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Accueil du site > Tribune Libre > La détresse de l’homme moderne

La détresse de l’homme moderne

Comment expliquer qu’un homme dans la fleur de l’âge, pourtant bien portant et favorisé ait des idées noires ? Je vais tenter de le démontrer en une série d'articles où je détaillerais les différents arguments qui me permettront d'argumenter ce que j'avance. Ce premier texte portera sur les pressions sociales communes aux deux sexes, les échecs professionnels et personnels, de notre manière de les surmonter et du cercle vicieux de l'attrait pour le monde virtuel, un refuge temporaire qui n'arrange pas la situation.

 

La pression sociale s’exerce avec aplomb sur les hommes

Jamais je ne remettrais en cause la lutte louable qu’est le féminisme intersectionnelle. Il est évident que notre société possède encore aujourd’hui de solides bases patriarcales facilitant dans une certaine mesure les actions des hommes. Je ne parlerais pas ici du débat social, ce n’est pas le sujet. Je souhaite mettre le curseur sur le mal-être des "mâles alpha", ces Atlas des temps modernes.

Malgré des évolutions, l’homme doit toujours réussir dans le milieu professionnel et personnel, et aura moins d’excuses à son crédit. En effet, dans un monde pensé par lui et pour lui, il ne peut y avoir de place pour le doute et l’échec. C’est d’autant plus vrai de nos jours avec le triomphe de l’individualisme. Les errances ne sont pas pardonnées et la mélancolie réservée à quelques castes bien ciblées. En tant qu’archétype du « mâle dominant », il est difficile d’avoir des moments de faiblesse. L’expression du géant aux pieds d’argile prends alors tout son sens. Fuyant ses échecs et son manque d'intelligence, il ira dès que possible s'abriter dans un environnement fictif mis à disposition par la société.

 

Le monde virtuel, un refuge malsain

Chaque être humain possède son propre moyen de s’échapper des souffrances variées qu’il subit dans le réel. Notre société met à disposition un nombre incalculable de moyens afin d’y parvenir. Sucreries, contenus télévisuels débilitants, drogues diverses, et j’en passe. Le virtuel est éphémère, le réel revient toujours à la charge. On a beau fuir, celui-ci nous rattrape et le retour de flammes n'en est qu'accru.

La vie d'un homme le confronte au virtuel sous divers aspects. J'omettrais de parler ici de l'enfance et des amis imaginaires en passant directement à l’adolescence. A un certain âge, les filles (ou les garçons pour d’autres) apparaissent différemment à nos yeux. C’est intriguant, et chacun à sa manière de réagir par rapport à ces nouveaux sentiments. Nombreux sont introvertis à cette époque, peu à l’aise avec leur corps, fuyant ces situations. Un cercle vicieux se déclenchait alors : la sensation d’avoir manqué une opportunité fait énormément souffrir, et l'instinct est de se réfugier naturellement dans le virtuel, de retourner dans cette caverne que l'on avait quitté.

Ce monde-là, fait de plastique et de jeux d’acteurs, joue un rôle déterminant dans la frustration et l’incompréhension de l’adolescent et du jeune adulte. L’imagination est alors dépréciée pour des images fausses et retouchées. La politique du paraître imprime des pressions indélébiles dans le cœur de chacun, et transforme petit à petit les bonnes âmes.

Ayant eu la chance d’avoir une éducation faite de bonté, de gentillesse et de compréhension, j’étais en premier lieu un bras armé de l’intérêt général. Je ne songeais qu’à l’autre, à l’écouter et à grandir par lui. Je restais en retrait dans les discussions et n’imposait que rarement mes idées. Je ne me cherche pas d’excuses, pour expliquer l’homme cupide et empafé de lui-même que je suis devenu, mais, notre société y a été pour beaucoup.
Pour s’imposer, il faut écraser l’autre, une des premières leçons d'école de « management ». Bien que j’ai eu la chance de suivre des cours prônant la gestion humaine des entreprises, il est indéniable qu’il faut du vice et de la malignité pour réussir dans ce monde fielleux. C'est sûrement cela, l'instinct de survie.

"Bouge-toi le cul !" Déçu à de multiples reprises sur le plan professionnel et personnel, on pourrait s'etonner de la redite. C’est là le rôle prépondérant des drogues douces dans ce marasme d'où on peine à s'extirper.

Les premiers joints étaient extraordinaires et liés à la mouvance hippie et psychédélique des années 70. Nous étions heureux comme des enfants en bas-âge, alors que nous approchions de la vingtaine.

L’insouciance d’alors ne laissait pas présager de la suite, quelques années plus tard. La consommation lors de soirées conviviales s'est accrue, jusqu'à déboucher sur une consommation individuelle.
Le terme de drogue douce est adapté. En effet, par ma propre expérience il n’est pas foncièrement difficile de s’en séparer, du moins pour quelques jours ou semaines. Néanmoins, les effets n’en restent pas moins dévastateurs.
La léthargie provoquée par cette drogue, combinée à d’autres commes celles citées plus haut bien, est plus que nocive à long terme lorsqu’on connaît les principes de notre société moderne. Je veux dire par là qu’avec l’âge, il devient plus aisé de comprendre la notion de temps, et surtout de temps perdu. Les moments de lucidité nous rappellent avec aigreur ces années passées à regarder les trains passer.

