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Accueil du site > Tribune Libre > Jarnac : « Cinq minutes d’arrêt ! »

Jarnac : « Cinq minutes d’arrêt ! »

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           Avec ce face-à-face Macron-Lepen aux Elections européennes - face-à-face que LREM ne manquera pas d'exploiter jusqu'à en abuser pour les 3 années à venir -, le locataire actuel de l'Elysée est assuré de remporter la prochaine élection présidentielle car, tout comme ses prédécesseurs, ce dernier est assuré d'un duel qu'il ne peut pas ne pas gagner.

           A ce sujet, on ne cessera jamais d'aller cracher sur la tombe d'un François Mitterrand, ce fantôme qui ne cesse de hanter toutes les Elections présidentielles de ces 20 dernières années, fantôme et vampire...

Un Mitterrand qui a offert une tribune à un parti, le FN, aujourd'hui RN, tout en réunissant toutes les conditions sociales et culturelles à son développement, tuant ainsi l'élection présidentielle ; son 2è tour en particulier.

Et c'est là son seul legs.

Mais... qu'à cela ne tienne. Un train nous attend.

_______________________

 Paris, gare Montparnasse : nous sommes jeudi, il est 7h. Départ TGV en direction d’Angoulême avant un changement et un TER vétuste et bruyant. Et puis... quatre heures plus tard...

Bienvenue à Jarnac ! 

Ville d'origine contrôlée, côtés Cognac et Pineau, 5000 âmes à peine, et une Histoire comme toutes les autres communes de la région, et de beaucoup d'autres régions encore, de la pré-histoire à aujourd'hui.

Un petit couac néanmoins : Jarnac rime avec arnaque ; quant à la truffe des Charentes… la truffe...

Des truffes ?..................

***

 Laissant la gare derrière moi, j'ai remonté à pied l'avenue Carnot par un temps froid et humide, puis tout droit après le pont de la Charente, fleuve calme et docile qui prend sa source là où on lui dit et, comme tout bon fleuve qui se respecte, termine sa course dans la mer : l’Atlantique pour ne pas la nommer. 

J'ai réservé une chambre à l’hôtel Ligaro ; un hôtel situé dans une vieille maison charentaise à deux pas de la mairie. Je suis descendu seul, aussi je ne me refuse rien : pension complète à 300 euros-jour ; les repas seront servis au Restaurant du château, non loin de là, à 200m.

Un détail néanmoins. Oh ! Trois fois rien ! De ce côté-ci de la ville, à mon arrivée, les rues étaient désertes : pas une âme qui vive.

Avant d’aller là où je comptais me rendre comme tant d’autres avant moi, et comme tant d'autres après moi, plus nombreux encore, j’avais prévu un petit détour par le quai de l’Orangerie, au numéro 10 plus précisément. Un musée consacré à qui vous savez faisant face à la Charente m’y attendait. En revanche, personne n’était là pour m’accueillir à l'entrée et tout semblait abandonné : porte éventrée, volets fermés, pas d’électricité, pas de lumière mais une odeur. Oui ! Une odeur...

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 A peine entré, j'en suis très vite re-sorti intrigué et déçu.

 D’un pas décidé, j’ai emprunté la rue du Chail, avant de me retrouver face à la maison natale de celui que l’on ne peut plus nommer sans éprouver une colère à peine maîtrisable, pour ne rien dire de la rage qui peut nous emporter tous autant que nous sommes, et ce à tout moment. Levant la tête, je me suis rendu compte que le toit de la maison avait été soufflé, les volets arrachés, les vitres brisées... et cette odeur, la même odeur, une odeur… mais comment dire ?

Inquiet maintenant, faisant demi-tour avant d'emprunter la 2e rue à droite en direction du cimetière des Grands-Maisons situé dans le quartier du même nom, là où se trouve la sépulture de celui qui s’est fait un jour élire Président de la République française, c'était en Mai 1981, qu’elle n’a pas été ma surprise : une longue file d’attente obstruait les trottoirs et la rue qui mène au cimetière, ainsi que son entrée.

Des centaines ils étaient ! Sortant de ma poche une fausse carte de presse, accompagné de la gardienne des lieux, j’ai pu me frayer un passage jusqu’à la sépulture tant convoitée ; et toujours cette odeur, la même, maintenant insupportable. Et devinez quoi ?

