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Accueil du site > Tribune Libre > Journal d’un BAC+5 SDF #32

Journal d’un BAC+5 SDF #32

Jeudi 30 mai 2024

5h50 Comme je ne dors pas, qu’il fait jour et que j’ai mal partout, je décide de me lever. Mine de rien le seul petit mur de la salle Wifi fait une énorme différence quand aux bruits : on n’entend quasiment aucun animal ici, par contre on a droit aux souffles mécaniques constants de la machine à boissons, des congélateurs et de la climatisation. Celle-ci est au fait réglée sur 15°C. A ce compte là ça aurait été plus normal de ne pas l’allumer du tout, non ?

Je vais à mon rendez-vous France Travail dans moins de 3h. Mais je n’ai envie que d’une chose : dormir dans un lit douillet.

 

Le gobelet jeté parterre l’autre jour est toujours là, dehors, sous l’alarme incendie.

 

6h57 Ah ! Je retire ce que j’ai pu écrire il y a quelques jours, j’entends bien une grille/herse se lever de l’autre coté. Dans quelques secondes les volets de la mort vont se lever ici aussi.

C’est définitivement plus supportable lorsqu’on sait que ça arrive.

 

A priori, d’après les dernières mise à jour météorologique, je devrai pouvoir passer entre les gouttes.

 

Le gobelet a finalement terminé son escapade forcée pour finir dans une poubelle. L’employée du camping est sans merci !

 

7h48 Mon estomac gargouille méchamment.

 

Nan mais sérieux là… la météo annonce près de 7mm de pluie maintenant, avec 70 % de chance toute la matinée… Youpiiii !

 

A la pointe de la technologie à France Travail : hier à 8h tapantes j’ai eu droit à un SMS pour me rappeler du rendez-vous d’aujourd’hui, mais aujourd’hui même je n’ai aucun rappel ! C’est quoi la logique ?

 

Au fait, il n’y a plus de chèvres en face du camping maintenant. Des moutons les ont grand-remplacé.

 

Bon, le ticket de bus à 4€ c’est bien cher, mais ça marche 4h où on veut. Le soucis c’est qu’en fait il n’y en a pas beaucoup, des bus. Dans le mien il y avait une grosse pancarte « Merci de ne pas discuter avec le conducteur pendant le trajet », et pourtant une mamy a tchaché avec la conductrice jusqu’au terminus. C’est peut-être juste une question de genre, hein.

Problème, le dernier arrêt devait être le « Monument aux morts », or ce fut le « Parc de la Marseillaise » crévindiou ! La succession d’arrêts n’est visiblement pas la même sur les horaires qu’en pratique.

 

Du coup je me suis retrouvé à marcher encore plus, un peu au hasard, connaissant grossièrement la direction à prendre. Heureusement que j’avais prévu large (un peu forcé par les bus il faut le dire). Même en marchant une bonne vingtaine de minutes (au moins), j’arrive sur place largement en avance (plus de 20min).

 

Tadaaaaa ! Me voici finalement face à la citadelle France Travail ! En fait elle se situe dans un gros bâtiment avec plein d’autres organismes. Je suis donc les pancartes pour me guider jusqu’au premier étage (4 escaliers tout de même !) et… devinez quoi ? Une affichette collée sur la porte indique qu’en fait il ne faut pas prendre ce chemin, mais quitter le bâtiment et prendre une autre entrée… Euh et sinon, la coller en bas, non ? D’accord...

 

J’arrive finalement à bon port et j’attends. Le conseiller m’appelle plus tôt que prévu et on commence à travailler mon cas. Il n’y a rien à redire à ce que j’ai fait jusqu’à maintenant, on a juste changé mon « objectif » (métier prioritaire ou quelque chose comme ça) en un terme plus généraliste/commun. Fantastique n’est-ce pas ? Visiblement mon choix de reconversion ne l’enthousiasmait pas trop, pourtant ça recrute en permanence.

Ensuite il m’a proposé 2 agences d’intérim qui recrutent souvent dans le coin, et un rendez-vous est pris pour un entretient groupé le mois prochain.

Voilà donc en fait on avait terminé à l’heure où ça devait commencer. Me concernant rien n’a vraiment changé depuis l’époque ANPE, avant Pôle Emploi. J’ai comme l’impression que ce rendez-vous n’a servi à rien du tout. Peut-être que le jour où j’aurai un conseiller attitré cela changera ?

 

Bref, je vais donc voir à l’arrêt de bus le prochain passage et c’est dans 2h. Vu qu’en fait il y a un rayon de Soleil je décide de rentrer à pied. Même si rapidement de gros nuages se sont accumulés là haut, il n’a finalement pas plu du tout et c’est tant mieux !

