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Accueil du site > Tribune Libre > Fable de Loire : Le Vilain Mulard

Fable de Loire : Le Vilain Mulard

Il était en Cenabum, un volatile à l'improbable plumage.

Sa livrée terne et insipide n'égalait en rien la luxuriance de celles de ses nobles congénères de mâle importance.

Il en éprouvait souvent méchante frustration, pensant pis que pendre de ses frères emplumés : Mais qu'étaient-ils donc sots, et moins vifs d'esprit que lui, eux qui préféraient parader, plutôt que de l'esprit, en société briller !

Et pas un de ses homologues qui n'échappa à ses sarcasmes intérieurs.

Car notre volatile envieux n'avait guère de courage pour dire le fond de sa pensée, et s'il leur livrait souvent belle figure, et parfois même l'illusion de bon compagnon, il n'était en réalité que zoïle timoré.

Cependant notre grimacier gibier avait un talent à nul autre pareil en cette cour colorée et bigarrée où maintes oiselles admiratives et naïves, à leurs habits chamarrés succombaient.

Et à ce jeu, notre vilain oiseau au si piètre plumage, remportait franc succès avec son envoutant ramage. Car il avait fort belle voix dont il usait tel un suave archer sur divin violon, que Stradivarius lui-même eût pu lui envier.

Et ce n'étaient que trémolos, trilles, vocalises et autres virtuosités en chants et paroles exquises. L'auditoire féminin en tombait littéralement en pâmoison, sous l'effet conjugué de son enjôleur couplet, qu'elles pensaient, les nigaudes, à elles seules destiné.

Satisfait notre roublard et envieux mulard, s'en rengorgeait. Et c'est auprès de ses compagnons qu'il méprisait tant, qu'il faisait le fanfaron. L'insolent volatile se répandait alors en confidences graveleuses sur la manière dont il troussait ses crédules admiratrices. Car à la manière d'un maléfique breuvage, dont l'enchanteresse Circé n'aurait rien à lui envier, ses séraphiques mélodies les transformaient en dindes ou oies, qui s'abandonnaient bien vite en ses harmoniques rets.

Alors sans autre forme de procès, notre affreux canard en usait et abusait et pour tout dire leur faisait bien mauvaises façons. Et des unes aux autres il s'égaillait, leur celant bien leur mutuelle existence, quoique..., tandis que chaque soir il regagnait son nid où l'attendait sa docile mie. Car notre pathétique volatile avait depuis bien longtemps convolé en juste noce, mais multipliait ainsi, oiselles de passage en sa vie. Et c'était là insatiable satyriasis.

Et cela aurait pu durer encore longtemps ainsi, s'il n'avait eu cette inconséquente turpitude, cette goujaterie sans pareille, de se laisser aller, là aussi, à obscènes épanchements. Car de tout il se délectait même de salir, souiller, vilipender celle qu'il avait tantôt honoré. A la nouvelle élue, en mufle endurci et aguerri, il dressait alors lubrique portrait de la précédente, mais lui jurait alors la patte sur le cœur que ce n'était qu'entre ses plumes qu'il connaissait suprême ravissement.

Las, à trop vouloir profiter, notre malhonnête halbran finit par se faire prendre le bec dans la tapette, ou plutôt dans le collet.

Car dans sa longue liste d'oiselles, il s'en trouva pourtant deux à ne pas s'en laisser conter plus qu'il ne fallait. Toutes deux, poulettes libres de leur état, furent vite intriguées de ces si méchantes urbanités. Et rien n'est plus dangereux, que femelles à plume ou à poil qui de la réalité cherchent vérités.

Et comme l'écho des vents de Loire bruissait de leurs noms, ce leur fût chose bien aisée que de se rencontrer. Le vilain oiseau fut bien vite confondu. Et c'est en rires et dignité retrouvée que leur nouvelle amitié fût bien vite scellée.

Quant au vilain mulard, elles lui envoyèrent chanson à leur façon, pour lui faire démonstration de la vacuité de sa ridicule corruption. Et en un humoristique duo, lui réglèrent son compte de malhonnête hâbleur.

L'histoire ne dit pas s'il en fut bien marri, mais à partir de ce jour, celles qui furent prises pour dinde et oie refusèrent de se faire farcir. Ce qui en période de l'Avent et sur les rives de Loire, fît révolution.

Mais la moralité de cette fable, c'est qu'envie, jalousie et luxure sont mauvaises compagnes de route. Aussi, si vous êtes un tantinet contrefait et que d’Apollon, vous n'avez pas les traits, écoutez cet avisé conseil, de votre don de volatile chanteur émérite ne faites pas mauvais artifice.

Vous y gagnerez en véritable respect et succès.


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8 réactions à cet article    


  • Emmanuel Aguéra Emmanuel Aguéra 17 décembre 2014 22:18

    Superbe, Circé, merci.
    (vous allez faire plaisir à quelqu’un... smiley )


    • Circé Circé 18 décembre 2014 07:02

      Bonjour Emmanuel Aguéra :

      Merci pour ce grand compliment.
      L’Aurore aux doigts de rose me donne ce matin et dès le réveil quelque couleur.
      ( Faire plaisir à quelq’un, faire plaisir à quelqu’un ? Vraiment, je ne vois pas...)


    • Vipère Vipère 17 décembre 2014 23:17



      Après ces recommendations d’une grande sagesse, les Don Juan contrefaits n’ont plus qu’
      a retenir leurs ardeurs et leur flamme et à rabattre du caquet, si du plumet, ils sont dégarnis et du ventre trop enflé ! 

      • Circé Circé 18 décembre 2014 07:08

        Bonjour Vipère :

        Etre contrefait ne serait pas rédhibitoire difformité, si le vilain mulard n’était surtout mufle et goujat confirmé.

        Belle journée à vous.


      • Gabriel Gabriel 18 décembre 2014 11:42

        Le vilain mulard ignore t-il que les plus belles fleurs ne s’épanouissent pas dans le jardin du hussard qui les piétine et que les œufs ne doivent pas danser avec les pierres... Merci Circé pour cette philosophique fable.


        • Circé Circé 18 décembre 2014 11:46

          Bonjour Gabriel :

          Merci pour cette autre morale qui aurait pu tout aussi bien terminer l’affaire.
          Un vilain mulard qui se prend pour un hussard.

          Quelle belle ironie !
          Merci pour ce sourire du matin.


        • COVADONGA722 COVADONGA722 19 décembre 2014 06:22

          yep , s’en passe de belle en bord de Loire ! On y découvre des bretteuses de première !

          Je prendrais des précautions la prochaine fois qu’il me viendra l’envie de vous contredire ma chère .Il est un auteur dont j’évite les poncifs et bonnes pensées je le verrais bien destinataire de votre épistolière charge . Circé vous voila donc moins magicienne et plus amazone car votre trait à la fin 
          de l’envoi c’est la flèche du Parthe !


          asinus : ne varietur 

          • Circé Circé 19 décembre 2014 07:01

            Bonjour Covadonga722 :

            Il est des commentaires dès potron-minet qui, sous les meilleurs auspices, place votre journée.
            Aujourd’hui sera l’une de celles-là, grâce à vous...

            Grand merci ! A sa juste valeur, le compliment j’apprécie.

            Enfin comme j’aime l’Histoire et la mythologie, être comparée à Hippolyte, reine des Amazones, archère aux talents à nul autre pareil, me convient fort bien.

            Merci, vraiment.

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