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Incertitudes des prédictions en médecine. Entre Art et Science, l’art médical reste une humanité

 

Contraste frappant entre deux prédictions sur la même population. Discordances majeures

De – 72% et + 42%, le contraste est saisissant. Il rappelle que la fiabilité des résultats d’une prédiction dépend de la robustesse des hypothèses et de la stabilité des tendances observées

 Si une hypothèse est incertaine, ou si un phénomène nouveau apparaît, le merveilleux mirage de la simulation s’évanouit. Cette discordance extrême souligne que la fiabilité des prédictions en médecine n’est guère supérieure à celles des prédictions sur notre état de santé, d’amour ou de richesse auxquelles nous ont accoutumés les devins, mages et autres cartomanciennes.

Elle souligne les risques que les politiques font courir à leur pays en basant leur politique sur de pareils mirages. L’utilisation de simulations réalisées par des experts n’est souvent rien d’autre qu’une forme moderne de la consultation d’oracle comme à Delphes antique

 

INCERTITUDES DES PREDICTIONS EN MEDECINE. Entre Art et Science, l’art médical reste une humanité.

 

« Les prévisions sont difficiles, surtout lorsqu'elles concernent l'avenir ». Pierre Dac, acteur, artiste, chanteur, comique, écrivain, Musicien, Résistant, Romancier (1893 - 1975)

 

 

 La médecine, un art du vivant

La médecine a longtemps été un « art » et quasiment seulement un art ! « Contemporain de Sophocle, d'Euripide, de Socrate et de Thucydide, Hippocrate est un magnifique représentant, parfois ignoré, du " siècle de Périclès ", le siècle des Lumières grec. A ce titre, le Corpus hippocratique offre l'un des témoignages les plus riches et les plus brillants de l'éveil de l'esprit scientifique en Grèce. »[1]. Il s’agissait alors d’éveil et non d’« hégémonie » d’une science moderne que certains voudraient dure, rigide et absolue, oubliant que son « objet » reste l’homme (mais le même raisonnement s’appliquerait en médecine vétérinaire et toute médecine du vivant -plantes etc.-).

 

 De la médecine ART à la médecine qui ne serait que SCIENCE et intelligence artificielle : une erreur fondamentale

Il est certain que ceux qui imaginent remplacer les médecins par les machines et robotisent, en attendant, le praticien complaisant, ont tout intérêt à faire croire qu’on peut réparer un malade comme une voiture ou un ordinateur. Les délires sur le rôle imminent de l’Intelligence artificielle dans nos vies en est le plus frappant exemple.

En cette époque de monde virtuel, les simulations fleurissent dans tous les domaines et en particulier en médecine. Mais la médecine n’est pas une science dure obéissant à des lois mathématiques ou physiques immuables depuis le big bang et qui permettent de prévoir la trajectoire d’une fusée.

 Elle suit les règles de la vie qui nécessite de s’adapter aux situations imprévisibles qui surgiront. Le fait que tout être humain est unique, par la diversité et l’adaptabilité qu’elle permet constitue en effet pour une espèce la meilleure solution pour sa survie. Cette originalité fondamentale de tout être vivant (de l’homme au virus et aux végétaux), et leur capacité à évoluer en permanence rend les prédictions sur les êtres vivants difficiles et incertaines.

 

 

 De la communication sur les résultats à long terme d’un médicament : entre manipulation et mystification

Les services de communications des firmes pharmaceutiques adorent les simulations et les sponsorisent volontiers pour « démontrer » l’efficacité de leur produit, puis stimulent les médias pour faire diffuser leur « réalité virtuelle », en la présentant comme des résultats avérés ou au moins fiables, voire certains.

Comme nous l’avions rappelé dans un article précédent[2], il faut particulièrement se méfier lorsque les auteurs de la simulation sont liés aux entreprises, que leur simulation bénéficie d’une diffusion médiatique très large, et que les présentateurs oublient d’en parler au conditionnel pour rappeler qu’il s’agit d’une prédiction.

Il n’est pas toujours facile de démontrer que ces informations virtuelles sont trompeuses. Mais on peut parfois comparer deux prédictions par des auteurs différents en regardant si les résultats diffèrent selon leurs liens aux firmes.

 

 Exemple et comparaison de deux simulations de l’incidence prévisible du cancer du col selon les liens d’intérêt

Deux simulations de l’évolution de l’incidence du cancer du col de l’utérus en Grande Bretagne ont été publiées presqu’en même temps, une par Cancer Research United Kingdom (CRUK)[3], organisme public de recherche sur le cancer, et l’autre par un groupe de défenseurs de la vaccination et du dépistage par les tests HPV [4].

Les avocats de la vaccination par Gardasil prétendent que chez les jeunes filles ciblées par la vaccination (âgées de 12-18 ans en 2008-2009), l’effet de celle-ci ne pourra pas être visible avant 2031.

Pourtant, ces vaccinées qui avaient 19 à 25 ans, souffrent depuis 2015, d’une augmentation de 30% de l’incidence du cancer invasif du col par rapport à la période pré vaccinale (de 3.3 en 2008 à 4.3 en 2015) !

