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#13 des Tendances

La Disparition !

LA DISPARITION

 

 Comment le rôle du patronat dans l’immigration et la lutte des classes ont été effacés du débat public (1981–2026)

 

La Disparition

Il y a des disparitions visibles, spectaculaires, qui frappent les esprits. Et il y a des disparitions silencieuses, insidieuses, qui modifient un pays sans que personne ne s’en rende compte.

Dans son roman La Disparition, Georges Perec construit un monde où une lettre — le “e”, la plus fréquente de la langue française — s’efface. Cette absence n’est pas un jeu gratuit : elle révèle comment une structure peut s’effondrer sans bruit, comment un élément fondamental peut s’évanouir au point que plus personne ne remarque qu’il manque.

La France a connu une disparition du même ordre. Non pas celle d’une lettre, mais celle d’une réalité sociale centrale :

- le rôle du patronat dans l’organisation de l’immigration,

-et, avec lui, la lutte des classes comme constructeur de la conscience de classe ouvrière

Ce qui était une évidence dans les années 1970–1980 — que la mobilité de la force de travail est un instrument du capital — s’est volatilisé du débat public. Comme le “e” chez Perec, cette réalité a cessé d’exister dans le langage politique. Elle a été effacée, recouverte, remplacée par des récits moraux, humanitaires ou identitaires qui ont masqué les rapports de production.

Cette disparition n’est pas un accident. Elle est un fait politique majeur, un effacement idéologique qui a permis au capital de poursuivre son œuvre : segmenter le prolétariat, neutraliser les revendications, et transformer l’immigration en variable d’ajustement économique.

Ce texte raconte cette disparition. Comment elle s’est produite. Pourquoi elle a été nécessaire à la bourgeoisie. Et comment elle continue de structurer la France contemporaine.

 

CHAPITRE 1 — 1981 : le dernier moment où la lutte des classes structure le discours

Le débat Marchais–Bouygues n’est pas un débat “politique” au sens contemporain. C’est un affrontement entre deux positions de classe :

Marchais (PCF)

  • le patronat organise l’immigration pour disposer d’une armée de réserve,

  • l’immigré n’est pas l’ennemi,

  • l’ennemi est le capital qui met en concurrence les segments du prolétariat.

Bouygues (capital)

Position bourgeoise assumée :

  • la production exige une force de travail abondante,

  • les salaires doivent rester compétitifs,

  • l’immigration est un instrument de régulation du marché du travail.

Ce débat est le dernier moment où la lutte des classes apparaît explicitement dans l’espace public.

Après cela, l'analyse marxiste disparaît.

 

CHAPITRE 2 — La disparition programmée de la lutte des classes

À partir des années 1980, trois processus convergent :

1. Désindustrialisation

La bourgeoisie délocalise la production pour maximiser la plus‑value. Les bastions ouvriers se décomposent. La classe ouvrière perd son poids politique.

2. Mutation idéologique de la gauche

La gauche abandonne la lutte des classes pour adopter :

  • le moralisme,

  • l’individualisme,

  • l’humanitarisme,

  • la gestion technocratique.

La critique du capital disparaît. Le rôle du patronat dans l’immigration devient invisible.

3. Recomposition de la droite

La droite déplace le conflit :

  • du terrain économique → vers le terrain identitaire. Le capital est préservé. La lutte des classes est effacée.

Le conflit capital/travail est remplacé par un conflit moral/identitaire.

 

CHAPITRE 3 — L’immigration comme instrument de la bourgeoisie

Dans le marxisme, l’immigration n’est pas un phénomène autonome. Elle est un outil de la bourgeoisie pour :

  • élargir l’armée industrielle de réserve,

  • maintenir une pression à la baisse sur les salaires,

  • segmenter le prolétariat en fractions concurrentes,

  • empêcher l’unification politique des travailleurs.

Ce mécanisme est décrit par Marx dans Le Capital :

la mobilité de la force de travail est une condition de la domination du capital.

En 1981, cette réalité est encore dite. Après 1981, elle devient taboue.

 

CHAPITRE 4 — L’antiracisme moral comme neutralisation de la lutte des classes

À partir de la fin des années 1980, un antiracisme moral, (NUPES ; LFI ; PS) déconnecté des rapports de production, s’impose.

