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Accueil du site > Tribune Libre > Houellebecq, auteur de romans historiques

Houellebecq, auteur de romans historiques

Nous étudierons ici l’œuvre de Houellebecq en nous appuyant sur « le Roman Historique » de Lukacs qui servira de grille de lecture à l’œuvre du romancier français contemporain le plus lu qui vient de sortir son dernier roman, Sérotonine.

Dans une ample et précieuse introduction à cet ouvrage théorique, Claude-Edmonde Magny insiste sur l'idée maîtresse de Lukacs consistant à affirmer qu’un « être », individu, personnage, roman ou autre, est toujours conditionné par un contexte historico-sociologique, et que le genre du roman historique doit permettre d’en mieux éclairer l’essence.

Le premier chapitre se penche sur les conditions socio-historiques de l’apparition du roman historique, sur l’apport décisif de Walter Scott à l’édification de ce genre, ainsi que sur sa technique qui refuse les grandes figures au profit de personnages moyens mieux à mêmes d’évoquer le sens du destin qui s’abat sur les gens simples. Il traite aussi du conflit entre l’approche romantique jugée réactionnaire et le roman historiqueLa notion même de « roman historique » apparaît p.17 :

« Ce qui manque au prétendu roman historique avant Walter Scott, c'est justement ce qui est spécifiquement historique : le fait que la particularité des personnages dérive de la spécificité historique de leur temps. »

 

Le principe de « collision » tient une place importante dans cet essai, c’est à travers elle que se révèle la grande histoire, au sein de cet entrelacement de forces hétérogènes seul à même de synthétiser une époque dans sa totalité. Car même si l’auteur insiste sur l’incapacité du romancier à rendre compte de façon exhaustive de cette totalité, il a pour tâche de la décrire en se servant d’archétypes les plus significatifs. Il existe une volonté totalisatrice du roman historique mais ce qui compte pour Lukacs n’est pas l’accumulation de détails exotiques censés rendre compte d’une époque mais bien plutôt la capacité de l’auteur à synthétiser les diverses tendances qui travaillent son époque via quelques personnages chargés de les incarner. Le roman historique doit savoir épouser son temps, l’accompagner avec précision, sans rechercher l’originalité artificielle, ni imposer une grille de lecture dogmatique réactionnaire comme trop souvent selon Lukacs.

« Pour le drame l'authenticité historique signifie : la vérité historique intrinsèque de la collision. »

p.167, Le Roman Historique.

Parcourons certains romans de Houellebecq, lestés de ces principes para-marxistes.

Dans Plateforme, le narrateur, Michel, particulièrement désabusé, appréciant les enterrements, et se réjouissant de la mort de son père, décide de se lancer dans le tourisme à caractère essentiellement sexuel.

Il s’y prépare déjà via quelque lieu de débauche addictif :

« En général, en sortant du bureau, j’allais faire un tour dans un peep-show. Ça me coûtait cinquante francs, parfois soixante-dix quand l’éjaculation tardait. Voir des chattes en mouvement, ça me lavait la tête. Les orientations contradictoires de la vidéo d’art contemporain, l’équilibre entre conservation du patrimoine et soutien à la création vivante…tout cela disparaissait vite, devant la magie facile des chattes en mouvement. »

p.25

Le personnage semble revenu de tout :

« La crise de la vache folle m’intéressait peu, je me nourrissais essentiellement de purée Mousline au fromage. Puis la soirée continuait. Je n’étais pas malheureux, j’avais cent vingt-huit chaînes. Vers deux heures du matin, je me terminais avec des comédies musicales turques ».

p.25

Les pages brossent le ressenti de ce qu’il faut bien nommer un individu foncièrement dépressif :

« Pourquoi n’avais-je jamais, dans mon travail, manifesté une passion comparable à celle de Marie-Jeanne ? Pourquoi n’avais-je jamais, plus généralement, manifesté de véritable passion ? »

p.33

Plus loin :

« Mes rêves sont médiocres. Comme tous les habitants d’Europe occidentale, je souhaite voyager. »

Ce côté Droopy est toutefois contrebalancé par un certain cynisme agressif :

« Prendre l’avion aujourd’hui, quelle que soit la compagnie, quelle que soit la destination, équivaut à être traité comme une merde pendant toute la durée du vol. »

p.37

« Le héros » s’aide régulièrement de produits chimiques divers pour supporter sa morne existence :

