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Expansion orientale de l’OTAN : Retour sur les promesses faites à Mikhaïl Gorbatchev lors de la chute du rideau de fer

Expansion orientale de l’OTAN : Retour sur les promesses faîtes à Mikhaïl Gorbatchev lors de la chute du rideau de fer

 La fameuse garantie « Pas un seul pouce vers l’Est », donnée par le secrétaire d’état américain John Major au leader soviétique Mikhaïl Gorbatchev, le 9 Février 1990, au sujet d’une éventuelle future expansion de l’OTAN, fit partie d’une cascade de garanties sur la sécurité soviétique données à Gorbatchev et d’autres officiels de l’URSS par les dirigeants occidentaux durant le processus de réunification de l’Allemagne en 1990, puis durant l’année 1991.

 Le président George H.W. Bush avait assuré Gorbatchev, lors du sommet de Malte en Décembre 1989, que les Etats-Unis ne profiteraient pas des révolutions en Europe de l’Est pour nuire aux intérêts soviétiques, alors qu’à ce moment ni Bush, ni Gorbatchev, ni même le chancelier Ouest-allemand Helmut Kohl, ne s’attendaient à voir une chute aussi rapide de la RDA conduisant directement à une réunification de l’Allemagne.

 Les premières garanties concrètes au sujet de l’OTAN, données par les dirigeants occidentaux, débutèrent le 31 Janvier 1990, lorsque le ministre des affaires étrangères de la RFA, Hans-Dietrich Genscher, fit un discours à Tutzing, en Bavière, sur la réunification allemande. L’ambassade des Etats-Unis à Bonn informa Washington que Genscher mit au clair que « Les changements en Europe de l’Est et la réunification allemande ne devaient pas conduire à une obstruction des intérêts de sécurité soviétiques. Et l’OTAN devait abandonner l’expansion de son territoire vers l’Est, le rapprochant des frontières soviétiques ». La proposition de Genscher de laisser l’ancien territoire de la RDA en dehors des structures militaires de l’OTAN, même si l’Allemagne réunifiée en devenait membre, fût également notifiée.

 L’idée d’un statut spécial pour le territoire de la RDA fût notifié dans le traité de réunification de l’Allemagne signé le 12 Septembre 1990 par les ministres des affaires étrangères de six pays. Le concept de ne pas se rapprocher des frontières soviétiques se retrouve dans de nombreux mémoires officiels de conversations entre l’URSS et les interlocuteurs occidentaux de haut rang (Genscher, Kohl, Baker, Gates, Bush, Mitterrand, Thatcher, Major, Woerner, etc …), offrant de multiples garanties, au cours des années 1990 et 1991, au sujet de la protection des intérêts de sécurité soviétiques, incluant l’URSS dans les nouvelles structures de sécurité européennes.

 

 Le « formulaire de Tutzing » devint immédiatement le centre d’une foison d’importantes discussions diplomatiques, menant à la rencontre cruciale du 10 Février 1990, à Moscou, entre Kohl et Gorbatchev, lorsque de le dirigeant Ouest-allemand obtint l’accord de principe des soviétiques pour une réunification de l’Allemagne au sein de l’OTAN, à condition que l’OTAN ne s’étende pas vers l’Est Cet accord fût officialisé par signatures en Septembre 1990.

 Le 6 Février 1990, lorsque Genscher rencontra le ministre des affaires étrangères britannique Douglas Hurd, il déclara : « Les russes doivent avoir la garantie que si, par exemple, le gouvernement polonais quittait le pacte de Varsovie demain, il ne pourrait pas rejoindre l’OTAN le jour suivant. »

  A trois reprises, Baker répéta la formule « Pas un seul pouce vers l’Est » lors de sa rencontre avec Gorbatchev, le 9 Février 1990. Il approuva la position de Gorbatchev sur le fait qu’une éventuelle expansion orientale de l’OTAN serait inacceptable. Baker assura Gorbatchev que ni lui, ni le président américain, ne comptaient tirer profit du processus en cours, et que les américains comprenaient que pour l’URSS et les pays européens, il était important que les Etats-Unis limitent leur présence aux frontières actuelles de l’OTAN, et que pas un seul pouce de la juridiction militaire de l’OTAN ne s’étendra vers l’Est. Après cela, Baker écrivit à Helmut Kohl, qui devait rencontrer le dirigeant soviétique le lendemain, en lui tenant les mêmes propos. Baker rapporta : « Je lui (Gorbatchev) ai posé la question suivante. Préféreriez-vous voir une Allemagne réunifiée externe à l’OTAN, indépendante et sans présence militaire américaine, ou une Allemagne réunifiée membre de l’OTAN offrant la garantie que l’OTAN ne s’étendra pas vers l’Est à partir de ses positions actuelles ? Il répondit que toute expansion de l’OTAN serait inacceptable pour les soviétiques ». Le chancelier Ouest-allemand assura donc à Gorbatchev, le 10 Février 1990 : « Nous croyons que l’OTAN ne devrait pas étendre sa sphère d’activité ».