 

Mes chaussettes n’ont pas tenu le trajet, elles sont trouées toutes les deux… P’tites natures !

 

Par pitié, concernant les « rencontres physiques », ce n’est pas parce que je n’en parle pas que ça n’a jamais lieu… Toujours à tirer des plans sur la comète. Un commentateur écrit quelque chose et tout le monde enchaîne comme si c’était une vérité.

Mais niveau chiantité, « nous ne recrutons pas », « merci pour votre visite », « je garde votre CV », « nous vous rappellerons... », c’est encore pire que ce que vous pouvez imaginer. Si je tombe sur un truc racontable, je le ferai.

 

On a droit à un nouveau musicien dans le camping, il nous partage un bel air de saxophone.

 

J’ai mal au crâne.

 

17h Une assemblée d’une douzaine de petits vieux (incluant des vieilles bien entendu) se tient sur la terrasse. Ils ont rassemblé toutes les tables pour faire un banquet. Mais ça ne serait en fait que l’apéritif, l’heure de boire quelques coups et grignoter.

 

Haiku de Patchwork Mental #5

L’apéro c’est tôt !

Testez, imprégnez, buvez !

Roulez, soûlots !

 

20h35 Il pleut à nouveau… Elle va me rendre fou cette pluie. Oui, c’est bien possible que je le sois déjà. Qu’est-ce que la folie au fait ? Répéter sans cesse la même chose en espérant des résultats différents ?

Mais du coup, il faudrait que j’arrête de chercher un emploi et un logement ?

 

Ca y est maintenant des commentateurs pensent que je suis un horrible salopard qui hameçonne des gens pour des sousous… Quand tout ça sera fini je me ferai un plaisir de vous donner ma tente crottée et toutes les factures de camping. Mais ça ne suffira pas n’est-ce pas ? Diffamer, diffamer, il en restera toujours quelque chose, hein. Ca permet en plus d’esquiver le vilain interdit de l’appel au suicide. Juste pour rappel je n’ai jamais quémandé d’argent lors de tous ces journaux. Avant tout je souhaite un travail et un logement. Ensuite ce journal fermera et disparaîtra dans les limbes des archives, tout naturellement.

Certes, il n’est pas non plus exclus qu’il s’arrête avant aussi. Mais je peux vous garantir que ce ne sera pas le fait des commentateurs.

 

Un papy avec une grosse lampe-torche avait l’air de chercher quelque chose là où ils ont boustifaillé en fin d’après-midi. Ca n’a pas duré longtemps, donc j’imagine qu’il a trouvé. Espérons-le pour lui.

 

J’ai mal à la nuque depuis cette nuit. Mal de crâne et nez qui coule accompagné de frissons… aie. Retour à ma tente pour tenter de me reposer bien couché sur le dos, et non pas avachi sur un canapé trop petit, et bien au chaud cette fois-ci. J’espère aussi ne pas avoir à me lever avant 6h.

Bonne nuit tout le monde !


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7 réactions à cet article    


  • Sirius Sirius 4 juin 16:16

    allez au camping de la Poule qui Mue, il y a des tentes ç foison


    • WIMG 4 juin 18:12

      « Juste pour rappel je n’ai jamais quémandé d’argent lors de tous ces journaux. »


      vraiment ?


      https://www.agoravox.fr/auteur/patchwork-mental

      « Si ce que je fais vous intéresse, n’hésitez pas à partager mes contenus et éventuellement contribuer à ma subsistance...


      https://fr.tipeee.com/patchwork-mental



      D’ailleurs pourquoi demander l’aumône quand on prétend « J’ai toutefois de quoi survivre au camping pendant quelques années. » Lien permanent



        • WIMG 5 juin 08:29

          Bonne nouvelle, publiée sur AgoraVox, qui va remonter le moral de notre auteur campeur


          L’été arrive (peut-être)

          https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/l-ete-arrive-peut-etre-254971


          Certes l’article est un peu technique et trop long, mais comme dit Avox : « La politique éditoriale d’AgoraVox consiste à essayer de mettre librement à disposition de ses lecteurs des informations thématiques inédites, détectées par les citoyens… La parole est à ceux qui ont des faits originaux et inédits à relater… »


          • sylviadandrieux 5 juin 15:21

            Patchwork mental

            Surtout ne partez pas. Je me suis interrogée au sujet de l’écriture de vos journaux et je le fais encore. Ne soyez pas comme ces scénarios de séries qui se terminent en eau de boudin laissant les couillons de spectateurs sur leur fin. 

            On ne sait jamais, de la brume pluvieuse peut sortir un miracle. 

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