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Accueil du site > Tribune Libre > La Cause Juste et la Cause injuste dans la prolifération nucléaire. (...)

La Cause Juste et la Cause injuste dans la prolifération nucléaire. L’inconscience des États-Unis en tant que premier agent proliférateur

Deuxième partie

 

 Si on regarde les êtres humains, et par eux les peuples qui en dérivent, il n’y a dans leur relation aucune animosité au premier abord. Bien plus, on peut même dire qu’ils sont solidaires entre eux dans la bonté comme dans le malheur. Les êtres humains n’aiment pas que d’autres peuples soient affligés. Pour ne donner qu’un exemple, l’Amérique lorsqu’elle fut frappée par l’ouragan Katrina, la Nouvelle-Orléans était sous les eaux, on avait craint que des milliers d’Américains allaient être noyés dans un déluge d’eau. Alors que l’administration Bush était presque sur le point d’attaquer l’Iran, et menaçait même d’utiliser l’arme nucléaire contre les sites d’enrichissement nucléaire iranien profondément enfouis sous terre. La crise immobilière de 2007 et la crise financière de 2008 qui a frappé les États-Unis et le monde a fini par calmer les menaces de Bush « Toutes les options sont sur la table ». En 2017, depuis l’arrivée de Trump à la Maison Blanche, la situation dégénère entre le président américain Donald Trump et le numéro 1 nord-coréen, Kim Jong-un. Depuis, il s’ensuit une course aux armements par la Corée du Nord et une guerre des mots. Comment cette situation extrêmement importante pour la paix du monde va-t-elle finir ?

 

  1. « L’Occident est l’agent, le juge et le jury. L’Orient est le patient », par Edward Saïd

 Tout d’abord interrogeons-nous comment les élites occidentales, notamment américaines, voient le reste du monde ? Dans un livre, « L’Orientalisme. L’Orient créé par l’Occident », le palestinien Edward Saïd écrit : « L’« Occident » a trouvé en face de lui, depuis la Seconde Guerre mondiale, un ennemi totalitaire astucieux qui s’est fait des alliés parmi les crédules nations orientales (africaines, asiatiques, sous-développées). Quelle meilleure façon de déborder l’ennemi que de jouer de l’esprit illogique des Orientaux de manière que seul un orientaliste peut imaginer ? C’est ainsi qu’ont été créées des tactiques magistrales telles que la technique de la carotte et du bâton, l’Alliance pour le progrès, l’OTASE, etc., toutes fondées sur du « savoir » traditionnel, retravaillé pour qu’il permette une meilleure manipulation de son objet supposé.

 

Ainsi alors que la tourmente révolutionnaire empoigne l’Orient islamique, des sociologues nous rappellent que les Arabes s’adonnent aux fonctions orales, tandis que les économistes – orientalistes recyclés – font remarquer que ni le capitalisme ni le socialisme n’est une étiquette adaptée à l’Islam moderne. Alors que l’anticolonialisme balaie et même unifie le monde oriental tout entier, l’orientalisme condamne tout cela non seulement comme nocif, mais comme insultant pour les démocraties occidentales. Alors que le monde se pose des problèmes graves et d’une importance très générale, parmi lesquels le péril nucléaire, la rareté catastrophique des ressources, une exigence sans précédent pour l’égalité, la justice et l’équité économique entre les hommes, des caricatures populaires de l’Orient sont exploitées par des politiciens, qui ont pour source idéologique non seulement le technocrate à moitié instruit, mais encore l’orientaliste super-instruit. Les arabisants légendaires du département d’État mettent en garde contre les plans que font les Arabes pour s’emparer du monde. Les Chinois perfides, les Indiens à demi-nus et les musulmans passifs sont décrits comme des vautours qui se nourrissent de « nos » largesses et sont condamnés, quand « nous les perdons » au communisme, ou à leurs instincts orientaux persistants : la différence n’est pas très significative.

