• AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Tribune Libre > France vs Turquie : Macron a-t-il les moyens de ses ambitions (...)
#97 des Tendances

France vs Turquie : Macron a-t-il les moyens de ses ambitions ?

Alors que le ton est récemment une nouvelle fois monté entre le leadership français et turc, la France qui essaie de continuer à se positionner comme une puissance internationale est-elle vraiment à l’heure des changements mondiaux ? Rien n’est moins sûr.

La vérité dans toute cette situation intra-otanesque, puisqu’il s’agit bel et bien de deux pays membres de l’Otan, concerne à dire vrai plusieurs volets, et non des moindres. Ambitions personnelles de ses dirigeants, notamment sur l’arène géopolitique mondiale, niveau de souveraineté, attrayance internationale, puissance militaire et économique – tous ces points constituent des orientations clés pour comprendre le conflit opposant de plus en plus ouvertement Paris et Ankara.

Tout d’abord, il serait juste de rappeler qu’en termes de niveau de souveraineté, la France est aujourd’hui certainement bien derrière la Turquie. Si cette dernière reste toujours membre de l’Otan, ce n’est pas pour autant qu’elle applique à la lettre les prérogatives voulues par la force se considérant maitre absolu à bord – en la qualité des USA. Beaucoup pensent évidemment au dossier de l’acquisition par la Turquie des S-400 russes, à la grande colère non seulement de Washington, mais également de ses satellites européens, dont la France.

Mais ce n’est pas le seul dossier dans lequel Ankara se désolidarise de ses alliés otanesques. En effet, la Turquie entretient d’assez bons rapports avec l’Iran – l’un des principaux adversaires géopolitiques des USA – et ce aussi bien sur le plan économique que politique. Ankara soutient le gouvernement vénézuélien en la personne du président Nicolas Maduro. En Biélorussie, le leadership turc fut parmi les premiers à féliciter Aleksandre Loukachenko lors de sa récente réélection à la tête du pays – là aussi en étant sur la même ligne que les pays partisans de la multipolarité. Le tout à la grande différence de Paris qui continue d’appliquer la même mentalité libérale, pro-atlantiste et donneuse de leçons vis-à-vis des nations non-occidentales.

En parlant de l’Otan, si la Turquie ne déclare pas, du moins pour le moment et trop ouvertement, sa volonté à quitter cette organisation, représentant les vestiges de la guerre froide, c’est uniquement dans le cadre des intérêts qui lui sont propres. Ankara comprend parfaitement la peur des élites étasuniennes, et plus généralement occidentales, de la voir quitter le navire otanesque. Sachant qu’elle représente non seulement le pilier sud de l’Otan, mais également et tout simplement sa deuxième force armée en termes d’effectifs. Cela sans oublier un autre point fortement important : un départ éventuel de la Turquie donnerait un coup à l’organisation atlantiste, dont il sera très difficile de se relever. Et c’est là alors que les mots du président français Macron, sur la mort cérébrale de l’Otan, seraient, il faut le reconnaitre, plus que jamais d’actualité.

C’est d’ailleurs là que se trouve tout le paradoxe relationnel entre la Turquie et les autres membres de l’Organisation de l’Atlantique nord. La plupart de ces derniers la voit désormais comme un cheval de Troie au sein de l’alliance, mais n’osent pas dépasser certaines limites – qui pousseront Ankara à riposter.

C’est en ce sens qu’il faut voir les actions et déclarations hostiles à la Turquie, et personnellement au président Recep Tayyip Erdogan, de la part d’Emmanuel Macron ayant pris une initiative dans cette direction – lui qui tente par tous les moyens de redorer le blason tricolore et faire repositionner la France comme une puissance internationale majeure. Mais en-est-il capable ? Pour répondre à cette question, il serait juste de rappeler plusieurs points.

