La contestation s’invite chez Bayrou !
« Travailler pour un projet parce qu’il est bon, et pas seulement parce qu’il a une chance de réussir » Vaclav Havel
Ma décision de renoncer à la charge de Président du Mouvement démocrate de l’Essonne, trouve sa justification non pas dans le manque d’ardeur des militants à faire vivre le Modem et le développer, mais dans le sentiment que le Président de notre Mouvement et ses amis dirigeants ne sont pas à la hauteur pour nous faire confiance. Ce manque de confiance a occulté le potentiel réel de notre Mouvement et les a conduit à renoncer à devenir la 3e force politique du pays et à abandonner le discours fondateur de Villepinte « un nouveau projet de société, un projet original, un projet alternatif ».
Mon cher MoDem, les faits s’imposent à toi. Au cours de ces huit années d’existence, que de lieues et d’arpents parcourus en ton nom, pour réduire à néant l’espoir de cette troisième voie et de toute indépendance des blocs LR/PS. L’absence de communication, d’intégration des nouveaux adhérents et de leur faible représentativité dans les structures du mouvement ont désabusé nombre de nouveaux venus.
Nous, militants et dirigeants locaux assistons, impuissants, à l’implosion de ton ADN dans cette stratégie d’alliance vers la droite qui ne cessera de se conforter jusqu’à la présidentielle.
Cette fidélité à l’esprit de large union en dehors des partis, qui a créé notre Mouvement, nous a perclus, et, a cautionné notre absence de volonté à dénoncer et à s’opposer collectivement aux dérives engagées par nos caciques.
Mais comment cette dérive aurait-elle pu être évitée ?
L’absence de volonté pour assurer la mutation du Parti sur des bases moins vieillissantes que celles de l’UDF a sclérosé les structures. Faute d’initiatives, l’échec dans le processus d’intégration des militants de cultures politiques différentes et de nombreux sympathisants a conduit à un délitement progressif, dans les deux années qui ont suivi la naissance du MoDem, de plus de la moitié des nouveaux adhérents.
Nos dirigeants ont été incapables d’assumer le succès et l’enthousiasme de Villepinte et en sont venus à des stratégies de plus en plus opportunistes au service d’une survie politique.
Il aurait été possible malgré tout, de fidéliser la moitié restante de notre Mouvement et le développer ; si nous avions suivi ces simples principes :
- Un Mouvement fort et structuré.
Maintenir le système de la présidence collégiale, seule innovation, qui aurait valorisé l’apport des différentes cultures politiques des nouveaux adhérents, renforcé la cohésion au sein des mouvements départementaux et développé des synergies dans la construction et la conduite du nouveau projet de société.
- Une démocratie vivante et incitative.
Respecter les statuts de notre mouvement qui auraient contribué à l’installation d’une véritable démocratie interne. Le conseil national, Parlement de notre mouvement, aurait été le lieu du débat, du partage des décisions, de l’adhésion à la stratégie politique définie et arrêtée. Reconnaitre les unions régionales qui auraient fait émerger les futurs cadres du mouvement et assurer une visibilité plus importante du mouvement au niveau local.
- Une valorisation de la base.
Imposer la subsidiarité, clé de voute de la démocratie interne, qui aurait renforcé et valorisé la fonction des responsables quel qu’en soit la hiérarchisation. Les présidents des mouvements départementaux auraient eu les mêmes prérogatives que leurs homologues des autres partis et seraient décisionnaires sur leur territoire.
- Des adhérents au cœur de la réflexion.
Considérer le travail des commissions thématiques et de réflexion qui aurait produit une forte valeur ajoutée dans les projections de notre Mouvement.
- Une proximité avec le terrain.
Exiger des élus et des responsables nationaux qu’ils s’investissent auprès des Mouvements Départementaux.
- Donner vie à notre projet.
Encourager l’exigence des militants à faire vivre le discours de Villepinte « un nouveau projet de société, un projet original, un projet alternatif ».
Pourquoi cette apathie, cette résignation ?
1 - Un homme, un mouvement,
- L’utilisation du MoDem comme support d’existence, pour façonner son chemin jusqu’à chaque prochaine élection présidentielle, a imposé la visibilité du mouvement qu’à travers le prisme de son Président.
- Une gestion autocratique du Mouvement Démocrate qui a délité d’une manière continue le mouvement de ses adhérents et qui a amené à la démission de très nombreux élus, responsables de mouvements départementaux.
- - Des décisions unilatérales, sans discussion de fond.
- Le vote de F Bayrou, dit « personnel », pour François Hollande à la présidentielle a engagé Le Mouvement Démocrate. Cette position a, certes, déconnecté l’image du MoDem comme étant un parti de centre-droit mais n’a pas pour autant préparé un espace au centre- gauche dans le cadre de l’ouverture recherchée.
- Le changement de stratégie : l’indépendance se réalisera dans l’alliance, après le constat d’échec de créer la dynamique nécessaire à une politique de rassemblement en dehors des partis, la troisième voie et l’émergence du Front National comme troisième choix. Cette décision du Président, sans concertation de son conseil national, de se rapprocher de sa famille d’origine, l’UDI a donné naissance à une nouvelle composante « l’Alternative ». Cette initiative personnelle génère un mal être chez les militants fervent défenseurs de la troisième voie et de l’indépendance. Le retrait de Borloo de la vie politique et la guerre des ego dans la famille de l’UDI a mis un terme de fait à ce rapprochement de la « grande famille » centriste.
- - Un rapprochement systématique et pratiquement sans condition avec la droite.
- François Bayrou réoriente sa logique d’alliance profitant des élections municipales pour donner le ton et amorcer la nouvelle stratégie. Cette nouvelle orientation, vers la droite, est devenue une obligation exclusive lors des départementales où aucune « compromission » avec la gauche n’est tolérée.
- Pour les élections régionales, seul scrutin national à la proportionnelle à deux tours, François Bayrou opte pour la confrontation des blocs et l’intégration de sa formation au rassemblement LR/UDI. Ce choix qui conforte le principe des élus pour des élus, avec une validation des candidatures par la commission d’investiture LR, nuit à un enthousiasme débordant des militants et provoque des mouvements d’humeur, surtout lorsque l’alliance se fait avec des ténors de la Droite Dure et que, le « grand rassemblement » nous est justifié comme le meilleur moyen de lutte contre le Front National.
En conclusion.
Nous, militants du Mouvement Démocrate, sommes tous co-responsables, d’une certaine façon, de cette situation mortifère. Par notre silence, nos contestations ou démissions individuelles, nous avons manqué collectivement de notre sens critique, d’affirmer notre détermination d’opposition à des décisions et des usages contraires à notre engagement originel.
Néanmoins, le Mouvement Démocrate, au cours de ces huit années d’existence, s’est forgé une identité, une base militante, une assise de valeurs et d’éthiques intangibles, un socle d’élus de première génération qui lui vaut reconnaissance dans l’espace politique national.
Pour éviter l’implosion qui menace, j’appelle tous les citoyens démocrates, libres et indépendants, à se relever, de se remobiliser pour redonner au Mouvement Démocrate un second souffle et lui donner les moyens nécessaires afin que le projet démocrate et la France se rencontrent.
Et comme le disait Bruno JONCOUR, membre du bureau exécutif national, aux universités de rentrée de Guidel « Un accord à tout prix ne doit pas être un accord à n’importe quel prix ».
Serge GAUBIER
Présidence et Président du MoDem 91 (2007/2015)
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