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Ex-empires et migration

Après la Première Guerre mondiale, quatre empires ont cessé d'exister : l'Empire ottoman, l'Empire russe, l'Empire allemand et l’Autriche-Hongrie. Ce dernier ne pouvait pas être qualifié de colonial (car limité à l'Europe) tandis que les deux premiers étaient le résultat d'un élargissement territorial continu. L’empire colonial allemand était bien plus modeste que ses homologues français et britannique. Car comme on disait à l’époque, l'Allemagne avait été la dernière à s'asseoir à la table où on se partageait les colonies. On explique par ce retard son intérêt de rééquilibrer la situation en sa faveur en sortant vainqueur d'une guerre que nul n'imaginait pouvoir devenir mondiale. Quant aux systèmes coloniaux français et britannique, ils ont dû attendre la fin de la Seconde Guerre mondiale pour être démantelés à leur tour.

La vague de migration d'aujourd'hui provient majoritairement de pays musulmans qui jadis faisaient partie d'un de ces empires. Les cas de figure que l'on peut observer dans ce sens sont très variés. Nous allons examiner les situations de la Russie, l'Allemagne, la France et la Grande-Bretagne pour voir pourquoi la Russie qui dans le passé s'est fait exploiter prend aujourd'hui des décisions plus raisonnables que celles prises par l'Occident quand il s'agit de construire ses rapports avec le monde musulman.

Le parcours de l’Empire russe est exceptionnel car la plupart de ses territoires a été rassemblée sous la forme d'une fédération de pays nommée URSS. La doctrine communiste exigeait que l'on accorde les mêmes droits à tous les peuples de ce pays. Ceci était réalisé en partie par le fait d'avoir établi des états nationaux et des régions autonomes nommés d’après les peuples qui y habitaient. Les imperfections de ce découpage territorial ont eu pour conséquence les conflits interethniques qu'on a connus après la chute de l'URSS.

Pendant l’époque du communisme, la terminologie "discrimination positive" n'existait pas mais cela ne l’empêchait pas d'être une réalité. Par exemple, pendant le règne de Léonid Brejnev, on ne disait pas que l’accroissement de la population de l'URSS était dû principalement aux républiques d'Asie Centrale qui après la chute de l'URSS ont retrouvé leur identité musulmane (ceci étant accompagné par le remplacement des alphabets cyrilliques par des alphabets latins au Kazakhstan, Turkmenistan et Ouzbekistan dans une tentative de se rapprocher davantage du monde turcophone dominé par la Turquie, héritière de l’Empire ottoman, et aussi de l'Occident).

Toujours pendant cette période, les personnes d'origine ethnique mixte pouvaient préférer se déclarer non-russes pour obtenir une meilleure position au plan professionnel. Dans les années 70-80, le rapport entre les montants donnés et reçus de la part de la Russie pour le budget de l'URSS était de 3:1, celui de la Biélorussie de 1.5-2:1, l'Ukraine était en équilibre 1:1 et les autres républiques soviétiques recevaient plus qu'elles ne donnaient. Enfin, c'est pendant la perestroïka de Mikhaïl Gorbatchev que l'on s'est rendu compte que les 14 républiques de l'URSS autres que la Fédération russe avait une académie nationale des sciences mais pas cette dernière ; apparemment, on avait considéré que l’académie des Sciences de l'URSS faisait aussi office d'académie pour la Russie. C'est à propos de discriminations positives de ce style que les Russes plaisantaient en disant que "russe" n'est pas une origine ethnique mais un destin...

Aujourd'hui les rapports entre la Russie et les républiques d'Asie Centrale (surtout le Turkménistan, l’Ouzbékistan, le Kirghizstan et le Tadjikistan) sont liés à l'immigration économique depuis ces dernières. Les migrants exercent souvent des métiers dans le bâtiment ou travaillent en tant que concierges ou conducteurs de taxis. Ils sont obligés d'avoir des visas de travail (valables 5 ans). Il s'agit surtout d'hommes (arrivés en Russie sans leurs familles) qui envoient une bonne partie de leurs salaires à la maison ; ceci peut représenter jusqu’à un tiers du budget de leur pays natal. Mais une grande partie du salaire peut aussi servir à graisser la patte de certains employés d’état qui ont donné leur accord pour que la personne concernée puisse travailler à Moscou ou dans une autre ville russe. Car dans tous ces pays, la corruption fait partie de la culture locale. N'oublions pas qu’après la chute de l'URSS, ils ont fait un grand pas en arrière vers le féodalisme. Dans ce sens, contentons-nous de mentionner le culte de la personnalité de l’ex-président turkmène Saparmyrat Nyýazow dont le portrait ornait des billets de banque, dont le livre "Ruhnama" se voulait l'équivalent du Coran et dont les statues étaient disséminées dans tout le pays.

