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La demande en mariage - AgoraVox le média citoyen

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La demande en mariage

 La tranche de mémoire qui va suivre est pareille à bien des présents rencontrés à travers bon bombre de pays ou régions. Elle paraîtra un peu longue mais, à peine romancée, elle est authentique. D'autres suivront, peut-être. Elles feront hélas partie d'un passé résolument enterré. 

Tunis le 26 octobre 1926, près du port.

 Le jeune homme était sur son trente et un. Un costume trois pièces d’un beige teinté de rose. A partir d’une étoffe de gabardine ramenée de New York, le costume lui avait été taillé sur mesure par le fameux Valentino, le plus réputé et donc le plus cher des maîtres tailleurs de la vile. Le gilet enrichi d’une fine chaîne de montre en or s’ouvrait sur une chemise en soie d’un blanc crémeux, les lettres RG brodées sur la poitrine. Avec son frère Jules, son aîné de plusieurs années, Robert Giacomo avait été le premier à avoir introduit dans la communauté des maltais de Tunis cet ornement luxueux. Aux pieds, des chaussures bicolores (marron et blanc) et enfin sur la tête, un superbe borsalino assorti à la couleur des vêtements et rabattu sur l’œil. La tenue parfaite de l’italo-maltais à la dégaine de mafieux yankee.

 En ce doux après-midi dominical, un tel accoutrement ne surprenait pas dans le quartier populaire « de la petite Sicile ». Les plombiers, ferblantiers, chaudronniers, mécaniciens, ouvriers de toutes sortes qui y résidaient en y travaillant dans la poussière, le cambouis et la graisse, donc la crasse, avaient toujours eu pour habitude de se nipper et se parfumer en princes florentins, le jour du Seigneur… des catholiques.

 Notre homme qui avait fêté ses 27 ans, deux mois plus tôt, en pleine mer, quelque part au milieu de l’Atlantique, se dirigeait là où son avenir l’attendait. Au numéro 20 d’une rue somme toute bien ordinaire, dans un modeste logement « du rez-de-chaussée » où il était sur le point de chambouler sa vie de chemineau des mers entamée une bonne douzaine d’années plus tôt.

 A l’époque, il avait quitté sa Tunisie natale où ses ancêtres, nomades méditerranéens, avaient pris racine après avoir erré de Sorrente pas loin de Naples, à Malte, puis la Grèce, Chypre, et Alexandrie, traversant seulement la Libye. Il était parti contraint et forcé. Pour soulager les bouches à nourrir d’un père, palefrenier grincheux et paresseux qui avait engendré une armada de marmots trop gourmands à son goût, dans la Médina, refuge des sans grades. Là où israélites, espagnols et maltais, donc juifs et catholiques, avaient, avec les musulmans, fondé la plus soudée des communautés polyglottes et religieuses. On y parlait couramment quatre langues en y festoyant pour les uns et les autres.

 L’adolescent avait été expédié à moindre frais à Marseille. Chez « une connaissance » sicilienne de sa famille qui lui avait très vite trouvé un petit boulot : un enrôlement de moussaillon au sein de la brigade hôtelière d’un superbe paquebot. A bord du Patria (1), énorme navire français, tout frais sorti des chantiers navals de La Seyne. Le gosse s’y était embarqué quelques jours seulement avant que la ville flottante ne s’apprête à entamer sa carrière. Le transport de centaines de candidats à la Grande Aventure en Amérique du Nord, en ligne directe Marseille - New York.

 Une demi douzaine d’années pus tard, devenu le mirage des miséreux et des persécutés de la vielle Europe, affecté à la ligne Marseille, Naples, Palerme, New York, le bateau porteur de tant de rêves allait déverser en terre promise, chaque quinzaine, et des années durant, pas loin de trois mille émigrants, siciliens pour la plupart. Les trois quarts d’entre eux se retrouvaient entassés presque à fond de cale.

 Dès son premier voyage, le jeune tunisois n’avait jamais eu à côtoyer ces « laissés pour compte ». Il avait été en effet affecté sur le pont supérieur, tout en haut, parmi la centaine de riches voyageurs privilégiés, en première classe où, débrouillard, il allait devenir, au bout de quelques traversées, l’inamovible chef barman, prince des cocktails et des pourboires généreux.

