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L’Iran risque-t-il une attaque contre Israël  ?

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Les récentes attaques de missiles iraniens à Erbil soulèvent plusieurs questions au vu de l’ampleur et des objectifs de ces attaques, d’autant plus qu’elles ont coïncidé avec des cyberattaques qui auraient été les plus importantes contre l’infrastructure électronique de plusieurs institutions gouvernementales israéliennes.

Les rapports des médias iraniens soulèvent la question de savoir si l’attaque à la roquette d’Erbil est un prélude à une attaque plus importante dans le Golan ou si l’Iran se prépare à frapper profondément en Israël. Les défenses américaines n’ont pas réagi à l’attaque de missiles iraniens, et les attaques iraniennes sont une réaction à l’assassinat de deux officiers du CGRI le 7 mars en Syrie.

Il est remarquable que la réaction iranienne à l’assassinat des deux gardes ait été cette fois-ci rapide et soudaine. L’Iran s’enhardit peu à peu et prend de l’assurance, ce qui l’incite à mener des attaques plus importantes et plus efficaces.

Cela est principalement dû à l’augmentation de ses capacités de guidage de missiles et à l’acquisition de drones capables de mener des opérations de combat complexes, ce qui incite constamment l’Iran à démontrer sa puissance et à renforcer sa capacité de dissuasion face à ses adversaires et à ceux qu’il considère comme des ennemis.

Le général Kenneth McKenzie, commandant du Commandement central américain, dont Israël fait partie, a récemment déclaré lors d’une audition de la commission des forces armées du Sénat que l’Iran disposait de 3 000 missiles balistiques de différents types, dont certains sont capables de pénétrer profondément en Israël et de frapper Tel-Aviv.

Il a souligné que ces missiles constituent une menace existentielle pour la sécurité des pays du Moyen-Orient et les intérêts des États-Unis, et que l’Iran a injecté d’énormes ressources au cours des cinq dernières années pour augmenter la portée et la précision de ces missiles.

«  Nous l’avons vu lors de l’attaque contre Al Qaïda en Irak en janvier 2020, lorsque les missiles iraniens ont atteint avec précision des dizaines de cibles,  » a-t-il déclaré, ajoutant que l’efficacité des missiles balistiques et des drones d’attaque iraniens était «  très inquiétante.  »

Dans le même temps, les experts estiment que la menace des missiles balistiques iraniens n’est pas moins dangereuse que la «  militarisation  » du programme nucléaire iranien et la possession de la «  bombe.  »

En effet, ces missiles pourraient l’emporter sur la menace «  nucléaire  » si l’on considère qu’ils peuvent être déployés et utilisés, alors que la «  bombe  » ne reste qu’un moyen de dissuasion nucléaire difficile, voire impossible, à utiliser compte tenu du rapport de force et du fait que de nombreuses puissances régionales et internationales disposent de moyens de dissuasion similaires offrant la capacité d’une seconde frappe.

Ces développements ne sont pas surprenants, du moins pour les observateurs de la politique iranienne. Mais ils soulèvent des questions légitimes. La première concerne la question de savoir comment réduire la menace iranienne.

Et surtout, comment endiguer la volonté de l’Iran de constituer des arsenaux et de consacrer toutes ses ressources au développement d’armes qu’il distribue à des milices pro-militaires dans des pays de la région. À mon avis, l’Iran cherche à établir un équilibre de la terreur avec Israël. Du point de vue de Téhéran, cet équilibre ne se limite pas à l’intérieur de l’Iran.

Il s’étend également à ses alliés régionaux au Liban, en Irak et au Yémen. Il s’agit de paralyser la capacité d’Israël à attaquer, menacer ou agresser le Hezbollah et de contraindre Israël à cesser ses opérations militaires en Syrie et en Irak. Il n’y a probablement pas de meilleur moment pour cette stratégie que la situation internationale actuelle.