 

Dans leur rêve doré, ils prédisent aussi, pour le groupe d’âge 25-29 ans une diminution de 72 % de l’incidence du cancer invasif du col de l’utérus (de 22 en 2016 à 6.1 en 2040) sous l’effet du Gardasil 9 et du dépistage HPV.

 Pourtant, et ils le reconnaissent eux-mêmes [5], ce groupe de vaccinées tardives souffre depuis 2016, d’une augmentation de 100% de l’incidence du cancer invasif du col par rapport à la période pré vaccinale (de 11 en 2008 à 22 en 2016). La foi rend vraiment optimiste, mais aveugle.

 

La simulation de Cancer Research United Kingdom[6], qui intègre les déconvenues récentes de la vaccination anti HPV, est moins optimiste, et prévoit une augmentation de l’incidence du cancer invasif du col de l’utérus de 42% entre 2014 et 2035.

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 Contraste frappant entre deux prédictions sur la même population. Discordances majeures

De – 72% et + 42%, le contraste est saisissant. Il confirme la remarque de Pierre Dac et rappelle que la fiabilité des résultats d’une prédiction dépend de la robustesse des hypothèses et de la stabilité des tendances observées.

 Si une hypothèse est incertaine, ou si un phénomène nouveau apparaît, le merveilleux mirage de la simulation s’évanouit. Cette discordance extrême souligne que la fiabilité des prédictions en médecine n’est guère supérieure à celles des prédictions sur notre état de santé, d’amour ou de richesse auxquelles nous ont accoutumés les devins, mages et autres cartomanciennes.

Elle souligne les risques que les politiques font courir à leur pays en basant leur politique sur de pareils mirages. L’utilisation de simulations réalisées par des experts n’est souvent rien d’autre qu’une forme moderne de la consultation d’oracle comme à Delphes antique [7] [8]

 

Comment peut-on encore accepter de baser une politique de santé sur des oracles dont les pythies[9] sont très souvent impures, du fait de leurs liens multiples aux firmes pharmaceutiques ?

 

 

[3] CRUK org/cancerstats cervical cancer (C53) : 1979-2035 Cet organisme public publie chaque année les statistiques britanniques officielles sur le cancer

[4] A Casanova Prediction of cervical cancer incidence in England, UK, up to 2040, Lancet Public Health 2018. Cette simulation a été réalisé à la demande de Jo’s cervical cancer trust qui reçoit une contribution financière de Roche, MSD, et GSK.

[5] Alejandra Castanona, ⁎, Peter Sasien Is the recent increase in cervical cancer in women aged 20–24 years in

England a cause for concern ? Preventive Medicine 107 (2018) 21–28

[6] C R Smittenaar1, K A Petersen1, K Stewart1 and N Moit Cancer incidence and mortality projections in

the UK until 2035 British Journal of Cancer (2016) 115, 1147–1155

[7] Du 6 ième siècle avant au 2 ième siècle après J.-C., la cité grecque de Delphes a abrité l’oracle de Delphes donné par le Dieu Apollon pour aider les consultants à prendre des décisions importantes.

[8] Crésus roi de Lydie après avoir consulté 2 fois l’oracle de Delphes décida de faire la guerre aux Perses, ce qui entraîna la destruction de son empire. Et lorsqu’il repartit à Delphes pour se plaindre, l’oracle lui en attribua toute la responsabilité.

[9] Les Pythies chargées d’exprimer les paroles du dieu Apollon étaient le plus souvent des femmes simples et sans instruction dont l’ignorance même garantissait leur obéissance totale aux messages du Dieu. Elles devaient rester pures et ne pas être liées au monde extérieur.

 

 

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12 réactions à cet article    


  • sls0 sls0 5 novembre 2018 16:08

    Bien sûr que rien ne remplace le savoir et l’expérience d’un médecin qui se tient au courant. (C’est pas le cas de tous)

    Le meilleur médecin pour le dépistage du cancer du sein est une IA, un QI de moule mais toujours concentré pour visionner des clichés de radio. Premier bémol.

    Midas en son temps transformait en or tout ce qu’il touchait.

    Quand il y a des actionnaires dans le coin, tout se transforme en pourri, en infâme. A ce niveau de pouvoir l’argent corrompt tout, du moins il corrompt les humains, pas la science. Deuxième bémol.

    La science ou plutôt la méthode scientifique est neutre. On peut la biaiser mais comme en principe c’est validé par d’autres essais c’est rapidement visible, c’est le cas et visible dans l’article.

    Dans ce cas ci on verra qui est le plus fort, l’argent ou le monde scientifique.

    On oublie pas que la décision n’appartient pas au monde scientifique mais politique qui est facilement influençable.

    En cela votre article pas trop rationnel pourra les influencer, le monde politique ne regarde que sa ré-élection* et doit plaire à un électorat qui n’est pas toujours rationnel.

    Cela dit je suis contre le Gadarsil.

