes patriotes passées par l'Institut Andropov ou un établissement situé à Verkhonoye près de Kazan et relevant du deuxième directorat. L'« Opération Myosotis » est-elle totalement terminée remplacée par celle du kompromat (dossier compromettant) ?

Renoncez au romantisme et ne laissez surtout pas votre ego prendre le pas sur votre sens critique. « Nécessité n'a pas de loi » dit un proverbe russe. Il ne s'agit pas d'attirer la cible parce que l'on est soi-même attiré par elle, mais pour l'intérêt qu'elle représente pour le service. Faut-il cibler la personne directement ou comme un sauf-conduit vers son réseau relationnel ou un proche ? Faut-il opter pour un placement à court ou moyen terme ? Pour peu que l'agent(e) soit introduit(e) dans la proximité de la cible au bon moment et à condition de ne pas présenter de problèmes rédhibitoires (aspect, pauvreté, hygiène, idiotie), la conquête n'est qu'une question de temps et de savoir-faire. Un(e) agent(e) habile saura exploiter la moindre faille et gagner le cœur de l'autre jusqu'à la captation d'informations. Le but de la mission reste parfois terre-à-terre, il s'agit de connaître quand l'autre sera absent, savoir où il se rend, le but de son voyage, de pénétrer dans son lieu de vie pour y placer un micro, une caméra, des produits illicites, des pièces compromettantes, obtenir des informations sur ses habitudes privées, autant de petits riens auxquels on accorde généralement bien peu d'attention.

Pour inciter une personne à confier des informations dont elle ignore parfois l'importance que celles-ci peuvent représenter, il faut d'abord franchir une série d'étapes et n'en « griller » aucune. Il faut l'amener à faire des confidences et ensuite à confier des secrets intimes sans oublier de lui en livrer quelques-uns (faux, cela va s'en dire) en retour. Pour en arriver là il faut commencer par se montrer séduisant(e) et réservé(e), cela met à l'abri d'une intimité trop rapide, permet d'avoir une vision plus réelle de la relation, de déjouer le système de défense dont l'autre s'entoure et la protection dont il bénéficie. Il s'agit de passer d'une intimité affective à une intimité sexuelle et non l'inverse. Magdalena Kopp qui épousera Carlos (Ilich Ramirez-Sanchez) était une informatrice (pseudonyme Schneider) immatriculée auprès de la section 8 du département XXII du ministère de la Sécurité d'État (MfS) de la RDA dirigé par le général Mielke.

Le dossier de surveillance établi, l'agent(e) est en mesure à élaborer une tactique pour établir le contact, d'abord à distance, l'amorcer, le réaliser et le maintenir. Il s'agit ensuite de faire évoluer la relation en respectant le niveau de visibilité permis. L'agent(e) « vise » dans un premier temps une amitié, cela lui donne le temps de se protéger des maladresses et de ne rien laisser au hasard. L'agent(e) pose des jalons, balise le chemin et ensuite seulement passe à l'offensive. S'il ou elle « tombe à pic » pour venir en « aide » à la cible, c'est parce qu'un(e) comparse en aura provoqué la situation. L'agent(e) doit toujours se tenir prêt(e) à faire marche arrière si une étape n'est pas consolidée. Il est plus facile de monter d'un cran dans l'amitié que de revenir en arrière dans une relation amoureuse ou supposée telle, sauf à décevoir ou blesser l'ego.

La légende doit prévoir le rôle : séducteur, artiste, mondain, intellectuel, homme d'affaires, macho (culturel), solitaire, réservé, charmeur, etc. Il est difficile d'être constant et à la hauteur du personnage. Il faut donc en partant de ce que l'on connait sur la personne cible, réaliser un mélange de traits qui composeront une personnalité. Chaque personne est différente, chaque rencontre est spécifique, mais l'agent(e) qui ressentirait certains sentiments positifs ou négatifs ne doit jamais se laisser dominer par ceux-ci. Il ne saurait pour l'agent(e) être question de partager une relation authentique. L'agent(e) est tout sauf spontané(e) même s'il ou elle en donne l'apparence, l'agent(e) est un(e) utilitariste qui dissimule ses sentiments et ses pensées.

Aucune femme ou aucun homme ne peut répondre à toutes les attentes ni satisfaire tous les besoins de l'autre. Chaque relation est faite d'espoirs, de joie, de promesses et de frustrations. Le moindre dysfonctionnement, une discorde, un mal-être, une mésentente sexuelle peut déboucher sur la crise et son cortège de mensonges, de tromperie, voire de vengeance. C'est pour fuir parfois la monotonie, le désir de vouloir enfin vivre pour soi que la femme s'oriente vers la recherche d'un amant. Chez la femme, la préménopause entraîne une dévalorisation physique beaucoup plus accentuée que chez l'homme, elle a cessé à ses yeux, d'être un objet d'attraction. Quant à l'homme dont la conquête est encore plus facile, il invoque comme source de discorde, le problème sexuel, la crainte de l'impuissance, croire à un regain de jeunesse et découvrir d'autres activités sexuelles...

