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Accueil du site > Tribune Libre > Faut-il enseigner la morale à l’Ecole ?

Faut-il enseigner la morale à l’Ecole ?

Le CSP a planché sur l'Enseignement moral et civique voulu par Vincent Peillon.Le texte en projet sur les principes généraux est paru le 3 juillet 2014.

La culture morale et civique comporte quatre dimensions, étroitement articulées entre elles : une dimension sensible (culture de la sensibilité) ; une dimension normative (culture de la règle et du droit) ; une dimension cognitive (culture du jugement - moral -) et une dimension pratique (culture de l’engagement)... L’évaluation fera l’objet d’une proposition ultérieure.

http://cache.media.education.gouv.fr/file/Organismes/32/8/CSP-Projet_EMC_337328.pdf

D'un point de vue philosophique, on peut se demander quel est le statut des propositions que les enseignants seront obligés d'enseigner. Il y a une réelle ambiguïté à ce niveau puisque l'on fait comme si ces propositions avaient une valeur de vérité, alors qu'elles n'en ont pas. ce sont des propositions injonctives, subjectives et relatives.

Pour reprendre une distinction kantienne, admise par la philosophie analytique (Alfred Ayer, Language, Truth and Logic), lorsque vous enseignez une discipline scolaire ou universitaire, que ce soit une discipline scientifique ou une discipline  littéraire, vous le faites avec le sentiment d'énoncer des propositions "vraies", validées soit en raison de leur contenu analytique (a priori) comme les mathématiques, ou en raison de leur contenu synthétique, par l'accord avec l'expérience sensible induite par une hypothèse, comme dans les sciences naturelles ou par l'existence d'un état de fait (la langue française, latine, grecque, anglaise, allemande, etc.) que vous décrivez et que vous apprenez à employer.

La nature des propositions morales (éthiques) ou esthétiques est entièrement différente, puisqu'elles ne sont ni analytiques (ce ne sont pas des tautologies), ni synthétiques (elles ne sont pas démontrables) et elles n'énoncent aucun fait.

Ce qui me gêne également dans ce projet, c'est le fait que l'on éprouve le besoin "d'injecter de la morale" dans un ensemble qui en serait dépourvu, comme si la recherche de la vérité, la rigueur intellectuelle, le sens de l'effort, l'honnêteté intellectuelle n'avaient pas une valeur éthique intrinsèque.

Rêvons un peu : peut-être les rédacteurs de ce projet, dans un bref moment de lucidité, se sont-ils arrêtés un instant pour se demander "mais enfin, les gars, de quoi parlons-nous au juste ?" ... avant de s'écrier : "N'y pensons-pas, continuons, on est payés pour ça, non ?"

... Mais la différence entre morale et éthique et la question de la "relativité des valeurs" ne semble pas les avoir effleurés, ce qui intellectuellement parlant, n'est pas très... "moral", non ?

"Travaillons donc à bien penser. Voilà le vrai principe de la morale." (Pascal)... Pas sûr qu'on en prenne le chemin avec ce catalogue plein de bonnes (?) intentions dont on sait que l'enfer est pavé.

Dans les années 60, on avait un peu de morale (et un peu d'évaluation) et beaucoup de travail (les instruments de pensée), aujourd'hui c'est l'inverse : beaucoup de morale - en fait, il s'agit de "socialisation" et de conformisme - et ça donne furieusement envie de relire Nietzsche et d'escalader les montagnes pour chercher les edelweiss - beaucoup d'évaluation et de moins en moins de travail.

Et si les enfants d'aujourd'hui, comme de toujours avaient envie qu'on leur f... la paix en matière de "morale", tout en leur rappelant "jusqu'où il ne faut pas aller trop loin", mais qu'on soit très exigeant en matière de travail ?

 


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32 réactions à cet article    


  • Rounga Rounga 7 juillet 2014 10:28

    A l’heure actuelle nous vivons dans une société qui n’impose aucune valeur morale, qui n’édicte aucun modèle de vertu et de vie bonne. Ces choses-là sont de l’ordre du privé, conformément à la doctrine libérale, dont l’extension, en favorisant l’affirmation publique de n’importe quelle lubie sous le nom de « liberté », va cependant à l’encontre de la « common decency » encore ancrée au fond des cerveaux n’ayant pas encore été entièrement formatés par l’individualisme abstrait. Par conséquent, le libéralisme instaure paradoxalement des valeurs au sein de la société nécessaires pour que la croissance de sa logique se fasse sans trouble. Il s’agit des valeurs d’égalité et de tolérance, qui valident le pivot essentiel du libéralisme selon lequel tout se vaut et l’individu est un élément indépendant qui se trouve par accident au sein d’une société, et que le droit devrait par conséquent laisser poursuivre son bonheur, qu’on aura auparavant identifié au plaisir. Pas besoin, donc, de cours de morale dans les écoles, les ABCD de l’égalité s’en chargent déjà.


