L’inconscient des dirigeants européens, américains et russes au cœur de la guerre et de la paix : une clé de lecture du conflit ukrainien
Avec l’élection du président américain, Donald Trump, il y avait un espoir que la guerre en Ukraine trouverait une issue. Or, depuis son investiture le 20 janvier 2025, alors qu’il a déclaré qu’« il la règlerait en vingt-quatre heures », la situation est restée la même, bombardements de part et d’autre ; elle s’est transformée en guerre de drones et de missiles de part et d’autre.
Le président Donald Trump tranche avec les présidents américains passés ; il se présente comme un homme d'action, qui prend des risques, qui est moins préoccupé par la défense des droits de l’homme, de la liberté, de la démocratie. Il cherche avant tout à rendre la grandeur des États-Unis. Et il le dit : « And we will make America great again ». En français : « Rendre sa grandeur à l'Amérique ».
Dès son investiture, il avait promis les « 100 premiers jours les plus extraordinaires de toute présidence dans l'histoire américaine » et ils n'ont en effet laissé personne indifférent. Jugé imprévisible ou machiavélique, Donald Trump n'a cessé de bousculer l'ordre mondial, entre guerre commerciale, dossier ukrainien et dossier palestinien (Gaza).
Donald Trump, dans ses déclarations d’une prétention inouïe, inquiétante, a affirmé sa volonté « d’acheter le Groënland », un vaste territoire riche en minéraux, en matières premières, combustibles et appartenant au Royaume du Danemark, qui fait partie des Nations-Unies et qui est un des membres fondateurs de l’OTAN. De même, Trump a affirmé vouloir « prendre le contrôle » de la bande de Gaza pour la transformer en « Riviera », mais après avoir déplacé les Palestiniens ailleurs.
Dans le Nouvel Observateur, un article du 26 février 2025 qui pour titre « Trump partage une vidéo générée par l’IA de son projet clinquant et mégalomane pour Gaza », donne le plan pensé par Trump :
« Ce clip montrant le territoire palestinien en station balnéaire est rapidement devenu viral ce mercredi.
Une statue géante en or massif à son effigie au centre d’un rond-point, son acolyte Elon Musk dansant sous une pluie de dollars, des gratte-ciel, des yachts et même des danseuses du ventre barbues : telles sont les images visiblement générées par l’intelligence artificielle partagées par Donald Trump sur son réseau social, mardi 25 février, pour illustrer son projet pour Gaza. Voyez-en des extraits dans notre vidéo en tête d’article.
« Donald vient vous libérer pour apporter la lumière », disent les paroles de la chanson accompagnant ce clip en total décalage avec la situation humanitaire et sanitaire désastreuse dans le territoire palestinien.
Postée d’abord sur la plateforme de Donald Trump, Truth Social, la vidéo a ensuite été partagée sur son compte Instagram où elle comptait plus de 16 millions de vues ce mercredi après-midi. Si des internautes s’interrogeaient sur un possible piratage des comptes du président américain, elle n’a fait l’objet jusqu’ici d’aucun démenti.
Dans ce clip de 33 secondes intitulé « Gaza 2025 - What’s next ? », des enfants émergent d’un paysage en ruines pour ressortir sur une plage bordée de gratte-ciel où Elon Musk déguste une spécialité locale en toute décontraction.
Le leader de la première puissance économique mondiale est omniprésent dans cette station balnéaire, avec notamment la mention d’un palace nommé « Trump Gaza ». Au bord de la piscine de cet hôtel, son avatar en maillot de bain sirote un cocktail en compagnie d’un Benyamin Netanyahou tout aussi virtuel.
Cette vidéo est sorti trois semaines après la première évocation par le président des Etats-Unis de sa volonté de prendre le contrôle du territoire palestinien dévasté par plus de quinze mois de guerre entre Israël et le Hamas palestinien, et par le déplacement de ses 2,4 millions d’habitants en Jordanie et en Egypte.
Donald Trump dit vouloir faire de ce territoire, dont la reconstruction est estimée à plus de 53 milliards de dollars par l’ONU, la « Riviera du Moyen-Orient ».