 Tous les deux ou trois ans, prodigue, le petit maltais du souk qui avait ajouté l’anglais à son savoir linguistique, s’en revenait à Tunis, son port d’attache familial. Sapé comme un prince, portefeuille bien garni de dollars, la tête emplie d’histoires féeriques et les bras chargés de cadeaux. Une aubaine pour les petits et grands, vieux et jeunes, de la smala dont son frère aîné, Jules, avait pris depuis longtemps la direction.

 

Tunis, trois jours plus tôt, dans le centre ville.

 Dès le matin, les signes n’avaient pas manqué dans le vaste appartement dont les nombreuses fenêtres, comble du luxe, s’ouvraient, au cœur de la ville, à la fois sur deux rues très fréquentées. Les plus âgées des cinq sœurs du clan, avaient été les premières à renifler la récréation. Retirées de l’école voilà quelques années, sans tenir compte de leurs aptitudes, de leurs rêves ou de leurs désirs, elles étaient, depuis, chargées de l’entretien du logis. Ainsi le voulait la tradition dans leur communauté. Chaque jour, à coups de balais, casseroles, torchons et serpillières, elles faisaient l’apprentissage de leur futur statut « d’exemplaires filles à marier ». Elles étaient d’ailleurs promises à deux agriculteurs, maltais cela va de soi, deux frères installés en Algérie, dans le Constantinois. 

 Tôt dans la matinée, leur mère Catherine, imposante matrone, à l’abondante et superbe chevelure torsadée en un impeccable chignon, avait entamé par elles la distribution des rôles. Les deux aînées avaient été chargées d’ouvrir la salle à manger, bien l’aérer, puis en chasser le moindre grain de poussière niché dans les boiseries sculptées, après avoir soigneusement épongé le sol pavé de carreaux de terre cuite. La pièce devait briller de son meilleur éclat pour le lendemain.

 Un peu plus tard, les cadettes, héritèrent de la préparation du service de table des grands jours. Le trésor de la dote maternelle. Une flopée d’assiettes et soupières décorées et monogrammées, assorties de lourds couverts d’argent, d’une nappe à festons et d’une douzaine de serviettes brodées. Depuis le mariage de leurs parents, une vingtaine d’années plus tôt, l’armoire en bois massif de la salle à manger ne s’était ouverte que très rarement sur son précieux contenu. Enfin, la plus jeune de la couvée féminine, eut le privilège d’accompagner la maîtresse de maison au Marché Central.

 Préparer ainsi la pièce d’apparat du logement pour un jeudi avait avivé la curiosité. D’ordinaire, fermées à double tour dans la semaine, selon un rituel immuable les grandes portes vitrées ne s’ouvraient sur le sanctuaire que le dimanche, seul jour qui réunissait la famille toute entière pour le grand repas du midi. Au retour de la messe à laquelle ils avaient tous assisté, hommes en costume et cravate, les femmes, en chapeaux garnis de voilettes, les bras chargés d’un bouquet acquis, sous les ficus, chez un fleuriste, toujours le même, de l’avenue principale de la ville, et d’une boîte de gâteaux choisis dans la pâtisserie qui jouxtait la cathédrale.

 Pour ce repas qui se déroulait souvent dans un silence de glace, le père, Jules, moustache jaunie par des prises de tabac à chiquer, et barbe blanche, regard sévère, s’asseyait en bout de table, encadré des deux fils, Emile et Armand. La mère, Catherine, prenait place, à l’opposé, entourée des cinq filles. Il y était interdit d’ouvrir la bouche avant que le père lui-même n’ait donné le signal des conversations, une fois son assiette garnie, en premier, des meilleurs morceaux du repas.

 Revenue du marché, la benjamine dévoila très vite à ses sœurs la raison de tout ce branle-bas du mercredi. Dans la cuisine, tout en aidant le portefaix à déballer de son énorme couffin de raphia tressé, les victuailles qu’il avait portées sur son dos, elle leur annonça la grande nouvelle. Leur mère lui avait enfin confié que la fête qui se préparait était pour l’oncle Robert qui venait d’arriver de Marseille.

 « Basta les enfants. Silence. » Pour une fois, le regard et la courte barbe de Jules s’étaient attendris. Tout au long du festin des retrouvailles, le chef de famille avait permis aux siens de bavarder, rire ou s’exclamer. Il avait laissé ses filles poser mille et une questions, quelquefois impertinentes. Il est vrai que, tout en prenant bien soin de cacher son intérêt, lui même avait pris du plaisir aux récits de ce frangin qui avait eu le courage d’accepter la décision paternelle de l’expatrier. Il l’enviait d’avoir parcouru des pays et connu des ports et des villes qui demeureraient pour lui des songes à jamais inassouvis. Des aventures devenues mirages.

