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Accueil du site > Tribune Libre > L’égalité politique : une solution à la crise de la démocratie (...)

L’égalité politique : une solution à la crise de la démocratie ?

À l'heure où l'on s'interroge sur une nouvelle forme de représentation, une Assemblée Nationale où l'égalité politique des députés serait proclamée, est une piste jusqu'ici inexplorée. L’égalité politique part du principe que toutes les idées sont recevables politiquement et que c'est le vote d’une Assemblée populaire ou du peuple souverain qui les départage.

L'égalité politique signifie que pour toute initiative de loi déposée devant l'Assemblée Nationale, tout député, groupes de députés ou groupe de citoyens tirés au sort a le droit de présenter son propre projet. L'égalité politique implique, de facto, l'existence de deux assemblées : une première qui écrit la loi, et une seconde qui vote la loi. Si la première assemblée serait composée majoritairement de députés élus (95 %), la seconde, l'Assemblée du Peuple, serait composée exclusivement de citoyens tirés au sort.

Avec l'égalité politique, l’Assemblée du Peuple ne voterait pas pour ou contre un seul projet, elle aurait le choix entre plusieurs projets qui pourraient être présentés aussi bien par des groupes politiques que par des députés non inscrits ou par des citoyens tirés au sort.
Mais qui serait à l'initiative des lois ? Examinons qui pourrait être légitime à prendre une initiative.
En premier lieu, on pense aux députés du groupe majoritaire, ensuite on pourrait estimer que les groupes d'opposition, à partir d'un certain nombre de députés, auraient eux aussi le droit de réclamer un certain nombre d'initiatives (pas autant que le groupe majoritaire).
L'exécutif serait sans doute également légitime à proposer des lois (mais pas dans tous les domaines) et à condition que l'on instaure le mandat impératif.
Le peuple, via des conventions citoyennes tirées au sort ou via le Conseil Économique et Social, serait naturellement légitime à présenter des projets, notamment les projets sociétaux, environnementaux ou éthiques.
Toute modification de la constitution ou visant la souveraineté nationale serait obligatoirement approuvée par référendum.

Débats à l'Assemblée du peuple
Les projets de loi pourraient être déposé devant l'Assemblée du peuple selon 2 modalités différentes : le ou les auteurs pourraient choisir de rester anonyme afin de ne pas influencer les membres, ou au contraire ne pas choisir l'anonymat. Dans ce dernier cas, il serait accordé au rapporteur un temps de parole pour défendre son projet.
Pour délibérer et discuter, il serait préférable que l'Assemblée du Peuple se scinde en petit groupes afin d'éviter un effet de masse non propice au débat.
Après 1 à x jours de débat, on procèderait à un vote préférentiel. L'avantage d'un vote préférentiel serait de tenir compte non seulement des votes pour mais aussi des votes contre, cela permettait d'écarter les projets trop clivant.
Ou alors en partant du principe que de bonnes idées peuvent émerger de n'importe quel parti, on pourrait imaginer un mixte des différentes proposition de lois.

Les lois seraient adoptées ou rejetées à la majorité absolue un peu comme cela se passe lors d'un vote d'une résolution dans une assemblée de copropriétaires.

Organisation des contrepouvoirs
Il serait sans doute sage qu'il y ait un contrepouvoir à l'Assemblée du Peuple. Il me semble raisonnable d'accorder aux députés un droit de rejet d'une loi votée par l'Assemblée du Peuple, il faudrait pour cela un vote de plus de 75% de l'ensemble des députés. En cas de rejet, les porte-parole des députés ayant voté contre auraient l'obligation d'expliquer devant l'Assemblée du Peuple les raisons de ce rejet et de faire des propositions afin de trouver un consensus.
En cas de désaccord persistant, il y aurait 2 possibilités :
Soit il s'agit d'une loi organique, auquel cas l'Assemblée du peuple pourrait demander la tenue d'un référendum.
Soit il s'agit d'une loi ordinaire, l'Assemblée du Peuple aurait la possibilité de dissoudre l'Assemblée Nationale si plus de 75% de ses membres votent pour.

