Euro, BCE et planche à billets
Le Président de la Banque Centrale Européenne, Mario Draghi a annoncé la semaine dernière un plan visant à soutenir l’économie dans la zone euro et à lutter contre la déflation. Cette annonce a une importance certaine pour au moins deux raisons. D’une part, elle suppose de faire « tourner la planche à billet », même s’il s’agit de financer les PME. Et d’autre part, elle implique de facto une baisse de l’Euro qui est tombé à 1,3 dollar.
Mais ces mesures n’arrivent-elles pas trop tard pour certains pays membres (et notamment le nôtre ?). Car la croissance de la zone sera sûrement inférieure à 1% en 2014 et l’inflation est moribonde (à 0,6 %), nous flirtons avec la déflation et une baisse des prix n’est jamais bonne pour la croissance.
Les mesures prises ne l’ont pas été à l’unanimité, preuve que des discussions commencent à se faire jour sur les objectifs que doit suivre la banque. On peut douter que nos amis allemands soient très enthousiastes à l’idée que les taux de dépôt des banques auprès de la BCE (l’argent que les banques mettent « de côté » sans le prêter) déjà négatif passent de -0,1 % à -0,2 %. Ceci implique donc que les banques devront payer pour faire des dépôts au lieu d’être rémunérés pour cela. Le taux directeur passe quant à lui de 0,15 % à 0,05%. Ce qui ne laisse donc plus aucune marge de manœuvre en terme de baisse de taux qui sont désormais extrêmement bas !
Mais le point qui pose sûrement le plus problème à nos voisins d’outre-rhin ce sont certainement les 400 milliards d’euros qui doivent être « créés » pour financer les PME. Il ne s’agit pas encore d’achat de dettes d’état (même si la BCE l’a déjà fait de manière indirecte en prenant en pension des effets de banques formés de prêts à des Etats). Mais ce plan a un petit air de relance à l’américaine qui ne doit guère leur plaire.
Enfin, il faut être clair, la baisse de l’Euro doit encore moins leur plaire surtout vu la rapidité de la baisse qui sera confortée par cette politique (en 4 mois l’on est passé de 1,39 dollar pour un euro à 1,3). L’Allemagne ne tient sûrement pas à ce que son extraordinaire excédent commercial (22,2 milliards d’euros rien qu’en juillet 2014, 198,9 milliards sur l’année 2013) soit écorné par une baisse de l’Euro (les produits allemands jouant sur la qualité une baisse des prix entraîne une baisse de la valeur et n’est pas compensé par une hausse des quantités).
Et c’est là que l’on touche le point qui blesse toujours, les intérêts allemands sont fondamentalement contraire aux intérêts des autres pays de la zone euro ! D’autant plus que l’Allemagne a de moins en moins besoin de l’Euro, une part croissante de son commerce se faisant en dehors de la zone : alors que son commerce présente un équilibre vis-à-vis de la zone euro, l’ensemble de l’excédent provient d’en dehors de la zone. Ce qui signifie que l’Allemagne importe fortement des produits sous-traités en Europe de l’est, qu’elle réexporte fortement vers l’ouest de l’Europe, et surtout désormais vers l’Asie de l’Est !
Jusqu’à quand nos intérêts pourront-ils continuer à être divergents ? Jusqu’à présent les autres membres de l’Union monétaire (France, Espagne, Italie…) avaient des raisons de se plaindre d’un Euro surévalué et de taux trop élevés pour eux. Mais si les allemands de leur côté n’ont plus forcément intérêt à préserver la monnaie unique, l’on peut se demander si cette dernière fera vraiment de vieux os !
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