Soutenu par Israël, le projet du locataire de la Maison-Blanche a suscité une volée de critiques internationales, notamment des pays arabes qui ont rejeté unanimement toute perspective de déplacement des Palestiniens hors de Gaza. » (1)
Que peut-on dire du caractère de Donald Trump ? Il faut admettre que si son caractère étonne, c’est parce qu’il est ainsi. Sur la psychologie de l’être, le caractère conscient se rapporte à la capacité de l’être à se connaître, ce qu’il est et donc son identité, sa situation, ses actions, et sur ce plan, Trump est tout à fait normal ; et surtout il se sait qu’il est à la tête de la première économie du monde, dotée du plus imposant appareil militaire au monde, incluant le plus important arsenal nucléaire.
Dans un certain sens, par cette fonction présidentielle, il se sent l’homme le plus puissant du monde. Et si ses déclarations étonnent dans les décisions qu’il prend, ce qu’il ne sait pas, c’est son caractère qui est ainsi et qui agit sur sa conscience en rapport ce qui lui vient du monde.
Si nous parlons de psychologie de profondeur dans le psychisme humain, on peut dire que le conscient de Trump dépend de son inconscient que non seulement Trump ne connaît pas mais échappe à sa conscience ; et cet inconscient contient tout ce qui a trait à son existence, et donc tous les souvenirs enfouis, ses désirs refoulés, ses pulsions qui le caractérisent spécialement lui et qui influencent son comportement et ses pensées.
Comme l’a défini Freud, l'inconscient est une vaste partie du psychisme, inconnue de la conscience, qui influence fortement nos pensées, désirs et comportements. Il est le réservoir des pulsions et des désirs refoulés, agissant comme une force dynamique qui détermine une grande partie de notre vie psychique, contrairement au conscient qui est l’émanation de l’inconscient. Précisément, c’est par l’inconscient que le conscient en grande partie a prise sur soi et sur son existant.
Aussi, si Trump est extravagant, ou considéré mégalomane, il le doit à son inconscient ; Trump, en réalité, ne prend pas conscience pourquoi il affirme cette promesse que les « 100 premiers jours seraient les plus extraordinaires de toute présidence dans l'histoire américaine » ; il le dit simplement et il en est convaincu. Cela relève de sa conscience qui est directement dépendante de son inconscient.
Quand il déclare « d’acheter le Groënland », ou de faire de la bande de Gaza la « Riviera du Moyen-Orient », en fait, il affirme une volonté de puissance qui est innée en lui. La volonté de puissance ne vient pas de la conscience ; elle se situe au-delà du vouloir conscient. C’est son inconscient qui souffle à Trump ses idées de volonté puissance selon ce que l’inconscient est en lui ; Freud l’appelle le « ça ».
Le « ça », selon l’approche freudienne, est la source inconsciente des pulsions, désirs et besoins primitifs, opérant selon le principe du plaisir et du déplaisir ; pour le plaisir, l’être vise une satisfaction immédiate, une force psychique incontrôlable qui pousse l'individu à « avoir » ; le déplaisir, ce qui vient contre cette satisfaction et peu importe qu’elle contredit. Pourquoi ? Pour la raison qui est dans l’essence même du ça, le plaisir a besoin de son opposé, le déplaisir, pour être dans l’être de l’individu ; et cette dualité est le moteur même du conscient. Si cette dualité provoque un conflit intérieur chez l’humain, c’est précisément ce qui donne sens à l’existence humaine. L’existence ne vient pas d’un conscient venant d’un ça béat, mais d’un ça prenant des risques de l’existence qui n’est pas donnée et donc doit être dépassé par un conscient qui raisonne le sens de son existant.
Chez Trump, son ça sans qu’il prenne conscience renferme une volonté de puissance « démesurée ». Et c’est pourquoi on a énoncé plus haut que si son caractère étonne, c’est parce qu’il est ainsi.
Contrairement à Nietzsche qui voit la volonté de puissance comme l'essence même de la vie, cherchant l'augmentation de soi, une force créatrice animant l'inconscient nietzschéen.