L'évaluation des lois
Une fois votée, l'efficacité des lois serait jugée à intervalle régulier. Une première fois par exemple au bout de 6 mois, puis au bout d'un an et enfin tous les 2 ans, etc.
Cette mission d'évaluation pourrait être confiée au Sénat. Les sénateurs jugeraient de l’applicabilité de la loi et seraient force de proposition pour les améliorer. Les lois jugées mauvaises, inutiles, inefficaces ou obsolètes reviendraient devant l'Assemblée Nationale pour y être abrogées ou remaniées.

Punitions, récompenses et reddition des comptes
A l'issue de leur mandat de 5 ans les députés rendraient des comptes, ce qui est logique dans une démocratie. Les meilleurs éléments, ceux qui auraient le plus contribué à l'élaboration de bonnes lois seraient récompensés. Personnellement cela ne me choquerait pas qu'un député qui aurait travaillé sans compter ses heures pendant 5 ans et qui aurait œuvré pour l'intérêt général touche une prime de 100.000 euros. En revanche les tire-au-flanc ou ceux ayant été à l'origine d'une loi désastreuse seraient pénalisés.
La reddition des comptes pour les citoyens tirés au sort me paraît également nécessaire de manière à les responsabiliser un minimum et à les inciter à ne pas voter n'importe quoi.

Conséquences, avantages et inconvénients

- L'égalité politique implique que l'Assemblée Nationale soit élue à la proportionnelle. Plus le curseur pour obtenir un élu sera faible, plus la diversité des élus sera grande et plus le débat démocratique sera intense.

- Si le scrutin est proportionnel, il n’aurait probablement pas de parti majoritaire ce qui ne serait en aucun cas un problème puisque ce serait l’Assemblée du peuple qui aurait le dernier mot. L’égalité politique favoriserait les petits partis car le vote utile se ferait en leur faveur.

- Les lois qui seraient sûres d’avoir une forte opposition ne seraient pas proposées, (comme celle pour la privatisation d’ADP et celle sur Notre Dame) on éviterait la tyrannie de la majorité. Les députés feraient le nécessaire pour adapter les lois aux attentes de la population.

- Peu importe qu'un ou deux députés farfelus puissent être élus, car ce ne sont pas ceux qui écrivent les lois qui les votent.

- L'égalité politique implique aussi l'égalité devant l'élection. Quelle que soit l'élection, il faudrait créer un site Internet officiel où tous les candidats déposeraient leur profession de foi, ce qui permettrait de comparer les projets. Les candidats n'auraient plus besoin de dépenser une fortune pour se faire connaître. Les bulletins de vote seraient imprimables en ligne sur ce site.

- Le mot démocratie reprendrait tout sons sens. Le peuple serait réellement souverain, et cela ne partirait pas dans tous les sens à condition que tous les acteurs soient responsabilisés et que l'on instaure les bons contrôles.

- Un député non-inscrit pourrait à lui tout seul être à l’origine de nombreuses lois votées à l'Assemblée du Peuple. Où serait le problème ? Si une loi est jugée bonne, peu importe la couleur du maillot de celui qui l'a écrite.

- Les lois écrites dans un jargon incompréhensible seraient probablement rejetées.

- Le rôle du député serait revalorisé, il retrouverait sa fonction première qui est d'écrire des lois. Une loi pourrait également être rejetée sans que cela entraîne dissolution de l'Assemblée Nationale.

- Le rôle des sénateurs serait revalorisé également puisque le Sénat deviendrait une sorte de contrepouvoir régulateur.

- Le pouvoir exécutif, qui est le plus dangereux de tous les pouvoirs, n'interviendrait plus dans la rédaction de la loi ; il se contenterait de proposer (un peu) et surtout d'exécuter.

Conclusion
Le système actuel basé sur l'inégalité politique de nos représentants est un non-sens démocratique absolu qui va à l'encontre de l'intérêt général. La proclamation de l'égalité politique, comme nouveau droit fondamental, pourrait bouleverser la conception de la démocratie.