« Je commandai un double expresse au room service, que j’avalai avec un Efferalgan, un Doliprane et une double dose d’Oscillococcinum ».

p.44

Il jette un regard de mépris sur ses contemporains :

« […] finalement, il ne ressemble pas tellement à Antoine Waechter mais plutôt à Robin des Bois, avec cependant quelque chose de suisse, ou pour mieux dire jurassien. Pour tout dire il ne ressemblait pas à grand-chose, mais il avait vraiment l’air d’un con. Sans parler de sa femme, en salopette, sérieuse, bonne laitière. Il était invraisemblable que ces êtres ne se soient pas déjà reproduits, pensai-je ; »

p.48

 Pour Lukacs, l’historicité chargée de garantir l’authenticité d’un récit se doit de demeurer ouverte sur l’avenir, elle n’est pas une téléologie qui se servirait de personnages ou d’un récit pour illustrer ses principes mais le dévoilement de l’immanence historique en actes et situations, sans réduire la complexité de son développement.

Même si la complexité est rarement au rendez-vous chez Houellebecq, il faut bien dire qu’il ne sert de rien ni de personne car son œuvre ne véhicule pas de grands principes, bien au contraire, elle dévoile leur disparition lente et progressive, à l’image de toute une époque.

Ses compagnons de voyages sont des « connards humanitaires protestants », et pour obtenir un rapport sexuel consenti, il faut subir « des conversations fastidieuses », « des problèmes chiants », que l’on tentera d’éviter avec des putes, si possible non occidentales car ces dernières sont des « débris humains ».

Se promener aux Halles revient à visiter Thoiry, l’économie est ennuyeuse, bref, il n’y a pas grand-chose à sauver dans le monde ici dépeint, hormis quelques orgies qui semblent encore stimuler un peu d’enthousiasme chez le narrateur. Les croyants sont dépeints comme hypocrites, et plus ils se veulent intégristes, plus ils se vautrent dans la fange. Laissons le mot de la fin de ce roman à son protagoniste central :

« La mort, maintenant, je l’ai comprise ; je ne crois pas qu’elle me fera beaucoup de mal. J’ai connu la haine, le mépris, la décrépitude et différentes choses ; j’ai même connu de brefs moments d’amour. Rien ne survivra de moi, et je ne mérite pas que rien me survive ; j’aurai été un individu médiocre, sous tous ses aspects. » p.369

 

Le prologue des Particules Élémentaires dit bien l’ambition de recension historique de son auteur :

« Ce livre est avant tout l'histoire d'un homme, qui vécut la plus grande partie de sa vie en Europe occi­dentale, durant la seconde moitié du XXe siècle. Géné­ralement seul, il fut cependant, de loin en loin, en relation avec d'autres hommes. Il vécut en des temps malheureux et troublés. Le pays qui lui avait donné naissance basculait lentement, mais inéluctablement, dans la zone économique des pays moyen-pauvres ; fréquemment guettés par la misère, les hommes de sa génération passèrent en outre leur vie dans la solitude et l'amertume. Les sentiments d'amour, de tendresse et de fraternité humaine avaient dans une large mesure disparu ; dans leurs rapports mutuels ses contempo­rains faisaient le plus souvent preuve d'indifférence, voire de cruauté.

Au moment de sa disparition, Michel Djerzinski était unanimement considéré comme un biologiste de tout premier plan, et on pensait sérieusement à lui pour le prix Nobel ; sa véritable importance ne devait apparaî­tre qu'un peu plus tard. »

 

Dans les romans de Houellebecq, les collisions sont absentes, et les contradictions assez peu présentes. Cela contribue à la linéarité formelle de ses récits. Le cours des choses semble se dérouler à perte, sans consistance ni violence particulièrement saillante, seule une néantisation de tous les instants vient tranquillement anesthésier la pseudo-existence de ses personnages. Les Particules Élémentaires ne dérogent pas à cette règle.

« Pendant plusieurs jours Michel garda la photo à por­tée de la main, appuyée à sa lampe de chevet. Le temps est un mystère banal, et tout était dans l'ordre, essayait-il de se dire ; le regard s'éteint, la joie et la confiance disparaissent. Allongé sur son matelas Bultex, il s'exerçait sans succès à l'impermanence ».

p.6, Les Particules Élémentaires.