Pour qu’un pays soit reconnu comme une véritable puissance internationale, il se doit d’être réellement souverain dans ses décisions. Ce n’est pas le cas de la France depuis un bon moment. L’attachement à l’atlantisme et aux intérêts outre-Atlantique de la large partie de ses élites n’est aujourd’hui pas à démontrer. La perte de prestige au niveau international représente un autre point de première importance. En effet, si dans ses anciennes colonies africaines, Paris continue d’entretenir des relations privilégiées avec certaines élites en place via le réseau obscur de la Françafrique, ce n'est certainement plus le cas au niveau de la majorité évidente de la société civile des pays africains francophones. Plus que cela, les panafricanistes et souverainistes africains considèrent la France, du moins ses élites, comme étant les principaux responsables des problèmes de leurs pays respectifs – allant de la question de la souveraineté monétaire jusqu’aux défis sécuritaires.

Le prestige de la France dans la géopolitique internationale est donc bel et bien en chute libre. D’ailleurs et dans le bras de fer qui l’oppose à la Turquie, si certains analystes de l’Hexagone continuent de promouvoir l’idée que leur pays reste une puissance de premier plan et la Turquie de deuxième, cet avis est très loin d’être partagé par les observateurs internationaux non-occidentaux, et ce aux quatre coins du monde. Ce n’est d’ailleurs pas le président turc qui dira le contraire, pour qui Emmanuel Macron est un « ambitieux incapable ». 

Last but not least – concerne l’aspect économique. Si la France est aujourd’hui classée, en tant que dixième puissance économique mondiale en termes de PIB à parité du pouvoir d’achat (PPA), tandis que la Turquie est treizième dans le même classement, de nombreux économistes (y compris occidentaux) prévoient que dans les 5-10 prochaines années (et peut-être même avant) la France quittera le Top 10 mondial. Tandis que la Turquie l’intégrera – augmentant ainsi la part majoritaire des puissances non-occidentales au sein des dix principales puissances économiques du monde.

Tout cela pour dire que si la France de Macron avait misé sur l’éventualité de gagner des points sur l’arène internationale multipolaire en défiant la Turquie de Recep Erdogan, la mise semble vraisemblablement perdante.

Mikhail Gamandiy-Egorov

Les opinions exprimées par les analystes ne peuvent être considérées comme émanant des éditeurs du portail. Elles n'engagent que la responsabilité des auteurs

 

Source : http://www.observateurcontinental.fr/?module=articles&action=view&id=1999


Moyenne des avis sur cet article :  2.44/5   (9 votes)




Réagissez à l'article

23 réactions à cet article    


  • Clocel Clocel 23 septembre 18:16

    La braderie semble avoir commencé...


    • Lugsama Lugsama 23 septembre 18:22

      La marine et l’aviation française est supérieur, la France est économiquement supérieur (et accessoirement une puissance nucléaire), ici s’arrête le rapport de force au niveau international.

      La vrai question c’est que peut faire Erdogan à part de grand discours pour exciter ses troupes.

      Si votre but est le french-bashing et le déclinisme ce n’est pas la peine de nous parler de la Turquie et d’un atlantisme particulièrement fantasmé ces temps-ci.


      • Clocel Clocel 23 septembre 19:04

        @Lugsama

        Parlons-en ! Pour la guerre en Libye, si les américains n’étaient pas venu pisser dans les réservoirs des Rafale, ils auraient fini à la poussette nos chevaliers du ciel.
        Deux jours de combat et on n’avait plus que des cailloux à jeter à la tête de nos « adversaires »... Là encore l’oncle Sam... Pathétique...

        Et vous voudriez entreprendre la Turquie !? Envoyer le Charles de Gaulle dans les Dardanelles !? smiley


      • Lugsama Lugsama 24 septembre 14:53

        @Clocel

        Je n’ai pas le décodeur désolé.


      • Clocel Clocel 24 septembre 15:23

        @Lugsama

        Je comprends... Laissez tomber... Je pensais à haute voix...


