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Étranglement, strangulation, asphyxie, suffocation...

Les journalistes et les «  experts  » de la chaire cathodique s'exprimant ex-cathedra à propos de la mort d'Alexia Daval, ont utilisé ces termes comme des mots valises n'expliquant aucunement le phénomène médicolégal à l'origine du décès. L'asphyxie désigne les troubles dus à l'arrêt de la respiration qui entraînent un manque d'oxygène dans l'organisme ; elle peut être provoquée par : l'obstruction des voies respiratoires - de l'air appauvri en oxygène - un arrêt de la ventilation pulmonaire d'origine nerveuse (syncope) - ou par la paralysie des muscles respiratoires (intoxication). La suffocation ou étouffement est une grande difficulté à respirer, et l'étranglement ou strangulation une constriction exercée au niveau du cou (pendaison, garrot, à mains nues) et qui y provoque une interruption de la circulation.

La strangulation a pour effet de faire perdre connaissance, elle peut combiner deux, voire trois types d'étranglements dont on différencie trois principes :

l’étranglement respiratoire : compression ou écrasement des anneaux souples de la trachée artère situés entre la pomme d'Adam et le sommet du sternum, l'obturation des voies respiratoires aériennes (liquide, terre, aliments, objet, sac plastique), ou thorax comprimé par une lourde charge ou un corset (pratique sadomasochisme).

L’étranglement sanguin : compression des artères carotidiennes qui passent de chaque côté du cou situées sensiblement dans la verticale des oreilles pour entraver l’irrigation cérébrale (syncope). La perte de conscience est extrêmement rapide (une dizaine de secondes) et peu douloureuse (pas de suffocation). Cela rappellera des souvenirs aux judokas..., surtout quand l'étranglement porté est doublé d'un contrôle du corps (immobilisation) qui empêche de «  frapper  » pour alerter Tori...

L’étranglement nerveux : pression exercée sur le sinus carotidien (bifurcation de la carotide primitive et interne), endroit très innervé jouant un rôle dans la régulation de la pression artérielle et du rythme cardiaque. Cet étranglement qui était pratiqué par les chirurgiens du Moyen-Age et ceux de la Renaissance pour palier l'absence de produits anesthésiants (apparus au XIX°), entraine une syncope !

Des variantes existent.

La strangulation mécanique qui fait appel à une corde, une pièce de tissu non extensible (col de veste, cravate, écharpe), à un profilé rigide suffisamment solide. Les plus connus de ces étranglements sont le garrot et la pendaison (traction exercée sur le cou par le poids du corps). Dans l'exécution par pendaison, une étude détermine la longueur de la corde selon le poids du supplicié afin d'entrainer la rupture des cervicales...

Le kyusho : qui consiste à pincer fortement la trachée avec le pouce d’un coté et les extrémités des doigts de l’autre, il y a à la fois une strangulation et arrachage par torsion de la trachée.

L'asphyxie positionnelle ou posturale  : pression exercée sur la poitrine ou dans le dos d'une personne allongée en décubitus dorsal ou ventral (ce placage entraîne généralement des fractures costales) - maintenir le buste d'une personne assise replié sur ses genoux par une pression exercée au niveau de ses omoplates (technique du pliage). Ces pratiques en usage parmi les forces de l'ordre ont été interdites dans plusieurs pays.

Toutes les armées du monde enseignent comment neutraliser une sentinelle. Chaque extrémité d'une corde est enroulée par un tour mort dans chaque main, et la boucle formée passée par dessus la tête de l’adversaire et ramener fortement vers l'arrière. Pendant ce mouvement, on se retourne de manière à croiser le lien et se retrouver dos à dos, et de continuer à exercer la traction en se courbant vers l’avant jusqu'à soulever l’individu afin de le priver de ses appuis au sol (l'un des disparus de Mourmelon portait des traces de cette pratique connue sous le nom du coup du père François). Les «  vicieux  » font des nœuds sur la corde («  chapelet  ») de façon à exercer une pression terrible sur les carotides ! Cette technique figure-t-elle toujours dans l'instruction militaire avec d'autres joyeusetés mélioratives comme le cône de pin forcé dans la bouche (poire d'angoisse), celle du « téléphone chinois  » ou de l'asperge népalaise  ?