 

Ces attitudes des orientalistes d’aujourd’hui inondent la presse et l’esprit public. On imagine les Arabes, par exemple, comme montés sur des chameaux, terroristes, comme des débauchés au nez crochu et vénaux dont la richesse imméritée est un affront pour la vraie civilisation. On suppose toujours quoique de manière cachée que, bien que les consommateurs occidentaux appartiennent à une minorité numérique, ils ont le droit soit de posséder soit de dépenser (ou l’un et l’autre) la plus grande partie des ressources mondiales. Pourquoi ? Parce que, à la différence des Orientaux, ils sont de véritables êtres humains. Il n’existe pas de meilleur exemple, aujourd’hui, de ce que Anouar Abdel Malek appelle l’« hégémonisme des minorités possédantes » et de l’anthropocentrisme allié à l’européocentrisme : un Occidental qui appartient à la bourgeoisie croit que c’est sa prérogative humaine non seulement de gérer le monde non blanc, mais aussi de le posséder, justement parce que, par définition, «  il » n’est pas tout à fait aussi humain que « nous ». On ne peut trouver d’exemple plus net de pensée déshumanisée.

 

D’une certaine manière, les limites de l’orientalisme sont, comme je l’ai déjà dit, celles qui apparaissent lorsqu’on reconnaît, réduit à l’essentiel, dénude l’humanité d’une autre culture, d’un autre peuple ou d’une autre région géographique. Mais l’orientalisme a fait un pas de plus : il considère l’Orient comme quelque chose dont l’existence non seulement se déploie pour l’Occident, mais aussi se fixe pour lui dans le temps et dans l’espace. Les succès descriptifs et textuels de l’orientalisme ont été si impressionnants que des périodes entières de l’histoire culturelle, politique et sociale de l’Orient ne sont considérées que comme des réactions à l’Occident. L’Occident est l’agent, l’Orient est le patient. L’Occident est le spectateur, le juge et le jury de toutes les facettes du comportement oriental. Pourtant, si l’histoire a provoqué au cours du vingtième siècle un changement intrinsèque en Orient et pour l’Orient, l’Orientaliste est abasourdi : il est incapable de se rendre compte que, jusqu’à un certain point, les nouveaux chefs, les nouveaux intellectuels, les nouveaux responsables politiques [orientaux] ont trouvé bien des leçons à apprendre dans l’œuvre de ceux qui les ont précédés. Ils ont aussi été aidés par les transformations structurelles et institutionnelles accomplies pendant la période qui s’est écoulée et par le fait qu’ils sont, dans une grande mesure, plus libres de façonner l’avenir de leurs pays. Ils ont aussi plus de confiance en eux et peut-être quelque peu d’agressivité. Ils n’ont plus à agir en espérant obtenir un verdict favorable du jury invisible de l’Occident. Ils ne dialoguent pas avec l’Occident, ils dialoguent avec leurs compatriotes. »

 

Le livre d’Edward Saïd est sorti en 1978, aux États-Unis, sous le titre « Orientalism ». Cependant, entre 1978 et 2017, de l’eau a coulé sous les ponts. En 39 ans, combien d’événements se sont produits et ont changé l’équilibre des forces dans le monde. Bien que le discours des Occidentaux sur l’Orient reste pernicieux, il demeure que la verve orientaliste postcoloniale a perdu beaucoup de son éclat. Aujourd’hui, l’Occident en déclin donne cette impression d’un monde en quelque sorte sorti de l’esprit suprématiste, non qu’il l’ait voulu mais plutôt forcé par le cours qu’a pris l’histoire du monde durant cette période. Bien que l’Occident soit présenté comme le seul vrai modèle des valeurs à la base de l’expérience humaine, telles les valeurs dites universalistes comme la démocratie, la modernité et le progrès, il reste qu’il est négativement jugé par les guerres fomentées contre le reste du monde, dont l’objectif est de maintenir son hégémonie sur le reste du monde.

 

  1. L’essouflement du totalitarisme communiste face au totalitarisme capitalistique. Vers un monde unipolaire

 Le monde a beaucoup changé. La Terre surpeuplée, la perte de repères est partout sensible. Malgré l’enrichissement d’une bonne partie du monde, les humains tant au Nord qu’au Sud ressentent cette angoisse existentielle malgré les formidables avancées technologiques.