 Le 18 Mai 1990 à Moscou, Baker assura encore Gorbatchev, de la transformation de l’OTAN, renforçant les structures européennes, gardant l’Allemagne non nucléaire, et prenant en compte les intérêts soviétiques. Il garantit que les buts de l’OTAN n’étaient pas de séparer l’Europe de l’Est de l’URSS, même si ce fût son objectif par le passé, et avait des intérêts à construire une Europe stable avec la Russie.

 Le président français François Mitterrand, ayant un point de vue différent de celui des américains, confia le 25 Mai 1990 à Gorbatchev, lors d’une visite officielle à Moscou, qu’il serait personnellement plutôt en faveur d’un démantèlement progressif des deux blocs militaires en assurant des conditions de sécurité autant pour l’URSS que pour l’Europe.

 Lors du sommet du 31 Mai 1990, Bush déclara à Gorbatchev : « Croyez-moi, nous ne poussons pas l’Allemagne vers la réunification, et ce n’est pas nous qui décidons de la voie prise par ce processus. Et, bien sûr, nous n’avons aucune intention, ne serait-ce qu’en pensée de nuire à l’URSS ». La « Dame de fer », Margaret Thatcher, réitéra ces garanties de son côté le 8 Juin 1990 à Londres.

 Mais au sein du gouvernement américain, une discussion différente suivait son cours : un débat sur les relations entre l’OTAN et l’Europe de l’Est. Les opinions différaient, mais la prescription du département de la défense fût de conserver la « porte Ajar » pour introduire des pays d’Europe de l’Est dans l’OTAN.

 Fin Mars 1991, le premier ministre britannique John Major déclara personnellement à Gorbatchev : « Nous ne parlons pas de renforcer l’OTAN ». Juste après, lorsque le ministre de la défense soviétique, le Maréchal Dimitri Yazov, interrogea Major au sujet de la volonté de certains dirigeants d’Europe de l’Est de rejoindre l’OTAN, le dirigeant britannique répondit : « Rien de ce genre ne se produira ».

 Lorsque les députés russes se rendirent à Bruxelles en Juillet 1991 pour rencontrer le secrétaire général de l’OTAN, Manfred Woermer, celui-ci leur déclara : « Nous n’autoriserons pas l’isolation de l’URSS de la communauté européenne ».

 En conclusion : Qu’en est-il aujourd’hui de toutes ces promesses ? L’OTAN a-t-il respecté ses engagements envers la Russie ? La réponse est clairement négative ! Il n’est donc pas surprenant que la Russie d’aujourd’hui souhaite éviter de reproduire les erreurs de Mikhaïl Gorbatchev, en ne se méfiant pas assez de la politique expansionniste agressive de l’OTAN.

 

Nicolas Pierrot


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6 réactions à cet article    


  • samy Levrai samy Levrai 16 décembre 2017 11:06

    « le secrétaire d’état américain John Major » 

     ????

    • Matlemat Matlemat 16 décembre 2017 17:01

      Les promesses n’engagent que ceux qui y croient, surtout les promesses orales , tout aussi naïfs sont les ukrainiens qui pensaient que les États Unis sont prêts à faire la guerre à la Russie pour leur intégré territoriale.


      • sirocco sirocco 16 décembre 2017 21:56

        @Matlemat

        Si les Etats-Unis ne sont pas prêts à faire la guerre à la Russie, ça ne leur déplairait pas de la faire faire par l’Europe.


      • Paul Leleu 16 décembre 2017 20:51

        Gorbatchev a été détesté d’une partie de la population russe pour tout cela... non seulement pour avoir cru naïvement aux promesses des américains... mais aussi pour avoir laissé démanteler l’URSS au profit d’une bande de milliardaires sans foi ni loi, qui ont fait 3 millions de morts et 10 millions de disparus dans les années 1990 (chiffres ONU)... 


        en 1996, le peuple russe avait voté pour le communiste Guennadi Ziouganov... mais les résultats ont été trafiqués, afin que le « libéral » Boris Elstine gagne... 

        aujourd’hui encore, 56% des citoyens regrettent l’URSS... 

        • Matlemat Matlemat 17 décembre 2017 15:12

          @Sirocco , exact cela leur a bien réussi durant les deux guerres mondiales.


          • Aristide Aristide 18 décembre 2017 12:21

            Il est étonnant qu’un spécialiste du sujet mélange allègrement Russie et URSS. L’URSS a disparu corps et biens depuis longtemps. La Russie ne peut se prévaloir que de ce qui la concerne en propre, comme l’Ukraine, la Biélorussie, ... elle n’est en rien souveraine sur les anciennes républiques soviétiques et elle ne peut se prévaloir des « engagements » pris avec la défunte URSS.


            Les Etats qui ont adhéré à l’OTAN l’ont fait librement, après leur indépendance. Serait ce donc que la Russie se réserve le droit de décider des actions prises en toute souveraineté par des anciens pays du pacte de Varsovie. Depuis 2004, ces états décident en toute indépendance de leurs alliances, ...

            C’est dur pour la Russie de ne plus pouvoir intervenir comme elle le pouvait à Budapest, ou a Prague au seul prétexte de sa légitimité, c’est fini, même s’il elle démontre à l’Est de l’Ukraine que la pilule a du mal a passer, elle se fera vite à la situation. Poutine joue les gros bras mais il sait qu’il ne pourra jamais aller aussi loin ... que lui permettait la situation d’une Europe coupée en deux.



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