Si les os protègent les organes internes du corps, le crâne le cerveau, la cage thoracique le cœur, les poumons, etc., le cou reste lui à découvert. En cas de fracture du larynx (cartilage en dessous duquel se trouvent les cordes vocales), l’individu s'asphyxie et ne peut parler. Il y a aussi le risque d'une rupture de la veine jugulaire (hémorragie massive), et celui de rupture des vertèbres cervicales en portant un étranglement suivi d'une chute. Lors des entraînements, l'étude des étranglements ne doit être abordée que sous le contrôle d'un professeur maitrisant les techniques de réanimation. La perte de conscience s'accompagne de mouvements désordonnés et brefs, des membres supérieurs. Si la ré-oxygénation est rapide, la crise régresse en une vingtaine de secondes.

La respiration a pour but d'apporter le dioxygène (O2) contenu dans l'air respiré «  pour assurer le ravitaillement en comburant de l'organisme, et d'expulser à l'extérieur le gaz carbonique  ». Dans ce mécanisme se trouvent associés deux phénomènes différents, l'étape mécanique pulmonaire et l'étape bio-chimique via la circulation sanguine. Une bonne compréhension des étranglements repose sur des notions précises d'anatomie et de physiologie. L'organisme est adaptatif afin de maintenir un équilibre autour de constantes physiologiques (homéostasie). L'état d'équilibre est transitoire à condition de ne pas dépasser une certaine durée. L'organisme est capable de résister pendant un certain moment, mais pas indéfiniment. On peut survivre sans respirer pendant quelques dizaines de secondes, mais pas au-delà d'une certaine durée (tous les individus ne répondent pas de la même façon).

L'air ne parvient pas spontanément aux poumons, il faut un mouvement capable de déformer la cage thoracique et d'entraîner des différences de pression. Lors de l'inspiration, le diaphragme s'abaisse, ce qui entraîne une diminution de la pression à l'intérieur du thorax, permettant à l'air d'y pénétrer. À l'expiration, les muscles inspiratoires et l'élasticité des tissus permettent de chasser l'air contenu dans les poumons ; l'inspiration appelle l'expiration. La respiration est un phénomène réflexe commandé par le système parasympathique qui à son tour commande le nerf pneumogastrique chargé de porter l'information au bulbe rachidien, qui ensuite l'adresse au diaphragme par le nerf phrénique. L'automatisme des centres respiratoires réside dans les centres nerveux du cerveau et le bulbe rachidien qui commandent l'inspiration et imposent le rythme respiratoire pour l'adapter aux besoins du métabolisme (système nerveux autonome). L'information en provenance du cerveau est relayée par la moelle épinière et le nerf phrénique au diaphragme et aux muscles intercostaux. Il s'agit d'un automatisme, mais l'homme peut par la volonté intervenir sur la respiration : apnée, hyperventilation, fréquence, volume du cycle, respiration abdominale ou thoracique.

Les voies respiratoires permettent la circulation entre l'air et les poumons. L'air pénètre par la bouche ou le nez, passe ensuite par le pharynx pour emprunter le larynx et la trachée qui se divise en deux bronches (poumons) pour ensuite aboutir aux alvéoles pulmonaires. La physiologie respiratoire a pour fonction principale d'étudier les échanges gazeux entre l'air et les tissus de l'organisme. Les vaisseaux pulmonaires transportent le sang du cœur aux poumons et l'y ramènent. Le sang veineux en provenance des artères pulmonaires pauvre en oxygène et enrichi de CO2 parvient aux poumons, où le CO2 passe du sang vers les alvéoles pulmonaires pour être rejeté lors de l'expiration. Le sang enrichi en CO2 délivre son information aux centres respiratoires qui comprennent le centre bulbaire, la régulation nerveuse (réflexe de Breuer-Hering), et la régulation chimique ; on appelle « glomus » les zones sensibles à la composition chimique du sang (O2, CO2, pH). Le centre ajuste les besoins à la consommation en commandant à l'organisme l'amplitude et la fréquence respiratoire. Le sang artériel renouvelé quitte les poumons par les veines pulmonaires pour revenir au ventricule gauche, qui va le redistribuer aux artères et aux tissus par l'aorte. Le même phénomène, mais inversé, se produit au niveau des capillaires tissulaires, l'oxygène va se diffuser du sang dans les tissus, et le CO2 emprunter le chemin inverse, tissu/sang. Le sang veineux revient au cœur droit et le cycle se produit de nouveau. La totalité du sang de l'organisme effectue ce parcours en environ une minute.