« Les deux époux formaient alors ce qu'on devait appeler par la suite un « couple moderne », et c'est plutôt par inadvertance que Janine tomba enceinte de son mari. Elle décida cependant de garder l'enfant ; la maternité, pensait-elle, était une de ces expériences qu'une femme doit vivre ; la grossesse fut d'ailleurs une période plutôt agréable, et Bruno naquit en mars 1956. Les soins fastidieux que réclame l'élevage d'un enfant jeune parurent vite au couple peu compatibles avec leur idéal de liberté personnelle, et c'est d'un commun accord que Bruno fut expédié en 1958 chez ses grands-parents maternels à Alger. »

p.8, Les Particules Élémentaires.

En creux, la libération des mœurs est nettement accusée de contribuer au malheur du personnage central qui décrit de façon neutre une époque qu’il n’a pu connaître. La neutralité de ton étant systématique dans cette œuvre.

 

« À l'époque, Michel avait des idées modérées sur le bonheur. En définitive, il n'y avait jamais réellement songé. Les idées qu'il pouvait avoir, il les tenait de grand-mère, qui les avait directement transmises à ses enfants. Sa grand-mère était catholique et votait de Gaulle ; ses deux filles avaient épousé des communis­tes ; cela n'y changeait pas grand-chose. Voici les idées de cette génération qui avait connu dans son enfance les privations de la guerre, qui avait eu vingt ans à la Libération ; voici le monde qu'ils souhaitaient léguer à leurs enfants. La femme reste à la maison et tient son ménage (mais elle est très aidée par les appareils élec­troménagers ; elle a beaucoup de temps à consacrer à sa famille). L'homme travaille à l'extérieur (niais la robotisation fait qu'il travaille moins longtemps, et que son travail est moins dur). Les couples sont fidèles et heureux ; ils vivent dans des maisons agréables en dehors des villes (les banlieues). Pendant leurs moments de loisir ils s'adonnent à l'artisanat, au jardinage, aux beaux-arts. »

Ibid.

 

« Ainsi, tandis que l'essence d'une collision doit rester historiquement authentique, le drame historique doit faire apparaître les traits dans les êtres humains et leurs destinées qui feront qu'un spectateur, séparé de ces événements par des siècles, se sente y participer directement. »

p.169, Le Roman Historique.

 Si, comme le pense Lukacs, le but du roman est de représenter une réalité sociale déterminée à une époque déterminée avec toute la couleur et toute l'atmosphère spécifique de cette époque, il semble évident que Houellebecq répond à cette exigence.

 Puisque le roman figure la « totalité des objets », il doit aller jusque dans les petits détails de la vie quotidienne, dans le temps concret de l'action, il doit mettre en évidence ce qui est spécifique de cette époque dans l'interaction complexe de tous ces détails. Par conséquent l'historicité générale de la collision centrale, qui constitue le caractère historique du drame, ne suffit pas au roman. Il doit être historiquement authentique en tous points. C’est via cet équilibre entre restitution factuelle d’une époque et description des problématiques sociales et économiques à l’œuvre en sous-tension qui permet d’accomplir la mission du romancier historique.

Et chez Houellebecq, le sens des détails est omniprésent, jusqu’à prendre le dessus sur le caractère général des choses justement. Le nom des hôtels, des livres, les prénoms, la dénomination des choses est plus substantielle que la substance elle-même.

 

L'effondrement personnel d’un monarque absolu est toujours la conséquence des déterminations socio-historiques du despotisme, non le fruit de quelque névrose propre à la constitution nerveuse du roi en tant qu’individu particulier.

Emilia Galotti de Lessing, Don Carlos de Schiller, Werther de Gœthe, Barnaby Rudgede Dickens, Bel Ami de Maupassant, Bruges-la-morte de Rodenbach, Witiko de Stifter, Quatre-vingt-treize de Victor Hugo ou encore Les Dieux ont soif d'Anatole France, et des dizaines d’autres romans sont analysés à l’aune de ces critères qualitatifs qui forment la trame générale de l’essai de Lukacs.

Le roman est chargé de faire sortir l’opacité contradictoire des processus sociaux hors de sa gangue afin que le lecteur puisse s’en saisir lucidement sans la déformer ni la simplifier, ce qui est la tentation de tout auteur afin d’alléger sa tâche.