L’Assemblée Nationale, telle qu’elle fonctionne actuellement, est le contre-exemple de ce que devrait être une démocratie. Les citoyens commencent à prendre conscience qu’il faut scinder le pouvoir législatif en deux avec une chambre qui écrit et une chambre qui vote. Dans un précédent article, je proposais même de le scinder en trois en y ajoutant une chambre en amont qui serait à l’initiative des lois.
Pourtant la démocratie réelle fait peur à une large majorité des Français et plus encore aux élus. L'analyse que je fais de cette peur est qu'une majorité de nos concitoyens sont effrayés à l'idée qu'une mauvaise loi soit écrite ou votée par des citoyens tirés au sort. Il y a une injustice car à l'heure actuelle on ne compte plus les mauvaises lois votées par les députés ; mais comme ce sont des personnes élues, il y a une meilleure acceptation car on pense les avoir choisis.
Aussi, expérimenter pour de vrai la démocratie est indispensable, car ce qui fait peur c'est ce qu'on ne connaît pas. Une expérience démocratique à petite échelle permettrait d'évaluer le système, d'apprécier les avantages et de corriger les défauts.
En 2018, 166 lois ont été votées par l'Assemblée Nationale. Une expérience sur au moins 3 lois dans des domaines différents serait riche d'enseignement. Du côté des députés, cela permettrait de dé diaboliser la démocratie et, du côté des démocrates, cela montrerait qu'il n'est peut-être pas aussi simple qu'on le pense d'écrire des lois.

L’égalité politique permettrait de réconcilier les Français avec leurs représentants, avec la politique et avec les élections. Il est difficile d'en imaginer toutes les conséquences ; celles-ci ne seraient pas que politique, elles iraient bien au-delà. Cela insufflerait de l'espoir et donnerait un nouvel élan au peuple Français qui en a bien besoin actuellement.


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18 réactions à cet article    


  • Séraphin Lampion Séraphin Lampion 25 mai 09:51

    Dans le livre 6 de « la République » (de Platon),Socrate soutient que, dans la cité idéale, ce sont les philosophes qui doivent présider à la coopération harmonieuse de tous les citoyens, et les philosophes seuls sont « reconnus capables de veiller à la garde des lois et des institutions » du fait qu’ils possèdent quatre vertus caractéristiques : l’amour de la vérité, la tempérance, le courage, et l’intelligence. « N’est-ce pas à des hommes semblables, perfectionnés par l’éducation et l’expérience, et à eux seuls, que tu confieras le gouvernement de l’État ? »

    Adimante objecte que les philosophes dont parle Socrate sont rares, car en réalité les philosophes sont pour la plupart « des personnages bizarres, pour ne pas dire tout à fait insupportables ; tandis que ceux d’entre eux qui semblent avoir le plus de mérite, ne laissent pas de devoir à cette étude que tu nous vantes, l’inconvénient d’être inutiles à la société. »

    On en est toujours là. On n’est pas près de sortir de la caverne !


    • cleroterion cleroterion 25 mai 11:11

      @Séraphin Lampion. Surtout si le « philosophe » en question s’appelle BHL smiley


    • Séraphin Lampion Séraphin Lampion 25 mai 16:12

      @cleroterion

      Socrate explique que l’éducation joue un rôle primordial dans le développement du naturel philosophique, et une mauvaise éducation peut avoir des conséquences délétères : « Si donc le philosophe dont nous avons tracé le caractère naturel, reçoit l’enseignement qui lui convient, c’est une nécessité qu’en se développant il parvienne à toutes les vertus : si, au contraire, il tombe sur un sol étranger, y prend racine et s’y développe, c’est une nécessité qu’il produise tous les vices. »

      Socrate avait donc en effet prévu BHL.


    • Aita Pea Pea Aita Pea Pea 25 mai 16:26

      @Séraphin Lampion

      BHL a été prévu de tous temps. Il est immortel genre faux cul .