    • Abdu Abdu 7 juillet 2014 15:55

      L’égalité en tant que valeur libérale ?

      Le libéralisme et la sacro-sainte croissance ont au contraire besoin de l’inégalité et de la ségrégation.


    • Vipère Vipère 7 juillet 2014 10:37

      Bonjour l’auteur



      Le ministre V. PEILLON dit :

      « L’enseignement moral et civique ne doit pas se traduire par un apprentissage à la lettre de maximes inscrites au tableau, comme l’a caricaturalement préconisé un ancien ministre. Il consiste à amener les élèves à réfléchir sur leurs attitudes, à construire des règles et des valeurs communes »...

      Vous dites :

      « Ce qui me gêne également dans ce projet, c’est le fait que l’on éprouve le besoin »d’injecter de la morale« dans un ensemble qui en serait dépourvu, comme si la recherche de la vérité, la rigueur intellectuelle, le sens de l’effort, l’honnêteté intellectuelle n’avaient pas une valeur éthique intrinsèque. »

      Il y a un déficit de valeurs morales dans nos sociétés modernes, c’est un fait. L’école d’autrefois, savait parfaitement transmettre « la morale laïque » aux enfants et, l’on me ferait croire que celle d’aujourd’hui, ne le pourrait pas ?

       Au nom de quels principes les enseignants se déroberaient à cette tâche ?

      • claude-michel claude-michel 7 juillet 2014 10:41

        La morale à l’école existait encore avant mai 68... ?


        • Claudius Claudius 7 juillet 2014 11:06

          Excellentes observations 


          NB : A mort les Fafs ! 

          C’est le titre de la première leçon

          .. et de la deuxième, et de la troisième, et de la énième .. 

          Une ou deux leçons seront consacrées à la tolérance .. Tolérance des ... !

          J’peux pas écrire, M’sieur, j’veux pas mourir ..

          • soi même 7 juillet 2014 12:00
            Faut-il enseigner la morale à l’Ecole ?

            A votre avis l’école incarne tel une Morale exemplaire ?


            • xmen-classe4 xmen-classe4 7 juillet 2014 13:26

              celon la loi vous pouvez déjà aller en prison pour incitation à la révolte.


              • soi même 7 juillet 2014 14:05

                La meilleur morale, c’est être morale, pensez vous que de favoriser l’Élitisme est une vertus Morale ?


              • xmen-classe4 xmen-classe4 7 juillet 2014 20:01

                « La meilleur morale, c’est être morale, pensez vous que de favoriser l’Élitisme est une vertus Morale ? »

                j’en pense que l’immoralité donne le moral, faire la morale est amoral donc il est immorale de penser être amoral.

                les professeurs travaillent peut etre déjà pour eux, etre moins seul et utilisé les eleves comme les employés de leurs besoin de compagnies. ils finissent donc par connaitre les parents d’élèves et le maires pour ensuite faire de la Politique.


              • soi même 7 juillet 2014 21:07

                @ xmen-classe4, j’attends, t’as thèse, car t’es en train de pondre un canard à 6 pattes !


              • ahtupic ahtupic 7 juillet 2014 13:31

                La meilleure leçon est l’exemple que l’enfant voit et intégre. Mais aujourd’hui nos politicards corrompus sont mal placés pour nous parler de morale alors que la plupart devraient en taule où au moins condamnés et donc inéligibles. Quant à Peillon et sa théorie du genre, ne m’en parlez pas, ce n’est pas le bon exemple.


                • scylax 7 juillet 2014 14:04

                  Il y a à ma connaissance séparation de la religion et de l’Etat ; Or la morale est issue d’une normativité philosophique ou religieuse.

                  L’Etat est incompétent en la matière.
                  La morale à l’Ecole est une forme de propagande subjective et qui d’ailleurs ne fera jamais consensus. 
                  C’est à la Famille, à ce qu’il en reste (d’où le problème) d’enseigner la morale.

                  • soi même 7 juillet 2014 14:34

                    @ scylax, à force de déblatérer , j’ ai du mal à vous prendre au sérieux où est l’entourloupe dans vos propos ?


                  • xmen-classe4 xmen-classe4 7 juillet 2014 20:13

                    la morale de l’éducation est surement de savoir tenir, ne rien lacher. il faut considérer le grand capital comme un ennemi qui nous fairra oublier le boin de travailler pour répondre au problème que nous avons de vivre de l’inspiration sans d’expiration.