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Dans un défilé ininterrompu, jeunes, vieux, hommes, femmes, blancs, noirs, bruns, jaunes (rouges et verts !), chacun y allait de son crachat ! Oui ! Au passage, devant l’entrée du caveau, tous crachaient d’un crachat épais et lourd, du fond de la gorge, bien profond, après un raclement rhino-pharyngé de tous les diables. Et tous attendaient leur tour dans le froid et l'humidité, patiemment, anonymes, silencieux, mais déterminés.

Des milliers de crachats depuis le début de la matinée m’a fait remarquer la gardienne ! « Sans doute, des millions de crachats en cumul depuis son décès », ai-je ajouté. Coloré, aqueux, gluant et muqueux, nez, gorge… tous mettaient un point d’honneur à le faire descendre ce crachat comme pour mieux le faire remonter . Poumons, bronches, de leurs crachats à tous, translucides ou opaques, seuls importaient le poids, la cible, la puissance d’expulsion et la force de projection  : « Le glaire… contre le glaive de la finance, du profit sans retenue et de l’humiliation » m’a susurré à l’oreille un homme bien mis qui attendait calmement son tour.

La gardienne du cimetière censée pourtant surveiller les lieux et veiller au respect du règlement me l'a confirmé : les crachats n'ont jamais cessé, et ce dès les premiers jours ; les médias en ont parlé un moment, puis plus rien afin d'éviter une trop grande publicité, sur instruction de l'Etat et d'un commun accord et puis... connivence oblige ! La SNCF, elle, a refusé de fournir les trains supplémentaires qui étaient demandés (une fois n'est pas coutume ! En 40, la SNCF se faisait moins prier !) ; la police quant à elle, a très vite renoncé à intervenir.

C’est donc dans l’indifférence la plus totale que des centaines de milliers, d’hommes et de femmes - voire des millions -, faisaient ce voyage à Jarnac depuis des années ; voyage en train, en voiture, en autocar, à pied, en auto-stop, à moto, à vélo, à dos d'âne et charrette à bras ! Ils venaient de toute la France, seuls ou accompagnés, en famille parfois... le dimanche ; d'autres d'Afrique noire, d'autres encore, du Maghreb, et tous sans exception y crachaient tout leur saoul avant de quitter le cimetière et la commune discrètement sans demander leur reste car, si tous avaient soutenu l’entartage des années 80 et 90 destiné aux facétieux et aux tartuffes de la conscience humaine, tous étaient maintenant partisans d'une approche plus radicale.

 « Un crachat sur la tombe de celui qui a démissionné devant les puissances de l’argent et de la guerre, et ce faisant… a abandonné l’idée que l’on se faisait de la Gauche ? » me suis-je aventuré à suggérer à l’un d’entre eux…

D'un simple regard, un jeune homme acquiesça.

 « Cent crachats sur 60 ans d'une vie politique au cours de laquelle on s'épuisera à chercher ne serait-ce qu'un seul acte courageux ? »

Et puis encore...

 "Mille crachats sur la sépulture de celui qui a fait d’une gauche dite de gouvernement un beau tas de lâchetés munichoises ? Vraiment, on ne peut pas cacher d'où l'on vient : après la Francisque !... » 

         "... et mille autres crachats pour avoir instrumentalisé un parti, le FN, aujourd'hui RN, mettant ainsi fin à tout espoir d'alternative politique digne de ce nom ?" ai-je surenchéri…

On me fit "Oui" de la tête ; une jeune femme, jeune et bien mise ; très femme au demeurant.

        « Des millions de crachats pour nous avoir tous livrés en pâture, traité après traité, à une Europe et à une Allemagne qui n'ont jamais fait qu'un seul choix depuis Maastricht : celui d'un moins-disant social, culturel, intellectuel et moral ? »

Pareillement, cette suggestion recueillit la même approbation mais d’un vieillard cette fois-ci ; un vieillard encore vigoureux de cœur et d’esprit.

 Pour mon information, dans un souci d’exhaustivité qui l’honore, la gardienne a tenu à mentionner la présence d’un crachat dit « rectal » : assurément, la nuit, on fait le mur ; et au petit matin, on trouve les lieux souillés ; l'urine aussi semble y avoir trouvé toute sa place auprès de ce caveau. Inutile de préciser que la coupe était vraiment pleine pour cette gardienne de cimetière reconvertie malgré elle en Madame-pipi. « Ce n'est plus une sépulture mais une porcherie ! Et quelle porcherie ! Même les chiens viennent y faire leurs besoins ! Et cette odeur ! Ah ! Cette odeur, mon Dieu !  »

Urine, excréments…cette odeur qui n'avait pas cessé de m'indisposer tout en me guidant, m'ouvrant pour ainsi dire la voie, c'était bien évidemment l'odeur du fumier ; ce qui explique un centre ville désert : les habitants de Jarnac se terrent chez yeux tout en se bouchant le nez depuis des mois sans doute.