    • Étirév 25 mai 09:54

      Quelque soit le pays, le problème est bien moins le régime ou le système qui sert de gouvernance que la compétence et surtout la probité de ceux ou celles qui y exercent le pouvoir.
      De plus, et à propos de l’égalité, rappelons les propos de René Guénon tirés de son ouvrage intitulé « Autorité Spirituelle et Pouvoir Temporel » :
      « Le principe de l’institution des castes, si complètement incompris des Occidentaux, n’est pas autre chose que la différence de nature qui existe entre les individus humains, et qui établit parmi eux une hiérarchie dont la méconnaissance ne peut amener que le désordre et la confusion. C’est précisément cette méconnaissance qui est impliquée dans la théorie « égalitaire » si chère au monde moderne, théorie qui est contraire à tous les faits les mieux établis, et qui est même démentie par la simple observation courante, puisque l’égalité n’existe nulle part en réalité ».


      • cleroterion cleroterion 25 mai 10:49

        @Étirév Je pense exactement le contraire de vous. Le problème ce n’est pas le monarque, c’est la monarchie. Les dictateurs éclairés, il n’y en pas un par siècle en France. Aussi je préfère réformer les institutions plutôt que d’attendre l’arrivée du Messie. Actuellement on a un système pervers qui est l’élection et qui pousse à la corruption. Et surtout, on est dans une quasi dictature du parti majoritaire. Comment peut-on imaginer avoir raison sur tout pendant 5 ans simplement du fait que l’on a été élu ? Mettre les députés en compétition reviendrait à affaiblir le pouvoir de la majorité et surtout à les faire descendre du piédestal sur lequel ils pensent avoir été déposés.


      • William 25 mai 14:27

        @Étirév
        sauf que les castes orientales ne sont pas au mérite individuel, mais héréditaires.


      • Jean De Songy 25 mai 09:57

        « Je le veau bien » se branle dans l’intersubjectif niais et la chialerie émotionnelle libérale...

         

        MARX : LE CRÉTINISME CHOUARDINISTE
         
        Papier-cul constitutionnel n’est pas parchemin magique. Caddie des multiethniqués narcissiques fait GJ.
         
        « Ce qui est clair, c’est que ni le premier [le moyen-âge] ne pouvait vivre du catholicisme, ni la seconde [Rome, la cité antique] de la politique [lotocratie]. Les conditions économiques d’alors expliquent au contraire pourquoi là le catholicisme [à cause du servage] et ici la politique [à cause de la masse d’esclave menaçante qui exigeait l’union des égaux] jouaient le rôle principal. La moindre connaissance de l’histoire de la République romaine, par exemple, fait voir que le secret de cette histoire, c’est l’histoire de la propriété foncière. D’un autre côté, personne n’ignore que déjà don Quichotte [Chouard] a eu à se repentir pour avoir cru que la chevalerie errante était compatible avec toutes les formes économiques de la société [le passéiste est guignol décalé, l’histoire se répète dans la farce, un peu de théorie du roman.] » Le Capital


        • cleroterion cleroterion 25 mai 11:02

          @Jean De Songy. Toutes les opinions m’intéressent mais pourriez-vous être un peu plus clair dans votre opposition ? Excusez-moi de ne pas avoir votre érudition latine.
          Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement (Boileau).


        • Jean De Songy 25 mai 12:09

          Il y a une vidéo entre Francis Cousin (marxiste) et Etienne Chouard (crétinisme) qui reprend un peu ça.« La structure fait la superstructure » (le mode de vie fait les institutions) : l’esclavage fait la démocratie directe grecque (être uni face aux esclaves), le supermarché du gogochon fait l’oligarchie (pas de commun à défendre si ce n’est pleurer l’assurance-état, et délégation aux spécialiste de la production pour pouvoir se branler à loisirs). Les égaux de la phallange doivent être unis et consacre 50% de tps à la cité, les branleurs multiethniqués 50% à leurs loisirs ; les premiers ont un holisme extrême et donc une démocratie directe qui en découle, les autres un narcissisme à vomir et une délégation de gestion à une oligarchie.
          De là 2 positions, le « matérialiste historique », c’est les rapports de production qui découlent des forces de production et font la mentalité, où celle de l’idéaliste : le grec méprise la nécessité (production et consommation) d’où sa structure esclavagiste (position de Hannah Arendt) et d’où la superstructure démocratie directe.
          Un passage de Engels sur la religion illustre aussi ce crétinisme de Chouard : la position matérialiste comme Marx (religion=politique)
           