 « A présent, taisez-vous les filles… Irma, Lydie débarrassez la table… Henriette, apporte la bouteille de cognac et quatre verres propres. Et puis toutes à la vaisselle, avec votre mère. » La récréation était terminée. La sévérité et la rigueur avaient repris leurs droits. Le ton employé par son frère qui aurait pu être son père tant la différence d’âge était grande entre eux, laissa très vite supposer à Robert que les propos qui allaient suivre le concernaient. En outre, l’apparition de la bouteille de Rémy Martin, annonçait un discours important. Il ne s’était pas trompé. Mais il ignorait que le cours de sa vie allait subitement basculer.

 « Ecoutes bien Robert, il est dorénavant temps pour toi d’abandonner la vie errante qui est tienne depuis tant d’années. Tu as aujourd’hui 27 ans. Il faut que tu penses sérieusement à ton avenir. » Le frère devenu chef de tribu, s’était adressé à son cadet en maltais. Aussitôt, son cadet qui grâce à ses voyages, outre sa langue maternelle, l’italien et l’arabe appris dans les rues de son enfance, maniait à la perfection le français et l’anglais, comprit que son frère ne supporterait aucune contradiction. Lorsque Jules s’exprimait en maltais, il ne discutait pas, il ordonnait.

 Encadré de ses deux fils qui ne pipaient pas mot, Jules continua. « Toutes tes économies récoltées au cours de tes voyages ont été placées par moi à bon escient. Avec les miennes, elles nous permettront à tous deux d’acquérir un très bel emplacement, en plein centre de la ville et d’y installer un grand café - bar qui sera le joyau de Tunis. » Pas bête, il avait oublié de préciser que dans l’affaire proposée, son propre apport financier serait bien moindre que celui de son navigateur de frère. « Ce n’est pas tout, poursuivit-il aussitôt par crainte d’être interrompu, il te faut également prendre femme et penser à fonder une famille. Chez les Giacomo on ne doit pas rester trop longtemps célibataire. C’est ainsi. Alors, grâce à Emile, , ici présent, nous avons pensé à toi. Nous avons cherché et nous avons trouvé. »

 

Tunis le 26 octobre, au cœur de la petite Sicile

 Robert avait ralenti le pas. A l’allure où les évènements s’étaient enchaînés, le barman - navigateur avait été définitivement convaincu que toute cette histoire de mariage avait été savamment et soigneusement préparée par les siens en son absence. Le lendemain soir du repas qui avait scellé son avenir, son neveu Emile, gai luron à peine moins âgé que lui, le conduisit au Palais des Sports. On y donnait plusieurs combats de boxe dont notamment, en vedette, celui qui allait opposer le champion de Tunisie des mi-lourds, Félix Sportino à un adversaire huppé venu du sud de l’Italie.

 En pénétrant dans la salle comble, son guide, d’un air détaché lui avait confié « … tu vas voir la jeune fille que mon père désire avoir pour belle-sœur. » Une fois sur place, du doigt, il lui indiqua un petit groupe assis tout près du ring. Un quinquagénaire au regard noir encadré de deux jeunes filles. « Un père et ses deux filles à marier. Une très bonne famille, pas très riche mais honnête. Le père et les sœurs du champion Sportino. Une référence, non ? » Comme si le fait d’appartenir à l’entourage familial d’un as du ring conférait à tous les siens respects et noblesse. Le neveu, décidément bien informé, poursuivit par le curriculum de la marchandise proposée. « Les arrières grands parents des Sportino, pêcheurs de corail, originaires d’une île proche de Naples, ont choisi de jeter l’ancre en Algérie, voilà des lustres... En famille et à bord de leurs bateaux. Au port à La Calle, tout contre Bône (Annaba aujourd’hui), à quelques encablures seulement de Tabarka… Là, leur pêche les fit vivre pendant plusieurs dizaines d’années, avant que l’homme que tu vois là, ton futur beau père, peu doué pour les métiers de la mer, ne vienne s’installer avec les siens à Tunis pour y devenir, en plein cœur du quartier de la Petite Sicile, employé de chemin de fer... en tant que chef de train » s’était-il empressé de préciser, avant d’ajouter « …je ne te cache pas, que mon père et moi-même avons notre préférence, mais à présent c’est à toi de choisir entre les deux sœurs. »