« Cependant, dans le même temps, la consommation libidinale de masse d'origine nord-américaine (chansons d'Elvis Presley, films de Marilyn Monroe) se répandait en Europe occidentale. Parallèlement aux réfrigérateurs et aux machines à laver, accompagnement matériel du bonheur du couple, se répandaient le transistor et le pick-up, qui devaient mettre en avant le modèle comportemental du flirt adolescent. Le conflit idéologique, latent tout au long des années soixante, éclata au début des années soixante-dix dans Mademoiselle Age tendre et dans 20 Ans, se cristallisant autour de la question à l'époque centrale : « Jusqu'où peut-aller avant le mariage ? » Ces mêmes années, l'option hédoniste-libidinale d'origine nord-américaine reçut un appui puissant de la part d'organes de presse d'inspi­ration libertaire (le premier numéro d'Actuel parut en octobre 1970, celui de Charlie Hebdo en novembre). S'ils se situaient en principe dans une perspective poli­tique de contestation du capitalisme, ces périodiques s'accordaient avec l'industrie du divertissement sur l'essentiel : destruction des valeurs morales judéo-chré­tiennes, apologie de la jeunesse et de la liberté indivi­duelle. »

p.19, Les Particules Élémentaires.

Pour la théorie du roman historique de Luckacs, forme et fond se conjuguent et s’entrelacent :

« Mais l'apparence absolue de l'image relative de la vie doit, bien entendu, trouver son fondement dans le contenu. Cela exige que soient réellement saisis les rapports normatifs essentiels et les plus importants de la vie dans la destinée de l'individu comme de la société. Mais il est tout aussi évident que la simple connaissance de ces rapports essentiels ne peut jamais suffire. Ces traits essentiels, ces normes les plus importantes de la vie doivent apparaître avec un nouveau caractère immédiat créé par l'art comme des traits et des rapports personnels uniques d'êtres humains concrets et de situations concrètes. Réaliser ce nouveau caractère immédiat de nature artistique, ré-individualiser ce qui est général dans l'homme et son destin, telle est précisément la mission de la forme artistique ».

P.100, Le Roman Historique.

Il s’agit de prendre en charge la subjectivité des hommes et des lieux tout en la circonscrivant à son époque afin de l’objectiver. Cette approche réaliste peut s’appliquer à toutes les circonstances puisqu’elle s’articule sur une dialectique ouverte aux contradictions. Lukacs connaissait la notion de réification propre à Marx qu’il allait affiner tout au long de son œuvre, et il s’agissait déjà lors de cet essai d’éviter de proposer une grille de lecture romanesque chargée de figer les caractères et les aspirations des personnages derrière une glace de concepts désincarnés. Toute la subtilité de Lukacs consiste à proposer une vision progressiste de l’art romanesque même s’il rejette régulièrement et fermement la tradition qu’il juge réactionnaire du roman. Cela comprend tout aussi bien Théophile Gautier hostile à Fourier, Malthus et le darwinisme évidemment, Nietzsche et son cynisme qui justifie toutes les inégalités sociales, Taine et sa sociologie racialiste, le romantisme allemand, la glorification réactionnaire du Moyen Age, Vigny, Croce, mais il apprécie Flaubert qui éprouve une véritable répulsion à l’égard du mode de vie bourgeois, ainsi que Mayer, Bourget malgré son ton réactionnaire qu’il considère comme fin psychologue. Si Walter Scott est son héros, c’est parce qu’il a su décrire avec précision et neutralité les insurrections royalistes, les luttes des Puritains contre les Stuarts, de la noblesse contre l’absolutisme, avec une faculté artistique certaine de rendre l’objectivité socio-historique de son propos. L’auteur s’évertue à analyser les tendances esthétiques des auteurs liées selon lui à leur extraction sociale.

 

Les Particules Élémentaires de Houellebecq répondent non pas en termes de collision mais plus de désintégration. En ce sens, l’auteur aurait été sans nul doute rangé dans la catégorie de « réactionnaire contre-révolutionnaire et anti-progressiste » par le jeune Lukacs. Ses romans ne proposent aucune alternative au délitement des sociétés occidentales, aucune compensation ni consolation, aucune ouverture. Juste une sensation d’accompagnement passif et quelque peu asphyxié.