En réalité, pour Freud comme pour Nietzsche, le ça ou la volonté de puissance sont la partie primitive inconsciente de la psyché de l’être, ignorant la morale ; la recherche inconsciente est la satisfaction immédiate des pulsions de puissance, que l’on constate dans la vie de l’être. Ces pulsions inconscientes fondées sur le principe du plaisir et du déplaisir sont naturelles ; elles constituent l’énergie fondamentale qui anime tout être ; une énergie qui veut la vie et cherche à s’accroître et au-delà des difficultés ; et la « pensée » est à la fois le véhicule principal de cette énergie fondamentale en l’être et aussi par elle que l’être humain « prend », « commande » son existence ; c’est elle qui lui transmet « le faire » dans son existence ; tout passe par la pensée humaine ; tout est raisonné par la pensée humaine.
On comprend pourquoi Trump, conscient de lui-même, i.e. ce qu’il est en tant qu’humain et « personnalité » dans la hiérarchie du monde, sa position, sur le plan mondial, en tant que président de la première puissance mondiale, et ses traits conjugués à son caractère et son psyché englobant conscient et inconscient le poussent, par la volonté de puissance très forte en lui, « innée » il faut le souligner, à l’accroissement, au dépassement dans ses sorties et déclarations sur le plan politique international et mondial.
Par exemple, une déclaration de Trump qui étonne. Il affirme que, s’il met fin à la guerre en Ukraine, il espère aller au Paradis. Le Figaro sur ce propos :
« Le président américain avait déjà laissé entendre qu’il voulait mettre fin au conflit qui oppose la Russie et l’Ukraine pour se voir décerner le prix Nobel de la paix, qu’il pense mériter.
Donald Trump a estimé ce mardi 19 août qu'obtenir un accord de paix en Ukraine pourrait « l'aider à aller au Paradis », plaisantant sur le fait que ses chances d'y accéder sont actuellement faibles. Le président américain, âgé de 79 ans, avait déjà laissé entendre qu'il voulait mettre fin à la guerre en Ukraine pour se voir décerner le prix Nobel de la paix, qu'il pense mériter.
Mais au lendemain de la visite à la Maison-Blanche du président ukrainien, Volodymyr Zelensky, et de plusieurs dirigeants européens pour trouver une issue au conflit avec la Russie, il a confié avoir aussi des motivations moins prosaïques. « Je veux essayer d'aller au Paradis si possible », a-t-il déclaré à « Fox & Friends », une émission de Fox News, chaîne qui a les faveurs des conservateurs américains. « J'entends dire que je ne suis pas bien placé, que je suis vraiment au bas de l'échelle ! Mais si j'arrive à aller au Paradis, ce sera l'une des raisons », a-t-il jugé.
Un ton mystique après avoir survécu à une tentative d’assassinat
Marié trois fois et mis deux fois en accusation par le Congrès américain (« impeachment »), Donald Trump n'a rien d'un saint. Le milliardaire républicain a été impliqué dans un certain nombre de scandales au fil des ans et est le premier président américain à avoir été condamné au pénal, pour des paiements dissimulés à une star de films X.
Mais il a adopté un ton de plus en plus mystique après avoir survécu l'an passé à une tentative d'assassinat. Lors de son investiture en janvier, il avait ainsi affirmé avoir été « sauvé par Dieu pour rendre sa grandeur à l'Amérique ». Bénéficiant du plein soutien de la droite religieuse américaine, Donald Trump cherche à apparaître plus pieux que lors de son premier mandat.
Il a nommé une conseillère spirituelle officielle, Paula White, qui a dirigé plusieurs prières collectives au cours desquelles les participants posaient leurs mains sur lui lors d'événements à la Maison-Blanche. La porte-parole de la Maison-Blanche a estimé ce mardi que « le président était sérieux » quand il a fait cette déclaration sur l'Ukraine. « Je pense que le président veut aller au Paradis comme, j'espère, nous le voulons tous dans cette salle », a déclaré aux journalistes Karoline Leavitt, qui elle-même organise des prières avant ses conférences de presse. » (2)
Donc « sauvé par Dieu pour rendre sa grandeur à l'Amérique, acheter le Groënland, faire de Gaza une Riviera du Moyen-Orient, mettre fin à la guerre en Ukraine lui vaudrait peut-être d’aller au Paradis », ces affirmations relèvent tous de son inconscient qu’il ne commande pas. Et c’est précisément là l’intérêt de Trump dans sa réélection dans la marche de l’histoire. Un espoir pour qu’il mette fin à la guerre en Ukraine qui a trop duré et qui est dans l’impasse.
