Interrogations sur la gestion des notes à l’ESILV – Témoignage d’une mère d’étudiante
Je suis la mère d'une étudiante à l'École Supérieure d'Ingénieurs Léonard-de-Vinci (ESILV) et, en tant que psychologue scolaire, je m'intéresse de près aux parcours post-bac et à la santé mentale des élèves. Lors d'un entretien pour un stage, un ingénieur a fait part à ma fille que son équipe constatait un « écart notable entre les compétences revendiquées par les étudiants et leur niveau réel dans les matières scientifiques ». Ne disposant ni du temps ni des ressources nécessaires pour pallier ces lacunes, l'entreprise préfère ne pas donner suite à ces candidatures. Je croyais en l'intégrité de l'ESILV, et j'ai été surprise lorsque ma fille, mal à l'aise et consciente de ses difficultés, m'a confié que, dans certaines matières, les notes étaient souvent très mauvaises, et que l'école avait l'habitude de les remonter. Cela est attesté par des mails reçus d'enseignants, qui écrivent explicitement que les notes ont été remontées pour tout le monde, ainsi que par des informations données par un délégué. Les notes mises en ligne sont en effet supérieures à celles figurant sur les copies.
Ces ajustements ne relèveraient pas d'une harmonisation pédagogique classique pour corriger des écarts de notation, mais sont plutôt dictés par des objectifs de taux de réussite, favorisant le passage en année supérieure. Quelles qu'en soient les raisons, cela est une forme de tromperie envers les étudiants et le grand public ce qui porte atteinte à l'intégrité académique.
Un système démotivant pour les étudiants investis
Cette pratique n'encourage pas les étudiants à progresser. Beaucoup vont préférer fermer les yeux sur leurs lacunes, attirés par la facilité que ce système leur procure, plutôt que de faire l'effort de travailler plus ou de revoir leur méthode. Ma fille, élève sérieuse et assidue, ressent beaucoup de frustration de voir ses camarades, peu investis, valider les mêmes modules qu'elle, grâce à cette majoration artificielle des notes. Selon elle, de nombreux camarades obtiennent des notes très faibles qui sont ensuite remontées par l'école. Elle n'ose pas en parler à ses professeurs, par crainte de représailles, d'autant plus que certains élèves ont clairement compris le système et en tirent avantage. J'ai financé les études de mes enfants en croyant au mérite, sans jamais accepter que des privilèges ou des arrangements faussent la réalité. Aujourd'hui, face à cette dérive, nous nous sentons bernées. Nous n'avons pas payé pour que ma fille, qui éprouve un sentiment de honte, soit embarquée dans cette dérive.
Une préoccupation qui s’étend au-delà de l’ESILV ?
Cette manipulation des notes n'est pas un cas isolé. Dans un article du 17 juin 2022, Le Figaro Étudiant évoque des pratiques similaires de « bidouillage » au baccalauréat. Le 25 mars 2024, Europe 1 rapporte que des correcteurs du brevet dénoncent des « ajustements académiques » imposés pour gonfler les résultats, indépendamment des compétences réelles. Par ailleurs, une enquête de Challenges du 11 septembre 2024 écrit que l’ESILV, intégrée au Pôle Léonard de Vinci, racheté par le groupe AD Education, est devenue une véritable « machine à cash ».
L'ESILV affirme former des ingénieurs généralistes de haut niveau. Comment cette école peut-elle prétendre à cette ambition alors que les résultats des étudiants sont très insuffisants, et qu'ils doivent être artificiellement gonflés pour maintenir un taux de réussite élevé ?
Questions adressées à l'ESILV, au groupe AD Education et à la communauté éducative
- Ce gonflement artificiel des notes est-il une stratégie pour maximiser les profits ? Si ce n'est pas le cas, quelles justifications pédagogiques sont avancées pour expliquer une telle dérive ?
- Si l'ESILV est prête à relever artificiellement les notes pour sauver les apparences, peut-on s'attendre à d'autres pratiques douteuses ?
- L'ESILV est-elle consciente de l'impact psychologique de ces pratiques, tant sur la motivation, la confiance en soi, et le sentiment de légitimité des étudiants, que sur la santé mentale des enseignants contraints d'y participer au mépris de leur intégrité professionnelle ?
- Quel message envoie-t-on aux futurs ingénieurs ? Que la réussite peut être obtenue sans effort, sans mérite, par des ajustements artificiels ?
- En organisant de telles pratiques, l'ESILV ne banalise-t-elle pas des arrangements douteux que les futurs diplômés pourraient reproduire dans leur vie professionnelle, au mépris de l'éthique ?
- Cette culture de l'arrangement ne favorise-t-elle pas une tolérance à la manipulation et au mensonge
- Peut-on encore accorder de la valeur aux diplômes délivrés par l'ESILV si ces pratiques persistent ?
- La Commission des Titres d'Ingénieur (CTI) est-elle informée de ces dérives ? Que fait-elle pour les encadrer, les réguler ou les sanctionner ?
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