Les États-Unis et les puissances européennes sont occupés par la crise ukrainienne. Il n’y a pas d’horizon pour le scénario final et il est difficile de prédire la prochaine étape du président russe Vladimir Poutine. Même le principal allié de l’Iran, la Russie, ne semble pas entièrement satisfait de l’attitude d’Israël dans la crise ukrainienne.

Il ne pouvait donc y avoir de moment plus propice pour que l’Iran fasse passer ses messages aux parties israélienne et américaine, elles aussi soucieuses d’éviter toute réaction susceptible de faire échouer les négociations sur la reprise de l’accord nucléaire avec l’Iran. Je pense que l’Iran ne prendra pas le risque de provoquer Israël.

Mais comme toujours, ils pourraient aller jusqu’à l’extrême et jouer le jeu des tremblements qu’aiment les mollahs iraniens. Tout geste israélien dans un avenir proche sera suivi d’une réaction similaire, peut-être même plus forte, plus rapide et plus audacieuse. Mais elle se contentera de jouer au poulet tant qu’elle atteindra son objectif tactique prévu.

Elle n’ira pas nécessairement jusqu’à tirer des missiles sur l’arrière israélien. Cela signifierait un scénario de guerre ouverte, ce que l’Iran ne souhaite pas pour l’instant.

Cette conviction souligne que l’un des messages que l’Iran veut envoyer à Israël est celui de la dissuasion d’une attaque militaire unilatérale contre ses installations nucléaires, au cas où un accord sur la reprise de l’accord nucléaire avec les États-Unis serait effectivement conclu.

Téhéran craint que Tel-Aviv ne mette à exécution ses menaces à cet égard ou ne reçoive le feu vert des États-Unis pour une attaque. Il est très important de reconnaître que le danger ne réside pas seulement dans le fait que l’Iran attaque directement Israël ou d’autres.

Je pense qu’il est beaucoup plus important de reconnaître que l’Iran devient de plus en plus audacieux et capable d’attaquer directement et efficacement à mesure qu’il développe son arsenal de missiles balistiques et de croisière. Cette situation est exploitée parce qu’il n’y a pas de lignes rouges aux États-Unis pour protéger leurs intérêts et ceux de leurs alliés.

Après la crise ukrainienne, Téhéran est certain que les États-Unis n’entreront pas en guerre pour protéger leurs alliés et n’interviendront militairement que si leur sécurité nationale est directement concernée. Dans ce contexte, il convient de rappeler que les récentes attaques de missiles iraniens n’ont pas été menées par des forces supplétives.

Elle a même été lancée depuis le territoire iranien pour frapper le nord de l’Irak et a été ouvertement et rapidement reprise par les Gardiens de la Révolution, ce qui constitue une remarquable démonstration de la puissance des missiles iraniens.

Avec tous ces détails politiques et militaires, l’Iran cherche à faire pression sur ses voisins et à menacer Israël, à consolider sa présence militaire en Syrie et en Irak et à réduire la capacité d’Israël et d’autres États à chasser les milices iraniennes de Syrie.

Tout cela vise à maintenir l’influence qu’il a acquise au cours de la dernière décennie, du Yémen au Liban, en passant par la Syrie et l’Irak. La récente attaque de missiles iraniens est une indication claire de l’importance de prendre en compte les alliés de Téhéran dans l’élaboration du paysage politique irakien.

Elle vise également à accroître la pression sur les négociations de Vienne et à réagir à l’assassinat de deux officiers des Gardiens de la Révolution en Syrie.

Mais le message le plus important et le plus dangereux s’adresse, selon moi, à Israël et à ses nouveaux amis du Golfe. Il vise à leur rappeler les capacités, la précision et l’efficacité de leurs missiles et à souligner que Téhéran tient à son influence régionale dans la phase qui suivra les négociations de Vienne et qu’il est prêt à répondre à toute attaque de la coalition ou de l’armée.


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10 réactions à cet article    


  • Massada Amanite phalloïde 22 mars 13:28

    Les Forces israéliennes ont attaqué à la mi-février la plus importante unité de développement, de production et de stockage de drones de combat, située à proximité de la ville de Kermanshah en Iran.

