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L’important c’est le résultat d’exploitation, pas le PIB

Comme nous l’avons déjà dit, le PIB n’est qu’un solde intermédiaire de gestion et ne mesure que le volume de certaines composantes de l’activité économique globale, à savoir la consommation, les rémunérations, ou la valeur ajoutée, mais pas du tout le résultat global d'exploitation de l'activité économique.

Pour une entreprise, ne considérer que le PIB, reviendrait à ne s’intéresser qu’à l’augmentation de son chiffre d’affaires, ou au montant de masse salariale, tout en négligeant complètement de regarder son résultat d’exploitation, c’est à dire son bénéfice ou son déficit. Et c’est naturellement impensable….

Certes on nous objectera que, dans le cas d’une entreprise-nation, le but n’est pas faire du bénéfice, ni même de chercher à augmenter ce bénéfice, mais que la « bonne santé économique », peut très bien se traduire par un résultat comptable simplement équilibré, c’est à dire égal à zéro, concomitamment à une consommation et une masse salariale en augmentation régulière.

Cette affirmation est tout à fait exacte, à ce détail près toutefois que le résultat doit réellement être équilibré et ne pas cacher un déficit sous jacent. Autant nous pouvons admettre que l’objectif de l’entreprise-nation ne soit pas de faire du bénéfice, mais de faire croître certains soldes intermédiaires de gestion pour le plus grand bien de la population, autant nous contestons qu’une entreprise, même une entreprise-nation, puisse vivre durablement en cumulant des déficits successifs, année après année. Or c’est ce qui se passe pour l’entreprise « civilisation industrielle » qui fonctionne « à perte  » depuis le milieu des années 1970.

Ce masquage du déficit comptable est patent lorsque nous constatons que l’Etat oligocrate se refuse à produire les habituels documents de synthèse comptables annuels d’une véritable comptabilité, c’est à dire un compte de résultat et un bilan, comme toute entreprise ordinaire est pourtant tenue de le faire. De fait, nous voyons bien que sommes en présence d’une législation oligocratique ad hoc et dérogatoire, qui dispense l’Etat de fournir une photographie juste et sincère de l’activité économique du pays et l’autorise à ne produire que des extraits de comptes habilement maquillés, dans le but évident de rassurer le grand public.

Pour autant, et même en comptabilisant les charges écologiques que nous venons de détailler, le résultat d’exploitation de la société industrielle n’a pas toujours été déficitaire par le passé. Pendant plusieurs décennies, en effet, la valeur ajoutée de l’action humaine a compensé ces lourdes charges. Cette tendance a commencé à s’inverser partir des années 1970, après que premier choc pétrolier sonne le glas des « trente glorieuses » et de l’énergie bon marché ayant permis la mise en oeuvre d’un processus industriel bénéficiaire.

Cette fin de l’énergie bon marché, avec pour conséquence immédiate le passage dans le rouge comptable de l’économie capitaliste croissanciste, amena l’oligocratie à prendre deux mesures législatives fondamentales pour tenter de masquer ce virage : l’abandon de l’étalon-or et la généralisation de la monnaie-dette. Par ces deux mesures, la monnaie cessait de jouer le rôle de bien intermédiaire pour ne devenir une simple ligne informatique sans valeur réelle, et son pouvoir de création était confié aux banques privées d’une manière quasiment libre et incontrôlée. Ces deux artifices financiers vont alors permettre de maquiller le calcul du PIB, notamment pour ce qui est de sa première approche, par la consommation et de sa deuxième, par les rémunérations.

Pour ce qui est de l’approche par la valeur ajoutée, nous avons déjà vu précédemment qu’en recalculant le PIB avec des valeurs intrinsèques prenant en compte les charges et provisions écologiques, celui-ci n’est plus en croissance, mais en décroissance. Le résultat de l’équation « VA = production - consommation intermédiaire » diminue alors chaque année, signifiant ainsi que le bilan thermique de l’action humaine devient progressivement déficitaire, ou encore que la valeur des consommations intermédiaires incorporées dans la fabrication des produits se rapproche, en réalité, de la valeur des produits finals.