 Le monde voit l’ignominie se perpétrer, et personne n'y peut rien. Les peuples arabo-musulmans ou africains qui avaient initialement des revendications politiques et sociales légitimes se retrouvent impuissants, et plus grave encore, ils se retrouvent « totalement dilués dans des guerres fomentées le plus souvent par les Occidentaux ». Si, entre les années 1960 et 1980, il était nécessaire d’endiguer l’influence de l’Union soviétique sur l’Afrique, cette fois-ci, c’est l’influence de la Chine qu’il faut contrer. De, même au Moyen-Orient, plus de trente de guerres pour maintenir une mainmise occidentale sur les richesses pétrolières de cette région. C’est ainsi que si l’on regarde le cours de l’histoire du monde depuis 1945, les États-Unis, en tant que chef de file de l’Occident, sont allés d’échecs en échecs dans leur guerre pour politique de domination. Presque partout leur suprématie militaire est battue en brèche.

 

Dans un premier temps, en Asie. Deux guerres majeures ont marqué cette région importante pour la paix mondiale. La guerre du Vietnam, d’abord de libération ou guerre d’Indochine (1946-1954) avec la bataille de Diên Biên Phu qui est venu clore l’épisode de la colonisation française, l’intervention des États-Unis dans le conflit Sud-Vietnamien, en 1955, et l’engagement direct dans la guerre du Vietnam en 1964. Le retrait américain en 1973 et la victoire du Nord-Vietnam sera l’échec militaire le plus néfaste dans l’histoire militaire des États-Unis.

 

La guerre du Vietnam servait, en réalité, d’interface dans les conflits armés entre les puissances occidentales et les puissances de l’Est (URSS et Chine). Puisque ne pouvant s’engager direct dans un conflit armé, compte tenu des arsenaux nucléaires que chaque partie disposait, la guerre s’opérait dans un pays tierce dont l’objectif pour l’Occident était l’endiguement par des pays tampons. Et si chaque partie s’efforçait d’assurer son influence sur le pays tampon, les États-Unis, devant l’affaiblissement devant leur zone d’influence, et par sa puissance militaire au-dessus des autres, n’hésitaient pas à entrer en guerre. Les autres parties s’engageant à soutenir le camp adverse. Ainsi est évité le contact direct entre les grandes puissances, contact qui signerait la destruction du genre humain. Une troisième mondiale serait en fait la dernière guerre que les grandes nations humaines auront à se livrer.

En Asie, cependant la guerre de Corée ne s’est pas terminée comme pour le Vietnam. L’unification du Vietnam s’est produite suite à l’absorption du Vietnam du Sud par le Vietnam du Nord. Cela n’a pas été le cas pour la guerre de Corée, le territoire s’est scindé en deux, la Corée du Nord et la Corée du Sud. La guerre de Corée (1950-1953), un des conflit armés les plus meurtriers que connut l’Asie, a fait un total de pertes en vies humaines entre tués, disparus et blessés, selon une estimation des Nations unies, à 2 415 600. En trois ans de guerre, les pertes humaines ont été en trois ans de guerre aussi élevées en Corée qu’en 30 ans de guerre au Vietnam. D’autre part, sur les souffrances endurées par le peuple coréen, c’est surtout le Nord qui dut supporter le poids de trois années de bombardements intensifs ans cette guerre, alors que le Sud n’a connu qu’une brève période d’angoisse au dernier trimestre de l’année 1950. Le directeur du Centre Harvard pour les études coréennes, Carter Eckert, expliquant la « mentalité d’assiégé permanent », écrivait sur ce conflit : «  Toute la population a vécu et travaillé dans les caves artificielles souterraines durant trois ans afin d’échapper aux attaques implacables des avions américains dont n’importe lequel, du point de vue nord-coréen, était susceptible de porter une bombe atomique.  » (1) Cependant la guerre qui s’est terminée par un armistice n’est officiellement toujours pas terminée.

 

Ce qu’on remarque, c’est que dans les deux guerres, prennent part plusieurs pays occidentaux, face aux deux puissances communistes, l’URSS et la Chine. Ces guerres se sont donc internationalisées. Tous les pays participants avaient un intérêt dans ces guerres hégémoniques. Le problème essentiel que l’on doit souligner dans ces guerres n’est pas de voir dans ces guerres hégémoniques comme des échecs pour les puissances occidentales, et donc des pays déclinants, et les succès des puissances communistes comme des puissances montantes, mais de d’y voir une nécessité d’équilibre de facteurs géostratégiques. Il n’est pas bon pour l’humanité qu’une puissance agressante triomphe et ce, pour l’une comme pour l’autre. De plus nous ne pouvons occulter l’objectif des guerres.