On pourrait penser qu'envoyer en poste un homme marié préserve de ce genre de piège, rien de plus faux. La venue de l'ère de la famille nucléaire, de l'égalité, de la « libération », du déplacement des personnes, du droit au bonheur ont entraîné dans leur sillage une envolée d'insatisfactions. La familiarité, le laisser-aller et l'indifférence ont remplacé les petites attentions. Certains mariages ne reposent que sur des apparences trompeuses. Madame va compenser son ennui en cure thermale ou en club de vacances et les frasques de l'un ou de l'autre servent à rendre le quotidien supportable.

Le service de sécurité et l'officier traitant se doivent d'avoir une vision des plus réalistes en ce qui concerne les rapports : hétérosexuels, homosexuels ou transgenres. Le 2 juillet 2009, l' AFP annonçait le décès de Shi Pei Pu un espion du Guoanbu (RPC) mort à l'âge de 70 ans à son domicile parisien. Cet artiste avait été condamné en mai 1986 à six ans de prison par la Cour d'Assises spéciale de Paris pour espionnage avant d'être gracié l'année suivante par le président François Mitterrand. Son complice, Bernard Boursicot, ancien comptable à l'ambassade de France à Oulan Bator (Mongolie Extérieure) fut condamné à la même peine pour avoir transmis une trentaine de documents diplomatiques français à la Chine populaire entre 1977 et 1979. Leur liaison a duré une vingtaine d'années pendant lesquelles l'employé du Quai d'Orsay a toujours cru que Shi Pei Pu était une femme ! Il découvrira la réalité en 1983 après leur arrestation à Paris (Cette histoire a été adaptée au cinéma en 1994 par le cinéaste David Cronenberg « M. Butterfly »). Le colonel Henri M, ancien chef de poste de la DGSE à Pékin en 1997 démis de ses fonctions en 1999 en raison d'une liaison avec l'interprète chinoise de l'ambassadeur, fut interpellé le 12 décembre 2017 puis incarcéré. Exclu de la DGSE, il avait créé une société de conseil destinée aux entrepreneurs désireux de s'installer en Chine...

A l'occasion du « National Security Education Day » (journée de sensibilisation à la sécurité nationale), les autorités chinoises ont diffusé une bande dessinée « Amours Dangereux » de 16 pages dans le but de persuader les Chinoises de ne pas sortir avec des étrangers. Synopsis : Xiao Li, une fonctionnaire chinoise tombée sous le charme de David, un étudiant étranger de passage en Chine, lui révèle des informations confidentielles sur l'entreprise dans laquelle elle travaille. Quand Xiao Li réalise son imprudence, il est déjà trop tard, David a quitté le pays...

Le FBI a interpellé le 16 juillet 2018 Maryia Butina en tant qu'« agente non déclarée d’un gouvernement étranger ». La jeune femme russe de 29 ans marié un enfant (militante de la Jeune Garde, membre de la Chambre publique de l'Altaï de 2008 à 2010, propriétaire de l'agence de publicité Antarès enregistrée à Moscou en 2012 et favorable à l'occupation du Dombass 2014) arrivée aux USA en 2016 avec un visa d’étudiante inscrite en master à l’American University de Washington avait pour mission « d'infiltrer des organisations politiques en vue de promouvoir les intérêts de la Fédération de Russie ». Le CE espagnol l'avait repérée en compagnie d'un oligarque lui même surveillé et l'avait signalée à ses homologues occidentaux tandis que la NSA écoutait ses conversations... Cette jeune femme avait bâti sa « légende » via l'association « Droit aux armes » de Barnaul en Sibérie (10.000 membres..., 76 bureaux à l'étranger a été radiée en mars 2018) afin de développer des relations avec des responsables de la National Rifle Association caressant le secret espoir d'atteindre les sphères politiques proches de la présidence (la NRA a fait une donation campaign de 30 millions de dollars au Republican party). Sa cible et son mode d'action reposaient sur une relation intime avec un Américain de 56 ans disposant d'un important réseau social en lien avec le parti républicain.

L’un des correspondants de Maryia Butina qui a plaidé coupable (libérable fin octobre 2019) l'a comparée à Anna Chapman qui comptait sur son physique et son charme pour s'infiltrer dans les cercles influents américains (la CIA a été impliquées elle aussi dans des love affairs). Son infiltration avait réellement débuté après avoir épousé un citoyen britannique en 2003. « Les fins ne justifiaient pas toujours les moyens que nous avions choisis, mais, tant qu'il y aura de l'espionnage, il y aura des Roméos qui séduiront Juliette sans méfiance et qui auront accès à des secrets. Après tout, je dirigeais un service de renseignement, pas un club de cœurs solitaires » (Markus Wolf).