A cette valeur ajoutée décroissante s’ajoute une falsification de la comptabilisation par la consommation (première approche du PIB) dans la mesure où cette consommation est payée avec une monnaie qui, elle même, n’a plus de valeur convertible en bien intermédiaire. La valeur de la consommation finale est donc plus que contestable.

Enfin, la deuxième approche du PIB, celle par les rémunérations, se trouve elle aussi falsifiée puisque ces rémunérations sont servies avec une monnaie créée ex nihilo par les banques privées. Notons par ailleurs, que la sous-traitance de la fonction dite de la « planche à billet » opérée par l’Etat central au profit de ses organismes complices, les banques privées, présente pour lui le singulier avantage de faire assumer par d’autres l’activité professionnelle peu recommandable de faux-monnayeur.

Si nous regardons tout cela sous l’aspect du concept de croissance, nous ne pouvons qu’être plongés dans la plus grande perplexité. Il semble bien, en effet, qu’en parlant de croissance, l’oligarchie mette la charrue avant les boeufs. Le seul et véritable problème qui nous est posé, c’est celui du déficit cumulé, et accumulé, par la civilisation industrielle considérée en tant qu’entreprise.

Ce déficit persistant, qui n’est compensé par aucun excédent de gestion, va nécessairement nous conduire à la banqueroute, la décroissance induite des indicateurs de type PIB n’étant qu’une conséquence arithmétique de cette faillite annoncée.

En termes clairs, l’objectif de croissance n’a tout simplement pas de sens dans un système déficitaire sur le plan comptable. Vanter une croissance qui est elle même génératrice de faillite, revient à considérer que plus on a de dettes, plus on est riche  !

Mais nous devons être réalistes, car la religion croissanciste est trop solidement ancrée dans l’inconscient collectif des populations pour pouvoir être aussi facilement contredite. Nous pouvons même affirmer qu’elle a remplacé la plupart des croyances anciennes, comme en témoigne le fétichisme ostensible vis à vis d’objets de consommation devenus désormais exosomatiques. Il y a donc peu de chances que ce dogme puisse s’effondrer naturellement, de lui même.

Même l’inversion du piston de la machine par des moyens volontaires (phénomène politiquement peu probable) ne changerait rien à l’application de la loi de l’entropie sur le processus industriel, c’est à dire à la dégradation irrémédiable de l’énergie disponible pour assurer sa mise en oeuvre. Par ailleurs les pics d’extraction des ressources naturelles sont déjà presque tous atteints, ce qui signifie que ce qui reste à puiser est désormais devenu plus faible que ce qui été déjà prélevé.

L’hypothèse la plus probable est donc que l’activité économique suivra un chemin logique, celui qui la ramènera à une situation équilibrée sur le plan thermodynamique, et consubstantiellement équilibrée sur le plan comptable. Ce phénomène prendra fatalement la forme d’une décroissance industrielle subie, conséquence prévisible d’une croissance n’ayant pas respecté toute la rigueur des lois physiques.

Et cette décroissance, qui va s’imposer à tous, nécessitera la mise en place d’un nouveau système d’organisation sociale radicalement différent du système actuel. Nous disons bien radicalement différent, car nous ne pouvons imaginer, pour gérer et s’adapter à la décroissance, d’utiliser les mêmes schémas politiques qui ont servi à créer et gérer la croissance, faisant ainsi nôtre la célèbre formule d’Albert Einstein  : « on ne résout pas un problème avec le mode de pensée qui l’a créé  ».

( Extrait de l'ouvrage "Vers la démocratie directe" )

 


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13 réactions à cet article    


  • bibou1324 bibou1324 2 octobre 2017 15:29

    Je n’ai pas les connaissances nécessaires pour valider ou non votre raisonnement, et encore moins vos conclusions. 


    Mais j’ai l’impression que le monde est embarqué dans un train et veut toujours aller plus vite, avoir plus de confort, quitte à se damner et à damner leurs enfants. « Travailler plus pour gagner plus ». Une addiction sans borne à la technologie, à la nouveauté, à la performance.