 

Nous avons des deux côtés un totalitarisme qui exercice un poids sur les peuples, l’impérialisme occidental d’un côté qui cherche à dominer le reste du monde, et une dictature d’État de l’autre, où le citoyen embrigadé dans un communisme totalitaire n’est qu’un élément sans voix dont le droit est pensé pour lui. Par ces guerres, on retrouve un double endiguement et pas seulement occidental. Si les États-Unis ont perdu au Vietnam, la cause était injuste, le peuple vietnamien payait de son sang l’agression américaine, comme cela est aussi valable pour l’URSS qui a attaqué l’Afghanistan dans une perspective de déboucler la ceinture verte qui l’enserrait et que les États-Unis ont suscitée, et cela est une cause aussi injuste. En clair se confirme que le monde, à cette époque, était divisé en deux totalitarismes, un capitalistique se drapant de démocratie, de l’autre un communisme où les libertés confisquées au profit d’un parti unique se drapait de socialisme.

 

A partir du milieu des années 1970, après les échecs américains au Vietnam, les conflits armés vont se déplacer en Asie centrale et au Moyen-Orient. Les guerres qui suivirent dans le monde arabe et au Moyen-Orient ouvrirent une nouvelle page de l’histoire. La première avancée majeure qui suivit est la fin du premier totalitarisme communiste en Asie, l’URSS en décembre 1991 finit d’exister. La dispersion des quinze républiques et la réorganisation de la nouvelle Russie change définitivement l’ordre géostratégique du monde. Le contrepoids que fut l’URSS au totalitarisme capitalistique américain n’existant plus, les États-Unis crurent que leur heure est arrivée pour imposer au monde un ordre unipolaire. Reprenant de nouveau un cycle de violence et de de guerres pratiquement ininterrompues, ponctué seulement par des embargos sur des pays faibles, l’objectif stratégique de la superpuissance était à la fois d’endiguer les velléités des grandes puissances affaiblies – la Russie disloquée se cherchant à s’adapter aux nouvelles forces de l’histoire et la Chine appliquant la devise du faible au fort de Deng Xiaping qui est « Cachez vos forces, attendez votre temps » – et de mettre au pas les pays réfractaires à son hégémonie, comme l’Irak et l’Iran. Il était vital pour l’Amérique de regagner la mainmise sur les gisements de pétrole irakien et iranien qu’ils ont perdus durant la période de la Guerre froide.

 

Ainsi se comprend l’engagement des États-Unis qui, drapés par une justification moralisante de droit international, et à la tête d’une coalition internationale, se lança en guerre contre l’Irak, en 1991. Tous les moyens étaient bons pour la superpuissance, la justification moralisante en fait était tronquée. Pour cause, « Le 25 juillet 1990, l'ambassadeur des Etats-Unis à Bagdad, April Glaspie, est reçu par Saddam Hussein. Le Président irakien masse depuis plusieurs semaines des troupes à sa frontière sud avec le Koweït, dont Bagdad n'a jamais vraiment accepté l'indépendance. Or que lui aurait dit l'ambassadeur des Etats-Unis lors de cette audience ? « Mon pays n'a pas d'opinion sur les conflits entre pays arabes, tel votre différend de frontière avec le Koweït. » » (2)

 

Les enjeux géostratégiques pour la superpuissance obligent. Poussant l’Irak à envahir le Koweït, l’Amérique trouve là un prétexte idoine pour ouvrir les hostilités contre les pays arabes réfractaires à sa domination. Cependant, malgré une guerre extrêmement destructrice et meurtrière suivi d’un embargo de 12 années tout autant destructeur et meurtrier – la seule différence est que l’extrême affaiblissement de l’Irak s’est opéré dans un temps plus long –, ce qui n’a pas empêché l’Irak de rester debout, faussant tous les objectifs géostratégiques de la première puissance du monde.
 