« Après la visite de Bruno, Michel demeura couché deux semaines entières. De fait, se demandait-il, com­ment une société pourrait-elle subsister sans religion ? Déjà, dans le cas d'un individu, ça paraissait difficile. Pendant plusieurs jours, il contempla le radiateur situé à gauche de son lit. En saison les cannelures se remplissaient d'eau chaude, c'était un mécanisme utile et ingénieux ; mais combien de temps la société occiden­tale pourrait-elle subsister sans une religion quelcon­que ? »

p.59, Les Particules Élémentaires.

 

Le tragique et le dramatique sont bien présents, comme dans tout roman historique, en liaison directe avec la vie des personnages.

L’art qu’il soit de Balzac, de Mann, de Flaubert ou de Goethe, doit produire un contenu susceptible d’engendrer un renouveau des consciences ainsi que des structures sociales afférentes. La lutte au cœur du récit opposant régulièrement l’irrationalisme (conservateur et passéiste) au rationalisme (progressiste, ouvert sur l’avenir), porteur d’une historicité synthétisant tous les temps. Si les romans de Houellebecq n’engendrent pas ce contenu ni n’ambitionnent une visée politique mais se complaisent dans la description désabusée d’un délitement civilisationnel, de Soumission à Sérotonine, ils relèvent toutefois pleinement de cette catégorie de romans historiques en reflétant assez fidèlement l’état des sociétés occidentales de la fin du 20 ème siècle au début du 21ème.

 


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8 réactions à cet article    


  • Zaza Zaza 10 janvier 14:29

    Oui, « la théorie du roman » de Lukacs (même thème) est ce qui vient à l’esprit à propos de Houellebecq. Je remets le début du livre, Chap 1 sur la tragédie grecque, magnifique passage, qui montre au passage le crétinisme et la pensée benête, immédiate de Chouard, qui confond un grec antique imbibé de traditions, dévoué à sa Cité, avec bobo festivus mulacculturel du Supermarché.

    Houellebecq a du lire « le capitalisme de la séduction » de Clouscard et son « extension du domaine de la lutte » (des classes) s’affirme comme roman marxiste dans le titre même (un extrait). Mais Houellebecq c’est pas Céline, Mort à crédit... style et scenarii moyens.

     

    Mais bon, parler de Lukacs aux crétins du parti de Celui-n-aime-pas-les-blonds sur AgoraVox, c’est de la confiture aux cochons (halals)

     

    Dans un système économique où le licenciement est prohibé, chacun réussit plus ou moins à trouver sa place.
    Dans un système sexuel où l’adultère est prohibé, chacun réussit plus ou moins à trouver son compagnon de lit.
    En système économique parfaitement libéral, certains accumulent des fortunes considérables ; d’autres croupissent dans le chômage et la misère.
    En système sexuel parfaitement libéral, certains ont une vie érotique variée et excitante ; d’autres sont réduits à la masturbation et la solitude.
    Le libéralisme économique, c’est l’extension du domaine de la lutte, son extension à tous les âges de la vie et à toutes les classes de la société.
    De même, le libéralisme sexuel, c’est l’extension du domaine de la lutte, son extension à tous les âges de la vie et à toutes les classes de la société.

     
    Michel Houellebecq


    • Paul Leleu 10 janvier 19:27

      @Zaza

      Houellebecq, c’est du roman petit-bourgeois pour artistes ratés qui essaye de se donner un côté « peuple »... forcément, ça fait du monde ... du « gauchisme de droite »...

      son cynisme de bon-alois est très éloigné du peuple réel, qui a une moralité tout à fait différente de ce que veut nous faire croire Houellebecq... cette vision « noire » de l’homme est une vision narcissique urbaine et petite-boureoise... La masse du peuple qui travaille (classes populaires et moyennes) ne ressemble pas du tout aux personnages égocentrés de Houellebecq... le peuple réel est beaucoup plus subtil que les personnages de Houellebecq qui sont manichéens et sans imagination...

      la vérité, c’est que les fans de Houellebecq c’est un peu les « anti-fa de droite »... c’est la même sociologie hors-sol... et que ça fait fureur dans les médias officiels...