          Esquisse du matérialisme historique des religions
          (F. Engels, « Ludwig Feuerbach et la fin de philosophie classique allemande »
          Chap. IV Le matérialisme dialectique)
           
          « Les dieux qui se sont ainsi constitués chez chaque peuple étaient des dieux nationaux dont l’empire ne dépassait pas les limites du territoire national qu’ils avaient à protéger et au delà des frontières duquel d’autres dieux exerçaient une domination incontestée. Ils ne pouvaient survivre, dans la représentation que tant que subsistait la nation ; ils disparurent en même temps qu’elle. Cette disparition des vieilles nationalités fut provoquée par l’apparition de l’Empire romain, dont nous n’avons pas à examiner ici les conditions économiques de sa formation. Les anciens dieux nationaux tombèrent en désuétude, même les dieux romains qui n’étaient accordés qu’aux limites étroites de la cité de Rome ; le besoin de compléter l’Empire mondial par une religion universelle apparaît clairement dans les tentatives faites en vue de faire admettre à Rome, à côté des dieux indigènes, tous les dieux étrangers dignes de quelque respect et de leur procurer des autels. Mais une nouvelle religion universelle ne se crée pas de cette façon, au moyen de décrets impériaux. La nouvelle religion universelle, le christianisme, s’était constituée clandestinement par un amalgame de la théologie orientale universalisée, surtout de la théologie juive, et de la philosophie grecque vulgarisée, surtout du stoïcisme. Pour connaître l’aspect qu’il avait au début, il faut procéder d’abord à des recherches minutieuses, car la forme officielle sous laquelle il nous a été transmis n’est que celle sous laquelle il devint religion d’État et fut adapté à ce but par le concile de Nicée. A lui seul, le fait qu’il devint religion d’État 250 ans seulement après sa naissance prouve qu’il était la religion correspondant aux conditions de l’époque. Au moyen âge, il se transforma, au fur et à mesure du développement du féodalisme, en une religion correspondant à ce dernier, avec une hiérarchie féodale correspondante. Et lorsque apparut la bourgeoisie, l’hérésie protestante se développa, en opposition au catholicisme féodal, d’abord dans le midi de la France, chez les Albigeois, à l’époque de la plus grande prospérité des villes de cette région. Le moyen âge avait annexé à la théologie toutes les autres formes de l’idéologie : philosophie, politique, jurisprudence et en avait fait des subdivisions de la première. Il obligeait ainsi tout mouvement social et politique à prendre une forme théologique ; pour provoquer une grande tempête, il fallait présenter à l’esprit des masses nourri exclusivement de religion leurs propres intérêts sous un déguisement religieux. Et de même que, dès le début, la bourgeoisie donna naissance dans les villes à tout un cortège de plébéiens, de journaliers et de domestiques de toutes sortes, non possédants et n’appartenant à aucun ordre reconnu, précurseurs du futur prolétariat, de même l’hérésie se divise très tôt en une hérésie bourgeoise modérée et une hérésie plébéienne révolutionnaire, abhorrée même des hérétiques bourgeois.
          L’indestructibilité de l’hérésie protestante correspondait à l’invincibilité de la bourgeoisie montante ; lorsque celle-ci fut devenue suffisamment forte, sa lutte contre la noblesse féodale, de caractère jusque-là presque exclusivement local, commença à prendre des proportions nationales. La première grande action eut lieu en Allemagne : c’est ce qu’on appelle la Réforme. La bourgeoisie n’était ni assez forte, ni assez développée pour pouvoir grouper sous sa bannière les autres ordres révoltés : les plébéiens des villes, la petitenoblesse des campagnes et les paysans. La noblesse fut battue la première ; les paysans se soulevèrent dans une insurrection qui constitue le point culminant de tout ce mouvement révolutionnaire ; les villes les abandonnèrent, et c’est ainsi que la révolution succomba devant les armées des princes, lesquels en tirèrent tout le profit. De ce jour, l’Allemagne va disparaître pour trois siècles du rang des pays qui jouent un rôle autonome dans l’histoire. Mais à côté de l’Allemand Luther, il y avait eu le Français Calvin. Avec une rigueur bien française, Calvin mit au premier plan le caractère bourgeois de la Réforme, républicanisa et démocratisa l’Église. Tandis qu’en Allemagne la Réforme luthérienne s’enlisait et menait le pays à la ruine, la Réforme calviniste servit de drapeau aux républicains à Genève, en Hollande, en Ecosse, libéra la Hollande du joug de l’Espagne et de l’Empire allemand et fournit au deuxième acte de la révolution bourgeoise, qui se déroulait en Angleterre, son vêtement idéologique. Ici le calvinisme s’avéra être le véritable déguisement religieux des intérêts de la bourgeoisie de l’époque, aussi ne fut-il pas reconnu intégralement lorsque la révolution de 1689 s’acheva par un compromis entre une partie de la noblesse et la bourgeoisie. L’Église nationale anglaise fut rétablie, non pas sous sa forme antérieure, en tant qu’Église catholique, avec le roi pour pape, mais fortement calvinisée. La vieille Église nationale avait célébré le joyeux dimanche catholique et combattu le morne dimanche calviniste, la nouvelle Église embourgeoisée introduisit ce dernier qui embellit aujourd’hui encore l’Angleterre.
          En France, la minorité calviniste fut, en 1685, opprimée, convertie au catholicisme ou expulsée du pays. Mais à quoi cela servit-il ? Déjà à cette époque, le libre penseur Pierre Bayle était à l’œuvre, et, en 1694, naquit Voltaire. La mesure draconienne de Louis XIV ne fit que faciliter à la bourgeoisie française la réalisation de sa révolution sous la forme irréligieuse, exclusivement politique, la seule qui convint à la bourgeoisie développée. Au lieu de protestants, ce furent des libres penseurs qui siégèrent dans les assemblées nationales. Par-là le christianisme était parvenu à son dernier stade. »