 

  1. La « parité nucléaire » entre les grandes puissances comme gage pour la sécurité mondiale. Le cas d’Israël

  On dit que la « La Nature a horreur du vide », et cet adage a été maintes fois vérifié. L’URSS disparu et surtout la guerre de 1990-1991 contre l’Irak a créé un séisme dans le monde. Si les États-Unis ont vu leur puissance décuplée par le seul fait que la seule puissance, l’URSS, qui leur faisait de l’ombre, a disparu, cette situation va engendrer une situation extrêmement dangereuse pour la paix du monde. En effet, du fait que la superpuissance est désormais libre de ses agissements subversifs et qu’aucune grande puissance n’est plus là pour la contrer – l’URSS est démantelé et affaibli comme la Chine sont tous deux arrimés économiquement et financièrement à l’Amérique –, il devient nécessaire pour ces pays, pour prémunir leur souveraineté, de compter sur leurs forces pour parer à toute agression extérieure. Et comme cette agression est ciblée et provient de l’Amérique, et que le rapport de forces est sans commune mesure, la seule alternative qui reste à ces nations est de trouver un « moyen de défense suffisant pour empêcher la première puissance du monde de les attaquer. »

 

Et le seul moyen, on le devine, c’est l’« arme nucléaire, l’arme absolue qui ne pardonne pas. » Les deux bombes A qui se sont abattues sur Hiroshima et Nagasaki en 1945 sont suffisamment éclairants, et qui ont fait plus de 150 000 morts en quelques secondes ou quelques minutes pour ceux qui n’ont pas fondu sur le coup, ou quelques heures ou quelques jours ou condamnés à vie pour ceux qui ont été touchés par la chaleur, la radioactivité et le souffle, autant de symptômes que produit cette bombe inhumaine. Pour dire que depuis la découverte de la fission nucléaire et la fusion thermonucléaire, une épée de Damoclès pèse désormais sur l’humanité.

 

C’est ainsi que déjà « le vide commença à se combler », en 1998, deux puissances, l’Inde et le Pakistan, ont franchi le seuil nucléaire en 1998. L’Inde réalise ses premiers essais nucléaires le 11 et 13 mai 1998. Quelques jours après, le Pakistan procède aussi à ses premiers essais nucléaires, le 28 mai et 30 mai 1998. La Chine est accusée d’avoir fourni la technologie de l’arme nucléaire au Pakistan pour contrer l’Inde. Nous ne devons pas oublier que le soutien technologique de la Chine, si soutien il y a eu, n’est pas propre au Pakistan. La Chine a aussi bénéficié, en son temps, de la technologie nucléaire soviétique dans son programme d’armement comme celui des vecteurs balistiques. Et cela n’est pas propre aux seuls pays de l’Est. La France et le Royaume-Uni ont aussi été aidés par les États-Unis, pour franchir le seuil nucléaire et se doter d’un arsenal nucléaire proportionné à leurs puissances respectives.

 

« Alliance oblige  », devrons-nous dire. L’objectif n’étant pas d’aider pour aider, i.e. gratuitement, mais d’assurer une « parité nucléaire » entre le bloc Ouest avec le bloc Est. Tels sont les enjeux qui tout compte fait sont naturels pour assurer l’équilibre géostratégique du monde, et se faisant la « paix armée mondiale ». Et c’est cet équilibre qui primait pour éviter une apocalypse qui détruirait le monde humain.

 

Cependant, si pour le Pakistan et pour l’Inde, et des sanctions économiques américaines peu soutenues, n’ont pas posé de grands problèmes à l’ordre de puissance mondiale dominée par les États-Unis, et donc à la sécurité mondiale qui était préservée, d’autant plus que, sur la question du Cachemire, territoire qui les opposait, une guerre nucléaire qui surviendrait par le nombre d’ogives qu’ils détiennent suffiraient à détruire toutes les villes et bases militaires de l’Inde et du Pakistan. « Donc une destruction mutuelle assurée, et seule la présence de ces arsenaux nucléaires sont suffisants pour dissuader leurs gouvernants de pousser à une guerre apocalyptique qui durerait tout au plus peut-être moins d’une semaine. » C’est dire l’extrême importance du péril nucléaire qui pèse sur le monde. Et que tout litige même le plus extrême entre ces deux grands pays doit se régler diplomatiquement. Il apparaît clairement que, quel que soit le contexte de crise entre les puissances dotées d’arsenaux nucléaires, de niveau mondial ou régional, une parité nucléaire, ou se rapprochant non par le nombre d’ogives, mais par le nombre d’ogives suffisant pour créer l’apocalypse au plus fort ( qui a le plus d’ogives) est un gage pour la sécurité régionale et mondiale.