Quand la Russie accorde aux ressortissants d'Asie Centrale des visas de travail, elle ne le fait pas seulement par intérêt économique. En effet, il existe toujours un danger de pénétration de djihadistes islamistes depuis l'Afghanistan en Asie Centrale via la frontière longue et poreuse avec le Kazakhstan. Assurer du travail à une partie de la population de ces ex-républiques soviétiques (qui souffrent véritablement du chômage) signifie rendre cette population moins susceptible de se radicaliser et de se joindre aux islamistes armés. La Russie a déjà pas mal de soucis avec l’islamisme radical en Syrie où elle essaie d’éliminer autant de terroristes que possible (dont beaucoup sont originaires d'Asie Centrale ou des républiques autonomes musulmanes de la Russie ; le but étant de tuer les terroristes avant qu’ils puissent rentrer au pays pour se diriger ensuite vers la Russie). Cependant, cette stratégie consistant à aider économiquement l’Asie Centrale pour éviter les actes terroristes n'est pas sans faille.

Par exemple, le 3 avril 2017, une bombe a explosé dans une rame de la ligne 2 du métro de Saint-Pétersbourg faisant 14 morts et 53 blessés. L'auteur de l'attentat Akbarjon Djalilov (un Kirghize) était soupçonné de liens avec des groupes djihadistes. La Russie, pointée souvent du doigt quand il s'agit des droits de l'homme, ne se veut pas championne dans ce domaine et donc, à l'exception d'Ukrainiens russophones depuis 2014, elle n'accueille pas massivement des migrants clandestins. Ces derniers préfèrent l'Europe de l'Ouest qui leur propose de meilleures conditions économiques. Dans ce sens, on peut se rappeler des deux immigrés d'Afrique noire montrés à la télévision française en 2019 dont l'un disait que la France devait rembourser sa dette envers les peuples qu'elle avait jadis colonisés en accueillant des clandestins comme eux. Laissons sans réponse la question de savoir si la France a réellement besoin d’immigrés qui comptent vivre grâce aux aides de l’état.

La classe politique russe ne souffre pas de cette hypocrisie, de présenter à son électorat l'immigration clandestine depuis les pays musulmans comme une fatalité ou, au contraire, comme la solution miracle au problème du vieillissement de la population. Pourquoi une telle thèse est absurde est expliqué dans le livre "L'Allemagne disparaît" ("Deutschland schafft sich ab") écrit en 2010 par l’écrivain allemand Thilo Sarrazin (ce qui, bien évidemment, lui a valu le reproche d’être raciste). Observons au passage que quand l’Allemagne est frappée par le terrorisme islamiste radical, ceci n'est pas dû à son passé colonial. Dans ce sens, il suffit de donner, rien que pour 2016, l'origine des terroristes ayant commis des attentats en Allemagne (aucun n’est ressortissant d’une de ses ex-colonies) : afghane ou pakistanaise pour l'auteur de l'attentat de Wurtzbourg du 18 juillet (à coups de hache, 5 blessés), syrienne pour celui de l'attentat d'Ansbach du 24 juillet (se faisant exploser, 15 blessés), tunisienne pour celui de l'attaque au camion de Berlin du 19 décembre (12 morts et plus de 50 blessés).

Pendant les débats actuels en France concernant la réforme du système des retraites, les Français ont reçu la meilleure des preuves du fait que ce n'est pas l'immigration clandestine qui va résoudre leurs problèmes économiques. Car aucune figure politique n'a osé défendre sa position au sujet du système des retraites par l'argument d'un effet positif quelconque dû à cette immigration. Même si la plupart des hommes politiques n'ont sûrement pas lu le livre "L'Allemagne disparaît". Et pourtant la France peut disparaître pour les mêmes raisons.