        
    Six drones d’attaque israéliens ont participé à l’opération qui s’est soldée par la destruction de centaines de drones appartenant à la Théocratie chiite.
    Les appareils israéliens avaient décollé du Kurdistan irakien autonome, ce qui a entraîné la tentative de riposte de l’Armée iranienne sur Erbil, dans la nuit de dimanche à lundi derniers.

         

    Parmi les engins détruits on trouve le modèle-phare des Iraniens, le Shahed 129 Gaza [far. : martyr]. Il s’agit en fait d’une copie de l’appareil israélien Hermès 450, dont un exemplaire s’était crashé sur le territoire iranien.

       
    Le Shahed 129 est un monomoteur à hélice arrière, propulsé par un petit moteur Rotax 914 d’une centaine de chevaux. Il peut emporter une charge de 400kg à une distance de 1 700km, et rester en vol durant 24 heures, à une altitude pouvant atteindre 7 300 mètres.

        

    La destruction de centaines de ces avions sans pilote en un seul raid a privé la Théocratie de l’arme qu’elle avait mise au point pour pallier la faiblesse insigne de son aviation et l’imprécision de ses missiles.


    • Massada Amanite phalloïde 22 mars 13:31
      A propos des tirs de missiles iraniens sur Erbil, une certaine confusion a touché les esprits lorsqu’un journaliste du très sérieux New York Times a affirmé hier que le bâtiment détruit dans la capitale du Kurdistan irakien appartenait effectivement à l’Armée israélienne.
      Il articulait son affirmation sur la base de propos recueillis auprès d’un diplomate américain. Mais moins d’une demi-heure après la première annonce, le même journaliste s’est rétracté. A savoir qu’il s‘agissait d’un immeuble civil sans rapport avec l’Etat hébreu.
      Ce que les autorités locales ont également certifié. A noter que sur les douze missiles que les Iraniens ont tirés d’une distance de 90km, seuls neuf ont atteint Erbil ou sa périphérie, et cela participe d’un échec cinglant et lourd de conséquences

        


      • JCBeaujean 22 mars 19:06

        @Amanite phalloïde
        Comme si le New York Times pouvait être autre chose que sérieux, allons, petit champignon américaniste primaire : cessons les plaies aux nasmes !


      • tonimarus45 22 mars 13:47

        bonjour—Si l’on comprend bien l’iran ne fait que repondre aux actes hostiles d’israel


        • adeline 22 mars 15:12

          Le titre ne veux rien dire en français.


          • racbel 22 mars 15:16
            L’Iran risque-t-il une attaque contre Israël  ?« Désolé, moi pas parler petit chinois »

            • JCBeaujean 22 mars 19:12

              Ben si, titre symptomatique de la rhétorique empêtrée des servants de l’Empire : Israël ne risque guère une attaque de l’Iran puisque c’est le contraire, et que l’Etat sioniste possède la bombe, lui.


              • Jean Keim Jean Keim 23 mars 13:09

                Et comme à chaque fois, dans l’inconscience pour ne pas dire dans la somnolence générale, le tout illustré par des commentaires de ‘’haute tenue’’, le commerce de la guerre se frotte les mains, la paix va mal, les perspectives de profits sont prometteuses...


                • VDob 23 mars 14:12

                  J’ai toujours été sidéré par la capacité d’Israël à se mêler de ce qui ne le regardait pas. Comme lorsqu’il déclare : « nous ne tolérerons aucune présence iranienne en Syrie ». Depuis quand Israël a un droit de regard sur ce qui se passe en Syrie ? C’est à se tordre de rire.

                  Ceux qui ont un droit de regard sur ce qui se passe en Syrie, ce sont les Syriens.

                  Merci bonsoir.


                  • VDob 23 mars 14:16

                    @VDob
                    Et je précise que je n’ai rien contre le fait qu’Israël se défende quand il est attaqué.
                    La seule différence c’est que ça, ce n’est pas de la défense, c’est de la provocation.

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