Fritz Haarmann : le serial killer qui égorgeait à coups de dents et faisait commerce de viande humaine
Dans les rues crasseuses de Hanovre après la Grande Guerre, un homme au visage rond et à la moustache banale propose gîte et couvert aux jeunes errants fraîchement débarqués du train. Informateur de police apprécié, marchand de vêtements d’occasion et de viande à bas prix, Fritz Haarmann passe pour un brave type. Pourtant, de 1918 à 1924, ce "vampire de Hanovre" attire au moins 24 adolescents dans son taudis, les viole, leur sectionne la gorge d’une morsure sauvage, les démembre et jette les restes dans la Leine. La rumeur, jamais démentie avec certitude, affirme qu’il écoulait leur chair comme porc frais sur le marché de la faim. Un monstre ordinaire au cœur d’une Allemagne en putréfaction.

Une enfance tourmentée dans une Hanovre industrielle
Le 25 octobre 1879, Friedrich Heinrich Karl Haarmann naît à Hanovre, sixième et dernier enfant d’un couple ouvrier marqué par la misère et les disputes. Son père, cheminot colérique et ivrogne, le méprise ; sa mère, invalide, le couve excessivement, l’habille en fille et le traite comme un poupon. À l’école, Fritz se montre doux, efféminé, préférant les poupées aux jeux violents. À 16 ans, il agresse sexuellement des garçons plus jeunes ; interné en asile, les médecins le déclarent "incurable moralement" mais le relâchent faute de preuves.
Libéré, il s’engage dans l’armée, où il excelle comme soldat modèle avant d’être réformé pour troubles nerveux. De retour à Hanovre, il enchaîne les petits délits : vols, escroqueries, proxénétisme. Condamné plusieurs fois, il passe une grande partie de sa vie adulte en prison. À sa sortie en 1918, l’Allemagne sort défaite de la guerre : hyperinflation, chômage massif, milliers de jeunes errants fuient la misère en sautant dans les trains. Haarmann, informateur occasionnel de la police pour détourner les soupçons, rôde autour de la gare centrale, repérant les proies isolées.
Le tueur et son complice : une relation toxique dans un taudis
En 1919, Haarmann rencontre Hans Grans, un jeune prostitué homosexuel beau et cynique de 20 ans son cadet. Les deux hommes deviennent amants et complices. Grans s’installe dans l’appartement minuscule de Haarmann, une pièce sans eau courante où le lit touche presque le poêle. Grans, selon les témoignages, choisit parfois les victimes pour leurs vêtements ou leur allure ; Haarmann exécute.


La méthode est toujours la même : il invite le jeune à manger, boit avec lui, le rassure. Puis, dans une étreinte sexuelle, il plante ses dents dans la gorge de la victime – une "morsure d’amour", dit-il plus tard –, sectionnant trachée et carotide. Le sang gicle ; Haarmann avoue atteindre l’orgasme au moment de la mort. Ensuite, il démembre le corps avec un couteau de boucher, jette les os dans la Leine, garde vêtements et objets pour les revendre. La chair ? Il la fait bouillir ou hacher. Des voisins se plaignent d’odeurs pestilentielles ; Haarmann rit, parle de cuisine.
La découverte macabre : crânes et os dans la rivière Leine
En mai 1924, des enfants jouant au bord de la Leine trouvent un crâne humain. Puis un autre, et encore. En juin, la police drague la rivière : plus de 500 fragments osseux, issus d’au moins 22 corps, la plupart d’adolescents. Hanovre panique ; les journaux parlent du "vampire" ou du "loup-garou". Haarmann, arrêté pour une affaire mineure avec un adolescent, voit son appartement perquisitionné : vêtements, valises, taches de sang partout.

Interrogé, il craque rapidement et confesse 27 meurtres, même s’il en est jugé pour 24 (âgés de 10 à 22 ans). Il nie le cannibalisme personnel mais admet avoir vendu de la viande "suspecte" sur le marché noir ; jamais prouvé, mais la rumeur persiste, alimentée par la disparition de chair sur les corps. Grans, initialement condamné à mort pour incitation au meurtre, voit sa peine commuée en 12 ans de prison après une lettre tardive de Haarmann affirmant son innocence relative. Libéré dans les années 1930, il vit discrètement à Hanovre jusqu’à sa mort de causes naturelles en 1975.

Un procès sensationnel dans une Allemagne en crise
Le procès s’ouvre le 4 décembre 1924 à Hanovre : 14 jours, près de 200 témoins, une foule hystérique devant le tribunal. Haarmann, calme et loquace, décrit ses crimes avec une précision glaçante, sourit aux photographes, signe des autographes. La presse le surnomme "le boucher de Hanovre" ou "le vampire". Condamné à mort pour 24 meurtres, il refuse l’appel : "Je me repens mais je ne crains pas la mort".

Le 15 avril 1925, à l’aube, il est guillotiné dans la cour de la prison de Hanovre. Ses derniers mots : "Je suis coupable mais n’ayez pas peur". Sa tête, conservée dans du formol pour études scientifiques, est incinérée en 2014. Les restes de ses victimes reposent dans une fosse commune au cimetière de Stöckener, sous un mémorial discret.

Le monstre banal qui fascine encore
Fritz Haarmann incarne le mal ordinaire : un homme banal, informateur de police, qui tua en toute impunité pendant 6 ans dans une société en décomposition. Ses crimes inspirèrent le film M le maudit de Fritz Lang (1931), où Peter Lorre joue un tueur d’enfants traqué par la pègre. Une comptine enfantine terrifiante circula longtemps : "Warte, warte nur ein Weilchen, bald kommt Haarmann auch zu dir, mit dem Hackebeilchen…" ("Attends, attends encore un petit moment, bientôt Haarmann viendra aussi te voir, avec son petit hachoir…").

Les monstres attirent plus que les héros, ce qui est plutôt étrange. Peut-être parce qu’ils nous rappellent que le mal n’a pas besoin de cornes pour exister : juste un appartement sombre et une "morsure d’amour".
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