    • Zaza Zaza 10 janvier 23:42

      @Paul Leleu
      Oui, c’est assez vrai, des caricatures bourgeoises. Des 3 1ers Houellebecq seul le 1er m’a intéressée ; probablement parce que j’ai été informaticien, et comme lui j’ai fait des missions à la con, vu des commerciaux roublards, des logiciels inutiles, des bobo qui s’y croient car ils gagnent 2 fois le smic (c’est ds celui où il fout une claque à une pétasse, l’apéro entre maîtres du monde.... grouillots informaticiens) etc. Si, son cynisme porte, à l’ED plus sûrement. Et le désenchantement actuel n’est pas une invention. Natalité en chute, pas de vision, narcissisme. Rebelle de droite gâté désenchanté blasé qui peut se le permettre oui. Il veut faire passer l’Immoralité de la modernité qui l’emmerde par « romantisme bourgeois », bovarisme presque, de bon-aloi pour le libéralisme, non, du racisme (ds le 1er ils veulent tuer un noir), du mépris pour les libertés sociétales, l’islam, la mondialisation. Si Clouscard a été récupéré par l’ED, c’est pas un hasard, et Houellebecq aussi.
       
      Mais la moralité du peuple... rien de plus hargneux qu’un paysan... et lisez Mort à crédit pour la moralité du petit commerce, ça c’est de la grande littérature, de la vraie.
       
      Pour en revenir à Lukacs (où Lénine ?), ds un de ses bouquins il parle des aristo déchus et dégénérés que méprise Balzac qui était royaliste pourtant, droite des valeurs gauche du travail comme on dit, mais voyait la bourgeoisie et l’argent tout remplacer et être la vraie aristocratie d’avenir, on peut dire pareil de Houellebecq : Il se méprise comme occidental en décadence, et le dépeint donc comme une merde, voyant le reste du monde le grand remplacer. Ds le 1er livre, c’est le noir qui se fait sucer... On peut pas être plus explicite... Mais vous avez raison, ses personnages ne sont pas très originaux ni subtil. Le style moyen, les scenarii nuls, il n’y a que l’humour acerbe qui le sauve bien.
       
      Céline a le grand style, des personnages incroyables (Nord !), le scenario de son vécu extraordinaire, l’acerbe et l’humour décapant à la fois des situations, des personnages, du vocabulaire à contre emploi et des effets littéraires au cordeau : Houellebecq encensé par la critique... prouve de cette façon par ses romans qu’on est devenu de la merde historique !
       
      Céline, c’est pas les informaticien, plutôt es médecins ...
       
      J’arrivai là-bas à l’Institut au bout de Paris, derrière La Villette, un matin sur les onze heures. On me fit d’abord promener à travers des laboratoires et des laboratoires à la recherche d’un savant. Il ne s’y trouvait encore personne dans ces laboratoires, pas plus de savants que de public, rien que des objets bousculés en grand désordre, des petits cadavres d’animaux éventrés, des bouts de mégots, des becs de gaz ébréchés, des cages et des bocaux avec des souris dedans en train d’étouffer, des cornues, des vessies à la traîne, des tabourets défoncés, des livres et de la poussière, encore et toujours des mégots, leur odeur et celle de pissotière, dominantes (...)
      Et puis, les savants franchirent à leur tour la grille, plus traînards encore, plus réticents que leurs modestes subalternes, par petits groupes mal rasés et chuchoteurs. Ils allaient se disperser au long des couloirs en lissant les peintures. Rentrée de vieux écoliers grisonnants, à parapluie, stupéfiés par la routine méticuleuse, les manipulations désespérément dégoûtantes, soudés pour des salaires de disette et à longueur de maturité dans ces petites cuisines à microbes, à réchauffer cet interminable mijotage de raclures de légumes, de cobayes asphyxiques et d’autres certaines pourritures.
      Ils n’étaient plus en fin de compte eux-mêmes que de vieux rongeurs domestiques, monstrueux, en pardessus. La gloire de nos jours ne sourit guère qu’aux riches, savants ou non. Les plébéiens de la Recherche ne pouvaient compter pour les maintenir en haleine que sur leur propre peur de perdre leur place dans cette boîte à ordures chaude, illustre et compartimentée (...)