 Docile, l’oncle se prêta au jeu. Pareil au maquignon Joseph Micalleff, un ami des Giacomo qui entretenait également des chevaux de courses dans son écurie. Il se mit à détailler, de loin, les deux demoiselles. Sous toutes les coutures, alors que le combat de leur frère venait de débuter. Au seuil du quatrième round, il avait fait son choix. Pointant son index vers celle qui paraissait la plus jeune, la plus éveillée et la plus gaie, « Ce sera celle là » dit-il. Il avait failli dire « j’achète », tant le modèle de sa future épouse qu’il avait examiné comme on le fait pour une poulinière, l’avait subjugué. Un beau brin de femme, grande et bien charpentée là où il le fallait. Faite surtout pour être une mère fertile et qui avait « du caractère. » En somme, selon lui, la compagne idéale ou presque. Hurlant sa joie lorsque son frère, entre les cordes, ébranlait son adverse, et de rage lorsque le champion venu d’Italie marquait de rares points. Emile, ravi, lui souffla dans l’oreille « … bravo l’oncle, il s’agit de celle que nous avions nous-mêmes choisi. Elle se prénomme Gisèle, elle a dix- sept ans et n‘a jamais été fiancée. Dimanche tu iras demander sa main, chez son père. Tout est déjà arrangé ».

 La gravure de mode « made in USA » avait pénétré dans le vestibule de l’immeuble de la rue ordinaire. Borsalino à la main, elle alla cogner à la première porte se trouvant sur sa gauche. Celle-ci s’ouvrit aussitôt sur l’homme entrevu au Palais des Sports. Le regard était toujours aussi sévère sous la véritable jungle de cils broussailleux. Sans un mot, son futur beau-père l’invita à pénétrer, puis à s’asseoir dans la pièce qui servait à la fois d’entrée, de salon et certainement de salle à manger. Quatre chaises autour dune table ornée d’une bouteille d’eau de vie de figue et deux petits verres pour seul mobilier. Pas la moindre femme à l’horizon. Ni la maîtresse de maison et encore moins Gisèle et sa sœur.

 Une fois installés face à face, le chef de train ouvrit la discussion qui allait se résumer très vite en un monologue grave mais monotone et sans aucune chaleur. Le rituel était observé : « … sa fille, Gisèle était une perle… il avait consenti à la lui donner car il savait avoir affaire à un honnête homme ayant une bonne situation… que son époux saurait la protéger, ainsi que les enfants qu’elle lui apporterait… »

 Avant même que les deux hommes n’aient conclu leur accord en éclusant coup sur coup deux verres d’eau de vie de figue bien frappée, et sans jamais évoqué l’éventuel consentement de sa fille qui en fait ignorait tout de ce marchandage, le beau-père cheminot fit une dernière précision. Pas de dot. « … Juste un trousseau assez mince… vous comprenez, nous ne sommes pas très riches ».

 

Epilogue

 Les fiançailles furent de courte durée. Une dizaine de jours seulement. L’adolescente et le jeune homme firent connaissance, le soir, en de courtes promenades, suivis et surveillés à distance par le chef de train, son accordéon et ses romances napolitaines, son épouse, Rosetta la dernière fille à trouver mari et un garnement rouquin, dernier né de la famille Sportino . Le boxeur manquait à l’appel. Il avait rejoint Marseille pour y préparer un combat de choix. Aussitôt après, mariage religieux dans une église de quartier, et repas de noces, somptueux dit-on, dans … les écuries du père Micalleff, nettoyées et repeintes pour la circonstance et sous le regard placide de deux trotteurs de courses, trois chevaux de trait et deux mulets.

 Le voyage de noces ? Une semaine, pas plus, à Marseille où l’époux dit adieu au «  Patria » et son équipage. Puis retour au bercail. Dans un vaste appartement d’une rue du centre ville. Pas loin de la « casa » (maison en italien) du frère aîné. C’est là, avant le décès subit de l’époux, une vingtaine d’années plus tard, que Gisèle et Robert qui ignoraient la belle légende des « Roméo et Juliette » ou « Tristan et Yseult », vécurent, entre discordes, querelles et une bonne poignée de moments heureux. C’est là que naquit un quatuor de petits Giacomo et que quelques autres, avec l’aide d’une faiseuse d’anges, n‘y virent jamais le jour.