Lors d'un étranglement, le volume d'air qui pénètre dans les poumons à chaque inspiration diminue, la respiration implique presque exclusivement l'air complémentaire. A l'asphyxie progressive se substitue l'asphyxie franche, l’individu est contrôlé en quelques secondes ! Après une quinzaine de secondes, le sujet devient inconscient (le bulbe asphyxié entraîne l'arrêt des fonctions respiratoires), les lèvres et les oreilles violettes, les yeux sont injectés de sang, la vue se brouille, les oreilles bourdonnent et la syncope survient.

Dès qu'il y a suspension de la ventilation pulmonaire, les gaz dissout dans l'organisme ne parviennent plus à s'éliminer à l'extérieur, et le CO2 produit par l'organisme excède les capacité de ce dernier. Comme rien ne se créé, mais que tout se transforme, la teneur en oxygène s'appauvrit et débouche sur une hypoxie. La teneur de ce gaz vital tombe en dessous de 12 %, et devient insuffisante pour maintenir la vie. La mort peut survenir par épuisement de la réserve d'oxygène contenue dans le sang avant que le taux de CO2 ait atteint une valeur critique (entre 7 et 10 % apparaissent : vertiges, bourdonnement d'oreilles, nausées, pâleur, confusion mentale, vomissements puis perte de connaissance. La mort survient aux environs de 20 %).

Si l'oxygène vient à manquer suite à de l'air contenant insuffisamment d'oxygène : incendie, gaz (intoxication aiguë), ou en quantité insuffisante : voies aériennes obstruées, oreiller sur le nez et la bouche, bâillon, sac étanche sur la tête (l'origine est parfois un jeu sexuel), lourde charge au niveau torse/thorax, corps étranger, piqûre d'insecte dans la gorge, écrasement du larynx, etc., les globules rouges n'assurent plus le transport d'oxygène, c'est la détresse respiratoire. Il faut agir vite, supprimer la cause, procéder à la respiration artificielle, prévenir les secours (oxygénothérapie, intubation, tonicardiaque). Attention, le bouche à bouche n'est pas toujours praticable (fracture de la mâchoire, œdème dans la gorge, empoisonnement, spasme de la glotte, etc. Il faut maîtriser plusieurs méthodes de respiration artificielle et le massage cardiaque externe.

Si l’étranglement est relâché, la personne peut revenir à elle (jeu du foulard), mais cela ne saurait être une certitude. La mort peut survenir suite à une syncope, car le larynx est le siège d’une zone réflexogène relié au bulbe. Une stimulation suffisamment forte du pneumogastrique ou nerf vague peut entrainer un arrêt cardiaque. Dans le cas d'Alexia Fouillot, seule l'autopsie permettra d'affirmer de quelle façon elle est morte, la durée de son agonie (période qui précède la mort), et la raison du geste, contention physique d'une femme en crise nerveuse sans intention de la tuer ? La mort a peut-être été plus rapide que les trois minutes avancées par de doctes journalistes.

NdA : cette contribution se veut exclusivement informative et non une incitation quelconque à reproduire un mouvement...

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Étranglement, strangulation, asphyxie, suffocation... Étranglement, strangulation, asphyxie, suffocation...

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3 réactions à cet article    


  • zygzornifle zygzornifle 10 février 13:50

    L’augmentation de la CGS pour les retraités pauvres s’apparente aussi a ce genre d’explications ....


    • sls0 sls0 10 février 17:43

      A l’armée on nous apprend à asphyxier, pas la peine de revenir là dessus.

      L’asphyxie dans un incendie :
      Au niveau du sol sur 30cm il y a une couche d’air frais où l’on voit.
      Malgré les 600-800° au plafond, ça chauffe pas de trop coté des fesses, il y a la fumée qui fait écran.
      Le test c’était rester 1à 2 minutes sur place ensuite direction sortie à 5-6m. Il fois que l’on s’aperçoit que c’est pas trop inconfortable on est plus zen.

      • V_Parlier V_Parlier 12 février 16:01

        Je lis : « contention physique d’une femme en crise nerveuse sans intention de la tuer ? »
        Euh... Vu la mise en scène qui a suivi pour tenter de masquer l’homicide (euh... le féminicide, dois-je dire, parait-il ?), le « contentionneur » ne devait pas avoir trop de regrets de son geste « accidentel »...

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