           


        • William 25 mai 14:32

          On ne fait pas une politique cohérente avec des initiatives éparses et deux assemblées indépendantes entre elles, un peu comme on ne fait pas de bonne cuisine en mettant des ingrédients au petit bonheur la chance dans un mélangeur-cuiseur. Il faudrait une autorité qui « filtre » les propositions pour éviter l’engorgement, ce serait une usine à gaz.

          Une chambre qui écrit et une chambre qui vote, c’était le cas sous le Consulat, ça n’a pas laissé un impérissable souvenir de démocratie.

          Par contre, mettre en place un suivi et évaluation des lois votées me parait un bon principe, et c’est là où un jury citoyen pourrait intervenir.


          • cleroterion cleroterion 25 mai 16:02

            William. Je ne pense pas que le peuple soit incohérent. J’ai plutôt l’impression que le peuple est très constant au contraire et que ses désirs sont très simples. Est ce que vous pensez que les aspirations d’il y a 20 ans sont très différentes de celles d’aujourd’hui ? Pour ma part je ne le pense pas. Je pense au contraire que se sont ceux qui nous gouvernent qui sont incohérents et qui défont tous les 5 ans ce que la précédente majorité à fait. Mais il ne faut pas en rejeter la responsabilité sur le peuple. Les changements de majorité ont toujours été des votes sanctions, mais pas des vrais désirs de changement.
            Si le peuple vote lui même les lois auxquelles il accepte de se soumettre, je pense au contraire qu’il y aurait une très grande cohérence dans l’orientation prise par les citoyens. Pour moi, le « filtre » que vous invoquez, c’est le vote des citoyens à l’Assemblée et je ne pense pas qu’il y en ait de meilleurs.
            Mais bien sûr la démocratie est comme toute chose à expérimenter. La République ne s’est pas construite en un jour, il en sera de même pour la démocratie.
            Je ne connais pas l’exemple du Consulat. Napoléon n’est surement pas ce qu’on a fait de mieux en matière de démocratie