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16 réactions à cet article    


  • Séraphin Lampion Séraphin Lampion 6 septembre 08:24

    En tous cas, c’est pas la peine d’essayer d’envoyer Brigitte dans les pattes d’un ministre ou d’un président brésiliens, ça marchera pas !

    lien


    • the clone the clone 6 septembre 14:29

      @Séraphin Lampion

       J’ai regardé sur Oscaro mais il n’y a plus de pièces pour ce modèle ....


    • the clone the clone 6 septembre 14:27

      Méfiance avec les trav brésilien et toute l’homosexualité galopante plus les hermaphrodites il faut faire une étude de marché avant de se lancer dans l’affaire ..... 


      • Aimable 7 septembre 11:59

        @the clone
        Ce Bolsonaro serait il un homo refoulé ?
        Son visage haineux quand il parle de Brigitte en donne l’impression , pauvre Brigitte smiley .


      • the clone the clone 8 septembre 08:45

        @Aimable

         C’est la jalousie , il aime Brigitte en secret ....


      • Gilbert Spagnolo dit P@py Gilbert Spagnolo dit P@py 6 septembre 18:05

        et on fait courir la légende que le métier d’espion est un métier fatiguant et dangereux !


        @+ P@py


        • Aita Pea Pea Aita Pea Pea 6 septembre 18:13

          Je fais un appel ! Si une jolie espionne russe à longues jambes veut découvrir le secret du branchement va et vient , je suis dispo.


          • the clone the clone 7 septembre 08:51

            Je connais une espionne elle s’appelle Linky et il y a de l’électricité dans l’air avec elle ....


            • Aimable 7 septembre 12:03

              @the clone
              Il paraitrait même que c’est une empoisonneuse au service de sont constructeur .


            • Julot_Fr 7 septembre 10:34

              Il y a plus efficace pour controler les politiques comme par example le stratageme Epstein.. recruter de force des mineurs les forcer dans les bras de politicard le tout dans un environnement bourre de camera pour ne pas en manquer une miette et vous avez un outil de controle parfait pour nos amis sionistes et leur reseau de service secrets


              • Aimable 7 septembre 12:06

                @Julot_Fr
                Là vous jouez avec votre vie , vous avez l’intention de vous suicider ?


              • Shaw aka CVN42-OSe-F-HD Shaw 7 septembre 12:08

                @Quatre sans 21 😎🤙🏿

                Pour ce soir : j’te laisse la bigoudaine, j’prends le requin !

                Deal !?


              • Julot_Fr 7 septembre 14:13

                @Aimable J’y peux rien si nos amis macons n’ont pas reussi a censurer tous les sites alternatifs.. je ne fais que retranscrire.. et il y en besoin vu le niveau de desinformation (70 - 80%) de ce qui circule sur AV


              • Julot_Fr 10 septembre 09:05

                Effectivement, telephone internet tres ralenti et carte de debit inoperante, ils sont terribles ces hackers.. puis je postuler ces anicroches me viennent d’ishrael ? Ici on voit pourquoi il faut absolument eviter la suppression du cash par les banques centrales.. refuser les cryptos


              • sls0 sls0 8 septembre 00:13

                Je préfère un accès à l’ordinateur qu’à un plumard, il y a plus à apprendre.

                Si on tient la route au niveau discussion technique, quelques bières après un colloque c’est efficace.

                Le chantage au sexe, quand une fille rentre chez moi si elle tombe sur une autre à poil, je fais les présentations si elle ne se connaissent pas. Pas sûr que ça marche ce chantage.

                Si je sortait des trucs sensible du boulot c’était sur une clé cryptée, se planter 3 fois de mot de passe et tout s’effaçait.

                De l’extérieure vers le boulot l’accès se faisait par un code que nous donnait un clé avec un écran digital, il valait mieux pas trop trainer pour la connexion le code changeait vite.

                Employer des gonzesses ? La plupart des entreprises et administrations sont de vraies passoires et tout est informatique, dans ce cas là on emploie une femme de ménage, c’est fou ce qu’il y a dans les corbeilles à papiers. Plus le mot de passe est compliqué, plus on a de chance de le trouver sous un sous-main.

                Je disais parfois au filles qui devaient avoir gain de cause : si dans tes yeux se reflète un héros, le mec en face de toi tu l’as à tes pieds.

                Un mec dès qui se croit important vis à vis d’une gonzesse, qu’est-ce qu’il déballe. La coucherie n’est même pas nécessaire, limite improductive.

                Les chefs maintenant sont des managers, le coté production c’est plus trop leur truc, un chauffeur, un logisticien en saura peut être plus.

                Le coup du héros dans les yeux j’avais expliqué ça à des strip teaseuses qui venaient chez moi pour des photos, les revenus ont franchement augmenté et coté coucherie plus trop de propositions.

                Passez donc la douane US avec un portable, ils n’ont pas besoin d’espionnes sexy.


                • novo12 8 septembre 09:06

                  Pour la compromission des élites c’est bien expliqué dans cette interview : https://youtu.be/5kWrBMQoerw

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