On ne le dira jamais assez : si d'aucuns meurent d'une mort qui les illuminent (Hugo, Jaurès), d'autres crèvent d'une mort qui n’a rien à envier à celle des rats quand ils descendent le fil de l'eau, le ventre à l'air, accompagnés d'une nuage de mouches et d’une odeur qui ne trompe maintenant plus personne. Terrassés d’effroi, un seul recours alors pour les croyants : se signer au plus vite. Pour les autres...

*** 

   En quittant les lieux, sur le chemin du retour, crachant tout du long (ne voulant pas être en reste, et puis... juste pour être sûr !), comme je rentrais à l'hôtel, une certitude est venue et ne m’a plus quitté : après Saint-Jacques-de-Compostelle, Lourdes - d'autres mentionneront la Mecque -, ce sont bien avec le pèlerinage de Jarnac ainsi qu'avec tous ces crachats-là qu’il faudra désormais compter ! Oui ! Chers frères et chères soeurs ! Notre salut à tous viendra de lui, et de lui seul ! De ce crachat car c’est toute notre dignité d'hommes et de femmes que l’on retrouvera alors à Jarnac, pour y être allés, et plus important encore, pour y avoir craché tout notre mépris et notre colère, et puis aussi... la gorge en feu, la gorge desséchée, pour en être revenus assoiffés de justice, le coude bien haut ! 

 Alors oui, Jarnac ! Cinq minutes d'arrêt.

________________


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14 réactions à cet article    


  • filo... 1er juin 18:36

    @l’auteur

    Est vraiment comme ça aujourd’hui à Jarnac et sur la tombe de François Mitterrand ou bien c’est dans votre imagination ou dans votre rêve qui se veut prémonitoire ?

    Je suis allais, c’est vrai il y a quelque années de ça, mais...

    Le musée était bien entretenu, entrée payante, où étaient exposés des cadeaux que Mitterrand avait reçu des autres chefs d’état du monde entier.

    Sa maison natale, une bâtisse de 2-3 étages peinte en bleu, c’est vrai, méritait d’être rafraîchit. En face il avait une boulangerie tee rom dont la spécialité était la crème brûlée. Fabrication maison et en plus vous pouvez emporter avec vous le pot en terre cuite dans lequel elle a été servie.

    Cimetière, propre bien entretenu, mais par contre sa tombe m’a passablement choqué. Une petite et étroite chapelle pas digne du tout d’un président de la république française. Quelqu’un ma expliqué par après que ça été sa volonté.

    Il a été persuadé qu’un jour il sera reconnu comme un grand personnage historique et qu’il sera transféré au Panthéon.

    Cela m’a étonné quelque peu que ça propre famille, surtout ça femme et ses enfants (légitimes) l’ont acceptés ça si docilement. Car ce politicard il a trompé tout le monde à commencer par sa propre famille.

    Et pour amadouer les allemands afin qu’ils signe le « Traité de Maastricht » en 1992 il leurs a cédé, fait cadeau de la Yougoslavie.

    Avec les conséquences que l’ont connaît encore aujourd’hui.

    Au contraire il sera aujourd’hui un grand chef d’état s’il été visionnaire et s’il s’était opposé à la réunification allemande.

    Mais paraît-il qu’il n’a pas compris immédiatement ce qu’il arriva.

    Les allemands non plus d’ailleurs. Genscher, ministre des AE de l’époque croyait que c’était le début de 4ème Reich !


    • Serge ULESKI Serge ULESKI 1er juin 18:39

      @filo...

      « Le musée était bien entretenu, entrée payante, où étaient exposés des cadeaux que Mitterrand avait reçu des autres chefs d’état du monde entier. »

      C’est un conte...


    • Serge ULESKI Serge ULESKI 1er juin 18:41

      @Serge ULESKI

      A propos de la vidéo : s’occuper de la matinée qui se lève ou bien, rêver que l’on change le monde ?


    • TSS 1er juin 20:59

      j’y suis allé 2 fois .A l’epoque il n’y avait pas encore de musée et sa maison natale etait encore habitée par sa soeur.

      Dans le cimetière les tombes ne sont pas en terre ce sont des caveaux ,je me suis assis en face sur le petit banc sous le rosier et je lui ai dit ce que je pensais... !!