      • OMAR 24 septembre 20:19

        Omar9
        .
        @Clocel
        .
        MDR, (mon dentier en est tombé !!!).


      • vraidrapo 23 septembre 18:29

        Hormis la FrançAfric, la France n’a plus les moyens de grand chose...

        Le mamamouchi de Bazar non plus (il a commencé sa carrière comme garçon (de verres) de thé dans les bazars).

        L’économie de la turquie est cycliquement au bord de l’effondrement, c’est l’Occident qui lui sauve les fesses à coup de subventions.

        Qui plus est la France va monter 2 usines (dont une Renault) prochainement.

        Avec ces hypothèses de départ, vous pouvez asseoir vos réflexions.

        NB : au lieu de faire des ronds dans l’eau inutiles avec des gros bateaux, il serait temps de devenir adultes en nettoyant le 6ème continent de plastiques. Bientôt les millions de milliards de masques anti-covid vont rejoindre la faune sous-marine...


        • pallas 23 septembre 19:03
          Patrice Bravo

          Bonsoir,

          Macron ce mele d’une affaire qui ne le concerne pas.

          De plus, la france, espagne, portugal, belgique, sont tous exclu de « La nouvelle route de la soie »

          l’Iran travail avec La Chine, Russie, Japon.

          La Turquie ne fait que pression et rien d’autre.

          Le bloc Européen de l’Est a fait scission avec celle de l’ouest.

          L’Allemagne ne c’est pas encore positionné, quel ce décide vite.

          La france est rejeté de partout, un partenaire pas fiable.

          La Turquie a de nombreux alliés dont les USA, Chine, Russie, la france a zero alliés.

          Salut


          • pallas 23 septembre 19:35

            @pallas

            Patrice Bravo

            J’oubliai la grande bretagne.

            Elle n’existe plus, juste une au proie au chaos.

            D’ailleurs tout le monde à oublié londres.

            Sa n’existe pas


          • Lugsama Lugsama 24 septembre 14:58

            @pallas

            Interessant votre univers alternatif.


          • titi 24 septembre 15:15

            @Lugsama

            « Interessant votre univers alternatif. »
            Je suis sûr qu’on y croise des Licornes.


          • troletbuse troletbuse 23 septembre 22:35

            Des ambitions ? Non, juste des gesticulations . Lamentable


            • zygzornifle zygzornifle 24 septembre 09:05

              France VS Turquie :

              La France a l’arme atomique , la Turquie a l’arme migratoire ....


              • HELIOS HELIOS 24 septembre 12:14

                @zygzornifle
                .. et l’arme migratoire est nettement plus puissante que l’arme nucleaire d’autant plus que son immediateté et sa durée sont des atouts majeurs.
                Pauvre France, patrie des droits de l’homme, mais pas des français !


              • titi 24 septembre 15:14

                @zygzornifle

                L’arme atomique n’a d’intérêt qui si on montre qu’on veut et qu’on peut s’en servir.

                Il faudra tôt ou tard élargir le champ du « parapluie nucléaire » de la force de frappe.


              • biquet biquet 24 septembre 10:12

                Le principal client de la Turquie c’est l’UE, sans elle, elle n’est plus rien.


                • vraidrapo 24 septembre 10:45

                  Toujours plus fort dans le « je baisse mon froc devant Erdogaz ! »

                  Lu dans l’hebdomadaire «  Le Canard Enchaîné  » (N°5211 du Mercredi 23 Septembre 2020) l’article titré «  La France offre un Kurde à Erdogan  » avec l’expulsion vers la Turquie du Kurde Mehmet Yalcin qui y risque sa vie, accusé pour «  propagande en faveur d’une organisation terroriste  ». En un mot ce militant de l’identité kurde en Turquie est en danger. Et «  Le Canard Enchaîné  » très lucide évoquant les menaces d’Erdogan contre la France écrit «  Il veut quoi, encore  ? Un ou deux Arméniens, en signe de bonne volonté  ?  »


                  http://www.armenews.com/spip.php?page=article&id_article=68645


                  • Lugsama Lugsama 24 septembre 14:56

                    @vraidrapo

                    Il à été condamné par la Justice française pour terrorisme votre héro kurde. Aucunes raisons de le garder, bonne décision.