                  • soi même 7 juillet 2014 21:10

                    A la niche xmen-classe4 !


                  • foufouille foufouille 7 juillet 2014 14:18

                    la morale c’est cahuzac ou les comptes de l’UMP


                    • Venceslas Venceslas 7 juillet 2014 14:24

                      Ça fait un bien fou de lire ce genre d’article en 2014.


                      • foufouille foufouille 7 juillet 2014 14:30

                        vu les 16 pages, on dirait de la propagande


                        • Abdu Abdu 7 juillet 2014 16:08

                          Je trouve les discussions bien pauvres malgré un texte de base qui donne du bon grain à moudre.

                          « La culture morale et civique comporte quatre dimensions, étroitement articulées entre elles : une dimension sensible (culture de la sensibilité) ; une dimension normative (culture de la règle et du droit) ; une dimension cognitive (culture du jugement - moral -) et une dimension pratique (culture de l’engagement)... »

                          Je trouve en ces termes le problème bien posé et donc presque résolu.

                          Se donner l’objectif d’expliquer ceci ainsi que ce qu’implique chacun de ces items serait déjà en soit un programme scolaire utile il me semble.

                          Enseigner la morale n’est pas nécessairement faire la morale. De même qu’on ne fait pas la guerre en cours d’histoire.


                          • soi même 7 juillet 2014 21:13

                            @ Abdu, si tu penses que l’école est le lieux, c’est que tu n’as vraiment rien compris !
                            Un peut d’auto-éducation de ferrait le plus grand bien !


                          • Abdu Abdu 8 juillet 2014 03:26

                            Pas le lieux pour édicter des normes ou des jugements.
                            Mais le lieu pour expliquer.

                            Un bon cour de morale serait un cours que nous pourrions tous donner à quiconque sans rechigner.
                            Dans le style de la citation cet article.

                            Quel problème cela poserait et à qui de faire comprendre l’existence dans les relations entre humains de valeurs utiles ?

                            Chacun a le droit d’apprendre à l’école par exemple ces quatre dimensions ainsi citées. Ainsi que d’autres notions de base pour apprendre à se construire ses propres repères, par exemple ce qui est du domaine du factuel, de la croyance. Et avoir aussi connaissances des difficultés de la communication entre personnes. Ce qui est un fait pour moi car je l’ai vécu n’est pas perceptible comme tel par la personne à qui j’en parle...

                            Ce genre de choses, qui sont toutes à la base de conflits imbéciles nourris d’ignorance.
                            Au nom de quoi interdire l’accès à certains enfants à ces connaissances indispensables à la vie en société ?

                             


                          • soi même 8 juillet 2014 13:15

                            Donner une leçon de morale, n’importe quel imbécile peut le faire, être morale est une autre pair de manche.

                            C’est sans doute pour cela que l’auto- éducation est tellement ignorée.
                            Le plus beau cour de Morale est justement, c’est être morale !
                            Et pour être morale c’est l’auto éducation !
                            L’enfant n’a pas besoin de cour pour être morale, il a besoin d’évoluer avec des êtres moraux !
                            C’est le principe d’initiation qu’il s’agit, un homme en lutte contre lui même produit plus d’effet positif, qu’un philistin qui enseigne du haut de sa chaire qu’il faut pas mentir à lors qu’il est déjà en décalage avec sa propre réalité intérieur !

                             


                          • Jean de Beauce Jehan De Beauce 7 juillet 2014 21:54

                            Avant d’apprendre la morale apprenons déjà aux enfants à rester assis sur une chaise et à écouter en silence...


                            • marauder 8 juillet 2014 01:08

                              les enfants ne sont pas l’objet de tes desirs...


                            • Jean de Beauce Jehan De Beauce 8 juillet 2014 14:11

                              @marauder : vu l’heure de votre com’ et son contenu, vous devez confondre avec un site « hard ».


                            • Abdu Abdu 8 juillet 2014 03:52

                              Un cours de morale à l’école peut aussi avoir un effet libérateur.

                              Expliquer par exemple qu’il y a d’un coté ce que vous pensez, ce que vous croyez, vos goûts et penchants.
                              Et d’un autre coté il y a les comportements normés tolérés par l’environnement.
                              Et les comportements normés favorisés par l’environnement.

                              Ça revient à enseigner l’hypocrisie. Mais notre société marche avec ça et par ça. Autant que chacun le sache et évite de se cogner bêtement aux murs (ou aux autres).

