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Havas et les Editions Robert Laffont aux petits soins pour Amazon

On pensait le monde de l’édition et Amazon à couteaux tirés… Que nenni, puisque les uns sont clients, conseils ou distributeurs des autres, tout ce petit monde s’y retrouve pour faire du business, quitte à prendre quelques largesses avec l’éthique…

Les vendredi 13 ne portent pas toujours bonheur. Pourtant Amazon a tout fait pour forcer un peu sa chance ce jour-là. C’est en effet le vendredi 13 septembre que sortait un livre publié par les éditions Robert Laffont et écrit par Vincent Mayet, intitulé « Amazon, main basse sur le futur ».

A longueur de pages, l’auteur s’extasie sur le génie de l’entreprise de Jeff Bezos, un visionnaire qui modèle le futur de la distribution ou comment « un surdoué qui monte une librairie en ligne et finit par aller sur la Lune » selon les mots de l’ouvrage. Derrière un titre faussement ambigu, l’auteur ne tarit pas d’éloges sur celui qui est destiné à bouleverser durablement notre société de consommation.

Technolâtre béat, l’auteur semble néanmoins très indulgent, voire amnésique, sur toutes les polémiques et scandales qui ont émaillé l’ascension d’Amazon. En effet, pas un mot sur les conditions de travail dantesques des salariés dans les entrepôts, ni sur les pratiques d’optimisation fiscale à grande échelle, pour ne citer que deux manquements curieux. Jusque-là, le livre ne ressemble à rien d’autres qu’à un petit produit de communication corporate bon marché, avec le genre de poncifs qu’on pourrait trouver sur le site de l’entreprise à la rubrique « notre histoire » (réécrite bien sûr pour l’occasion). Mais il y a plus.

C’est à la Lettre A, une publication sur abonnement du groupe Indigo, que nous devons le piment de cette histoire jusque-là plutôt indigeste. L’auteur n’est pas forcément très connu du grand public, mais Vincent Mayet n’est autre que le DG d’Havas Paris depuis 2016. Il est déjà assez curieux d’imaginer le DG de la succursale parisienne de la première agence de publicité française trouver le temps d’écrire un livre plutôt moyen sur Amazon. Mais les choses s’éclaircissent quand on apprend que les relations presse de l’activité logistique d’Amazon France sont gérées par cette agence parisienne. En clair, Amazon est un client d’Havas, et probablement un gros.

Que viennent faire les Editions Robert Laffont dans cette galère, aux relents de petits boulots de propagande ? C’est encore la Lettre A qui apporte la réponse : l’ouvrage a été préfacé par Yannick Bolloré, PDG de Havas et président du conseil de surveillance de Vivendi. Or les Editions Robert Laffont, comme Havas, sont propriété du groupe Vivendi. Aux ordres de la maison-mère, l’éditeur s’est plié à l’exercice de communication, et les anciens de la maison ont certainement dû avaler leur stylo de travers face à un exercice bien éloigné du métier d’éditeur. Publier des livres, oui, mais n’importe lesquels et pas n’importe comment. L’affaire n’est malgré tout pas si mauvaise puisque Havas aurait d’ores et déjà acheté 1 000 exemplaires. Pas de quoi en faire encore un best-seller.

Les Editions Robert Laffont n’en sont pas à leur première couleuvre : en 2018, Christine Ockrent publiait chez Robert Laffont une biographie de MBS, intitulée « Mohammed bin Salman : le prince mystère de l'Arabie ». Or Christine Ockrent siège au conseil d’administration d’Havas depuis 2014, Havas étant également prestataire et conseil de MBS à Paris. Nul doute que Vivendi déjà à l’époque a profité de l’occasion d’avoir un éditeur sous la main pour donner un peu de corps et de contenu aux prestations d’Havas.

Mais il est vrai qu’à l’époque, l’image de modernité de MBS se fissurait largement en Occident, avant même l'affaire Khashoggi. Qu’est ce qui motive aujourd’hui Havas et les Editions Robert Laffont à se mouiller pour Amazon ? Certainement la promesse d’un beau chèque, mais pas seulement.

Quelques jours avant ce 13 septembre est sorti un autre ouvrage, signé du journaliste Benoit Berthelot et intitulé cette fois « Le Monde selon Amazon » aux Edition du Cherche-Midi. Le titre a certes plus de retenu, mais le contenu est, lui, nettement moins ambigu que dans l’ouvrage de Vincent Mayet. A l’issue d’une enquête de trois ans, le journaliste détaille en effet les rouages d’une machine commerciale et logistique infernale.

Le résultat final n’a clairement rien pour plaire Amazon, qui espère très probablement noyer le poisson des publications à son sujet grâce à Havas et aux Edition Robert Laffont. Petite mesquinerie supplémentaire : Havas est allé jusqu’à retoucher les photos de l’ouvrage* en librairie, pour effacer du paysage l’ouvrage de Benoit Berthelot… Décidemment, le monde de l’édition n’est plus ce qu’il était.

(*) https://twitter.com/BenoitBerthelot/status/1172464791383957504


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1 réactions à cet article    


  • Ruut Ruut 23 septembre 12:38

    Ça fait bien longtemps que les Éditeurs Français refusent la vente directe aux citoyens.
    Je l’ai découvert lorsque j’ai voulu acheter auprès de Larousse, le Larousse médical pour mon épouse. En effet mon libraire local était en rupture de stock et dans l’incapacité de le commander.

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Paul.leroux

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