Enfin, un point essentiel à souligner, l’inconscient peut être parfaitement rationnel comme il peut ne pas l’être, selon le contexte, selon les désirs refoulés et les pulsions irrationnelles. Mais il reste que des mécanismes inconscients qui, bien qu'automatiques, peuvent être « rationnels » dans le sens, où s’adaptant à la situation sociale ils contribuent au bon fonctionnement du psyché de l'individu ; et c’est ce qui importe dans ces mécanismes inconscients qui sont impératifs dans la vie communautaire et sociale.
Justement, dans l’élection de Donald Trump, en novembre 2020, le président russe Vladimir Poutine y a vu un bon présage pour la fin de la guerre en Ukraine. Poutine est convaincu que « Trump, comme il l’a annoncé, « veut mettre fin à la guerre en Ukraine ». Point besoin de parler de l’inconscient de Poutine, par sa conscience confortée par son inconscient, il est convaincu que Trump, depuis son élection, travaille pour mettre fin à la guerre en Ukraine, et ne cesse de planifier des rencontres, d’imposer ses vues bien qu’il se heurte à ses alliés européens, qui eux veulent que la Russie quitte les régions de l’Est de l’Ukraine qu’elle occupe.
Les dirigeants européens sont aussi mus par leurs inconscients respectifs mais leur inconscient, au sens jungien, est « collectif ». Les pays d’Europe ont une longue histoire, depuis les empires coloniaux qui ont duré plusieurs siècles jusqu’aux aux deux guerres mondiales. Et ce que les pays d’Europe sont devenus après 1945, et la décolonisation du monde en marche, ils ont tissé des liens entre eux, créant l’Union européenne. Un processus d’union pour les pays d’Europe est tout à fait naturel, compte tenu de l’émergence de nouvelles grandes puissances, URSS, Chine, Inde, comme on le voit après ce qui s’est opéré « historiquement », depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale.
L’Europe parfois qualifiée de « Vieux continent », malgré son Union européenne à 28 puis à 27, pèse dans le balancier des grandes puissances malgré que ce soient les États-Unis qui, à travers l’Organisation Atlantique Nord (OTAN), la soutiennent militairement.
Aussi l’Europe d’aujourd’hui reste toujours l’Europe de naguère ; des anciennes puissances qui ont dominé le monde, et en fait ont donné le monde d’aujourd’hui. Les États-Unis tirent leur origine de l’Europe ; de même, l’Union soviétique, la Chine aussi, ce sont les idées venues d’Europe (Marx, Proudhon, Engels…) qui ont imposées le communisme en Russie et en Chine. Ce sont donc les pays d’Europe qui ont été dans l’avènement des grandes puissances.
L’Europe des 27 représente une puissance économique et commerciale de premier plan, rivalisant avec les États-Unis et la Chine comme superpuissances dominantes, la Russie cherche à conserver sa position d'ancienne superpuissance ; l'Inde émergeant comme une puissance potentielle. L’Europe n’en continue pas moins de tenter de peser, par des alliances, des sanctions et des stratégies économiques, sur le comportement des autres ; ce qui est normal au regard de l’héritage de l’histoire. Mais, en faisant front par leur inconscient collectif, les dirigeants européens, s’ils n’ont pas le soutien des États-Unis, ne peuvent peser sur le cours de la guerre en Ukraine.
Malgré cette situation de dépendance, les pays d’Europe peuvent s’interposer et exiger des conditions plus favorables dans le dénouement de la guerre en Ukraine, ce qui est normal, naturel, sinon à quoi aurait servi le soutien européen à l’Ukraine durant plus de quatre années et demie de guerre. De même pour les États-Unis qui ont soutenu l’Ukraine, depuis le début de la guerre.