      On n’est jamais très mécontent qu’un adulte s’en aille, ça fait toujours une vache de moins sur la terre, qu’on se dit, tandis que pour un enfant, c’est tout de même moins sûr. (...)
      Quand j’arrivai devant la porte de sa cellule, Serge Parapine était en train de cracher aux quatre coins du laboratoire d’une salive incessante, avec une grimace si dégoûtée qu’il vous en faisait réfléchir. Il se rasait de temps à autre Parapine, mais il conservait cependant aux méplats des joues toujours assez de poils pour avoir l’air d’un évadé.
      Il grelottait constamment ou du moins il en avait l’air, bien que ne quittant jamais son pardessus, grand choix de taches et surtout de pellicules qu’il essaimait ensuite à menus coups d’ongles alentour, tout en ramenant sa mèche, oscillante toujours, sur son nez vert et rose. (...) Parapine mis au courant de mes difficultés ne demanda pas mieux que de m’aider et d’orienter ma thérapeutique périlleuse, seulement il avait appris lui, en vingt années, tellement de choses et des si diverses et de si souvent contradictoires sur le compte de la typhoïde qu’il lui était devenu bien pénible à présent, et comme qui dirait impossible, de formuler au sujet de cette affection si banale et des choses de son traitement le moindre avis net ou catégorique.
      — D’abord, y croyez-vous, cher confrère, vous, aux sérums ? qu’il commença par me demander. Hein ? qu’en dites-vous ?... Et les vaccins donc ?... En somme quelle est votre impression ?... D’excellents esprits ne veulent plus à présent en entendre parler des vaccins... C’est audacieux, confrère, certes... Je le trouve aussi... Mais enfin ? Hein ? Quand même ? Ne trouvez-vous pas qu’il y a du vrai dans ce négativisme ?... Qu’en pensez vous ?

       
      Le voyage


    • Zaza Zaza 10 janvier 14:33

      Il est évident qu’un crétin du parti de Qui-n-aime-pas-les-blonds ne peut pas comprendre ce genre de texte (et le gourou qui se fait payer sa houri par le parti, non plus) : Quand au pseudo PC, c’est Nattes et Touffe à Diallo leur grand penseur.

       

      Bienheureux les temps qui peuvent lire dans le ciel étoilé les cartes des voies qui leurs sont ouvertes et qu’ils ont à suivre ! Bienheureux les temps dont les voies sont éclairées par la lumière des étoiles ! Pour eux tout est neuf et pourtant familier ; tout signifie aventure et pourtant tout leur appartient. Le monde est vaste et pourtant ils s’y trouvent à l’aise, car le feu qui brûle dans leur âme est de même nature que les étoiles. Le monde et le moi, la lumière et le feu se distinguent nettement et jamais pourtant ils ne deviennent étrangers l’un à l’autre, car le feu est l’âme de toute lumière et tout feu se vêt de lumière. Ainsi il n’est aucun acte de l’âme qui ne prenne pleine signification et ne s’achève en cette dualité : parfait dans son sens et parfait pour les sens ; parfait parce que son agir se détache d’elle et que, devenu autonome, il trouve son propre sens et le trace comme un cercle autour de lui. « Philosophie, dit Novalis, signifie proprement nostalgie, aspiration à être partout chez soi. [...]
      Dans de telles limites (la patrie des archétypes) le monde ne saurait être que clos et parfait. Même si au-delà du cercle que les constellations du sens présent tracent autour d’un cosmos immédiatement vécu et destiné à recevoir forme, on présent l’existence de puissances menaçantes et incompréhensibles, elles restent impuissantes à le priver de sens. Capables de détruire la vie, elles ne sauraient attenter à l’être ; elles peuvent jeter des ombres sinistres sur le monde qui a reçu forme, mais ces ombres elles-mêmes entrent dans le système des formes à titre de contraste qui les font mieux ressortir. Le cercle métaphysique à l’intérieur duquel vivent les grecs est plus étroit que le nôtre ; c’est pourquoi nous ne saurions jamais y trouver notre place ; où mieux, ce cercle dont la finitude constitue l’essence transcendantale de leur vie, nous l’avons brisé ; dans un monde clos nous ne pourrions plus respirer. Nous avons découvert que l’esprit est créateur ; et c’est pourquoi, pour nous, les archétypes ont définitivement perdu leur évidence objective, et notre pensée suit le chemin infini de l’approximation toujours inachevée.


      • Zaza Zaza 10 janvier 14:53

        J’ai lu que les 3 1ers, le 1er est hilarant pour qui connaît les bobos infomaticiens, mais les 2 autres chiants pour moi, a part qq passages sarcastiques. Sur la religion de l’Occident, Houllebecq aurait dit « transhumanisme où Islam », donc avec Soumission pour l’Islam je crois que Houellebecq a fait aussi un bouquin sur le transhumanisme.