                  • vraidrapo 25 septembre 16:16

                    @Lugsama
                    Ne profite pas d’une décision politique pour asseoir une vérité.
                    A un moment ou à un autre, tous les révolutionnaires peuvent être qualifiés de terroristes. Exemple : Ben Gurion condamné par les Britaniques pour plusieurs attentats à la bombe. Maintenant, un aéroport porte le nom de ce premier président de l’État d’Israël.
                    Mustapha Kémal lui-même avait été condamné par le Sultan Mehmet VI en 1918 !
                    Toutes les minorités sont opprimées en Turquie depuis Mehmet II... Selon les Droits de l’Homme, nul ne peut être obligé d’accepter la soumission du fait de sa race ou de son ethnie. Ca c’est pour les populations réellement civilisées, pas les arriérées qui font semblant à l’Étranger.


                  • titi 24 septembre 15:12

                    @Auteur

                    Je ne sais pas si Macron a les moyens de ses ambitions.

                    Mais le jour même de l’annonce de la vente des Rafales, les bateaux Turcs ont fait demi-tour.

                    Encore une ou deux FREMM de vendues à la grèce, et on ne l’entendra plus.

                    Ou du moins il ira se venger sur les Kurdes... faute de grives...

                    Il semble donc que le jeu de poker menteur a tourné à l’avantage de Macron.

                    Et j’espère que Macron retiendra la leçon : contre des abrutis comme Erdogan il faut être ferme, et ils se dégonflent comme des baudruches.


                    • vraidrapo 25 septembre 16:20

                      @titi
                      Je crois que tu sous-estime Erdogaz, il lui en faudra un peu plus pour l’impressionner.
                      Si tu veux vaincre un ennemi, la première Règle est de ne pas le sous-estimer.
                      Quoiqu’il en soit ces deux-là sont d’accord pour faire du cinéma... ça impressionne le populo. C’est tout !


                    • titi 25 septembre 20:54

                      @vraidrapo

                      Derrière chacune des actions d’Erdogan soit disant gazières, on retrouve les irrédentismes des années 20 : Antioche, le Dodécanèse, etc...
                      Erdogan est aveuglé par la grandeur perdue de l’Empire Ottoman.
                      Il conduit la Turquie en regardant dans le rétroviseur.
                      Du coup il se prend tous les murs : Poutine en Syrie, l’Europe en Grèce.

                      Il a réussi à isoler complètement son pays.
                      Il s’est planté sur toute la ligne.


                    • vraidrapo 26 septembre 19:21

                      @titi
                      Ca va finir comme avec Hitler, j’explique.
                      Hitler a été porté au pouvoir par la Finance.
                      Actuellement, les Bourses ne savent plus comment agir-réagir, les Banques Centrales fabriquent de la fausse monnaie, le chômage va croissant en Occident.
                      Même la Chine ne sait plus quoi faire du dollar... Il n’y a plus de besoin de consommation en Occident, l’Epargne est à un niveau sans précédent...
                      Dans un premier temps, la Pandémie a permis une temporisation, il n’est pas exclu qu’elle soit utilisée dans un but non avouable (contenir les gens, enrichir Big-Pharma... ? ). Mais quid au delà... ?
                      Si ça peut faire le jeu de la Finance, il n’est pas exclu d’utiliser Erdogaz pour mettre le feu aux poudres... de toutes façons on lui fera porter le chapeau par la suite. Avec son air con et sa vue basse, il se prête si bien au « Jeu »...

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON

Auteur de l'article

Patrice Bravo

Patrice Bravo
Voir ses articles



Publicité



Les thématiques de l'article


Palmarès



Publicité