    *Je dit ça mais j’ai connu au moins d’une dizaine d’hommes politiques qui faisaient très bien leur boulot.

    C’est vrai que c’est pas beaucoup donc je me permets de généraliser.


    • foufouille foufouille 5 novembre 2018 16:20

      "Mais la médecine n’est pas une science dure obéissant à des lois mathématiques ou physiques immuables depuis le big bang et qui permettent de prévoir la trajectoire d’une fusée."

      mais si sauf que pour l’instant personne n’a fait de découverte de type E=MC2.


      • Alren Alren 7 novembre 2018 13:52

        @foufouille
        La physique fondamentale (quantique et relativiste qui restent pour l’instant "irréconciliables) peut se résumer en quelques équations.
        Il n’y aura pas d’équations pour un phénomène chimique aussi complexe que la vie.
        On peut juste espérer des ordinateurs capables de prédire l’existence de molécules complexes qui respectent des lois quantiques encore non-déchiffrées.


      • foufouille foufouille 7 novembre 2018 14:05

        @Alren
        mais si, un jour on aura des bidules de « type » star trek permettant de synthétiser un organe à vitesse grand V. ce ne seront pas des équations mais des solutions chimiques. on arrive déjà à détecter des débuts d’infarctus avec une simple prise de sang.


      • Alcyon 5 novembre 2018 18:22

        On parle bien de cet article ? Je ne trouve pas le graphique cité.


        • popov 6 novembre 2018 05:55

          Les théories sur les aliments bons ou mauvais pour la santé ont un demi temps de vie de 10 ans. C’est-à-dire qu’après 10 ans la moitié seront considérées comme pas nécessairement correctes ou complètement fausses.

          Il fut un temps où l’on condamnait le beurre et louait la margarine. Pourtant, quand on sait comment on fabrique le vrai beurre de ferme et la margarine, on aurait pu se douter qu’il y avait anguille sous roche.

          Mon père se méfiait des médecins. Pour ses petites malfoutoses, il allait voir le rebouteux du coin. Par curiosité, je l’ai un jour accompagné chez le rebouteux. À ma grande surprise, il ne cherchait pas à diagnostiquer la maladie. Il alignait une série de flacons sur la table et promenait son pendule au-dessus. Quand le pendule « réagissait » au-dessus d’un flacon, il disait : « voilà tu as une maladie qu’on peut soigner avec cet extrait de plante ; c’est probablement une ... » suivait le nom d’une pathologie.

          Toujours est-il que les gens qui consultaient ce rebouteux en étaient très satisfaits.

          Effet placebo, allez-vous dire. Admettons. Mais si un placebo peut guérir, les médecins, surtout les généralistes, devraient recevoir une formation de base en médecine psychosomatique de façon à renforcer l’effet placebo des médicaments qu’ils prescrivent. C’est là que la médecine devient un art.

          Le rebouteux avait averti mon père qu’il devait se méfier de la pneumonie. Mon père est entré pour la première fois de sa vie dans un hôpital pour un cancer de poumon. Faute de lit, il est resté de nombreuses heures dans un couloir mal chauffé alors qu’il était affaibli par le traitement. Il est mort d’une pneumonie.


          • foufouille foufouille 6 novembre 2018 08:36

            @popov
            le taux de réussite de l’effet placebo est de 20% pour les maladies pas graves. il ne e renforce pas et ne soigne rien de plus même pour un croyant khmer vert.


          • popov 6 novembre 2018 10:39

            @foufouille
             
            Vous parlez de l’effet placebo qui agit lorsqu’un placebo est administré.
             
            Quand un « vrai » médicament est administré, il est impossible de savoir quel est le pourcentage de l’effet placebo et le pourcentage du médicament dans la guérison.


          • JL JL 6 novembre 2018 10:44

            @popov
             
             l’effet placebo vs l’effet nocebo sont des effets incontournables inscrits au plus profond de l’être humain, et ne sont pas seulement à associer aux médicaments : je pense que leur rôle est fondamental dans l’alimentation, la nutrition.


          • foufouille foufouille 6 novembre 2018 11:17

            @popov
            l’effet placebo est toujours le même mais pas avec un pourcentage fixe vu qu’il faut croire. tout le monde ne peut guérir tout seul d’une nécrose osseuse mais ce n’est pas un effet placebo.


          • Odin Odin 6 novembre 2018 11:32

            A l’auteur, merci pour ce nouvel article.

            « Comment peut-on encore accepter de baser une politique de santé sur des oracles » 

            C’est facile, on met à la tête du ministère chargé de cette politique, un couple dont la cupidité est le seul moteur.

            Pour remédier à ce problème, il faudrait rendre impossible, à ceux ayant prêté le serment d’Hippocrate (et aussi aux politiques), de pouvoir aussi prêter serment au dieu Mammon sous peine de prison et de confiscation de l’intégralité de leurs biens. 


            • zygzornifle zygzornifle 6 novembre 2018 12:50
              le clash de Jean Lassalle à l’Assemblée nationale avec la ministre


              https://www.youtube.com/watch?v=iM3shXVEJWw


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