Sur le plan de l’inconscient collectif des dirigeants européens, ils sont globalement unis, ils cherchent à peser sur l’issue de la guerre en Ukraine. Mais cette volonté se heurte au rapport de forces sur le terrain et à leur dépendance à l’égard des États-Unis, ce qu’ils ne peuvent ignorer. On peut se demander si l’unité affichée par les dirigeants européens ne relève pas d’un désir de puissance qui, face au réel de la guerre, se heurte à ses limites.
Le problème pour l’Europe, c’est que Donald Trump sait que l’Ukraine n’est pas de taille face à la Russie, même avec les armements que lui livrent les États-Unis et ses alliés européens. De plus, comme l’inconscient de Trump lui interdit d’entrer en guerre avec la Russie – une superpuissance nucléaire, ce qui vaut également pour les forces de l’OTAN dépendantes des forces américaines –, c’est précisément là qu'intervient l’intérêt du rapprochement Trump-Poutine.
Certes, les forces armées ukrainiennes résistent, mais les chances sont pratiquement nulles pour que l’Ukraine opère un retournement de situation en sa faveur. Dès lors, que se passe-t-il dans l’inconscient de Trump ? Doit-il attendre un retournement de situation qui ne vient pas et rester dans l’expectative ? Non : de par son rang de président de la première puissance mondiale, il ne le peut pas. La réponse vient de son inconscient, qui lui souffle en quelque sorte « d’agir et de faire bouger les choses ». Il ne peut rester sans réaction face à un conflit qui s’est presque transformé en statu quo – une guerre d’usure, une guerre de drones.
Et surtout, l'absence de réponses concernant les développements sur le front russo-ukrainien passerait très mal auprès de l'opinion internationale, en particulier occidentale. C'est ce qui explique les rencontres répétées entre les parties en guerre et les médiateurs – essentiellement américains – ainsi que les échanges téléphoniques que Trump a déclarés maintenir avec le président russe.
Et tout s’opère à la demande du président américain. Cette initiative constante de Trump de « bouger les choses » vise de toute évidence à l’assurer qu’il reste le maître du jeu, alors qu’en réalité il ne l’est pas. En fait, le président américain subit le poids de ce conflit à son corps défendant, et sa seule opportunité réside désormais dans l'organisation de rencontres en dépêchant ses médiateurs à Moscou et à Kiev. De même, les échanges téléphoniques entre Trump et Poutine relèvent de leur réalisme face à une guerre qui s’éternise sans issue décisive. Pour Poutine, Trump représente une lucarne, une opportunité pour mettre fin à un conflit qu’il souhaite terminer le plus rapidement possible.
D’autant plus que la Russie, qui poursuit son offensive, peine dans cette guerre et subit désormais les attaques en profondeur de l’armée ukrainienne sur son propre territoire. Rien ne vient confirmer que la Russie remportera la victoire. Si victoire il y a, ce sera au prix d’une guerre longue, alors même que l’Occident ne cesse de fournir son soutien en armements, en argent et même en effectifs humains non déclarés. La Russie, de son côté, peut compter sur le soutien des forces armées nord-coréennes.
C'est donc le seul réalisme des inconscients collectifs, de part et d’autre des parties en guerre, qui dictera la fin de ce conflit. La question principale demeure : comment ? Tout ce que l’on peut avancer aujourd'hui, c’est qu’après quatre années et demie de guerre, la situation ne pourra que s’empirer si une prise de conscience des belligérants ne vient pas mettre un terme aux hostilités.
Il est vrai que l’inconscient collectif des dirigeants européens évoque des schémas de pensée, des peurs et des aspirations partagés qui influent directement sur le cours des événements. En clair, les pays d’Europe refusent à tout prix que la Russie l’emporte : une défaite de l’Ukraine serait très mal vécue après tout le soutien apporté pendant des années. C’est pourtant ce qui risque d’advenir si la fin de la guerre est mal négociée par les États-Unis. On comprend dès lors les tensions entre la solidarité européenne envers la souveraineté ukrainienne et la crainte de voir les États-Unis les lâcher.