Ce discours a une fonction idéologique précise :

 

1. Il transforme un conflit de classe en conflit moral

Les revendications ouvrières liées à la concurrence sur les salaires sont interprétées comme des préjugés.

2. Il culpabilise le prolétariat

Les travailleurs deviennent “problématiques”, “fermés”, “hostiles”, au lieu d’être reconnus comme victimes d’un rapport de domination.

3. Il blanchit le capital

Le rôle du patronat dans l’organisation de la mobilité de la force de travail disparaît totalement.

L’antiracisme moral devient un outil idéologique pour neutraliser la lutte des classes.

 

CHAPITRE 5 — L’Union européenne : la mobilité comme exigence du capital

Les politiques migratoires de l’UE sont construites autour d’un principe marxiste fondamental :

assurer au capital une force de travail mobile, flexible, segmentée.

Les directives sur :

  • les travailleurs détachés,

  • les travailleurs saisonniers,

  • les travailleurs hautement qualifiés,

  • les étudiants étrangers,

sont des instruments de la bourgeoisie européenne pour :

  • ajuster la quantité de force de travail,

  • réduire les coûts salariaux,

  • contourner les protections nationales,

  • fragmenter le prolétariat européen.

Ce rôle du capital est structurel, mais jamais nommé.

 

CHAPITRE 6 — Conséquence : la fragmentation du prolétariat

En effaçant :

  • la lutte des classes,

  • le rôle du patronat,

  • les mécanismes économiques,

le débat public se réduit à :

A. un discours moral (gauche)

qui ignore les rapports de production.

B. un discours identitaire (droite)

qui ignore le capital.

Entre les deux, le prolétariat est :

  • divisé,

  • culpabilisé,

  • atomisé,

  • incapable de se constituer en classe pour soi.

La bourgeoisie conserve sa domination intacte.

 

CONCLUSION — Le tabou qui protège la bourgeoisie

Ce qui était une évidence en 1981l’immigration est un instrument du capital — est devenu un tabou.

Ce qui était le cœur de la politiquela lutte des classes — a été remplacé par un théâtre moral et identitaire.

  • la disparition de la lutte des classes n’est pas un accident,

  • c’est une nécessité idéologique pour la bourgeoisie,

  • afin de maintenir la domination du capital sur un prolétariat fragmenté.

Tant que ce tabou persistera, la France continuera de débattre de l’immigration sans jamais nommer ceux qui en tirent profit.

 


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5 réactions à cet article    


  • Durand Durand 24 août 15:20

    « Dans son roman La Disparition, Georges Perec construit un monde où une lettre — le “e”, la plus fréquente de la langue française — s’efface. Cette absence n’est pas un jeu gratuit : elle révèle comment une structure peut s’effondrer sans bruit, comment un élément fondamental peut s’évanouir au point que plus personne ne remarque qu’il manque. »

    Ah zut…, je pensais qu’après ça on parlerait de notre souveraineté évanouie sans bruit au fil des traités européens…, souveraineté sans laquelle les meilleurs discours politiques ne sont, au mieux, que des plans sur la comète et au pire des leurres volontaires pour nous faire croire que nous pourrions encore décider de notre avenir sur quelque sujet que ce soit…

    Il est vrai qu’on nous a laissé le décor démocratique : élections présidentielles (truquées par l’usage des 500 signatures et par les médias défendant les intérêts privés des milliardaires mondialistes qui les possèdent), parlement (gouvernement des partis, façon VI ème République), qui multiplie les premiers ministres comme Jesus les pains et les poissons, etc…

    Pour rappel :

    – 1992, Maastricht : les Français donnent les pleins pouvoirs aux instances européennes, comme en 40 à Pétain…

    ..


    • Octave Lebel Octave Lebel 24 août 17:12

      La disparition d’une illusion. L’arroseur arrosé.