 

Si cette situation pour ces deux pays est maîtrisée sur le plan nucléaire, il en va autrement pour Israël, l’Iran et la Corée du Nord. Israël, en tant que puissance nucléaire non déclarée non seulement n’est pas inquiétée, mais « est dépendante de l’Amérique dont le soutien lui est indéfectible ». On sait très bien qu’un petit pays Israël ou un autre pays, y compris la Corée du Nord et même l’Iran, pourtant un grand pays, ne pèseront pas lourd si les grandes puissances nucléaires se ligueront contre eux. Le seul inconvénient dans l’ordre de puissance mondiale est que les grandes puissances sont désunies. Et Israël ayant le soutien total de la première puissance mondiale et aligné à l’hégémonie américaine, son arsenal nucléaire ne poserait pas de problèmes à la sécurité mondiale sauf en cas de guerre nucléaire restreinte, à l’échelle régionale. Et comme sa superficie territoriale (hors les zones occupées de Cisjordanie, de Jérusalem-Est et du plateau du Golan) est de 20 770 km2, une guerre au Moyen-Orient serait apocalyptique pour Israël. Aussi peut-on dire que l’arsenal nucléaire d’Israël, même s’il est défensif, hormis évidemment les guerres psychologiques dans les velléités de guerre nucléaire, ne peut en aucun cas être offensif. Si cela surviendrait, cela provoquerait inévitablement une guerre apocalyptique où Israël serait le plus vulnérable. La détention par Israël ne pourrait poser de grands risques à la sécurité régionale et mondiale d’autant plus qu’elle n’est pas menacée d’une guerre nucléaire par les grandes puissances.

Ce qui n’est pas le cas pour l’Iran et la Corée du Nord qui sont menacés de surcroît par la première puissance mondiale. 
 

 

  1. Les États-Unis, par leur politique d’agression, sont le premier pays proliférateur nucléaire du monde

 

 En effet, le problème de prolifération nucléaire se pose pour ces deux pays. Comment l’Iran et la Corée du Nord se sont trouvés à mener des programmes nucléaires clandestins et balistiques ? L’un ne va pas sans l’autre. Qui en est la cause ? D’emblée peut-on dire la crainte d’être envahi ? Et c’est la guerre lancée par l’Amérique, à la tête d’une formidable coalition internationale, contre en Irak en janvier 1991. La coalition internationale constituée de 39 pays dont 21 pays occidentaux entre l’Europe, l’Amérique du Nord et l’Australie, 5 pays du Moyen-Orient, 5 pays d’Asie, 6 pays d’Afrique et 2 pays d’Amérique du Sud, n’a été formée que pour légitimer l’action moralisante des relations internationales, i.e. le respect du droit international. Alors que l’objectif visé par les États-Unis était d’imposer un ordre unipolaire mondial, transformant les États-Unis en une nouvelle « Rome moderne ».

 

Deux questions se posent à cette situation nouvelle de l’ordre de puissance mondial, surtout que le péril nucléaire est réellement présent pour l’humanité. La première question : « Est-ce que l’Histoire, après 1500 ans, depuis la fin de l’Empire romain en 476 après J. -C., pourrait-elle revenir en arrière ?  » Si c’est le cas, c’est faire fi des immenses avancées de l’humanité dans tous les domaines scientifiques, technologiques, culturelles, humanistes, économiques, militaires, urbanistiques..., et surtout le monde est constitué de trois grandes puissances nucléaires. Donc un monde unipolaire est une vue de l’esprit loin de la réalité du monde. Deuxièmement ce projet d’un monde unipolaire par les néo-conservateurs américains qui cherche à remodeler le monde arabe en Grand Moyen-Orient (GMO), un projet utopique, en y exportant la démocratie par la force comme si la démocratie est une marchandise n’est pas seulement un facteur utopique, déstabilisateur et perturbateur de la paix mondiale mais surtout proliférateur nucléaire.

