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Accueil du site > Tribune Libre > FOM2 L’éternité, c’est long ...

FOM2 L’éternité, c’est long ...

Pour transmettre des valeurs, il faut les vivre, les incarner. On peut aussi tenter de les penser, de les connaitre. En suivant les méthodes de la sagesse occidentale, on peut établir un critère simple et objectif de la moralité d'un acte et explorer les conséquences de cette démarche.

TEMOIGNAGE - Une série d'articles pour partager et échanger au sujet de l'éducation. A la recherche des fondements objectifs de la morale.

Deuxième épisode.

Lien vers le premier épisode : FOM 01 - Morale déboussolée

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image pixabay

 

"L'éternité, c'est long ..."

... surtout vers la fin (Woody Allen, Dieu, Shakespeare... et moi, 1975)

 Dans l'épisode précédent nous nous sommes partis à la recherche des fondements objectifs de la morale. Il ne s'agit pas ici de rechercher un contenu, un code de loi qui a été déjà formulé mille fois, mais de comprendre d'où sort ce contenu. Je voudrai vous montrer comment d'autres ont défini et décrit rigoureusement ces réalités agissantes que sont les forces morales.

Un peu comme on étudie un phénomène physique, on peut parler de morale avec des termes simples et réfléchir aux implications et aux conséquences de cette définition.

Et si l'analyse est conforme au réel, alors nous serons capables de faire des hypothèses et de les vérifier, en bon chercheur. Par exemple ici je pose la question de la durée et de l'étendue d'une morale objective, dans l'épisode suivant je me questionne sur l'influence du cadre moral au niveau individuel et collectif.

Merci pour vos commentaires

J'ai pris note des commentaires de l'épisode précédent, (mention spéciale pour "lisez Kant"), et j'y réponds en fin d'article.

 

 

Exception ?

Pour commencer, explorons la question de la 'durée de vie' des règles morales.

On a défini la moralité d'un acte par l'alignement entre la fin objective d'un acte humain d'une part et l'acte effectivement réalisé d'autre part. Par exemple lorsque je me met au lit, la fin objective est le repos afin de reconstituer mes forces. Si je reste au lit douze heures par jour sans raison, alors l'acte n'est pas aligné avec sa fin.

Précédemment, je me posais la question de savoir depuis quand les préceptes moraux existent ? Si ils sont une émanation de la culture humaine, et bien on peut dire qu'il y a toujours eu des préceptes, mais que leur contenu à changé avec les sociétés.

Avec la morale relativiste, ce qui était bon hier (l'eugénisme au début du XXe siècle), peut devenir mauvais demain, puis à nouveau acceptable le siècle suivant.

Mais si on définit la moralité d'un acte par sa fin objective, alors ça n'est plus la même chose. La finalité n'évolue pas avec les cultures ou les connaissances.

Avec cette démarche, la morale est inscrite dans la réalité même, et ses préceptes sont éternels.

Ils ne varient pas en fonction des humeurs du moment et ne dépendent pas du contexte, des circonstances, des intentions de la personne qui agit, de sa culture, de sa maturité, de son milieu social, de sa richesse.

On peut ainsi considérer la moralité de l'acte en soi. Par exemple mentir est toujours une déviation de la fin objective, c'est toujours un mal.

 

Vraiment pas d'exception ?

Lorsque l'acte et sa fin ne sont pas aligné, on parle de faute morale, ou de mauvaise action. Il ne s'agit pas d'un jugement de valeur arbitraire, mais d'une simple définition.

Le premier résultat de la faute morale est interne à la personne qui agit. Sa raison fait d'instinct l'analyse de l'alignement entre l'acte et sa fin objective. Le sujet sait qu'il n'est pas aligné sur sa boussole morale. On dit qu'il a mauvaise conscience, ou qu'il ressent de la culpabilité. Lorsque ce sentiment se prolonge il déséquilibre en cascade les niveaux psychologique et biologique.

Quand même, il y a des situations ou un mensonge est un moindre mal non ? Bien sûr, il y a des circonstances ou nous sommes contraints de mentir, pour éviter un mal plus grave. C'est pour cela qu'on parle de moindre mal.

Pour autant je n'ai pas besoin d'amender ma définition, l'acte reste mauvais en soi, il n'y a pas d'exception.

Lorsque l'on cherche à discerner la moralité d'une situation spécifique, on va tenir compte des circonstances et de l'intention, mais au départ, même si la gravité d'une faute morale peut être atténuée par les circonstances et les intentions, ça reste une faute morale, par simple définition.