Au plan international, le pays s'est engagé dans la lutte contre les djihadistes au Sahel. En 2019, Jean-Luc Mélenchon a déclaré que la France devrait retirer ses militaires du Mali car leur présence irrite la population locale. Récemment, on a entendu à la télé l'opinion d'un habitant d'un des pays du Sahel selon laquelle la France serait coupable d'avoir soutenu tous les gouvernements corrompus des pays de cette région.

Si on accepte cette opinion comme une des explications de ladite irritation des autochtones, on arrive à la conclusion que la tâche de la France est vraiment ingrate. Car elle n'a pas d'autres interlocuteurs légitimes que ces mêmes gouvernements. Elle peut essayer d’apporter de l'aide aux pays concernés (par exemple, en améliorant l'infrastructure, les canalisations et l’électrification de ces pays), bref, d’offrir des choses visibles et palpables pour faire changer l'attitude de la population. Mais se désengager militairement signifierait faire une croix sur le travail remarquable et le sacrifice de ses soldats qui ne permettent pas que le monde voie la naissance d'un nouveau territoire contrôlé par Daech. Ceci signifierait plus de djihadistes qui arrivent en France en guise de rescapés des zones de conflits et plus d'attentats. Depuis que ces derniers se sont banalisés (au couteau ou à la machette) rien n'est plus simple que de tuer des civils ; la Grande-Bretagne a subi un tel attentat au lendemain du Brexit. Les pays du Sahel n'ont ni le même niveau d'armement ni d'entraînement de l’armée française. On ne peut donc pas leur laisser assumer seuls le poids du combat contre les terroristes.

Quand il s'agit d'offrir des terres agricoles à des étrangers, la Russie ne veut pas permettre à des musulmans de louer de telles terres dans sa partie qui sépare ses républiques autonomes de Bachkortostan (Bachkirie) et de Tatarstan (majoritairement musulmanes) du Kazakhstan musulman voisin pour empêcher une continuité territoriale du peuplement musulman. Les classes politiques britannique et française manquent cruellement d'une telle vision géopolitique claire quand il s'agit de positionner son pays dans le contexte mondial actuel des contradictions entre les mondes chrétien et musulman et de veiller à ce que les étrangers que l’on accueille soient des gens susceptibles de partager les valeurs de la nation titulaire. En effet, en Grande-Bretagne, les grandes villes (Londres, Manchester, Birmingham) ont des quartiers pakistanais ce qui peut être qualifié de communautarisme réel. Il s'agit de facto de parties du territoire britannique cédées à ladite communauté. Récemment, le pays a été secoué par des scandales concernant des gangs de violeurs composés essentiellement de ressortissants du Pakistan et dont les cibles étaient des filles autochtones. Des figures politiques locales du sein du Parti Travailliste, sous prétexte de ne pas admettre des actes de racisme, ont aidé à étouffer de tels scandales.

En France, la pratique de la mixité sociale permet de rendre difficile à mesurer la proportion de la population d'origine musulmane qui ne veut pas s’intégrer. Ceci à son tour offre la possibilité de mentir plus longtemps à l’électorat français au sujet des effets positifs de l'immigration clandestine et d'amener la situation avec celle-ci au point de non retour. En janvier 2020, la télévision a annoncé le kidnapping en Irak de membres d'une organisation humanitaire non gouvernementale proche de la droite ou de l’extrême droite française qui s'occupait des problèmes des chrétiens de ce pays. On voit ici à quel point la société française est divisée quand il s'agit de questions de migration - la gauche essaie d'aider les immigrés musulmans à rester en France (rester ne signifiant pas forcément s’intégrer) tandis que la droite essaie d'aider les chrétiens d'Orient à rester chez eux.


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1 réactions à cet article    


  • rita rita 19 février 10:45

    Le propre (si je puis dire) d’un empire c’est qu’un jour il s’écroule !

    L’humanité est ainsi faite, de personnes aux EGO démesurés qui se prennent pour des dieux, et puis POUF il se casse la gueule !

    Les cimetières sont remplis de gens « extraordinaires » qui pourrissent au soleil !

     smiley

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Auteur de l'article

Vladimir Kostov


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