                              On est dans une société qui génère de la révolte. Si on n’enseigne pas ces choses là, cette révolte poussera à la délinquance ou même pire. Il n’y a rien de pire que le manque d’éducation ajouté à la frustration.
                              Alors que si tout le monde a reçu par son éducations les outils du vivre ensemble, la révolte peu au contraire produire les révolutions/réformes nécessaires.

                              L’enjeu est énorme. Vider les prisons (un peu, il y aura toujours des malfrats) et faire évoluer la société !


                              • Captain Marlo Fifi Brind_acier 8 juillet 2014 07:03

                                La question est mal posée, par ignorance de ce qu’enseigne la psychologie.
                                Ou par propos délibéré, va savoir...

                                Ce sont les familles qui doivent s’occuper d’enseigner à leurs enfants le respect des autres et la morale. Pour des raisons que la psychanalyse explique, sur la construction du surmoi, cet ensemble d’interdits qui se construit progressivement dans l’enfance.
                                « La liberté de chacun s’arrête où commence celle des autres » est loin d’être évident à intégrer pour un enfant, qui a surtout envie de faire ce qui lui convient...

                                Les enfants acceptent les règles morales énoncées par leurs parents dans le cadre de la relation fusionnelle qu’ils ont avec eux. Le surmoi se construit par peur de perdre l’amour de leurs parents, de se sentir rejetés, s’ils « se comportent mal ».
                                Les psychanalystes appuient le surmoi sur l’interdit de l’inceste.

                                C’est une intégration familiale, pas une conformité à une norme sociale extérieure.

                                Cela suppose quelques conditions :
                                * que les parents aient eux -mêmes une morale socialisée à enseigner à leurs enfants.
                                * qu’ils aient le souci de la transmettre à leurs enfants.
                                * qu’ils donnent l’exemple dans la vie quotidienne.
                                * que l’enfant ne soit pas « l’enfant roi » qui a tous les droits, et jamais d’obligations.

                                Les enseignants ne peuvent que « renforcer » des bases de comportements déjà acquises, car ils n’ont eux, aucune relation fusionnelle avec les enfants, c’est même tout à fait interdit par la loi. 

                                Le surmoi est l’ensemble des interdits qui nous permettent de vivre avec les autres.



                                • Captain Marlo Fifi Brind_acier 8 juillet 2014 07:13

                                  La question de la morale à l’école, et pas dans la famille, pose des question plus politiques :
                                  * quelle sorte de citoyens veut-on construire ?
                                  * de quelle sorte de citoyens le marketing a-t-il besoin ?
                                  * quel est le modèle occidental qui sous tend ces couillonnades ?

                                  Ces questions sont posées par Hervé Juvin qui décrit, comme le dit Attali, « l’homme nomade, sans liens, sans structure, seul maître de ses désirs ».
                                  Le top pour le marketing ! Mais pas forcément pour lui ou pour la société....
                                  « La fin de la mondialisation et le retour des identités ».
                                  La fin du modèle unique américain et occidental... ??


                                  • aimable 8 juillet 2014 08:15

                                    l’enseignement de la Morale
                                    le haut de l’échelle sociale est d’évidence passée a côté ( vu son comportement , qui est seulement la partie visible de l’iceberg )


                                    • Abdu Abdu 8 juillet 2014 09:34

                                      Mais on ne parle pas d’inculquer une morale par l’école !
                                      (enfin j’espère)

                                      Par contre, transmettre des connaissances sur la morale (entre autres).
                                      Histoire que la morale ne soit pas un objet tabou de plus.

                                      L’école doit à mon avis aborder tous les sujets auxquels seront confrontés les futurs citoyens et le faire sous l’angle strict de la connaissance.

                                      Ne me dites pas qu’il n’existe pas de savoir concernant la morale !...


                                      • Cocasse Cocasse 8 juillet 2014 10:17

                                        Quand un socialo te parle d’enseigner la morale à l’école, cela signifie qu’il souhaite y bourrer le crane avec sa propagande décadente et moisie, comme l’ont fait tous les dictateurs avant lui, histoire de fanatiser les mômes au plus tôt.
                                        Comme le dit quelqu’un ici, la meilleure morale reste la valeur de l’instruction. Savoir lire, écrire, compter, connaitre l’histoire, la géographie et la loi. Savoir produire un effort et avoir la joie d’en récolter les fruits. C’est tout ce qu’a besoin d’enseigner l’école.


                                        • marauder 8 juillet 2014 10:30

                                          la morale a l’ecole, ou, quand de grands enfants pas murs se prennent pour plus grands qu’ils ne sont ....

                                          La vraie morale, si vous voulez vraiment qu’elle passe,, c’est par l’exemple, TOUT LES JOURS.

                                          Si c’est assis et en silence, vous n’obtiendrez rien.

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