 

Dès lors que la feuille de route des États-Unis, après l’invasion de l’Irak qui le plus grave a reçu le soutien du Japon, ce qui est compréhensible, en tant que pays faisant partie du camp occidental, mais ce qui n’est pas compréhensible, le soutien de l’Union soviétique qui n’a rien fait pour s’opposer à la guerre contre l’Irak ou qu’elle ait dissuadé l’Irak d’envahir le Koweït compte tenu du piège que lui tendait l’Amérique, et c’est cela qui fut l’élément déclenchant de la prolifération nucléaire. Ce qui signifie que les programmes nucléaires clandestins de l’Iran et de la Corée du Nord relevait d’un processus causal non seulement légitime mais aussi moral. On peut assimiler la situation inédite du monde à une équation du deuxième degré où initialement les coefficients qui étaient stables et évoluaient naturellement en donnant des racines déterminées se trouve, par l’entrée d’un paramètre m, complètement bouleversée selon la valeur positive ou négative affectée à ce paramètre. Donc, par des racines nouvelles, l’équation du monde change complètement. Et ces deux racines nouvelles, solutions à l’équation du monde, peuvent, par analogie, être assimilées à l’Iran et à la Corée du Nord.

 

Oui, il y a un certain mathématisme dans le développement du monde. Rien ne vient sans cause. On a beau imposé des traités internationaux pour dissuader la prolifération nucléaire (TPN), mais les postures agressives des grandes puissances viennent battre en brèche ces traités qui ne deviennent plus crédibles. Le plus grave par les guerres du fort au faible se pose le principe de la cause juste et de la cause injuste dans la prolifération nucléaire. Et par ces agressions répétées, la prolifération nucléaire non seulement se légitime mais devient un moyen défensif, surtout que ce moyen est apocalyptique, qui ne pardonne pas en termes de destructions massives et de vies humaines.

 

Et c’est un peu ce qui se passe, le paramètre m est cette politique agressive de la première puissance du monde contre tout ce qui bouge, i.e. contre tout pays qui remet en cause son hégémonie sur le monde. Et pour l’Iran et l’Irak, cette remise en cause porte sur la mainmise américaine sur leurs gisements du pétrole du monde du Moyen-Orient. Alors que ces pays, pour leurs gisements de pétrole, sont souverains. D’où le projet américain de remodeler le Moyen-Orient, ce qui signifie mettre au pas les régimes irakien et iranien, qui passe par un changement de régime politique de ces pays, assurant en même temps la sécurité d’Israël, voire même l’aider à construire son mythique Grand Israël

 

Si les États-Unis triomphaient dans ces deux entreprises, changer les régimes politiques irakien et iranien, rien ne les empêcherait de passer à la phase trois : s’attaquer à la Corée du Nord. Mais ces plans géostratégiques de la première puissance mondiale, surtout que l’absence du contrepoids que fut l’Union soviétique qui se trouve alignée aux vues de l’Amérique, en échange certainement d’une contrepartie financière – l’URSS étant en dérive économique et sur le point d’éclater –, ne pouvait que pousser l’Iran et la Corée du Nord à compter sur soi.

 

D’autre part, ce qu’il faut souligner pour le cas de l’Iran et de la Corée du Nord, c’est que les Américains ne visaient pas des révolutions colorées montées de l’intérieur comme le furent les pays en Europe ou de l’Est qui ont fait tomber le « Mur de Berlin », en 1989, mais à leur faire la guerre, ce qui est complètement différent. Quel pays ou quel peuple du monde accepterait d’être attaqué, bombardé avec des pertes par milliers de victimes civiles, d’innocents dans les villes et dans les zones rurales pour le seul objectif « envahir ce pays et changer de force le régime politique. » Aucun peuple n’accepterait cette situation de se faire tuer gratuitement pour des objectifs stratégiques des grandes puissances. Tout peuple cherchera à se défendre par tous les moyens, y compris nucléaires.

