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L’herbier de Marcel Proust de Dane Mc Dowell

Voilà un ouvrage plein de délicatesse que Flammarion nous propose dans une belle édition en ce début d’automne, au moment même où fleurs et feuilles vont sommeiller pendant de longs mois. Cet ouvrage a le mérite d’allier les évocations des végétaux aux pages de « Jean Santeuil » et de « A la recherche du temps perdu  » où elles sont tantôt associées aux heures d’enfance et aux amours inaccomplis, tantôt aux réminiscences affectives et aux illusions perdues. Il est vrai que l’œuvre proustienne est odorante tant on y croise un nombre incalculable d’arbres et de fleurs dont les descriptions ne se contentent pas d'être une louange de leur beauté mais nous projettent dans le tissage complexe et subtil de la mémoire. Avec Proust, chacune d'elles, qu’elle soit bucolique ou psychologique, va bien au-delà des apparences en nous introduisant dans un univers sans frontière. L’écrivain ne nous invite-t-il pas à le suivre dans un fascinant paysage mental émaillé de métaphores et ne se comparait-il pas lui-même à un botaniste moral «  qui laisse dormir dans l’humus de sa mémoire la matière sombre et secrète de sa propre création  ? »

 

Bien qu’il redoutât les parfums à cause de son asthme, il prenait plaisir à faire l’apologie des saveurs et des odeurs et, à l’initiative de Baudelaire, d’unir l’odorat et le goût car tous deux «  restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer et à porter sans fléchir l’édifice immense du souvenir  ». Si bien que cet ouvrage est une aimable promenade dans le monde proustien si vaste et si pénétrant, là où sous le couvert de la ferveur s’élabore un herbier sur lequel l’imagination ne cesse de broder et de solliciter les correspondances les plus inattendues et les plus audacieuses grâce à l’expérience sensorielle de la mémoire involontaire.

 

Par la même occasion, Proust démontre l’importance de la métaphore qui explique l’inconnu par le biais d’un élément familier, une fleur, une plante, et prête à l’art et à la botanique le pouvoir de déceler la signification du monde et, par voie de conséquence, de la vie. A la ressemblance d’une cathédrale, Marcel Proust a conçu et envisagé son œuvre littéraire dans un enchevêtrement végétal aux multiples ramifications « plus vivaces et pérennes que les vergers du Jardin de l’Eden  » - souligne Dane Mc Dowell, journaliste et universitaire, spécialiste de l’architecture des jardins et de l’art de vivre, dont l’herbier est une traversée de la mémoire olfactive particulièrement envoûtante. L’herbe drue de la création nous évite ainsi de nous en tenir aux seules données suggérées par les sens et de vivre dans ces paysages agrestes aux vives couleurs une véritable expérience spirituelle. Bien que condamné volontaire dans le huis clos de sa chambre, Marcel Proust a su ouvrir les portes du vrai paradis qui est celui de l’art et de l’art uniquement. N’est-ce pas grâce à lui que les fleurs si vite fanées et les humains si vite vieillis connaîtront des inflorescences enchanteresses et que le passé reconquis, grâce à la mémoire, deviendra en quelque sorte un éternel présent ? 

 

Ce livre aux fragrances multiples et aux sensibles descriptions suit un itinéraire précis qui va des fleurs de l’innocence aux fleurs de salon, des fleurs du mal à l’herbier de la mémoire et nous découvre des horizons insolites où Proust, en écrivain impressionniste, s’attache à peindre la magie d’un reflet, l’instable dans l’absolu et propose une échappée sur l’essence même de la vie. Un précieux ouvrage illustré par Djohr à offrir lors des prochaines fêtes de fin d’année parce qu’il est une introduction à l’oeuvre proustienne particulièrement séduisante. Lisez plutôt ce passage sur la fleur de marronnier :

 «  Parce qu’elles fleurissent en candélabres et qu’elles embaument le jardin, ses fleurs aériennes accompagnent une liturgie secrète et personnelle agissant comme des intermédiaires entre les dieux et les hommes. Enfin, lorsqu’elles jonchent le sol en formant un tapis de pétales de roses, elles renouvellent la promesse d’un avenir radieux et d’une vie éternelle. »

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

 


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2 réactions à cet article    


  • Jean-Pierre Llabrés Jean-Pierre Llabrés 25 octobre 14:55

    et aux amours inaccompliEs

    • Alex Alex 25 octobre 15:17
      « les évocations des végétaux tantôt associées aux amours inaccomplis. »

      Pourquoi ne pas évoquer les amours réellement accomplies de Proust avec des rats affamés qu’il faisait s’entretuer... par « amour » ?

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