      Dans l’air flotte une odeur divine « la part des anges » de la distillerie juste de l’autre coté de la rue.


      • alinea alinea 1er juin 23:16

        Beurk, que l’humanité est conne... tous ces gens feraient mieux de préparer la société future !

        Toujours trouver un coupable... cela ne nous a jamais menés loin !


        • Fergus Fergus 3 juin 11:13

          Bonsoir, alinea

          Tu as raison.
          D’autant plus que le Front National aurait émergé de toute manière, avec ou sans coup de pouce comme le démontre clairement l’évolution du paysage politique des autres pays européens. 


        • Le421 Le421 2 juin 08:26

          Ah, qu’elle est pratique cette politique du « bouc émissaire ».

          Cela permets à coup sûr de n’être jamais responsable de rien.

          C’est de la faute à...

          Ceci dit, Mitterrand a réussi à concrétiser cette génération de « fausse gauche » qui prends le costume mais n’applique jamais les principes.

          Et entre nous, ça, ce n’est pas typique à la France.

          On massacre la politique d’un Chavez ou d’un Maduro, et on laisse les Bolsonaro ou les Erdogan tout casser sans rien faire...

          La gauche au pouvoir ? L’ère du partage équitable ?

          Vous n’y pensez pas !!

          Les dictatures et les totalitarismes s’installent de partout.

          Que ce soit en Hongrie ou aux Philippines...

          C’est le « chacun pour sa gueule » qui règne.

          D’ailleurs, à ce petit jeu là, personnellement, je ne serais pas perdant...

          Si vraiment il faut.


          • filo... 2 juin 08:38

            @Le421
            Je ne comprends pas le sens de votre commentaire !
            Quel rapport avec article publié ci-dessus ?


          • leypanou 2 juin 08:52

            @Le421
            On massacre la politique d’un Chavez ou d’un Maduro, et on laisse les Bolsonaro ou les Erdogan tout casser sans rien faire... 

             : vous ne vous rappelez pas du fameux « il faut briser le tyran » ? C’est ici.

            Pour moi, règle de base : que chaque pays s’occupe de ses propres problèmes. Les donneurs de leçon de démocratie, autrement dit l’idéologie k.uchnerienne, ras le bol.


          • Serge ULESKI Serge ULESKI 2 juin 14:20

            @filo...

            Il s’agit d’un militant « les Insoumis » …. une groupie de Mélenchon dont le modèle politique est Mitterrand ; un Mélenchon, couillon un jour, couillon toujours, qui a voté en 1997 en faveur de Maastricht alors que nous tous savions quelles en seraient les conséquences. Nous avions donc plus de 20 ans d’avance sur lui. Je soupçonne Mélencon, toutefois, à sa décharge, d’avoir voté sans conviction, juste pour ne pas perdre l’investiture du PS aux élections… et devoir aller travailler comme tout le monde faute de pouvoir se faire élire ou ré-élire. Car, aucun d’entre eux, n’a envie d’aller bosser ; pour la gauche comme pour la droite, la soupe est trop, vraiment trop bonne en tant que ministre, député ou sénateur…


          • Fergus Fergus 3 juin 11:15

            Bonjour, Le421

            Malgré le peu de sympathie que j’avais pour Mitterrand, je partage votre point de vue (cf. ci-dessus mon commentaire à alinéa).


          • Jason Jason 2 juin 10:34
            Jarnac est tristement célèbre pour son « coup de Jarnac ». Si j’ai bonne mémoire, j’ai lu il y a longtemps que le duel qui opposait les deux combattants avait été des plus loyaux. M. Mitterrand a gagné légalement, mais pas moralement. Disons qu’en bon politicien, il s’en foutait.


            Mais l’histoire et l’esprit public en décidèrent autrement et ce coup (cette botte d’escrime) a gagné un autre sens : habileté, ingéniosité, perfidie, coup fourré et très rapide, etc...

            En ce qui concerne le bonhomme en question, je trouve son tempérament, son obstination, son habileté pour arriver à ses fins, tout à fait en accord avec un esprit de Jarnac décrit ci-dessus
            .
            De plus, notre homme a un mérite immense que personne ne retirera à ce mystificateur hors pair : celui d’avoir fait croire à une majorité de français que le socialisme était mis en pratique en France.

            Cela a duré plus de trente ans, et on en parle encore.

             Quel tour de force d’avoir marqué l’histoire de cette façon et d’avoir couillonné tout le monde si longtemps !

            • zygzornifle zygzornifle 3 juin 10:44

              Tous les politiques devraient finir a j’arnaque ......

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