          • William 25 mai 18:32

            @cleroterion
            « le » peuple ne peut pas être cohérent, il est composé de nombreux courants différents, et on constate que les majorités fluctuent. Certaines mesures recevraient certes une large adhésion, mais cela ne fait pas une politique homogène et moins encore réaliste dans le cadre du monde ouvert.


          • cleroterion cleroterion 25 mai 19:22

            @William ;
            Mais depuis quand nos politicards nous font ils des lois réalistes ?
            Est ce que pour vous le réalisme c’est de tout privatiser ? Est ce que pour vous le réalisme c’est de faire une politique pour les ultra riches ?
            Est ce que le réalisme c’est d’appliquer la politique des lobbies ?
            Et puis il faut aussi arrêter de prendre le peuple pour une masse de crétin abruties.
            Est ce que vous pensez que du jour au lendemain le peuple irait voter le SMIC à 5000 euros et 10 semaines de congés payés ? Dans le système que je propose ce sont les députés qui écrivent les lois et il faut mettre en place des contre pouvoir.
            Bien sûr que le peuple n’est pas homogène, mais la plupart en ont rien à fiche de la politique, ils veulent un salaire qui leur permet de vivre, accès à l’éducation et à la santé. Il n’y a que les zinzins de politiciens qui veulent décider à la place des autres ce qui est bon pour eux. Ci c’est une Assemblée de citoyens qui votent les lois, ils seront forcés d’arriver à un consensus.
            Quand on participe à une assemblée de copropriétaire, personne n’est d’accord et pourtant on fini toujours par trouver un consensus.


          • William 25 mai 21:12

            @cleroterion
            Dans le système que je propose ce sont les députés qui écrivent les lois et il faut mettre en place des contre pouvoir.

            OK sur ce point.


          • monde indien monde indien 26 mai 09:13

            Un groupe d ’ éléphants avance au gré des pâturages . Quand l ’ un d ’ eux est fatigué ou blessé , le groupe l ’ attend .

            Il y a bien longtemps , dans des petites tribus , les biens produits étaient distribués à tous . D ’ autres préférèrent inventer le « marché » .

            Le problème n ’ est pas la représentativité mais l ’ établissement d ’ une constitution qui permette le bien-être de tous . Le vote à scrutin majoritaire n ’ y peut rien , ni le tirage au sort .

            Quoi qu ’ en dise un des commentateurs , une constitution égalitaire semble la meilleure solution . Comment justifier les écarts de salaire faramineux ? Même des écarts de 1 à 20 sont injustifiables : comment celui qui gagne 20 fois + pourrait-il travailler 20 fois + que celui qui fait 8h ? il devrait donc travailler 160h par jour !

            Les + individualistes , ou les + voleurs , arguent le « mérite » . Les éléphants sont + sages que nous et ne s ’ intéressent pas à cette considération .

            http://mondeindien.centerblog.net/


            • cleroterion cleroterion 26 mai 13:44

              @monde indien
              Je pense qu’il faut dès maintenant réfléchir à ce que l’on veut mettre dans notre prochaine constitution. Il faut s’y préparer et ne pas se retrouver pris au dépourvu le jour où nous aurons besoin d’en écrire une nouvelle. C’est le sens de cet article. Les ateliers constituants de Chouard sont excellent en cela. il ne faut pas laisser les voleurs de pouvoir écrire la constitution à la place du peuple.


            • monde indien monde indien 26 mai 19:03

              Oui , c ’ est ça que nous devons faire et pas besoin de représentativité ni de tirage au sort juste trouver les bonnes idées pour cette constitution les soumettre à la volonté du peuple . Je crois que si les idées sont bonnes , le peuple les approuvera

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