 

Ce qui nous fait dire que le premier agent proliférant de l’armement nucléaire est bien l’Amérique dans sa guerre contre ce qu’elle a appelé l’« Axe du Mal », i. e. l’Iran, la Corée du Nord et l’Irak. Et les attentats du 11 septembre 2001 sont venus à point nommé conforter sa politique d’agression tout azimut, pour instaurer la « pax americaun ordre unipolaire dominé par les États-Unis. »

 

Cette deuxième partie se termine. L’auteur tient souligner cependant que les enjeux qui se posent aujourd’hui et vont en se compliquant dans les années à venir, que nous aurons à développer, vont amener l’Amérique, paradoxalement, à jouer un rôle positif majeur à la fois dans l’équilibre de puissance mondiale et dans la limitation de la détérioration de la paix sur le plan nucléaire dans le monde. Certes avec un prix à payer. Et c’est ce qui est en train de ressortir dans les frictions sur le plan géostratégique aujourd’hui entre les puissances nucléaires.
 

 

Medjdoub Hamed
Auteur et chercheur spécialisé en Economie mondiale,
Relations internationales et Prospective.

www.sens-du-monde.com

La partie 1 : «  Entre liberté et destin, le libre-arbitre conscient et inconscient de l’homme ? Une guerre nucléaire entre les USA et la Corée du Nord ?  » peut être consultée sur les sites :
https://www.agoravox.fr/tribune-libre
www.lequotidien-oran.com/

 

Notes :

 

1. « Incertitudes du rapprochement entre les deux Corées. » Le monde diplomatique. 01/2006
https://www.monde-diplomatique.fr/2001/01/HARRISON/

2. « April Glaspie, « détonateur » de la guerre du Golfe », Par Le Point. Le 22/04/1995, modifié le 16/01/2007
http://www.lepoint.fr/actualites-monde/2007-01-16/april-glaspie-detonateur-de-la-guerre-du-golfe/924/0/6629


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3 réactions à cet article    


  • pipiou 26 décembre 2017 17:43

    Beaucoup de clichés idéologiques qui partent dans tous les sens.
    Si le Pakistan et l’Inde ont obtenu la bombe atomique sans l’aide des américains alors pourquoi en accuser les américains ?

    Et puis parler de « totalitarisme capitaliste » c’est ridicule, ou alors l’auteur ne sait pas ce qu’est le totalitarisme, et dans ce cas il faut qu’il se remette à ses études.


    • baldis30 27 décembre 2017 10:31

      @pipiou
      bonjour,

      « Si le Pakistan et l’Inde ont obtenu la bombe atomique sans l’aide des américains alors pourquoi en accuser les américains ? »

      Bien sûr ! Et que ce soit à partir de U 235 ou de Pu 239, même si le premier nécessite plus de moyens technologique alors que l’obtention du second peut venir d’une filière « uranium naturel plus extraction chimique ».

      Malgré tout on peut se demander qui a pu aider certains petits pays à obtenir cette arme ? Qui et quand ...avec quels moyens humains .... ? J’exclus naturellement les cinq grands .... ne serait-ce que pour garder une supériorité ....

      Mais d’autres qui maîtrisent certaines métallurgies de pointe INDISPENSABLES à l’arme atomique qui ont-ils aidés ?


    • HELIOS HELIOS 27 décembre 2017 17:25

      @baldis30


      PERSONNE !
      il faut être complétement ... pour s’imaginer que ce que nous faisons, personne d’autre n’est capable de le faire.

      L’industrialisation, ensuite, peut etre plus difficile pour des pays qui n’ont pas d’industrie, mais ce qu’ils doivent importer est minime. Pour fabriquer quelques bombinettes, il n’est pas necessaire de tout avoir...
      tiens, un exemple... 

      - etes vous allé en Afrique ?
      Vous cassez une piece de votre magnifique voiture moderne sur les routes piegeuses...
      vous avez le choix :

      ... attendre 1 mois qu’une jolie pièce qui sent bon dans sa boite, étiquetée, verifiée ayant suivi les contrôle de qualité et produite par une entreprise ISO 9000 quelque chose...

      et...

      Acheter a l’artisan du coin une piece fonctionnellement identique, qui peut avoir été fondue avec de l’aluminium de récupération dans un creuset chauffé sur un barbecue amélioré... et vous pouvez continuer votre voyage !

      La bombe atomique c’est pareil, celle qu’ont pu faire des pays déficients question industrie -mais pas question intelligence - est comme la piece de votre voiture : artisanale mais fonctionnelle !

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Hamed


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