 Des nombreux descendants de cette union depuis longtemps éteinte, seuls demeurent aujourd’hui deux vieillards, deux petits-fils vivant au loin et une arrière petite fille.

 

(1) Lancé fin 1913 pour le compte de la Compagnie Fabre, le Patria, long de 156 mètres, équipé de trois cheminées dont une factice et propulsé par deux machines alternatives chauffées par neuf chaudières au charbon, pouvait transporter 2876 passagers exactement. 150 d’entre eux étaient logés en « première » classe, 300 en « secondes », 76 en « troisièmes » et 2350 en dernière classe dite des « rationnaires ». De 1914 à 1920 il est affecté à la ligne Marseille – New York. Puis de 1920 à 1930, il transporte des émigrants entre Marseille, Naples, Palerme et New York. Devant l’arrêt des flux migratoires vers les Etats-Unis, conséquence de la crise qui frappe ce pays en 1930, loué aux Messageries Maritimes, il est affecté aux lignes du Levant. Il sert de navire hôpital pendant la guerre d’Espagne en juin 1939 qui lui vaut de faire une escale prolongée au port tunisien de Bizerte.

Saisi par les anglais en juin 1940 dans le port de Haïfa alors qu’il revenait d’Alexandrie et Beyrouth, le paquebot, en novembre de la même année, embarque à son bord, à destination de l’île Maurice, 1904 émigrants juifs venus d’Europe de l’Est s’installer illégalement en Palestine. Le 25 novembre il est détruit, à quai, par un attentat à la bombe attribué à un groupe terroriste juif qui fait plus de 300 morts.

L’épave, restée au port d’Haïfa, sera démantelée en 1952.


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6 réactions à cet article    


  • alinea Alinea 2 décembre 2013 12:26

    Bonjour Henri,
    Il semble que ces mariages là n’étaient pas plus malheureux que les « super mariages d’amour » !!
    Beau voyage que vous nous offrez là ; dans le temps, dans l’espace ; papier glacé, silence, conventions et hiérarchie ! cela étonnera peut-être les plus jeunes...
    ...et toujours votre style tellement plein de douceur, je me suis régalée à vous lire, merci !


    • Henri Diacono alias Henri François 2 décembre 2013 15:23

      Le côté vachement sympa de ce site est de nous conforter dans des rencontres devenues de fidèles amitiés. De celles qui ne renient jamais leur engagement envers celui ou celle avec lesquels elles ont forgé ce lien. Même si l’ami en question se trompe quelquefois. Alors ces amitiés là ferment les yeux et continuent de soutenir le « fautif ». Voilà que surgit un nouveau souvenir. Celui du potache de 14 ans que j’étais et qui avait à plancher sur un sujet de dissertation qui l’interpellait : « si mon ami est borgne, je le regarde de profil ». Ces amitiés là sont rares et pour moi se sont comptées sur deux doigts seulement. L’une d’entre elles, celle qui m’a tant apporté et à laquelle j’ai tant donné s’en est allée.L’autre née de l’adolescence est toujours là.
      Ce long préambule, Alinéa, pour vous dire que depuis peu il m’a donc fallu déplier un nouveau doigt pour vous compter parmi les « fidèles ».
      Voilà des années et des années que je répète aux jeunes le même refrain. L’amour tel que décrit dans Roméo et Juliette ou Tristan et Yseult est une utopie dont il faut se méfier. Pour la bonne raison que les héros de ces légendes ont choisi la mort à 20 ans et qu’ils n’ont pas eu a connaitre les flétrissures qui auraient inexorablement détruit leur rêve commun.
      Longtemps j’ai confondu, Alinéa, l’amour avec le désir et ce n’est que sur le tard, après m’être si souvent trompé et qu’une fois débarrassé du désir, j’ai découvert que le véritable amour naissait de la TENDRESSE, devenant ainsi de l’acier pur, impérissable.
      Je vous signale que du temps des Giacomo, les divorces étaient rares, tout en admettant que le rôle d’épouse ou de « filles à marier » était quelquefois assez inconfortable.
      Si vous en avez le temps et la patience lisez donc le tout premier de mes articles publiés sur Agora. Il est intitulé la Civilisation de l’Aïeule.


    • Fergus Fergus 2 décembre 2013 16:07

      Bonjour, Henri.