Les opportunités d’avoir une vie meilleure sont plus que présentes, mais repoussées, inconsciemment ou non. La sensation de bien-être provoquée par le virtuel est plus importante que les possibilités d'agir dans le réel.

Ces paradis affables sont là pour fuir des mauvais choix, de mauvaises choses que l'on a réalisé par le passé, des éléments indélébiles qui resteront à jamais nous hanter. Néanmoins ils ne font qu'envenimer les choses, repoussant à plus tard la résolution ou le nouveau départ. C'est l'un des paradoxes de l'homme moderne menant de fil en aiguille à sa détresse.


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14 réactions à cet article    


  • Laconique Laconique 30 septembre 11:11

    Well man, another unhappy intellectual fellow. But you’re right. This world is not made for guys like us. We are not asked to think, but to communicate in an emphatic way.


    • alexis42 alexis42 30 septembre 15:10

      @Laconique
      Vous causez bien l’espagnol !
      À moins que votre texte ne soit une parabole, ce qui expliquerait votre pseudo...


    • Aimable 30 septembre 11:18

      Vous avez fait le portrait de ce qu’est devenu au fil du temps l’animal qui s’est « civilisé  » , heureusement pour lui qu’il n’est pas immortel.


      • jaunibegood 30 septembre 14:15

        La traitrise de la drogue dite « douce » :-> c’est une sujet rarement aborde.


        • Ruut Ruut 30 septembre 14:44

          @jaunibegood
          Cette drogue est vicieuse dans le sens où sa prise masque la conscience de ses effets délétères.
          C’est lors de la réalisations d’actions précédemment aisée avant la première prise qui deviennent difficiles après, que son action délétère est constatable.
          Je ne parle même pas de son action néfaste sur la route.....

          Que dire de la sensation de maladie pendant des mois lors du sevrage, qui stoppe net si reprise.....


        • foufouille foufouille 30 septembre 14:55

          @Ruut

          il est évident qu’il ne faut pas être défoncé ou bourré quand une personne conduit.

          personne n’est malade des mois après avoir fumé des joints ordinaires.

          sinon c’est que le problème vient de la personne.


        • Ruut Ruut 1er octobre 06:49

          @foufouille
          Si tu arrêtes complètement si, au moins pendant 3 mois.
          Je l’ai personnellement vécu lors de mon sevrage.


        • alexis42 alexis42 30 septembre 15:15

          « le féminisme intersectionnelle »

          Il aurait (peut-être) fallu écrire « le-la féminisme intersectionnel-le ».

          Les idées noires que vous évoquez concernent-elles uniquement des noir-e-s ou des blanc-he-s ?


          • alexis42 alexis42 30 septembre 16:08

            @alexis42
            Curieux que personne n’ait relevé que l’expression « idées noires » est profondément raciste, ce qui est étonnant chez un auteur partisan de l’intersection-alitée.
            Comme on ne peut pas dire « idées blanches », je propose « idées grises » (ou bleues).

            Dans un troquet, je ne commande plus un « petit noir », ni « un blanc », et je suis obligé de prendre du rouge.


          • arthes arthes 30 septembre 17:16

            @alexis42
            Curieux que personne n’ait relevé que l’expression « idées noires » est profondément raciste,

            Parce que Marlène Schiappa n’est pas encore sur ce site et n’est pas au courant de cet article afin dénoncer toute l’horreur et la discrimination à peine voilée qui sourd sous cette expression qu’elle mettrait avec toute sa vaillance et bravoure au pilori sur la place publique chez Bourdin  !!!  smiley


          • Ruut Ruut 1er octobre 06:50

            @alexis42 idées noires
            Seuls les Vrais Racistes ont des problèmes avec ces mots.
            Car ils projettent leur névrose sur tout.


          • exol 30 septembre 17:35

            Faut rien regretter , l’important c’est d’être là bien vivant , tirer les leçons du passé est une vaste connerie , l’important c’est de pas les reproduire dans le futur et avec l’âge tout s’apaise . Rien à foutre de ne pas avoir été un grand savant , politicien ou l’abbé Pierre , je suis moi et rien d’autre , mais j’existe.


            • Taverne Taverne 1er octobre 10:36

              En cas de détresse extrême, tout refuge est bon à prendre, même la caverne de Platon pour peu que l’on n’y reste pas à demeure et que l’on ait bien conscience qu’il ne s’agit que d’un pis-aller temporaire. Nous ne sommes pas des surhommes, nous avons des failles et des moments de faiblesse.


              • San Jose 6 octobre 18:58

                @ l’auteur

                .

                Merci de m’avoir donné l’occasion d’apprendre ce qu’est le féminisme intersectionel. 

                Encore un truc que je ne regretterai pas en partant. 

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Jean Pasquier

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