      Quand on voit comment l’extrême-droite, bien aidée par les médias et instituts d’opinion de milliardaires en a fait des tonnes et des tonnes comme ici notre auteur un peu stakhanoviste (qui rêve au moins une fois par semaine de Georges Marchais) jusqu’à avoir une chaîne-d’info quasi dédiée à une croisade façon Léodagan de Carmélide, on n’est pas surpris dans quel état est désormais le moral et l’apparence du RN, son meilleur cheval. Cela semble avoir un effet aussi sur certains auteurs ici et commentateurs.

      Sinon juste pour le plaisir, un rappel :

      → Georges Marchais.

      Pour revenir une énième fois de plus sur G Marchais qui ne mérite pas cette pantalonnade, bien plus cohérent et subtil que ces pauvres militants de l’extrême-droite qui tentent maladroitement de l’instrumentaliser . Sur le même sujet, sans montage ni morceaux choisis, la lettre longue, argumentée qu’il a envoyée au recteur de la mosquée de Paris qui elle demande de l’attention et de la réflexion, dans l’inspiration de Jean Jaurès qui bien sûr lui aussi fait à l’occasion l’objet de ce type de détournement.

      https://4.bp.blogspot.com/-35YPUn3HDQo/TfpLrAD13xI/AAAAAAAAAAM/WhBHMMFn7Nw/s1600/lettre-marchais.png


      • Octave Lebel Octave Lebel 24 août 17:14

        @complément

        → Un autre commentaire déjà placé aussi sous un autre article de l’auteur en tout point semblable à celui-ci sur le fond et le procédé.

        On ne peut pas dire que les comédiens de l’extrême- droite ne sont persévérants. À chaque fois le même scénario et à chaque fois la même tentative d’intoxication envers ses propres électeurs comme cible principale. Avons-nous affaire à des imbéciles ou des gens qui nous prennent pour des imbéciles ? Les deux mon colonel.

        Des gens aussi incapables d’assumer ou d’expliquer le passé de leur famille politique, pas plus que son présent. Ce qui est la caractéristique centrale de l’extrême-droite. Ne pas pouvoir dire ce qu’elle est vraiment sauf à perdre immédiatement son utilité politique et une crédibilité si fragile de reposer sur notre supposée ignorance et naïveté. Qu’elle a besoin de protéger et compenser par une propagande fondée jusqu’à l’outrance sur la caricature et la confusion. Fortement relayée par des canaux dont on n’a même plus besoin de dire aux mains de quelles forces économiques ils sont. Afin d’échapper au débat démocratique de fond où la faiblesse de ses analyses et les contradictions de ses promesses, versatiles et opportunistes, mises en regard avec les votes de ses élus, lui exploserait à la figure. Sa fonction politique étant, quand les aspirations égalitaires et démocratiques deviennent dangereuses , d’être la roue de secours de la droite elle-même au service d’une oligarchie. En charge de diviser et d’opposer les citoyens de la classe populaire et moyenne en mettant au premier plan son discours historique fondamental et fondateur sur l’immigration que les 5 dernières générations françaises ont entendu et du subir. Agissant ici en précurseur de l’engrenage menant à la différentiation des droits et devoirs remettant en cause et notre statut de citoyen et le cadre protecteur de nos principes républicains. Les EU actuelles nous donnant une illustration de ce que ce type d’aventuriers nous réservent si nous avons perdu la mémoire de ce qui se passa en France lors de la dernière guerre mondiale. L’extrême-droite elle-même nous faisant du pied si nous prêtons attention à ses discours révisionnistes en forme de ballons d’essai.


      • SilentArrow 25 août 03:36

        @Octave Lebel

        Notre lfiste de salon vient déposer, comme d’habitude, un longue traînée de bave sur les écrans.

        Il illustre parfaitement la gauche décrite dans l’article.


        • Mustik E-Z 2027 25 août 09:04

          Moi, je n’ai pas oublié

          Balladur chef de cabinet de Pompidou agissant en concertation avec le CNPF pour casser les grèves de la CGT dans l’automobile...

          La dévaluation monétaire permettait d’équilibrer les alea de la lutte patronat-syndicat

          et aujourd’hui

          avec la monnaie unique

          c’est

          la Dette, la dette, la dette

          et les petits français s’imaginent qu’ils peuvent vivre comme avant.

          Surtout les bisounours qui ne veulent rien voir

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