      Je me joins à Alinea pour saluer cette superbe évocation d’un autre temps et de mœurs aujourd’hui oubliées par la plupart des jeunes, excepté chez une poignée d’immigrés restés très attachés aux traditions.

      J’ai souri en lisant les prénoms de deux filles citées dans le texte : Irma et Lydie, autrement dit ma mère et l’une de mes tantes qui portaient ces prénoms aujourd’hui très désuets.

      A propos de famille, il y avait dans les montagnes d’Auvergne (mais ailleurs aussi, je présume) des traditions difficilement imaginables pour les jeunes d’aujourd’hui. Comme cette obligation morale, pour un fils cadet, d’épouser la veuve du fils aîné - surtout si son époux était décédé au combat - dès lors qu’elle était déjà mère ou se trouvait enceinte. Cela a été le cas de l’un de mes grands-pères.


    • Henri Diacono alias Henri François 2 décembre 2013 17:10

      A Fergus,
      En vous remerciant, je déplie un troisième doigt de la fidélité amicale, après celui destiné à Alinéa.
      Vraiment drôle l’attribution identique des prénoms évoqués. Le miens sont ou plutôt étaient comme les vôtre, authentiques. Ils étaient portés par deux des cinq nièces de mon père qui se prénommaient donc Irma, Lydie, Elvire, Olga et Henriette. pas communs du tout de nos jours.
      Sachez d’autre part que cette coutume auvergnate à laquelle vous faites allusion, se retrouve dans des livres saints et notamment dans le Coran. Du moins je le crois. Au sein d’autres peuplades également aujourd’hui disparues comme les Indiens d’Amérique du Nord ou les Inuits. Cela demande à être vérifié.
      Concernant les mariages ces traditions existent encore, notamment dans le pays natal où je suis revenu vivre ma retraite et ma vieillesse et où j’ai moi-même convolé voilà 18 ans. Je puis vous assurer que cette union aura été la plus paisible et tendre de toutes celles, souvent désordonnées, vécues en tant que célibataire.


    • alinea Alinea 2 décembre 2013 19:35

      J’ai lu, c’est du même tonneau, pas de doute !
      Je n’aime rien tant que l’humilité des forts qui ne se montre qu’à ceux qui savent voir ; c’est le regard de l’amitié ou de l’amour, mais parfois aussi ces qualités chez le passant. Aujourd’hui où l’on est dépourvu de ces qualités-là, il est de bon goût de parler fort, se plaindre bruyamment, s’exprimer en comptant bien que quelqu’un nous reconnaitra comme unique ! Rien de touchant dans ces débordements, rien de profond ni de solide, juste peut-être la difficulté d’être qui s’expose parce que la force a manqué !
      Mais, on voit bien aussi, dans votre commémoration,qu’il y a l’entourage ; la famille, les proches, les amis, le groupe ; alors peut-être pourra-t-on pardonner à ceux qui crient leur solitude, dans un vide sans écho !
      Je ne dis pas cela pour moi, car il me revient en boomerang que les cris que je pousse sont pris dans ce sens là ! mais pourquoi pas après tout ; la solidité du clan, quoi de plus souhaitable et quoi de plus perdu ? Et je ne parle pas des connivents soutiens de classe !!


    • Henri Diacono alias Henri François 2 décembre 2013 20:31

      Alinéa la voilà la vie, la vraie, telle qu’on devrait la traverser. Dans le délire de la quête aux petits bonheurs. Dans la dérision quelquefois et même souvent sur soi. Un déluge qui entraîne toujours des passants, des inconnus ou des amis dans son propre sillage et qui vous quittent - pas les amis, les autres - contents d’avoir passer un moment en votre compagnie.
      Il y a quelques jours Alinéa, j’ai assisté en pleine campagne entre deux gourbis, à l’une des nombreuses fêtes destinées à immortaliser le mariage de l’une des jeunes filles du clan que vous évoquez. Etant le plus vieux de la smala, j’ai été considéré comme le patriarche avec tous les égards qui lui sont dévolus. Sans aucune servilité, ni soumission ou même hésitation ou crainte. Non sourire aux lèvres, respect et joie d’enfant. Un brin de fierté également. L’une de plus belles journées de mon existence déjà bien longue. Entouré de gens simples, pauvres mais gais, répandant la joie tout en s’y abreuvant. La VIE.

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