    J’ai récemment annoncé à mes collègues que je faisais moi même ma vinaigrette et mes sauces tomates. Réaction étonnée générale : « Ah on peut faire ça nous même ? Mais ça prend du temps, non ? Tu risques pas d’être malade, avec les bactéries et tout ce qu’on lit ... Puis ça doit être moins bon que les sauces du commerce, non ? ». Ouf, je ne leur ai pas dit que je fabriquais mes produits d’entretien moi même ni que je ne mangeais plus que les légumes de mon potager.

    • pipiou 2 octobre 2017 18:23

      Que vous ne reteniez pas le PIB comme critère de de mesure passe encore mais de là à parler de falsification c’est n’importe quoi.

      Ensuite vous confondez la comptabilité d’une entreprise avec la richesse d’une nation, ce qui n’a rien à voir : une nation vend à elle-même, contrairement à une entreprise.

      Et puis l’image de la thermodynamique c’est « space ».


      • Christian Laurut Christian Laurut 2 octobre 2017 18:51

        @pipiou
        Je parle de falsification du PIB parce qu’il occulte des charges pourtant réelles (variation de stock des ressources naturelles, provision pour dépréciation de ressources organiques renouvelables, provision pour régénération des sols arables, provisions pour maintenance nucléaire, etc...) que j’ai déjà détaillées dans mon précédent article.

        Pour ce qui est de la richesse de la nation, elle est composée de la production de l’ensemble des entreprises intérieures. De ce fait la nation ne vend pas à elle même, c’est au contraire l’ensemble des entreprises qui la composent qui vendent à l’ensemble des citoyens. La comptabilité d’une entreprise isolée est donc tout a fait comparable à celle, consolidée, de l’ensemble des entreprises intérieures, pour ce qui est des procédures réglementaires.


      • pipiou 2 octobre 2017 21:41

        @Christian Laurut

        Ah, parce que les entreprises intérieures ne font pas partie de la nation ? Et l’ensemble des citoyens ne font pas partie de la nation ?
        Etrange !!
        Et juste une petite erreur (falsification ?) : les entreprises vendent aux citoyens et aussi aux entreprises.

        Et sinon le PIB n’occulte rien, il respecte sa définition, donc aucune falsification.


      • Anatine 3 octobre 2017 06:42

        @pipiou

        Cf l’excellent essai de Rodier Thermodynamique de l’evolution. Non pas ’space’ mais passionnant...


      • Ouvert 3 octobre 2017 08:47

        @Christian Laurut
        Votre article est très intéressant même s’il est technique. En effet le PIB est un indicateur imparfait et j’y souscris. On devrait d’ailleurs utiliser le PIB/habitant car notre population varie. Néanmoins il est un excellent indicateur pour comparer les performances économiques entre les différents pays européens. Faire mieux, ou au moins aussi bien dans un même contexte extérieur, reste un objectif sain de la politique économique d’un pays. On constate au moins que la France est sous-performante par rapport à la moyenne des pays européens comme j’ai pu le montrer sur mon blog. « 34pourlafrance.blogspot.com »

        Il faut en effet ajouter l’accroissement de la dette publique, comme vous le signalez Le troisième indicateur est le taux de chômage ou plutôt le taux d’emploi qui est plus global. Le quatrième est un indicateur de disparité des revenus, type indicateur GIni. Si l’on veut considérer le bonheur des peuples et non seulement celui des entreprises, l’évolution du PIB/habitant, du taux d’emploi et de l’écart entre les revenus des plus pauvres aux plus riches, nous renseigne sur la qualité relative d’une politique socio-économique. L’évolution de la dette publique nous renseigne sur la fragilité des évolutions constatées sur de la fausse monnaie.

        Enfin je suis en désaccord sur l’épuisement prochain des ressources naturelles. J’ai lu en 1958 les prévisions du Club de Rome, le pic du pétrole était prévu pour vingt après, il n’est toujours pas atteint comme vient de le publier BP. L’arrivée de la fusion nucléaire que l’on peut désormais raisonnablement prévoir pour le début de la deuxième partie de ce siècle, rendra inépuisable la production électrique. En attendant on a arrêté la prospection de l’uranium pour les centrales nucléaires, il y en a trop à vendre et le prix est au plus bas. On pourrait parler aussi du cuivre ou d’autres métaux qui sont loin de l’épuisement. Je sais qu’un jour vous aurez raison mais vous ne serez plus là et moi non plus.