Mais ce que l’on ne peut pas oublier, c’est que toute guerre a un sens ; elle a des causes et une finalité que laissent entrevoir ces mêmes causes. En clair, l’invasion par la Russie ne s’est pas faite sur un coup de tête de l’inconscient collectif de ses dirigeants ; elle s’est appuyée sur une réalité politique qui a commencé en 2014, et même bien avant. Ce conflit trouve ses racines dans le contentieux né de la dislocation de l’ex-URSS. Si la guerre a éclaté en février 2022, c’est qu’elle s'inscrit dans le cours logique de l’histoire. Or, tout déroulement historique englobant une guerre répond à une certaine forme de rationalité.
Prenons l’exemple de la guerre du Vietnam, de la guerre d’Algérie, des deux guerres en Afghanistan, de la guerre en Irak ou du conflit à Gaza. Malgré des pertes considérables, en particulier pour les peuples qui défendent une cause juste – c'est-à-dire qui protègent leurs siens et un territoire qu'ils estiment légitimement leur –, la victoire finit toujours par leur revenir, tel un droit arraché à l’envahisseur.
Ce fut d'abord le cas du peuple nord-vietnamien, déterminé à libérer le pays de la mainmise américaine ; une tutelle qui s’appuyait alors sur une administration sud-vietnamienne massivement rejetée par la population.
En Algérie, le peuple s’est soulevé contre une colonisation française qui s'est imposée pendant 132 ans. Ce fut une guerre légitime, portée par la volonté du peuple algérien de briser ses chaînes. C’est ainsi qu’au terme d’un long et douloureux conflit, le peuple algérien a recouvré sa souveraineté.
De même, l’Afghanistan a vu son territoire envahi par l’URSS pour des impératifs géopolitiques propres au bloc soviétique. Après plus de neuf ans de combats, la résistance afghane, rejetant l’oppression, a libéré le pays du joug de Moscou. Le même scénario s'est reproduit face aux États-Unis : après vingt ans de guerre, les forces américaines, sous la pression constante des talibans, ont été contraintes de quitter le territoire.
En Irak enfin, la dernière guerre majeure a duré de mars 2003 à décembre 2011, forçant le retrait des troupes américaines. Si quelques effectifs militaires américains résiduels et très limités ont subsisté sur le sol irakien, cela découle uniquement d’un accord tacite entre les gouvernements irakien et américain.
À Gaza, malgré un appui total en armements pour ses forces terrestres, aériennes et maritimes, Israël n’est pas parvenu, après deux ans de guerre, à mettre fin au mouvement armé du Hamas. Aujourd’hui, après la trêve du 10 octobre 2025, c’est toujours le Hamas qui régit Gaza. N’étant pas parvenu à éradiquer le mouvement, Israël campe par la force armée sur une partie du territoire gazaoui palestinien. Pourtant, dans son aveuglement, l'État hébreu ignore que la victoire finale reviendra inévitablement au peuple palestinien.
Le monde humain n’est pas lancé dans une trajectoire cahoteuse, sans but prédéfini ; il a un sens dans la marche de l’histoire ; ce sera toujours la cause juste qui l’emportera ; en clair, le bien finit par triompher de la cause injuste, synonyme du mal.
Précisément, la guerre en Ukraine relève de ce même principe opposant la cause juste à la cause injuste. Cependant, ses implications mondiales laissent les observateurs dans l’impossibilité quasi totale d'anticiper une issue, tant la dimension du conflit soulève des questionnements complexes et tant le tissu des événements est enchevêtré et difficile à délier.
En réalité, il y a une dimension métaphysique dans cette guerre qui n'est pas pressentie, et cela en raison du manque de réalisme de l’Occident. Ce dernier n’aide pas l’Ukraine face à la Russie par pure éthique, par morale ou pour le simple principe de repousser l’invasion russe ; non, l’Occident soutient l’Ukraine pour ses propres intérêts stratégiques. Les pays d’Europe, avec l'appui des États-Unis, ambitionnent d'englober le continent d’Est en Ouest, et donc d’intégrer les États qui ne le sont pas encore, à commencer par l’Ukraine, la Moldavie ou la Biélorussie à l’Est, et l’Albanie, la Serbie, la Bosnie-Herzégovine ou la Macédoine au Sud. Il s'agit donc d’une stratégie européenne à long terme.