        Il est évident que le transhumanisme est une religion appropriée à « la dialectique de la raison » de l’Occident, grand thème de la révolution conservatrice, qui va ironiquement être faite par le PC chinois... sont moins cons, et Marx grand réactionnaire pour retour au germain primitif.... Carl Schmitt La notion de politique. :

         

        Avec la technique, la neutralité spirituelle a rejoint le néant spirituel. Après avoir fait abstraction de la religion et de la théologie d’abord, puis de la métaphysique et de l’État, on semble à présent faire abstraction de toute culture et avoir atteint la neutralité de la mort culturelle [...] Le processus de neutralisation progressive des divers domaines de la vie culturelle touche à sa fin parce qu’il a atteint la technique. La technique n’est plus un terrain neutre [...] toute politique forte se servira d’elle [...] Il n’y aura de jugement définitif que l’on aura constaté quelle espèce de politique est assez forte pour s’assujettir la technique moderne et quels sont les véritables regroupements en amis et ennemis opérés sur ce terrain nouveau


        • Paul Leleu 10 janvier 19:36

          Houellebecq me semble extrêmement marqué sociologiquement... il drague le lectorat petit-bourgeois « gauchiste de droite »... c’est à dire des gens aussi cons que des gauchistes hors-sol, mais qui se disent « de droite » pour essayer de se donner un genre « enraciné »...

          tout cela ne tient guère la route... les romans de houellebecq moulinent les lieux-communs des fantasmes officiels... les putes, le tourisme sexuel, le métier chiant, et les supermarchés débiles... hyper-original !!!! ...manque plus que le père-noël...

          Houellebecq est tout à fait incapable de parler d’amour, de maturité, de sagesse... ses personnages ne s’extirpent jamais de la mentalité de téléspectateur passif... a-t-il jamais vécu une histoire d’amour ? je parle, d’une vraie histoire d’amour ? A-t-il jamais été fidèle à quelqu’un ? Accompagné un proche vers la mort ? Elevé un enfant ou soutenu un jeune ?

          Quand tu t’affrontes à la vraie vie, tu n’es plus cynique... même si tu crois plus à la vie, le jeune qui te demande de l’aide, ben tu retrouves ton coeur enthousisate pour lui !!! C’est plus fort que toi... N’importe qui qui a vécu cela connait ce phénomène... On se prend à faire des trucs sympas et à se donner de la peine pour quelqu’un... et c’est toute la sève d l’existance...

          Aucune trace de cela dans les romans de Houellebecq... un puceau de la vie...


          • Zaza Zaza 10 janvier 23:58

            @Paul Leleu
            Oui tt à fait, le puceau de la vie, mais car il y en a de plus en plus dans la modernité : séparation, narcissisme et virtuel, consumérisme ersatz d’une vraie vie, confort démobilisateur, mort cachée chez le moderne, pas de corbillard suivi par le village, incinération solitaire, plus d’enfant, hiver démographique, plus de famille, Engels avait prévenu, misère sexuelle, misère politique, misère d’espérance, pas de village, plus de place du village mais internet, sexualité désenchantée devenu porno, monde désenchanté prévenait Marx, demain les chiens (SF roman), les vrais. Houellebecq se dépeint comme un chien robot, sous-humain.
            Et le chien triste et vide en lui-même n’espère plus que mordre pour se venger de sa vie. Mais il lui faut un maître pour le remplir, c’est son talon d’Achille, voir Nietzsche « Tu veux te démultiplier, trouve des 0 », « la cruauté est le remède de l’orgueil blessé » etc. où Carl Schmitt (son txt sur le romantique impuissant politique)


          • Zaza Zaza 11 janvier 09:45

            Le puceau de la vie = le dernier homme, il vit très longtemps dit Nietzsche, mais dans le néant, comme un veau puceau d’élevage dans un box et ds le noir, 90 ans, mais 6 mois équivalent...
             
            Alors comme explique H il cherche des dérivatifs à son néant : voyage, loisirs, porno, sports extrêmes dirait Tesson. Il a perdu :
             
            une communauté, religion, nation, village, classe (c’est la remarque d’un cgtiste : mes fils FN sont plus à l’aise que moi mais seuls)
            l’Histoire (Céline, la guerre de 14 et de 40 ...), faire l’Histoire (idéologies)
            des valeurs à défendre (qui font la communauté)
            un sens à sa vie
             
            H décrit ça

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