 

Et les autres cultures ?

En plus d'être éternelles, les règles morales sont universelles. La fin objective d'une action ne dépend pas de la personne qui agit, ni de son contexte culturel.

Chaque communauté humaine possède une sensibilité qui modifie légèrement la hiérarchie des fautes morales, il y a des différences d'interprétation d'une même réalité, et même un certain aveuglement parfois.

Pourtant le vol, la trahison, le mensonge, la médisance, la goinfrerie, l'infidélité, sont des actes qu'aucun parent d'aucune culture ne reconnaitrait publiquement comme souhaitable et bénéfique, comme devant être enseigné et favorisé chez leurs enfants.

Face à l'objectivité morale, il existe un arbitraire culturel plus ou moins développé. Et le chemin de la civilisation est peut-être celui qui libère l'individu de l'arbitraire et le conduit vers des comportements objectivement droits.

Parenthèse critique

Il y a beaucoup de nuances à apporter à ces propos, c'est le moins qu'on puisse dire. En particulier j'ai posé une définition de la moralité d'un acte sans préciser d'où elle vient, ni les hypothèses nécessaires qui fondent cette définition.

Le raisonnement et la spéculation peuvent et doivent remettre en cause ces fondements, puis d'autres considérations peuvent encore s'ajouter ... et c'est très bien ainsi.

Dans le cas du comportement humain, chaque chercheur prend parti pour une hypothèse particulière en fonction de son contexte personnel, et c'est problématique (voir épisode 3).

Ce qui me plaît dans la démarche des chercheurs de la sagesse occidentale c'est qu'elle prend en compte cette subjectivité et propose des outils spécifiques qui lui permettent d'expliquer et de modérer cette subjectivité (voir épisode 5).

A suivre

Des penseurs ont décroché la morale de sa source objective pour différentes raisons. Aujourd'hui par exemple on fait le constat que tout jugement moral est destructeur et qu'il entraîne des conflits.

Quelle que soit la cause de ce choix, nous renonçons à une morale objective dans l'espoir d'établir une paix universelle.

Et si nous nous étions radicalement trompés ? D'où viennent les guerres industrielles et les incessants conflits sociaux contemporains ? Quels sont les caractéristiques des individus qui les ont rendu possibles ?

Dans le prochain épisode nous aborderons les conséquences individuelles et collectives d'une bonne définition de la morale.

 

Réponse aux commentaires

J'ai constaté trois types de réaction à mes articles : les références à la révélation divine, les références à la philosophie, et le plaisir de la discussion.

Pour ce qui est des références à la révélation divine, j'y suis très sensible, mais je ne m'exprime pas à ce niveau. On peut penser Dieu, c'est un sujet accessible à la raison, Dieu a la place dans nos consciences et dans la société (différence entre laïcité et athéisme), et n'est pas étranger à mon discours. Par contre la révélation est un sujet différent et penser la morale à partir d'une révélation exclut tous ceux qui n'ahèrent pas à cette révélation.

Pour les remarques sur la philosophie, je dois préciser ma démarche. Je n'ai rien à apporter à des gens qui ont lu, étudié et retenu quelque chose de Spinoza, Kant ou Schopenhauer. Je leur suis reconnaissant pour les points de repères et les conseils de lecture qu'ils pourront me donner.

J'aborde effectivement des thèmes philosophiques, mais du point de vue de mon expérience personnelle. Je ne pars pas de rien non plus mais je ne souhaite pas dans cette série citer des référence et confronter les auteurs.

Entre ces deux pôles, la révélation et la spéculation philosophiques, je souhaite apporter un témoignage de ce que m'a apporté concrètement le questionnement moral, du désir d'agir, de la possibilité de faire des choix tranchés pour le comportement à adopter, les valeurs à transmettre, et entre les propositions politiques.

Enfin à ceux qui commentent pour le plaisir de la discussion, ils sont les bienvenus. Si vous passez en Bourgogne je vous inviterai à boire un verre de chablis ou de jus de pomme !

 


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1 réactions à cet article    


  • Laconique Laconique 15 octobre 13:50

    Shit man, you sure get the point : there’s no moral objectivity nowadays because everything is fucking emotional. Objective moral norms would come across as restrictive, abusive, patriarcal, and I don’t know the fuck what else. Nobody would stand it.

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