Dès lors, en entrant en conflit contre cette expansion – dont la portée dépasse le simple élargissement européen –, la Russie a faussé les plans américano-européens. Pour y répondre, Moscou s’est appuyé sur la population russophone, majoritaire dans le Donbass et en Crimée. Sans l'existence de ces populations majoritaires dans les territoires de l’Est ukrainien, la Russie n’aurait pu entraver l’intégration de l’Ukraine ; elle aurait obtempéré, comme elle l’avait fait auparavant pour les trois pays baltes : l’Estonie, la Lettonie et la Lituanie. Aussi, face à cette réalité qui parle d’elle-même, le réalisme finira nécessairement par s’imposer. Comment ? Par le simple fait que, devant l’impasse d’un conflit où deux causes se disputent la légitimité, c'est la cause la plus ancrée dans la réalité du terrain qui prévaudra.
Alors que la guerre se poursuit, la lassitude jouera un rôle important puisque les deux parties en supportent le coût économique et humain. Toutefois, cette lassitude seule ne pourra contraindre les belligérants à faire la paix. Le conflit va donc perdurer, et les soutiens occidentaux – en particulier les pays d’Europe – vont tout mettre en œuvre pour que l’Ukraine s'en sorte. Même si elle ne remporte pas la victoire face à la Russie, l’essentiel pour eux est d'épuiser cette dernière jusqu’à l’amener à un cessez-le-feu, voire au gel du conflit.
Un tel scénario n’est raisonnablement pas envisageable pour la Russie. Pourquoi ? Pour la simple raison que si l’Ukraine parvenait à mettre la Russie en échec, le problème ne s’arrêterait pas là. Après un cessez-le-feu ou un gel du conflit, la situation évoluerait à l'image de ce qui s’est passé entre la Corée du Nord et la Corée du Sud. Une ligne de démarcation serait tracée, même si le Donbass et la Crimée restaient occupés ou annexés. Dès lors, l’Ukraine, à l’instar de la Corée du Nord, ferait tout pour devenir une puissance nucléaire, y voyant le seul moyen de s’immuniser contre la Russie.
Moscou le sait ; une telle situation mettrait la Russie sous un « péril nucléaire » permanent. Par conséquent, la guerre ne pourra que se poursuivre. Les négociations continueront en parallèle, mais aucune percée n'est à attendre tant les positions des belligérants sont éloignées. On peut dès lors avancer que seul un motif supérieur pourrait faire céder ceux qui prônent la continuation des hostilités. Ce motif de force majeure est déjà en marche ; pour l’identifier, il suffit d’analyser les facteurs décisifs qui ont mis fin aux guerres passées. Et celles-ci foisonnent, à commencer par les conflits de 1914-1918 et 1939-1945, jusqu'aux crises contemporaines.
C’est ce motif impérieux qui finira par s’imposer dans l’inconscient des belligérants et les conduira à mettre fin à la guerre. Preuve en est que si les êtres humains se lancent volontiers dans la guerre, ils ignorent toujours ce qu’il en résultera réellement.
Medjdoub Hamed
Chercheur
Note :
1. « Trump partage une vidéo générée par l’IA de son projet clinquant et mégalomane pour Gaza », par le Nouvel Observateur. Le 26 février 2025
https://www.nouvelobs.com/monde/20250226.OBS100803/trump-partage-une-video-generee-par-l-ia-de-son-projet-clinquant-et-megalomane-pour-gaza.html
2. « Guerre en Ukraine : Donald Trump affirme qu'un accord de paix l'aiderait à « aller au Paradis » », par le Figaro. Le 20 août 2025
https://www.lefigaro.fr/international/guerre-en-ukraine-donald-trump-affirme-qu-un-accord-de-paix-l-aiderait-a-aller-au-paradis-20250820
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