      • Le421 Le421 2 octobre 2017 19:06

        Vous me semblez très compétent en économie, plus que moi en tout cas.
        Pouvez-vous m’expliquer comment se fait-il que ce pays sur la paille annonce une première place européenne dans le versements des dividendes (je ne crois pas que cela s’adresse au petit peuple !) et plus de 50 milliards de bénéfices (j’ai dit bénéfices, pas chiffre, hein !) au premier semestre 2017 pour ce qui est du CAC 40.
        A moins que...
        Y aurait-il un problème de ruissellement ?
        Des salauds auraient mis une gouttière pour que tout aille au même endroit ?
        Caramba !!


        • mimi45140 3 octobre 2017 00:54

          @Le421
          Petite info pour le ruissellement,ce n’est pas un problème de gouttière mais plus un problème d’ absorption du substrat et sa qualité à la rétention,une fois gorgé ce dernier restitue l’excédent,nous avons dans le cas présent un très bon substrat avec une grande rétention et une faible restitution,et nous risquons de rester longtemps au sec. 


        • Anatine 3 octobre 2017 07:00

          @christian larue

          D’accord avec vous.

          Pour que le « tout » continue a l’etre, 2 conditions.

          Pouvoir recycler/regenerer les ressources ce qui necessite de disposer d’une source d’energie non fossile / abondante et propre.

          De developper une economie ou seule l’innovation (faire plus avec moins) est la source de valeur (seule le potentiel futur a valeur d’actifs)


          • Anatine 3 octobre 2017 07:00

            @Anatine Seul*


          • eddofr eddofr 3 octobre 2017 19:15

            Désolé, mais le résultat d’exploitation n’est pas plus la panacée en termes de critères de mesure de la santé d’une société et de son économie.

            Le résultat d’exploitation n’a d’intérêt que pour l’actionnaire, dont les dividendes dépendent de ce résultat.
            Mais une nation, n’a pas d’actionnaires, enfin, pas encore ...

            Le résultat d’exploitation ne tient pas compte des externalités qu’elle soient positives ou négatives, parce qu’il n’est qu’une mesure comptable de l’activité d’une entreprise.

            Or pour une nation, le bonheur de son peuple, l’emploi de ses travailleurs, la qualité des soins qu’elle apporte aux plus faibles, la valorisation des meilleurs, la conservation de son territoire et de sa diversité biologique, le respect qu’elle inspire à l’intérieur comme à l’extérieur, son rayonnement économique et culturel, ... tout ça importe et n’est absolument pas pris en compte par le résultat d’exploitation.

            J’irais donc même jusqu’à dire que l’insignifiance sidérale du PIB me convient bien mieux que l’impitoyable exactitude comptable du résultat d’exploitation.

            • Christian Laurut Christian Laurut 4 octobre 2017 15:30

              @eddofr
              Les actionnaires de la nation prise en tant que « société industrielle » sont les citoyens. Si le compte d’exploitation de la société est en déficit, ce sont les actionnaires, donc les citoyens qui devront combler ce déficit, donc payer avec leurs biens propres.

              Le PIB ne tient pas compte des externalités objectives , c’est précisément ce que je dénonce, mais par contre, une comptabilité « sincère et probante » telle que je la préconise en tient compte (variation de stocks, provisions pour pollution, etc...voir mon article précédent).

              Quant aux externalités subjectives (bonheur, ...) je ne suis pas opposé à en inclure une valorisation dans le compte d’exploitation, si tant est que nous puissions approcher une méthode d’évaluation consensuelle.

              De ce fait, en y incluant les externalités objectives et subjectives, le compte d’exploitation reproduirait bien une image fidèle de l’activité de la société industrielle.


            • lesage 8 octobre 2017 14:48

              Intéressant. La conclusion se tient. Cela va avec le progrès du monde.

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